29/07/2011

La diva et le parachute

 

Sur le vif - Vendredi 29.07.11 - 13.56h

 

Donc, le Conseil d'Etat genevois a quand même fini par octroyer un parachute (sorry, Anne, je sais que tu n'aimes pas ce mot) de 100.000 francs, sur deux ans, à la directrice sortante de la Comédie.

 

Anne Bisang, dont je répète qu'elle n'est pas en cause et qu'elle a bien raison, comme n'importe quel artiste, de solliciter des subventions, est une personnalité de gauche. Clairement sympathisante, même, du parti socialiste, sur les listes duquel elle avait failli se présenter au National.

 

On peut donc imaginer que les trois conseillers d'Etat de gauche aient voté pour le parachute. Il reste qu'un magistrat de droite a bien dû se rallier.

 

Vous ne voyez pas lequel ?

 

Pascal Décaillet

 

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Un jour, Christophe Darbellay devra sacrifier Mme Widmer-Schlumpf

 

Sur le vif - Vendredi 29.07.11 - 11.18h

 

J'ai lu le Blick d'hier, et ne comprends absolument pas l'insistance de Christophe Darbellay à s'accrocher  à la présence d'Eveline Widmer-Schlumpf au Conseil fédéral. Ou plutôt si, je la comprends : pour d'évidentes raisons tactiques ! Le président du PDC suisse veut garder avec lui le PBD, ce parti né de la crise du 12 décembre 2007, il espère pouvoir constituer, avec cet allié et d'autres, un groupe parlementaire plus important que ses éternels adversaires du PLR au lendemain des élections fédérales. Il ne va donc pas commettre l'erreur, en pleine campagne, de dégommer la conseillère fédérale de ce parti. Admettons. Encore faut-il attendre le verdict du peuple, au soir du 23 octobre, et nul ne peut le prévoir.

 

Être un brillant tacticien est une chose, on a en a compté des dizaines, justement du côté du MRP (le centre-charnière, d'inspiration démocrate-chrétienne) sous la Quatrième République française. Les gazettes de l'époque, qui s'amoncellent dans mes caves et greniers, ne parlaient que d'eux, les Pfimlin, les Teitgen, les Bidault, les Pleven. Qui, aujourd'hui, se souvient d'eux ? À quoi bon la tactique (certes indispensable), si elle n'est au service d'une vision supérieure de l'Etat ?

 

Cette vision, je sais que Christophe Darbellay la possède. Mais il doit faire attention aux signaux qu'il donne à sa propre famille politique, la droite suisse. Oui, la droite. La bonne vieille droite, qui commence au PDC et se termine à l'UDC. Il y a, en Suisse, une gauche. Et il y a une droite. Et ceux qui se proclament « centristes », observons l'ensemble de leurs votes. Et l'on constatera très vite que, sur la plupart des sujets, une fois passées leurs jérémiades moralisantes, ils finissent par voter beaucoup plus à droite qu'on ne croirait. Il faudra bien, un jour, que l'on torde un peu le coup à cette mythologie du centre. Relisez absolument les remontrances de Pompidou à son Premier ministre Chaban-Delmas, au lendemain du discours (oh, brillantissime) de ce dernier, le 16 septembre 1969, sur la « Nouvelle Société », un petit chef-d'œuvre signé Simon Nora et Jacques Delors. Chaban y multipliait les gages à la gauche. Pompidou lui a juste dit : « On ne trahit pas son électorat ». Or, l'électorat de Christophe Darbellay, dans les profondeurs du Valais, je ne suis pas sûr qu'il soit exagérément « centriste ».

 

Signaux internes à la droite : s'accrocher désespérément à une conseillère fédérale arrivée à son poste par le seul jeu de la trahison interne, incarnant d'ailleurs le coup du 13 décembre, c'est se mettre à dos une partie considérable - et pas seulement UDC - de la droite suisse. C'est consacrer une logique de coulisses parlementaires qui, d'année en année, ruine le crédit du Parlement comme grand électeur. Il serait intéressant que Christophe Darbellay songe un jour à rompre avec ce passé, rompre avec cette dame, avec tout ce que sa présence au Conseil fédéral rappelle et signifie. Rompre avec l'apologie du pronunciamiento du 12 décembre 2007, qui fut une inutile brisure au sein d'une droite suisse que les électeurs, en octobre de la même année, venaient pourtant de plébisciter comme jamais.

