29/06/2011

Il est minuit, docteur Coué !

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Mercredi 29.06.11

 

Ils nous disent que l'UDC est l'opposition, la seule vraie du pays. Et qu'avec ses 30%, elle n'est finalement pas si dangereuse : heureuse contrée, où l'opposition, normalement à 49%, se limiterait à moins d'un tiers ! Et qu'au fond, les 70% d'autres, ceux qui charrient des « valeurs communes », doivent demeurer, ensemble, sous les lambris du pouvoir. Cette théorie, tellement rassurante qu'elle pourrait être du docteur Coué, circule, jusqu'au plus haut niveau, parmi les têtes les mieux pensantes (laissons les autres) du PLR. Ce raisonnement, qui fait des socialistes et des Verts des alliés, et de l'UDC des ennemis, ne tient tout simplement pas la route. Il relève du sophisme. Il passe par pertes et profits la barrière gauche-droite. Il émane, surtout, de personnalités politiques qui n'avaient pas tant d'états d'âme face à la gauche, dans les années 70 ou 80, lorsqu'elles incarnaient, avant le phénomène Blocher, la droite suisse.

 

Rappelez-vous les radicaux des années 80. Omnipotents. Colonels. Banquiers. Administrateurs. Nuques raides. Militaristes en diable. Nucléaires. Machos. « Insubmersibles », qu'ils disaient. La vraie droite, c'était eux, têtes de béton de l'armée, copains de l'Afrique du Sud, épouvantails de la gauche. Peu ou prou, ce que l'UDC est devenue aujourd'hui : la droite à abattre. Ces héroïques officiers de la petite guerre, sans pareil pour le lustre du ceinturon et la réflexion de la guêtre, incarnaient la Suisse de « l'ail et du mauvais alcool », où l'employé d'arsenal était roi, poète et prophète : l'homme d'armes y apparaissait comme le laquais du financier. Suisse traditionnelle, juste la tristesse d'une caste, même pas la joie de vivre des UDC d'aujourd'hui, leur plèbe, leurs chants du terroir, leur jouissance tellurique, leur sentiment d'appartenance, « Gemeinschaft ». Oui, avec le phénomène Blocher, la Suisse des traditions a retrouvé comme une fierté d'être, une couleur, un bonheur populaire, qu'on ne percevait guère dans les heures très grisâtres des colonels.

 

Ils sont tristes pourquoi, aujourd'hui, les héritiers des colonels ? En vérité pour une seule raison: ils ne font, tout simplement, plus le poids. La Suisse, ils ne la dominent plus. Sur leur droite, ils se sont fait doubler, comme des puceaux. Alors, pour rester dans les majorités de pouvoir, ils s'inventent avec la gauche des « valeurs communes ». Dont serait exclue, ostracisée, l'UDC, tas de sauvages, « moins démocrates que nous », abuseurs de démocratie directe, verticaux de la prairie, capables de tenir séance debout, en plein hiver, dans l'improbable obscurité d'une clairière. Alors, les héritiers des colonels des années 80 se découvrent amis d'une gauche qu'ils auraient volontiers, il y a trente ans, étripée. L'essentiel : survivre, rester au pouvoir. Entre gens de bonne composition. Entre bourgeois. Rotary par ci, golf par là. Et après nous, le Déluge.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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28/06/2011

Course aux Etats : un espoir pour la droite

 

Sur le vif - Mardi 28.06.11 - 11.22h

 

La décision de la droite genevoise (Entente + UDC) de partir unie, derrière Yves Nidegger, pour la Cour des Comptes le 18 septembre, et de soutenir en contrepartie un ticket Lüscher-Barthassat aux Etats le 23 octobre, est à saluer. Elle est une décision raisonnable, stratégique, ambitieuse, à considérer comme un premier pas vers un long terme, qui sera à construire patiemment. Pour la première fois, si chacun tient sa parole, la machine à perdre pourrait bien être enrayée. Il faut rendre hommage, ce matin, tout particulièrement, à ceux à qui cette décision a beaucoup coûté : démocrates-chrétiens centristes, chrétiens-sociaux, pour qui il n'est pas évident, même en pure Realpolitik, d'accorder un soutien à l'UDC. Ou encore, ex-radicaux du PLR qui combattaient, ce printemps encore, l'idée d'une droite élargie, et semblent avoir un peu évolué.

 

Ce matin, pour la première fois, Madame Maury Pasquier et Monsieur Cramer peuvent commencer à se faire quelques soucis. L'un des deux, peut-être, le 23 octobre, pourrait ne pas être reconduit avec cette douillette automaticité que leur promettait la machine à perdre de la droite. Du coup, Genève, canton majoritairement à droite, pourrait équilibrer sa représentation dans une Chambre dont tout connaisseur de la vie fédérale mesure l'importance capitale. Oh, rien n'est encore fait, les ferments de dispersion internes à la droite genevoise peuvent renaître, exploités par une gauche habile, et qui n'aurait pas à se gêner de l'être. Mais enfin, après les décombres de ce printemps, un heureux signal est donné. A Genève comme sur le plan fédéral, le PLR (en tout cas) et l'UDC sont d'accord, dans les votes, sur beaucoup plus d'objets que certains radicaux atypiques de Genève ne veulent nous faire croire. En matière financière, fiscale, ils sont même très proches. Ils partagent la même conception de l'individu, de la liberté, de la responsabilité. Ça n'est certes pas tout. Mais, face à l'ennemi commun (la gauche), ça n'est pas rien.

 


Et puis, la politique, ce sont des personnes : les visages qui vous aurez sur vos affiches cet automne. Face au duo Maury Pasquier / Cramer, commence, visuellement, à naître la possibilité d'un Lüscher / Barthassat. C'est-à-dire de deux des sortants ayant, au National, le meilleur bilan. Avec, derrière eux, une stratégie d'union cohérente, à mille lieues de la lunaire singularité Jobin de 2007. Nous sommes là dans un scénario où les chances de Reconquista, même partielle, au Stöckli, commencent à devenir crédibles. C'est encore loin d'être fait, il y encore quatre mois de combat. Mais la première pierre, aujourd'hui, est posée.

 

Pascal Décaillet

 

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27/06/2011

Le PLR et la religion du Livre

 

Sur le vif - Lundi 27.06.11 - 12.17h

 

Le livre est l'objet que je préfère au monde. Les petites librairies, des lieux de rare bonheur, où l'invitation au voyage est permanente. Lire en campagne, ou en montagne, à l'ombre d'un arbre, avec juste un crayon à papier, pour les notes en marge, intensifie mon goût de vivre. Malgré tout cela, je comprends et soutiens le combat de Philippe Nantermod contre le prix unique du livre. Parce qu'il est un combat pour la cohérence, pour la lisibilité, justement au sein d'un parti - on l'a vu avec le nucléaire - où certains des repères fondamentaux s'évaporent joyeusement.

