29/07/2011

Un jour, Christophe Darbellay devra sacrifier Mme Widmer-Schlumpf

 

Sur le vif - Vendredi 29.07.11 - 11.18h

 

J'ai lu le Blick d'hier, et ne comprends absolument pas l'insistance de Christophe Darbellay à s'accrocher  à la présence d'Eveline Widmer-Schlumpf au Conseil fédéral. Ou plutôt si, je la comprends : pour d'évidentes raisons tactiques ! Le président du PDC suisse veut garder avec lui le PBD, ce parti né de la crise du 12 décembre 2007, il espère pouvoir constituer, avec cet allié et d'autres, un groupe parlementaire plus important que ses éternels adversaires du PLR au lendemain des élections fédérales. Il ne va donc pas commettre l'erreur, en pleine campagne, de dégommer la conseillère fédérale de ce parti. Admettons. Encore faut-il attendre le verdict du peuple, au soir du 23 octobre, et nul ne peut le prévoir.

 

Être un brillant tacticien est une chose, on a en a compté des dizaines, justement du côté du MRP (le centre-charnière, d'inspiration démocrate-chrétienne) sous la Quatrième République française. Les gazettes de l'époque, qui s'amoncellent dans mes caves et greniers, ne parlaient que d'eux, les Pfimlin, les Teitgen, les Bidault, les Pleven. Qui, aujourd'hui, se souvient d'eux ? À quoi bon la tactique (certes indispensable), si elle n'est au service d'une vision supérieure de l'Etat ?

 

Cette vision, je sais que Christophe Darbellay la possède. Mais il doit faire attention aux signaux qu'il donne à sa propre famille politique, la droite suisse. Oui, la droite. La bonne vieille droite, qui commence au PDC et se termine à l'UDC. Il y a, en Suisse, une gauche. Et il y a une droite. Et ceux qui se proclament « centristes », observons l'ensemble de leurs votes. Et l'on constatera très vite que, sur la plupart des sujets, une fois passées leurs jérémiades moralisantes, ils finissent par voter beaucoup plus à droite qu'on ne croirait. Il faudra bien, un jour, que l'on torde un peu le coup à cette mythologie du centre. Relisez absolument les remontrances de Pompidou à son Premier ministre Chaban-Delmas, au lendemain du discours (oh, brillantissime) de ce dernier, le 16 septembre 1969, sur la « Nouvelle Société », un petit chef-d'œuvre signé Simon Nora et Jacques Delors. Chaban y multipliait les gages à la gauche. Pompidou lui a juste dit : « On ne trahit pas son électorat ». Or, l'électorat de Christophe Darbellay, dans les profondeurs du Valais, je ne suis pas sûr qu'il soit exagérément « centriste ».

 

Signaux internes à la droite : s'accrocher désespérément à une conseillère fédérale arrivée à son poste par le seul jeu de la trahison interne, incarnant d'ailleurs le coup du 13 décembre, c'est se mettre à dos une partie considérable - et pas seulement UDC - de la droite suisse. C'est consacrer une logique de coulisses parlementaires qui, d'année en année, ruine le crédit du Parlement comme grand électeur. Il serait intéressant que Christophe Darbellay songe un jour à rompre avec ce passé, rompre avec cette dame, avec tout ce que sa présence au Conseil fédéral rappelle et signifie. Rompre avec l'apologie du pronunciamiento du 12 décembre 2007, qui fut une inutile brisure au sein d'une droite suisse que les électeurs, en octobre de la même année, venaient pourtant de plébisciter comme jamais.

 

Ce jour-là, Christophe Darbellay avait choisi de sacrifier Blocher. Bientôt, pour survivre, il devra sans doute sacrifier Mme Widmer-Schlumpf. Ainsi va la politique, infidèle et cruelle. Avec ses griffes, impitoyables, de jeune tigresse.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Commentaires

Sacrifier la stroumpfette? Pourquoi? C'est une UDC pur et dur... Pourquoi continuer à faire chier l'UDC? Parce-qu'ils le méritent, eux et tous leurs soutiens, tous ceux ceux qui s'expriment à travers eux et à travers les médias (y compris les dégénérés qu'ils ne maîtrisent pôs mais rien à foutre, c'est leur problème...), la Stroumpfette dégage OK, Maurer aussi car il n'a rien prouvé qu'il était meilleur qu'elle! Pire même, selon l'avis des experts, il est pire.... l'udc veut 2 CF? qu'ils présentent 2 CF éligible... Out la schtroufette et le vélo-vélociraptor beuglant... Ils veulent participer à la politique nationale? Alors qu'ils proposent des personnes éligibles... Point barre!

Abe

Écrit par : Jocauss | 29/07/2011

Vous passez toujour comme chat sur braise sur les conditions d'élection au Gouvernement. En décembre 2007, le Parlement n'a pas réélu, au terme de la législature, un homme qui n'avait pas tenu parole. Il avait dit en 2003 qu'il respecterait la collégialité, il n'en a rien fait, il avait dit qu'avec son élection et celle de son compère Schmid son parti serait correctement représenté, jusque dans ses dissensions et divergences internes, il n'a cessé ensuite de critiquer le gouvernement, le parlement, les institutions, dans des réflexes totalitaires qui sont à long terme mauvais pour un pays. Et quand il essayait de monter le peuple contre les "élites" (dont il était sans doute, conseiller fédéral milliardaire, le meilleur représentant), travaillait-il vraiment dans l'intérêt supérieur du pays ? Ou n'était-ce pas plutôt dans l'intérêt supérieur de ses propres intérêts, autant de milliardaire que d'élite politique du premier parti du pays ?
Quand une partie ne respecte pas un contrat, on ne s'étonne pas quand l'autre partie le rompt. C'est exactement l'histoire de 2007, c'était non seulement salutaire pour le pays, c'était simplement logique. Si le Parlement avait réélu ce ministre, on aurait crié à la faiblesse du pouvoir parlementaire, électeur, on aurait crié à la fin des institutions et à l'incapacité du Parlement de prendre son rôle au sérieux. Une élection est une élection, et même si vous le considérez comme un crime de lèse-majesté, ce ministre n'est pas le premier, ni le dernier, auquel cela arrive. Il est par contre celui, dans l'histoire suisse, qui aura le plus travaillé à son propre échec électoral. Sinon, si il faut les élire sans limite de temps, alors il faut vite inscrire dans la Constitution qu'un ministre est élu à vie, et qu'il s'en va quand tel est son bon plaisir. Rien de très suisse, vous en conviendrez avec moi.
Quant au principal protagoniste de sa propre chute, il va très certainement être réélu au Parlement. Mais tout le monde voit bien que, malgré la déférence que lui vouent encore ceux qu'il paient pour cela (quel cirque!), les parlementaires de son parti en premier lieu, il commence lentement à ressembler à un vieillard dépassé par les événements, un petit vieux qui peut encore mordre, tuer même, au moins symboliquement, mais qui a passé définitivement son zénith politique. C'est fini, game over, et il faudra un jour le prendre en compte, sous peine de manquer la prochaine étape.

Écrit par : Bobino | 30/07/2011

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