 

Ce jour-là, Christophe Darbellay avait choisi de sacrifier Blocher. Bientôt, pour survivre, il devra sans doute sacrifier Mme Widmer-Schlumpf. Ainsi va la politique, infidèle et cruelle. Avec ses griffes, impitoyables, de jeune tigresse.

 

Pascal Décaillet

 

 

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28/07/2011

Double appartenance

 

Sur le vif - Jeudi 28.07.11 - 19.24h

 

Guy Mettan a eu mille fois raison d'utiliser, à l'instant sur la RSR, le mot « double appartenance » pour parler des Valaisans de Genève. Ces milliers de Valaisans (combien sont-ils exactement ?) dont les parents, ou les grands-parents, ou eux-mêmes sont venus s'installer dans la ville de Calvin. Depuis, en tout cas, la seconde partie du dix-neuvième siècle, avec de puissantes poussées migratoires à la fin de chacune des deux Guerres mondiales.

 

Double appartenance, oui. Les Valaisans de Genève aiment leur canton d'origine, d'un amour parfois plus intransigeant encore que certains indigènes. Et ils aiment profondément Genève. Comme les Jurassiens, les Fribourgeois de Genève, aiment Genève. Comme les Italiens, les Espagnols, les Albanais de Genève, aiment Genève. Oui, les identités sont cumulables, il n'y a nul reniement de l'un à s'éprendre aussi de l'autre.

 

Oui, il y a la magie d'un lien direct entre le Valais et Genève, ne me demandez pas lequel, je serais incapable de vous l'expliquer. Toute ma famille est Valaisanne, une branche d'Orsières, l'autre de Salvan, tous mes ancêtres, à perte de vue, sur les arbres généalogiques. Je les aime, je me sens leur héritier, et pourtant j'aime Genève. Même si chaque entrée en Entremont, ou du côté du Trient, ou dans les splendeurs du Haut Val de Bagnes, me serre intensément le cœur.

 

Catholique, je n'ai jamais ressenti à Genève le moindre ostracisme. Ni le moindre mépris. Les quelques protestants de « la haute » que j'ai pu fréquenter, à commencer par mon professeur, Olivier Reverdin, me sont toujours apparus d'une infinie délicatesse quant à la pluralité confédérée de leur ville. Il y a, de Gletsch aux Saintes Maries de la Mer, un petit miracle qui s'appelle le Rhône. J'ai toujours cru à la loi des fleuves et des bassins, d'extraordinaires géographes et poètes en ont si bien parlé.

 

Bravo à Pierre Maudet, le Maire, d'honorer les Valaisans de Genève, aux Bastions, le 1er Août prochain. On dit qu'ils sont plus nombreux qu'en ville de Sion. J'ai la chance de faire partie de ceux d'entre eux qui ont un point d'attache dans le Vieux Pays, d'où j'écris ces lignes. Mais peu importent les bornes. Il n'y a, au fond, ni départ ni retour. Ni exil, ni royaume. Il n'y a que la richesse d'un cœur d'homme, ou de femme, à s'ouvrir à deux identités. La première et la dernière. Celle d'où l'on vient. Celle où l'on vit. Celle où l'on meurt. Celle où l'on aime.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

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Candidats, un peu de culture sur vos partis, SVP !

 

Sur le vif - Jeudi 28.07.11 - 12.42h

 

Journaliste politique, j'ai toujours adoré les périodes électorales. Elles prêtent à la déraison, la démesure. Elles fermentent. Révèlent les caractères. Âgé de 45 ans au moment des législatives de mars 1978 (où tout le monde donnait la gauche gagnante, et voyait Mitterrand devenir Premier ministre de Giscard), le phénoménal Jacques Chirac a sauvé et la droite et Giscard (qu'il détestait déjà), en serrant un million de mains pendant la campagne ! Physiquement, ça fait mal : la main est un savant réseau de nerfs, de muscles et de cartilages qu'on ne peut pas impunément maltraiter. Bien que catholique, j'ai toujours détesté les carnavals. Mais j'ai toujours adoré les bonnes vieilles campagnes électorales républicaines. Elles ont le goût, incomparable, du cassoulet. J'aurais tellement aimé vivre celles des radicaux ou des socialistes, dans d'improbables villages du Sud-Ouest, sous la Troisième République. Ou les ultimes meetings de Mitterrand, toujours à Toulouse, l'avant-veille du second tour.