 

A tort ou à raison, l'idéologie libérale-radicale défend le principe de concurrence. Pour moi, c'est, à bien des égards, à tort : en de multiples domaines, dans lesquels j'inclus la santé, une communauté humaine a le droit de décider, démocratiquement, que certains secteurs sont d'intérêt public, et doivent échapper à la tyrannie du marché. Pour le livre aussi, bien sûr : le débat est ouvert, et c'est tant mieux. Mais enfin, il y a la cohérence : ces libéraux-radicaux, qui se montrent purs et durs, à l'excès, face à tout protectionnisme agricole, ou en matière de caisses-maladie, pour prendre deux exemples ultra-sensibles, au nom de quoi viennent-ils nous brandir, un peu comme une exception dans une grammaire latine, une régulation sur le livre ? Pourquoi cette entorse à leur propre idéologie ?

 

En guise de réponse, j'ai ma petite idée. C'est le côté « bourgeois livresque » de ce parti. On veut bien être libéraux, et même ultra, pour les paysans, les infirmières, et les assurés-maladie, on veut bien soumettre ces deniers aux aspects les plus odieux du marché lorsque la logique tourne à vide et ne défend plus l'humain. Mais le livre, Monsieur, c'est autre chose. Le livre, outre qu'en grec, il se dit «Bible », c'est notre éducation, nos bibliothèques, nos signes extérieurs d'ascension sociale. C'est ce qui nous a construits, ce qui nous différencie de la plèbe. Alors, par reconnaissance, et pour pouvoir continuer de vivre ce privilège intense de perdre son temps chez les petits libraires (en effet mille fois plus compétents que les employés des grandes surfaces), la bourgeoisie veut bien consentir à une exception. Dans ce monde de brutes qu'elle est, au demeurant, première à cautionner.

 

Je dirai oui au prix unique du livre le jour où une réflexion beaucoup plus globale sera initiée, en Suisse, sur les limites du libéralisme. En matière de santé (en cessant d'envoyer à Berne le lobby des assureurs). En matière agricole. Et aussi, dans les zones frontalières, en instillant un peu (comme l'a enfin demandé le Conseil d'Etat genevois) de protection aux résidents, ce qui ne signifie pas fermer les frontières.

 

Oui, le jour où cette réflexion sera lancée, je m'intéresserai à mes amis les libraires. Mais là, comme ça, sans cohérence, au milieu de rien, je ne suis pas d'accord.

 

Pascal Décaillet

 

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26/06/2011

Cabaret d'Etat

 

Sur le vif - Dimanche 26.06.11 - 16.02h

 

« Cabaret d'Etat » : c'est vif, bien décoché, ça cingle comme du Couchepin ; c'était, ce matin, la vanne de Micheline Calmy-Rey à l'équipe de la Soupe. L'oxymore, c'est sûr, devait être préparé de longue date. Il a fait mouche.

 

J'ai aimé Micheline Calmy-Rey dans cette émission, parce qu'elle a fait exactement le contraire de tous les autres, tous ceux qui font semblant de bien prendre les flèches incendiaires, se jurent de ne surtout pas s'énerver, rester cool, et, hélas, y parviennent. Ceux-là, tout fiers d'arborer l'helvétique qualité de celui que rien ne démonte, ne brillent en fait que par une hypocrisie qui ne trompe personne.

 

Ce matin, Micheline Calmy-Rey a eu raison de rester elle-même. Celle qui n'a pas trop d'humour, le reconnaît, montre sa susceptibilité, avoue être facilement blessée, bref la réalité d'au moins trois humains normalement constitués sur quatre, le quatrième étant une sorte de héros sulpicien, aux confins du masochisme et du martyre, lesquels ne sont d'ailleurs, depuis le supplice de Saint Sébastien, pas incompatibles.

 

Bien sûr que l'humour blesse. Bien sûr qu'il dérange. Bien sûr qu'il fait mal. C'est très bien ainsi : qu'il continue. Mais je ne vois vraiment pas pourquoi, sous prétexte que les bourreaux arborent l'étiquette de cabarettistes (d'Etat !), il faudrait faire le dos rond, et ne pas montrer la moindre faille de souffrance.

 

Quant au « cabaret d'Etat », il nous amène à une réflexion bien au-delà de la Soupe. Lorsque des bandes d'humoristes étrillent, équarrissent, éviscèrent, il faut se poser la question de leur part de risque. A la Soupe, cabaret d'Etat, risque zéro. Dans la page hebdomadaire, dite d'humour, de certains quotidiens bien obédients le reste de la semaine, risque zéro. Lorsque Stéphane Guillon pourfendait avec génie un DSK encore déifié, là le risque était un peu plus grand. Le jour où les courageux de la 25ème heure s'attaqueront à leurs patrons, leurs proches, leurs groupes de presse, les administrateurs et les actionnaires de ceux qui les nourrissent, là nous commencerons à parler de risque.

 

Mais l'humoriste en pantoufles, l'humoriste salarié, celui qui jamais ne se fait virer, persuadé d'être un héros, dans la Suisse de 2011, parce qu'il vilipende le Pape, ou Blocher, ou Kadhafi, ou Ben Ali, ou Moubarak, celui-là, à moins d'être extraordinairement drôle, ne mérite guère plus d'attention que les ronds-de-cuir d'un fonctionnaire, dans quelque tragi-comédie de Pirandello, lorsqu'il se lustre les manches, au moment de la pause.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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24/06/2011

Entre Valais et Judée, l'Apiculteur

 

Sur le vif - Vendredi 24.06.11 - 19.12h

 

En compagnie de mon confrère Alexis Favre, en vue du Grand Oral de ce dimanche 26 juin, j'ai passé une partie de la matinée, à Lausanne, en compagnie de Pascal Couchepin. Bonheur de retrouver cet homme entier, souriant, joueur, bloc de marbre que rien n'altère. Il récuse le mot « retraite » au profit de « liberté », annonce une vocation pour l'apiculture, rugit au seul nom de « Blocher », vante les bienfaits de la marche en montagne et d'une vie saine, sans excès, raconte et raconte encore mille histoires d'ataviques vacheries, dans les vallées latérales, entre radicaux et conservateurs. Bref, il fait du Couchepin, celui que nous avons tant connu, depuis si longtemps, entre Berne et Valais, détendu entre deux engueulades sur la montée de l'UDC, bagarreur, frontal.

