24/06/2011

Entre Valais et Judée, l'Apiculteur

 

Sur le vif - Vendredi 24.06.11 - 19.12h

 

En compagnie de mon confrère Alexis Favre, en vue du Grand Oral de ce dimanche 26 juin, j'ai passé une partie de la matinée, à Lausanne, en compagnie de Pascal Couchepin. Bonheur de retrouver cet homme entier, souriant, joueur, bloc de marbre que rien n'altère. Il récuse le mot « retraite » au profit de « liberté », annonce une vocation pour l'apiculture, rugit au seul nom de « Blocher », vante les bienfaits de la marche en montagne et d'une vie saine, sans excès, raconte et raconte encore mille histoires d'ataviques vacheries, dans les vallées latérales, entre radicaux et conservateurs. Bref, il fait du Couchepin, celui que nous avons tant connu, depuis si longtemps, entre Berne et Valais, détendu entre deux engueulades sur la montée de l'UDC, bagarreur, frontal.

 

Couchepin le narrateur, anecdote toujours à fleur de peau, prenant le temps, hors antenne, de nous raconter pourquoi les radicaux ont perdu à Orsières en 1924, donnant sa préférence parmi les différentes fanfares d'Entremont, pérorant sur le retour des concessions hydro-électriques, dessinant les scénarios de l'élection de 2013 au Conseil d'Etat valaisan. Avec lui, c'est le Valais et c'est le monde, foi positiviste dans l'action politique, oui « Valais et Judée », jouissance rugueuse de la disputatio, entendez l'engueulade qui a sérieusement intérêt à être argumentée, oh et puis beaucoup mieux : ce sont quelques fragments de République, celle qu'on aime, celle des monuments aux morts, en France, des lieux de mémoire, des champs de bataille.

 

Il nous a parlé, un moment, des dimanches de vote, en Valais, à l'époque. Avant le scrutin féminin. Les hommes, en costume, allaient vers l'isoloir en arborant le bulletin de leur choix sur le revers de leur chapeau. Ici, les radicaux. Là, les conservateurs. Punkt, Schluss. Et c'était par famille. Et c'était par clan. Et on annonçait la couleur. Et toute la fierté du monde était là. Au coin du chapeau.

 

Le 11 mars 1998, le jour de son élection, au Palais fédéral, j'avais été le premier à lui tendre un micro pour lui demander sa réaction. Il m'avait juste dit : « C'est la revanche du Sonderbund ». C'était le Valais qui, pour la troisième fois seulement, montait à Berne, tout en haut. Et sa famille politique à lui, pour la toute première fois. C'était juste un rappel de la couleur. Dranse et Trient, avec vue sur l'Aar. Contrairement à Verlaine, pas la nuance. Non. Avant toute chose, la couleur.

 

Pascal Décaillet

 

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