 

Il y a quatre ans, septembre-octobre 2007, en direct sur le plateau de « Genève à chaud », sur Léman Bleu, j'ai reçu, l'un après l'autre, les 97 candidats genevois au Conseil national ! Ils avaient chacun quelques minutes pour convaincre, et devaient répondre, à la fin, à un petit quizz sur l'Histoire et les grandes orientations de philosophie politique de leur parti. Le meilleur, de très loin, à ce petit jeu fut l'UDC Eric Leyvraz, vigneron à Satigny, véritable encyclopédie, incollable. Le moins bon fut.....

 

J'ai l'intention, cette année, de reconduire cette expérience du quizz. Pas seulement pour la petite note de détente (c'est un quizz souriant, of course) après le questionnement politique. Mais aussi parce que je suis sincèrement persuadé que ceux qui se lancent en politique, aujourd'hui, ne connaissent pas suffisamment l'Histoire politique suisse, celle de leur canton, celle de la Confédération. Ils peinent à citer les grands hommes, et pourtant nous en avons eus. Ils méconnaissent de façon crasse le dix-neuvième siècle, période constitutive de notre univers politique. Ils manquent d'arguments historiques et philosophiques. Donnent souvent l'impression d'être un peu là par hasard. Ou par accointement familial. Ou par copinage Facebook. Je les encourage donc, dès maintenant, à se renseigner sur l'Histoire de leurs partis, l'Histoire genevoise, ou vaudoise, ou valaisanne, l'Histoire suisse, qui est proprement passionnante. De remarquables ouvrages, ces dernières années, dépoussiérés de l'éternelle mythologie de Guillaume Tell, ont été consacrés à ces sujets. Pensons, par exemple, au boulot titanesque d'un Olivier Meuwly.

 

Je le dis tout net : je ne supporte pas d'avoir face à moi un démocrate-chrétien ignorant du Kulturkampf, de Léon XIII, du Sillon, ou même de la Revue Esprit. Idem, un radical n'ayant jamais entendu parler de James Fazy, ou Druey, ou Joseph Barman. Ou n'ayant pas lu au moins quelques livres sur le radicalisme sous la Troisième République, la loi de 1905, l'Affaire Dreyfus, etc. Ou un libéral ignorant de Tocqueville. Ou un socialiste ne connaissant ni Jaurès, ni Blum, ni Mendès, ni Mitterrand, ni Olof Palme, ni Kreisky, ni Willy Brandt, ni notre admirable Tschudi, ni André Chavanne. Je parle ici des partis qui ont une Histoire. Je pourrais donc évidemment ajouter l'UDC, avec la grande figure agrarienne d'un Minger. Et puis ? Et puis, je crois bien que c'est tout.

 

Pour parler net, j'en ai marre de l'inculture. J'aime, quand je parle avec un politique, laisser rouler la conversation sur d'autres choses, plus ancestrales, plus fondatrices, que le seul projet de loi du moment. J'aime pouvoir évoquer de grandes figures. Un jeune homme, récemment, m'a ébloui par son univers de références sur son propre parti : le PDC fribourgeois Emmanuel Kilchenmann. Mais il y en a aussi chez les socialistes (Grégoire Carasso), chez les radicaux (Murat Julian Alder, Philippe Nantermod, et plein d'autres). Je perçois moins cette épaisseur dans certains partis monothématiques, trop récents pour avoir une Histoire.

 

Soyons clairs : il ne s'agit pas d'érudition. Il ne s'agit pas de singes savants. Il s'agit juste, quand on choisit, par exemple, d'adhérer à un parti dont l'étiquette est aussi lourde de références que « démocrate-chrétien » de savoir au moins, un minimum, d'où est issue cette mouvance en Suisse ou en Europe. Avoir tout de même un peu entendu parler du Zentrum bismarckien, ou d'Adenauer, ou de la Democrazia Cristiana d'après-guerre. Savoir qui furent Kurt Furgler ou Maurice Troillet. S'être un peu frotté aux 43 années d'opposition, et de rude combat, des catholiques conservateurs, en Suisse, entre 1848 et 1891. Il existe, pour cela, d'excellents livres. Nos Histoires cantonales, notamment, par quantité d'admirables mémoires et thèses, ont été puissamment revisitées, ces dernières années, par de jeunes chercheurs. Pourquoi les secrétariats des partis politiques, toutes tendances confondues, ne proposent-ils pas ce genre d'ouvrages à leurs jeunes (ou moins jeunes) adhérents ? Ces secrétariats, je le dis, sont aujourd'hui trop gestionnaires, pas assez agitateurs d'idées.