 

Couchepin le narrateur, anecdote toujours à fleur de peau, prenant le temps, hors antenne, de nous raconter pourquoi les radicaux ont perdu à Orsières en 1924, donnant sa préférence parmi les différentes fanfares d'Entremont, pérorant sur le retour des concessions hydro-électriques, dessinant les scénarios de l'élection de 2013 au Conseil d'Etat valaisan. Avec lui, c'est le Valais et c'est le monde, foi positiviste dans l'action politique, oui « Valais et Judée », jouissance rugueuse de la disputatio, entendez l'engueulade qui a sérieusement intérêt à être argumentée, oh et puis beaucoup mieux : ce sont quelques fragments de République, celle qu'on aime, celle des monuments aux morts, en France, des lieux de mémoire, des champs de bataille.

 

Il nous a parlé, un moment, des dimanches de vote, en Valais, à l'époque. Avant le scrutin féminin. Les hommes, en costume, allaient vers l'isoloir en arborant le bulletin de leur choix sur le revers de leur chapeau. Ici, les radicaux. Là, les conservateurs. Punkt, Schluss. Et c'était par famille. Et c'était par clan. Et on annonçait la couleur. Et toute la fierté du monde était là. Au coin du chapeau.

 

Le 11 mars 1998, le jour de son élection, au Palais fédéral, j'avais été le premier à lui tendre un micro pour lui demander sa réaction. Il m'avait juste dit : « C'est la revanche du Sonderbund ». C'était le Valais qui, pour la troisième fois seulement, montait à Berne, tout en haut. Et sa famille politique à lui, pour la toute première fois. C'était juste un rappel de la couleur. Dranse et Trient, avec vue sur l'Aar. Contrairement à Verlaine, pas la nuance. Non. Avant toute chose, la couleur.

 

Pascal Décaillet

 

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23/06/2011

Le Climatique roule-t-il pour le MCG ?

 

Sur le vif - Jeudi 23.06.11 - 14.32h

 

A son corps certes défendant, mon vieil ami Ueli le Climatique, président des Verts suisses, reconverti, depuis quelque nippone déconvenue, en Ueli l'Energétique, vient d'offrir un bon paquet de voix au MCG, allez disons 500 voix, à M. Poggia, pour le 23 octobre prochain.

 

Au moment où, de partout, dans le sillage d'un pénétrant essai de Régis Debray, resurgit l'idée, non de nationalisme, mais simplement de frontière, voilà que les Verts genevois présentent au National une liste transfrontalière : des Suisses vivant en France voisine, qui pourraient, à Berne, représenter leur sensibilité. En soi, pas de problème, si ce n'est que la Chambre du peuple, en pure logique républicaine, n'est pas là pour additionner des corporatismes d'intérêts juxtaposés (ce serait plutôt le rôle de celle des Cantons), mais pour défendre la cause nationale, indivisible. Mais passons.

 

La frontière, comme le note Debray, n'est pas là contre les intérêts des peuples, mais au contraire pour les protéger, les circonscrire, les inscrire dans un horizon humainement accessible et identifiable. Tout ce que la mondialisation, hélas, n'est pas, et c'est pour cela qu'elle fait si peur. Reconnaître la nécessité - et même la vertu - d'une frontière, ça n'est en aucun cas prôner le verrouillage, encore moins le mépris de ceux qui vivent juste derrière, en l'occurrence nos amis français, qui participent tant à la prospérité genevoise. Simplement, les gens, de plus en plus, demandent une régulation, une certaine préférence à l'emploi pour les résidents, ce que même le Conseil d'Etat genevois (c'est à son honneur) a fini par reconnaître.

 

Avec sa liste transfrontalière, qui certes ne fera pas grand mal, ni n'empêchera le président et le chef de groupe des Verts d'être réélus, le Climatique-affranchi-de-la-pesanteur-des-bornes s'inscrit dans un mouvement de mode, sublimé par les douze ans au Conseil d'Etat de l'actuel sénateur Vert genevois, où le dernier cri consiste à se presser dans d'innombrables cocktails en France voisine, sous le couvert d'improbables associations aussi dépourvues de clarté d'objectifs que de légitimité démocratique. Il y a même, à Genève, tous partis confondus (enfin, presque), des existences politiques qui se nourrissent, dans tous les sens du terme, de cette nébuleuse. On y prend de grands airs, on nous y promet un monde nouveau, de nouvelles frontières, reculées, évaporées. Un monde doux, le « vivre ensemble », si cher aux Verts qui adoreraient transformer la planète en un immense éco-quartier, où l'archaïque violence de l'homme finirait par se dissoudre dans la tiédeur du compost.

 

Le signal donné par cette liste sera contre-productif. Il donnera des voix aux partis qui soutiennent l'idée de frontière. Par exemple, le MCG. Voulant alimenter la cause des Verts, il grossira, au contraire, les rangs de Mauro Poggia. Réponse le 23 octobre.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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22/06/2011

Cyril et les ombragés du solstice

 

Sur le vif - Mercredi 22.06.11 - 70ème anniversaire de l'Opération Barbarossa - 17.33h

 

Cyril Aellen s'en va. Claque la porte. Dans une lettre sans concession adressée au surintendant du PLR, Alain-Dominique Mauris, dont nous eûmes l'heur, par les hasards de la vie, de recevoir copie, l'ancien président du parti libéral genevois dit à quel point il en a marre. Marre d'un comité directeur qui ne consulte plus. Marre d'une présidence sous la croissante influence d'une petite clique, toujours la même, semper eadem, celle qui ne roule que pour protéger un ou deux hommes, disons deux, toujours les mêmes, les radicaux de l'ombre, aussi fusionnés que je suis maréchal-ferrant.

 

Contrairement à la Mer de Valéry, cet escadron de l'ombre ne brille ni par l'ampleur, ni par le sel. Juste nuire. Ainsi, en bloquant jusqu'aux prémices de discussion sur l'idée d'une droite élargie pour cet automne (seule clef, pourtant, de reconquête d'un siège, au moins, aux Etats), les ombragés du solstice enclenchent, une fois de plus, en parfaite connaissance de cause, la machine à perdre. L'intérêt de leur famille politique, de leurs électeurs, disons la droite genevoise au sens très large, passe largement derrière la préservation de leurs prébendes. Ces gens-là, ce petit nombre de nuisibles, hélas relayés jusqu'au Conseil municipal et aux plus hautes autorités du parti, par un ou deux des meilleurs éléments de la jeunesse montante, disons les Jeunes Turcs, cassent les intérêts de leur parti au lieu de les servir.

 

Dans ces conditions, Cyril Aellen, homme de courage, de vision et de conviction, a eu mille fois raisons de partir. Cet homme d'une rare valeur perd peut-être un poste dans la mathématique d'ombre d'un Appareil. Il conserve, et même augmente, notre estime et notre admiration.

 

Un jour ou l'autre, il reviendra.

 

Pascal Décaillet

 

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21/06/2011

Conseil des Etats : stratégie à droite

 

Sur le vif - Mardi 21.06.11 - 17.18h

 

Est-il inéluctable que Genève, canton majoritairement à droite, continue d'envoyer, entre 2011 et 2015, deux personnalités de gauche, certes rafraîchissantes,  au Conseil des Etats ? La droite genevoise, l'ensemble des familles politiques de cette sensibilité, du PDC à l'UDC, doivent-elles fatalement s'y résoudre ? Si la réponse est oui, cela signifie que l'action politique ne sert plus à rien, qu'il existerait comme de noirs destins, des vents contraires, des divinités odysséennes, inattaquables. Il n'y aurait plus, les bras ballants, qu'à accepter le sort.

 

Pour l'élection de cet automne aux Etats, comme pour celle de ce printemps à l'exécutif de la Ville de Genève, l'ennemi premier de la droite, c'est la droite elle-même. Ses ferments de dispersion. Ses rivalités intestines, mortifères. Sa logique de défaite, résignée. Son inaptitude historique à partir au combat unie. L'UDC diabolisée, au mieux par de sincères humanistes, au pire (ce fut le cas ce printemps) par un pronunciamiento camouflant  ses ambitions, au service d'un seul homme, sous le paravent de la morale. Et les naïfs ont marché !

 

Pour les Etats, il existe un candidat de qualité. Il s'appelle Christian Lüscher,  fut l'une des rares bonnes surprises de la députation genevoise 2007-2011, s'est bonifié à Berne, s'est admirablement adapté à la vie politique fédérale. Assurément, il ferait un sénateur de qualité. Mais Lüscher, face à la machine de guerre de la gauche, aura, dans cette élection de type majoritaire, peu de chances de passer sans une politique d'alliances à droite qui soit sans faille, et d'une redoutable solidité. Dans cette optique, d'intenses tractations sont en cours, au moment même où j'écris des lignes. Un arrangement entre le PLR et l'UDC, passant par des compensations en septembre, est envisagé. Bien sûr, le PDC doit aussi donner son accord, avec pour lui la possibilité de faire figurer Luc Barthassat, conseiller national sortant, sur la même affiche que Lüscher, pour les Etats.

 

Compensations en septembre ? Le 18 de ce mois, le peuple genevois devra procéder à une élection complémentaire à la Cour des Comptes. Pour le grand public, pas franchement passionnant : on ne s'étripe guère dans les bistrots, pour l'heure, à ce sujet. Pour les états-majors politiques de droite, au contraire, l'occasion d'un test de loyauté. Une sorte de Kriegspiel, de répétition générale. Hypothèse : une droite unie pourrait soutenir Yves Nidegger, le faire élire même. En compensation, cinq semaines plus tard (le 23 octobre), la même droite unie roulerait pour Lüscher, voire Lüscher-Barthassat, à la Chambre des cantons. Et là, l'un des sénateurs de gauche, au moins, pourrait commencer à trembler.

 

Bien entendu, tout cela n'est qu'hypothèses. Et se heurte, aujourd'hui déjà, au génie suicidaire de la droite genevoise. Plus que jamais, un homme nous manque : Cyril Aellen, dernier président du parti libéral genevois, audacieux et visionnaire. Un homme de courage qui a su prendre des risques. Ce qui pourra, peut-être, se faire de bien cet automne, dans la droite genevoise, sera inspiré de lui, de son sillon. Ou ne sera pas.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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Pan sur Ben Ali ! - Dans un fauteuil

 

Sur le vif - Dans l'éclat du solstice - Mardi 21.06.11 - 10.02h

 

En page 3 du Matin d'aujourd'hui, mon confrère Renaud Michiels fait preuve d'un époustouflant courage : il flingue Ben Ali ! Dans un papier finement titré « Il aurait pu avoir la décence de la fermer », il écartèle et vilipende l'ancien homme fort de Tunis, condamné hier par contumace, dans son pays, à 35 ans de prison.

 

Pendant les longues années où M. Ben Ali était au pouvoir, on vous entendait, M. Michiels, sur la question tunisienne ? Les violations des droits de l'homme en Tunisie, vous en parliez ? Pardonnez-moi, mais votre philippique de ce matin, elle me rappelle un peu celle des résistants de la 25e heure, dans les Temps Modernes ou même Combat, au moment des procès de l'Epuration.

 

On aurait beaucoup de plaisir, Cher Confrère, à découvrir chez vous la même virulence de plume contre les gens au pouvoir ici. Oui, chez nous ! Chez les lecteurs du Matin : à Lausanne, à Genève, par exemple. Ou même face à votre groupe de presse. Votre rédactrice en chef, ses options, ses choix rédactionnels, vous les attaquez, parfois ?

 

Au plaisir de vous relire. Dans la pâleur orangée du matin.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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20/06/2011

Mon passage sur Médialogues - Ce matin

 

Lundi 20.06.11 - 11.30h

 

Mes confrères Thierry Fischer et Alain Maillard m'ont invité ce matin, en direct entre 0930h et 10.00h, à l'émission Médialogues, sur la RSR. Je les en remercie vivement et vous propose, ci-dessous, le lien de l'émission.

 

Excellente journée à tous!

 

PaD


http://www.rsr.ch/#/la-1ere/programmes/medialogues/

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18/06/2011

Feuille d'Avis Officielle

 

Sur le vif - Samedi 18.06.11 - 12.33h

 

Les opposants au CEVA sont priés de ne plus s'opposer. Les recourants, de ne plus recourir. L'UDC, le MCG, de renoncer à être UDC, MCG. La Page invite la Marge à se dissoudre. Il n'y aurait plus que la Page. La Parole. Et elle nous annonce, avec la fierté d'airain des certitudes, que la France paiera. Que tout ira bien. Feuille d'Avis Officielle ? Non, enfin oui : édito de la Tribune de Genève, ce matin.

 

Hier encore, ici, en re-publiant mon commentaire du 26 novembre 2009, je disais mon étonnement face à cet alignement sans faille de la presse locale, celle qui a pignon sur rue, derrière l'Arche Sainte du CEVA. C'est-à-dire, derrière qui ? Le club des cinq partis qui tiennent l'actuel Conseil d'Etat. Leurs prébendes, leurs petites et (concernant le CEVA, justement) très grosses affaires. Les acoquinés des cocktails en d'improbables nébuleuses nous fiançant, sans nous avoir d'ailleurs consultés, à la France voisine. Bref, le pouvoir en place.