 

Je ne propose pas des examens d'entrée dans les partis, il y aurait là comme un élitisme censitaire contraire à l'indispensable variété de représentation de la population. Mais enfin, si j'étais secrétaire de parti (ce qu'à Dieu, rassurez-vous, ne plaise), je peux vous dire que j'aurais, avec chaque postulant, un sacré entretien de départ sur ce qu'il a dans le ventre. Évidemment, nul aujourd'hui ne s'y prête, trop content de faire gonfler la liste des nouveaux adhérents.

 

Les partis politiques sont, depuis la Révolution française, une noble et grande chose. Il est essentiel que les aspirations des uns et des autres puissent se fédérer en quelques grands courants, pas trop, sinon c'est l'atomisation, l'individualisation, la dilution des repères, des frontières. Or, la démocratie, ça n'est pas le « tous d'accord », encore moins le « tous copains ». Non, c'est la confrontation des idées. Par la dialectique. Par l'argument. Par la rencontre avec la population. La gauche, ça existe, elle a même donné, au vingtième siècle, certaines des plus grandes figures de l'Histoire européenne. La droite, idem. Le centre, j'ai un peu plus de peine à lui percevoir une identité propre. Mais enfin, que tous ces grands courants s'interpellent et se combattent, en connaissance de leurs valeurs respectives, de leurs Histoires, c'est cela la grandeur du combat politique. Les passerelles, c'est tout à la fin, une fois qu'on s'est battu. Les poser d'emblée comme nécessaires, c'est abdiquer ses valeurs avant même d'avoir livré bataille.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

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27/07/2011

Ficelles et manigances, épisode 2011

 

Sur le vif - Mercredi 27.07.11 - 13.03h

 

C'est de nouveau la charrue avant les bœufs ! Le peuple ne votera que dans trois mois (le dimanche 23 octobre) pour les élections fédérales, et déjà, ici et là, on trame, on ourdit, on vaticine, pour savoir s'il faut maintenir ou non, le 14 décembre (réélection complète du Conseil fédéral), Eveline Widmer-Schlumpf, dégommer ou non l'un des deux conseillers fédéraux du PLR. Dans un intéressant papier du Temps, ce matin, Bernard Wuthrich évoque ces ficelles et manigances.

 

En Suisse, l'élection exécutive, hélas, procède du Parlement. Partisan, depuis toujours, de l'élection par le peuple, je le regrette, mais enfin c'est ainsi, et tant que le système n'est pas changé, il s'agit évidemment de le respecter. Pour l'heure, la composition du Conseil fédéral relève d'une bonne dose d'arithmétique. Là aussi, on souhaiterait un changement, de vraies plateformes politiques, avec un programme de législature, penchant à droite (tous, sauf les socialistes) ou à gauche (tous, sauf l'UDC), mais manifestement ça ne sera pas pour cette fois. Ca n'est jamais pour cette fois ! Donc, la cuisine mathématique demeurera. Donc, rien ne sert de spéculer sur la composition du Conseil fédéral, le 14 décembre prochain, sans avoir le rapport de forces législatif voulu par le peuple le 23 octobre. Que va-t-il voter ? Franchement, je n'en sais rien.