 

Bien sûr qu'il existe un pouvoir à Genève. Ceux qui font des affaires entre eux. Les commensaux, qui rotent leurs petits-fours, et leurs valets qui lèchent les miettes. La réalité de ce pouvoir, plus subtile que de se résumer à une droite ou une gauche, c'est la congruence et la connivence horizontales des uns avec les autres. On se connaît, on trinque, on s'épargne, on se tutoie. On projette la transversalité des commissions parlementaires sur l'ensemble de la vie politique : on dissout les divergences, on règne par l'indéchiffrable. Le drame de la buvette du Grand Conseil, je le répète, ça n'est pas que quelques illuminés, parfois, s'y castagnent. C'est, au contraire, qu'on s'y entend, le plus souvent, tellement bien.

 

Ce petit monde, aux journalistes, il demande quoi ? Juste de lui foutre la paix. Vous pouvez attaquer Obama, l'Empereur du Japon, le Pape (on vous y encouragera même, vivement). Mais cette petite clique-là, vous ne la touchez pas. Ils se montrent en photos, entre eux, posent, affichent leurs connivences. Règnent par dilution, multiplication des présences, dix mille cocktails, mais une quinzaine de permanents, toujours les mêmes. L'existence précède l'essence, sauf celle de Guerlain, trucs, ficelles, trocs, combines, extase du nœud papillon. Dans l'air.

 

Il n'existe pas, à Genève, de presse d'opposition. Il existe une presse aux ordres. A la botte. Une fois par semaine, elle se donne le droit de faire un peu d'humour. Le reste du temps, elle s'aligne.

 

Pascal Décaillet

 

 

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17/06/2011

Le CEVA ou l'Enfer


 

Vendredi 17.06.11 - 19.07h

 

L'affaire du CEVA venant de rebondir, je re-publie ici mon commentaire paru dans l'Hebdo du 26 novembre 2009, trois jours avant la votation. J'ai voté pour ce projet, et ne le regrette pas. Mais j'ai détesté - et déteste toujours - l'ambiance de "Sainte Alliance", et de diabolisation des opposants, qui régnait - et règne toujours - chez les partisans. A cela s'ajoute, de la part de la presse locale, un unanimisme pro-CEVA qui fleurait bon - et fleure encore - l'obédience au pouvoir en place, à la majorité dominante, à ses réseaux, ses cocktails. Deux ans après, rien n'a changé. Le pouvoir peut se passer de Feuille d'Avis officielle. La presse tient joyeusement ce rôle. Et gratuitement, pardi!

 

Bonne lecture. PaD

 

 

Le CEVA ou l'Enfer

 

«Chantier du siècle, votation du siècle, scrutin amiral, mère de toutes les batailles»: on dirait, quand on évoque le choix de dimanche, à Genève, sur le CEVA (liaison ferroviaire Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse), que le peuple de ce canton aurait rendez- vous, comme jamais, avec son Histoire. Qu'il n'aurait pas le droit de se tromper. Que nul plan B n'existerait. Qu'un refus le plongerait dans les ténèbres. Que l'actuel chaos (bien réel!) en matière de circulation serait fiancé à l'éternité, sans solution de rechange crédible: l'enfer né de l'enfer, parce que le citoyen, dans la crasse de son obscurantisme, au-delà du véniel, aurait rejeté le Salut. Carrefour théologique, entre grâce et damnation, plutôt que choix politique rationnel, où des options citoyennes s'opposent à d'autres options citoyennes. La démocratie, quoi.

Ce martèlement des esprits en rappelle d'autres. La campagne du 6 décembre 1992 pour l'Espace économique européen, dont on a finalement vu le résultat. Ou encore celle du 29 mai 2005, en France, autour du Traité européen. L'éternel combat de ce qui est juste et bon, né de la Lumière, face à «l'aveuglement» des opposants, leurs «mensonges», leurs «chiffres faux» (parce que ceux des partisans, bien sûr, sont toujours exacts au centime près). Bref, tout est orchestré en vue de faire passer les anti-CEVA pour d'obscurs demeurés, rétrogrades, ou alors de poujadistes détaillants, le nez planté dans la glaise de leurs intérêts privés, parcellaires, des hallucinés du lopin, insensibles à la vision d'ensemble. Il y aurait d'un côté le salut du peuple, de l'autre celui de la bourgeoisie, évidemment repue, de Champel.

Destin transfrontalier. Je le dis tout net, je vote pour le CEVA. Parce que le projet me séduit, et me semble digne du rendez-vous de Genève avec son destin transfrontalier. Mais j'aurai, jusqu'au bout, détesté cette obligation d'adhérer que suinte la croisade des partisans. Ils seraient le Saint-Office, les autres seraient les hérétiques. Mais eux, les extatiques du CEVA, qui sont-ils, au fond? Réponse, toute prosaïque: l'alliance de circonstance des cinq partis qui, depuis quelques années, détiennent le pouvoir à Genève. Libéraux, radicaux, PDC, socialistes, Verts. Tout fiers que, en commission, un compromis ait pu sceller leur connivence contre la marge. Au-delà des rails et des locomotives, c'est aussi cela, l'enjeu du CEVA.

La marge, c'est qui, c'est quoi? La marge, c'est le MCG. Et une partie non négligeable de la section genevoise de l'UDC, enfin ce qu'il en reste. La marge, c'est aussi une part importante de la gauche de la gauche, atomisée à Genève en d'intestines colères qui font d'elle-même un exemple d'autosuicide reléguant les sectes solaires au statut d'amatrices. Et puis, la marge, c'est aussi, en effet, une somme assez impressionnante d'intérêts individuels, juxtaposés. C'est, enfin, un tracé alternatif au pied du Salève que les pro-CEVA ont un peu trop tendance à balayer d'un revers de la main. Le tout additionné pourrait donner, dimanche, un nombre non négligeable de «non».

L'avenir radieux sur rails. Et au fond, comme dans la France de mai 1995, est-ce bien sur le CEVA lui-même qu'on votera? Ou plutôt sur la confiance, ou la défiance, face à un establishment politique qui construit sa survie à cinq, toute artificielle qu'elle est, sur l'aubaine d'un projet fédérateur. Et, du même coup, rejette la marge montante (le MCG, oui, encore lui) dans le caniveau. Histoire de continuer, encore un moment, à se partager postes et prébendes, contrats de construction et bonnes affaires. On reste entre soi. Entre gens de compagnie. On se bricole un avenir radieux sur rails. Et la marge, on la laisse là où elle doit demeurer: derrière la barrière. A regarder passer, rutilant comme le progrès, le train des autres.

PASCAL DÉCAILLET

 

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Maître Kenel dérape

 

Sur le vif - Vendredi 17.06.11 - 08.39h

 

Incroyables, l'arrogance et la morgue de l'avocat fiscaliste Philippe Kenel face à Sandrine Salerno, à l'instant, sur la RSR. Dans un débat sur les forfaits fiscaux, suite au lancement d'une initiative socialiste, à Genève, pour les supprimer, l'homme de droit se permet, sur un ton de maître d'école assez hallucinant, de mettre en garde l'élue genevoise contre les relents de xénophobie de son discours. Elle ferait, en dénonçant les avantages accordés à certains étrangers, le lit des partis populistes !

 

Si quelqu'un, dans la classe politique de Suisse romande, ne serait-ce que par ses origines et son parcours personnel, a toujours farouchement défendu l'intégration et l'égalité absolue de regard, oui de dignité de vision, entre Suisses et étrangers, c'est bien Sandrine Salerno. On peut la combattre sur plein de sujets, y compris d'ailleurs sur les forfaits fiscaux. Mais choisir cet argument-là, c'est tout simplement bas. Et je baise mes maux.

 

Pascal Décaillet

 

08:39 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Imprimer |  Facebook | |

16/06/2011

Poggia, carte maîtresse

 

Sur le vif - Jeudi 16.06.11 - 16.10h

 

Là, le MCG a vu juste. En plaçant Mauro Poggia à la tête de ses listes pour les Chambres fédérales, celle du National et celle des Etats, il joue la meilleure de ses cartes, se donne le maximum de chances de décrocher un siège, au moins à la Chambre du peuple, celle des cantons étant légendairement plus difficile à conquérir. Un MCG au National, le symbole serait puissant pour un parti venu d'en bas, jailli de la Glaise et de la Gueuse, ostracisé pendant des années - et encore aujourd'hui - par les assis, les installés, les repus, les horizontaux, de droite comme de gauche, qui se partagent Genève et ses prébendes, dans les cocktails, s'imaginent qu'ils seront toujours là. Que rien, jamais, ne changera. Que le cauchemar MCG n'est qu'une parenthèse, comme le fut celui de Vigilance. Que tout, un jour, finira par rentrer dans l'ordre. Leur ordre. Celui de leurs structures mentales. Leurs prés-carrés. Leurs réseaux. Qu'ils ont fini, à force d'habitudes, de clientélisme, de services rendus les uns aux autres, par confondre avec le convenable, le Bien. La norme.

 

Oui, Poggia est le meilleur des choix, et la décision d'Eric Stauffer de sauter un tour, ne pas se ruer sur toutes les candidatures possibles, faire d'abord ses preuves à Onex, orchestrer la campagne de cet automne, est un acte de maturité. Le tournant de sa carrière, le passage de l'ère de la star qui éclipse tout à celle du stratège, celui qui sait aussi faire naître les vocations, demeurer en retrait.

 

Poggia, antithèse de Stauffer. Cérébral là où l'autre est impulsif, tonalité bourgeoise dénuée d' accents prétoriens, logos démonstratif de l'avocat habitué à des causes complexes, oui les deux hommes sont faits pour se compléter. Oui, en quelques mois, la palette chromatique du parti, y compris sous les lazzis, s'est enrichie : ici, l'irrédentisme levantin d'un Soli Pardo, anar de droite à la subtile noirceur de plume, là la connaissance cadastrale du terrain d'un Carlos Medeiros, pour ne prendre que quelques figures.

 

Lazzis ? Et alors ? Qu'ils rient. Les petits cochons aussi se gaussaient et se trémoussaient, avec leurs petites queues, dans leurs maisons de paille. On connaît la suite. On sait comment s'est terminée la petite musique, la ronde moqueuse, la raillerie du grand méchant loup. Entre soi, entre gens du monde, on se tient, on s'apaise, on se réchauffe. Devant des petits fours, on se rassure. De gauche comme de droite, en coupable transversalité, on attend la fin du cauchemar. On lit le Temps, vecteur des conventions, Psaume du convenable, qui croyait bon, hier je crois, d'ironiser sur la faiblesse du MCG à s'étendre. Oui, on attend, assis, la fin de l'ère des gueux.

 

Sera-t-elle pour le 23 octobre ? Pour Pâques ? Ou pour la Trinité ?

 

Pascal Décaillet

 

16:10 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

15/06/2011

Docteur Boris, Mister Prozak

 

Sur le vif - Mercredi 15.06.11 - 16.55h

 

Aurait-on idée de nommer Jack l'Eventreur à la chaire d'anatomie des viscères ? Je plaisante, of course.

 

Il n'existe, je m'en porte garant sur la tête de Patrice Mugny, aucune espèce  de relation entre la hardiesse de cette métaphore initiale et la nomination de Boris Drahusak comme directeur des Ressources humaines de la Ville de Genève. Aucune.

 

De même, cette nomination n'obéit strictement à aucune forme de compensation, de promesses de campagne, ni d'équilibre des barbichettes. Juré. Sur la tête de Patrice.

 

Je souhaite sincèrement bonne chance à Boris-le-Terrible dans ces nouvelles fonctions. Il saura gérer les ressources. Mais saura-t-il gérer l'humain ? Finissons donc par souhaiter encore davantage bonne chance à ses futurs administrés. Les veinards !

 

Plus chanceux encore : quelque part dans la froideur d'une pharma, sans doute du côté de Bâle : les vendeurs de Prozac.

 

Une histoire dans laquelle tout le monde est gagnant. Ah, la Belle Idée ! Non ?

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

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Les TV privées et le syndrome de Stockholm

 

Sur le vif - Mercredi 15.06.11 - 11.51h

 

En Suisse romande, la SSR a beaucoup de chance. Elle n'a plus besoin de perdre temps et argent à financer, par d'improbables attachés de presse, un organe de propagande. Le quotidien Le Temps, avec une régularité de métronome, s'en charge. Ainsi, au lendemain d'une grande enquête dont nous avons souligné ici la totale indifférence au combat des TV régionales, et la parole uniquement donnée aux caciques de l'Usine à Gaz, voici, en page 18 de ce matin, une nouvelle tribune offerte à Gilles Marchand. Nommer ce dernier chroniqueur officiel, avec apparition au moins hebdomadaire, ne serait-il pas plus simple ? En remplacement de François Gross ?

 

Dans son épitre d'aujourd'hui, le directeur de la RTS ne donne hélas aucune réponse satisfaisante aux questions légitimement soulevées par Christophe Rasch, directeur de La Télé, et relayées par Antoni Mayer, son homologue de Léman Bleu, la semaine dernière. Botter en touche en qualifiant de « secondaire » la mise à disposition, par la SSR, du logiciel de réservation des pubs à TF1 ou M6, apparaît pour le moins comme léger. Parler d'une concurrence « professionnelle et correcte » en démolissant son propre argument par le rappel, quelques lignes plus tôt, de la répartition du gâteau publicitaire en Suisse (670 millions en tout, dont 397 pour la SSR, 200 pour les fenêtres étrangères, et seulement 72 millions pour l'ensemble des chaînes privées locales et régionales), ne manque pas d'un certain sel. Eviter toute allusion à la scandaleuse loi actuelle sur la radio et la télévision (LRTV), machine de guerre destinée à favoriser la SSR et étouffer toute initiative privée, relève de l'aveuglement volontaire.

 

Il y a quelques jours, les directeurs de deux TV régionales parlaient d'une même voix, sur un plateau. Et les autres ? Ils restent là, chacun dans son coin, à attendre des jours meilleurs ? Ils se disent, Dieu sait pourquoi, qu'il vaut mieux maintenir de bonnes relations avec un grand frère qui ne songe qu'à les incarcérer? C'est leur droit. Chacun, ici-bas, peut bien vivre, si ça peut lui apporter quelque frémissement, son syndrome de Stockholm. C'est une option. L'autre, c'est se mettre ensemble et faire la guerre. Si personne ne la livre, cette guerre, le Mammouth aura gagné sur toute la ligne. Et l'univers de l'audiovisuel, en Suisse, demeurera ce qu'il est aujourd'hui : préhistorique.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

11:51 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

Nous sommes tous des humoristes corréziens

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Mercredi 15.06.11

 

Humour corrézien ? Laissez-moi rire ! Ce que tout le monde prend pour la galéjade d'un homme fatigué, pourrait bien tenir, en fait, du trait de génie, l'un de ces monumentaux coups de gueule dont Jacques Chirac, depuis l'Appel de Cochin le 6 décembre 1978, a le secret. Une manière de dire : « Non, je ne suis pas sénile, non ne m'oubliez pas, oui Sarkozy est un usurpateur, oui je vais encore vous surprendre, oui des lapins, j'en ai encore des tonnes, dans mon chapeau magique ! ». Une manière, après quarante-quatre ans d'une vie politique justement entamée en Corrèze, à la hussarde, en 1967, de proclamer : « Je suis encore vivant. Et ceux à qui ça ne plaît pas, je les emmerde ».

 

Jacques Chirac, comme l'a remarquablement montré Franz-Olivier Giesbert, n'est pas, ne sera jamais l'homme que l'on croit. Joueur, semeur de fausses pistes, souple là où on le croit raide, un jour libéral, le lendemain jacobin, en fait l'incarnation d'un pragmatisme radical qu'il partage avec deux hommes : le légendaire docteur Queuille (1884-1970), trois fois Président du Conseil sous la Quatrième République, et un certain... François Hollande ! Et ces trois hommes ont en commun un patrimoine, qui s'appelle la Corrèze. En ces terres-là, aux mœurs peut-être pas si éloignées de certaines régions valaisannes, disons latérales, il n'est pas sûr que la fixité idéologique détermine les comportements politiques. L'adaptation - au sens de Darwin - y tient une place majeure. En clair, ça maquignonne sec, ça toise, ça hume, ça renifle, ça se méfie, et puis, d'un coup parfois, ça adhère, ça s'embrasse, ça illumine les cœurs. A ce jeu-là, les pète-sec sont assez vite dépassés, les raisonnables dépérissent, le grain de folie a sa chance.

 

Et puis, Chirac est au fond, comme François Mitterrand, un radical de la Quatrième, terrien et cadastré, égaré dans les sphères célestes de la Cinquième. Ces deux-là ont dû, bon gré mal gré, endosser le costume taillé en 1958 pour un géant : ils s'en sont l'un et l'autre, d'ailleurs, plutôt bien sortis. Qu'un ancien président de la République de droite évoque l'idée de voter pour un candidat de gauche, c'est restaurer quoi ? Mais la Quatrième, pardi ! Sa ductilité. Sa malléabilité. Sa primauté de l'alliage sur l'alliance. Sa douce, sa délicieuse complexité, à laquelle il n'est pas exclu que la France, après un demi-siècle de scrutin uninominal à deux tours, revienne doucement. Reste l'essentiel : l'instinct. Chirac, qui a d'excellentes raisons de détester Sarkozy, sent venir, de profondeurs qu'il connaît bien, la lente, la patiente maturation d'une candidature qui, en 2012, pourrait séduire beaucoup de ceux que l'ère orléaniste du Fouquet's a exaspérés. Le chemin, pour Hollande, est encore long, à coup sûr il sera semé d'embûches. Mais voilà, foi de Corrézien, un onctueux parrainage, dont il se souviendra toute sa vie !

 

Pascal Décaillet

 

 

 

08:43 Publié dans Chroniques éditoriales Nouvelliste | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

14/06/2011

Le Temps - la SSR: entre gens du monde, on s'épargne

 

Sur le vif - Mardi 14.06.11 - 09.49h

 

Bel exploit du Temps, dans son édition de ce matin ! Une page complète, la page 3, consacrée à l'usage de la télévision en 2011, précédée d'un édito de une, le tout... sans la moindre référence - ne serait-ce qu'une allusion - au combat des chaînes régionales privées en Suisse romande : Léman Bleu, La Télé, Canal 9, par exemple. Fasciné par les millions des géants français, ou par le Mammouth subventionné, l'auteur de l'enquête ne donne la parole, en Suisse romande, qu'à Gilles Marchand, son prédécesseur Guillaume Chenevière, tel prof en Sorbonne, ou tel spécialiste déconnecté de la réalité suisse. Il ne nous parle que du combat de titans entre les privés français et le secteur public dûment engraissé par la redevance en Suisse, aboutit à la conclusion incroyablement originale que nous allons vers une « bataille de contenus », n'aborde jamais la question de la proximité citoyenne, pourtant centrale, dans laquelle les petites, courageuses chaînes citées plus haut livrent un combat rude et âpre, un combat de tous les jours, sans moyens, ou presque.

 

Bataille de contenus ? Oui, of course ! Et c'est tant mieux : on espère bien,  en effet, que la concurrence entre médias se joue sur le fond, la valeur ajoutée (même modeste, car la TV est un média très cher), la proximité, le miroir du pays, et non sur ces sacro-saintes séries américaines qui, depuis l'éternité, fascinent notre chroniqueur du Temps. Dans cette page 3 d'aujourd'hui, une intéressante réflexion fonctionnelle, certes, mais nulle fenêtre ouverte sur la vocation identitaire d'un média, sa fonction de représentation sociale, politique, culturelle, dans sa zone de diffusion. Aucune allusion, jamais, ni dans cette enquête ni dans d'autres, au corset de paralysie que constitue, pour les chaînes régionales privés en Suisse, une Loi sur la radio et la télévision (LRTV) entièrement alignée sur des années de lobbying hallucinant (et efficace !) de la SSR. Une loi entièrement conçue pour empêcher les privés de croître, passer des accords, s'étendre. Une loi pour forcer les chaînes régionales à demeurer de petits ghettos juxtaposés, sur lesquels le Mammouth daignera, de temps en temps, jeter un œil condescendant. Une loi qui bafoue les principes élémentaires de concurrence, érige le Cartel, avec un immense C indécent, en Monopole féroce.

 

Le résultat : un quotidien dit « de référence » en totale obédience devant l'argent de casino des séries américaines, en absence de la moindre révolte - ou, tout au moins, de la plus petite question - sur les thèmes de la proximité et de l'identité. Un quotidien dit « libéral » qui refuse de voir l'étatisme cartellaire du Mammouth. Entre gens du (même) monde, on s'épargne.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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08/06/2011

Charles le Révolté


Sur le vif - Mercredi 08.06.11 - 12.20h

 

Charles Beer en a marre. Ça se voit de plus en plus, ça se sent, les signaux se multiplient. Et il a raison. D'en avoir marre, de le montrer.

 

Marre de quoi ? D'une quantité d'usines à gaz dont il a hérité, et dont son bon sens perçoit de plus en plus la puissance de nuisance et d'encombrement. Ministre de l'Instruction publique depuis huit ans, le socialiste n'est peut-être pas un spécialiste de l'enseignement, n'a d'ailleurs pas à l'être à son poste, mais il est un fin politique, doué d'instinct. Tous ceux, syndicalistes ou lobbyistes, qui ont cru bon de sous-estimer cet aspect de sa nature, l'ont payé cher. A part la votation initiale de septembre 2006, sur les notes au primaire, dont il a d'ailleurs immédiatement tiré les conséquences, Charles Beer, n'en déplaise à ses ennemis, a plutôt tendance à gagner ses combats. Dire qu'il est de moins en moins prisonnier d'un carcan idéologique relève de l'euphémisme : ce qui apparaît avec éclat, au contraire, c'est sa ductilité, sa faculté d'adaptation. Disons, la Realpolitik.

 

Marre de quoi ? A vrai dire, et malgré les apparences, des mêmes choses que Jean Romain ! Pas sur tout, certes, mais l'espace d'indignation commune aux deux hommes semble, de jour en jour, s'élargir. D'un côté comme de l'autre, méfions-nous de crier victoire : l'un peut certes se targuer de voir sa ligne de pensée de plus en plus avalisée ; l'autre, politique jusques aux tréfonds de la moelle, peut se prévaloir de son aptitude à récupérer, intégrer des courants qui n'étaient pas, au début, nécessairement les siens. En déterminisme de succès, c'est tout à son avantage.

 

Marre de quoi, Beer ? Dernier exemple en date (hier) : marre de « l'optionnite aiguë » dans le postobligatoire. Epinglé par la Cour des Comptes sur une question de planification des rentrées, l'habile instinctif a immédiatement contre-attaqué sur la complexité du système en vigueur depuis 1998 : quelque 3500 parcours différents, si on prend le produit cartésien des mélanges d'options possibles en vue de de la Maturité. C'est évidemment trop, beaucoup trop, il n'y a plus aucune lisibilité, aucune traçabilité des parcours. De l'excessive rigueur des sections (j'ai passé ma Maturité A, latin-grec, en avril 1976, quelques camarades de ma volée étaient en B, d'autres en D, quelques matheux visant l'EPFL en C, Punkt, Schluss) au supermarché actuel, il y a beaucoup de marge pour une simplification salutaire du système. Cela, hier, Charles Beer l'a dit, il a dit bien haut ce que tout le monde pense, il a jeté un pavé dans la mare. Il a eu raison.

 

Singulière situation, d'ailleurs, que celle d'un ministre laissant de plus en plus apparaître sa révolte face au système qu'il doit lui-même gérer ! Oui, Charles Beer en a marre. Au point qu'avec ses coups de gueule répétés, il commence à ravir à Jean Romain lui-même la posture de l'opposant ! Oui, l'homme est à la fois ministre et chef de l'opposition, attaquant et défenseur, il se sent de moins en moins (qui s'en plaindra ?) lié à son parti d'origine (socialiste, je crois) sur les questions d'enseignement. Charles Beer en a marre des socialistes, marre des camarades, marre de leur empreinte sur plusieurs décennies de décisions pédagogiques à Genève (y compris sous magistrate libérale). Alors, il organise lui-même les coups d'éclat en son propre empire. Il n'y aura bientôt plus besoin de monter des débats Charles Beer / Jean Romain. Il suffira d'opposer Beer le ministre à Charles-le-Révolté. D'avance, on s'en pourlèche les babines.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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07/06/2011

Tranchée de Vésenaz: les coûts explosent!

 

NEWS DECAPROD - Mardi 07.06.11 - 12.30h


Acceptée en votation populaire, la tranchée couverte de Vésenaz pourrait bien coûter beaucoup plus cher que prévu. Datée du 31 mai 2011, une lettre de Mark Muller aux membres de la Commission des Travaux fait apparaître un besoin financier supplémentaire chiffré à 2'200'000 francs ! Il s'agit de mesures provisoires d'accompagnement recommandées par la Direction générale de la Mobilité (DGM) du DIM (Département de l'Intérieur et de la Mobilité, dirigé par la Verte Michèle Künzler).

 

Ces mesures n'ayant pas été spécifiquement prévues dans les lois, il serait possible, suggère Mark Muller dans sa lettre, de les financer partiellement dans la rubrique « divers et imprévus » du chapitre « travaux ». Néanmoins, il manquerait encore un million. Ce crédit complémentaire, le conseiller d'Etat demande à la Commission des travaux de le lui octroyer.

 

Il s'agit de mesures d'accompagnement pour les transports publics. « Sans ces mesures, dit la lettre de Mark Muller, l'axe de la pénétrante que constitue la route de Thonon sera péjoré de manière extrêmement critique par la formation d'importants bouchons aux heures de pointe, sans proposition d'alternative pour les usagers ».

 

 

 

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