 

Voilà pour le côté prématuré. Mais il y a pire. Si vraiment, comme l'articulent d'avertis commentateurs, certains chefs de parti en sont déjà à des projections d'apothicaires sur le maintien ou le renvoi de Mme Widmer-Schlumpf, l'exécution d'un PLR, c'est vraiment que la caste parlementaire, en Suisse, tient à se discréditer davantage encore. Le pronunciamiento du 12 décembre 2007 vibre encore dans bien des mémoires. Les erreurs de casting, lors des successions Couchepin puis Merz, aussi. Le coup de la souris grise qu'on porte au pouvoir, parce qu'elle incarne les subtilités de la technique parlementaire, certes un homme très bien, mais qu'avons-nous à faire des « hommes bien », s'ils ne communiquent pas quelque chose de fort à la population ? Dans l'autre cas, renvoyer chez elle Mme Keller-Sutter, la meilleure de tous, parce que sa tête dépasse, dévoile une peur du Parlement face à tout ce qui lui est étranger. Quatrième République, dans le pire sens du terme ! Que le Parlement fasse des lois, qu'il contrôle sévèrement le Conseil fédéral et l'administration, qu'il se montre sourcilleux face aux abus de pouvoir, tout cela oui, c'est sa mission, sa noblesse. Mais désolé, l'élection du gouvernement, cet archaïsme du milieu du dix-neuvième siècle, ne doit, à terme, plus être de son ressort.

 

Alors, qui vaticine ? Les socialistes, je n'en sais rien. Les Verts, je n'en sais rien, ils essaient simplement de placer l'un des leurs au Conseil fédéral, ce qui est de bonne guerre. L'UDC, je n'en sais rien. Pour le reste, suivez mon regard. Contemplez ce centre-droit qui fit la Suisse, et aujourd'hui, ne fait plus grand-chose d'autre que tirer dans ses propres pattes. Mme Widmer-Schlumpf n'est pas nécessaire à la Suisse. Sa légitimité à son poste, issue de la combinazione du 12 décembre 2007, est pour le moins douteuse. À l'UDC, elle incarne la trahison. À gauche, elle incarne une politique parfois pire encore que celle de l'UDC. Quant aux deux conseillers fédéraux du PLR, on cherche en eux, avec beaucoup d'intérêt, un quelconque souffle d'Etat ou de grandeur. La  vraie politique, comme d'ailleurs dans n'importe quel pays du monde, lorsqu'on a affaire à un casting aussi peu convaincant, ne serait-elle celle du grand coup de sac ?

 

Mais que les tenants de l'épicerie, du savant château de cartes où rien ne bouge, ne s'inquiètent pas. Le système actuel, aussi absurde soit-il, perdurera sans problème. Le jour où il s'effondrera, ce sera sans doute d'un coup. Par exemple, sous une pression venue de l'extérieur. Comme en 1848. Comme en 1919. Pour les grandes réformes, nous sommes, hélas, un pays de suiveurs.

 

Pascal Décailet

 

 

 

 

 

 

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26/07/2011

Couchepin-Nantermod : le sage et le pur-sang

 

Sur le vif - Mardi 26.07.11 - 19.01h

 

Entre radicaux valaisans, on s'entraide. Très clairement, tout à l'heure, dans sa chronique sur la RSR, en dialogue avec Philippe Revaz, l'ancien conseiller fédéral a soutenu la croisade du surdoué de Morgins (devenue celle du PLR, mais avec résistances internes) contre le prix unique du livre. Couchepin, qui est pourtant un grand lecteur et qu'on ne soupçonnera pas de poujadisme culturel, voit, dans la forme « d'exception » que constituerait un tel prix unique en système libéral, une peur de la concurrence, mauvaise conseillère. Je crois pour ma part qu'il a raison.

 

Au-delà de cette querelle, certes difficile à trancher, et où on trouve des deux côtés de bons arguments, on notera le petit coup de pouce, en pleine période électorale, à l'un des jeunes espoirs les plus énergiques, les plus déterminés, du PLR en Valais. Philippe Nantermod est né dans la marmite. La politique, c'est sa vie. Il a du courage, du verbe, des arguments, et surtout une formidable envie d'en découdre. Jamais il n'insulte. Avec les mots, il se bat. Un pur-sang dont on espère vivement voir très vite (pourquoi pas en cours de législature, voire... dès le début !) bénéficier le Conseil national.

 

Pascal Décaillet

 

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25/07/2011

Oslo : les petits ayatollahs de la petite Suisse

 

Sur le vif - Lundi 25.07.11 - 19.30h

 

Je l'ai dit dans mon texte précédent, la Suisse est multiculturelle, c'est dans sa nature, son Histoire, je plaide pour qu'elle le demeure. Mais sur un point, il faut être parfaitement clair : demander de contrôler l'immigration, comme le fait aujourd'hui l'UDC avec sa nouvelle initiative, relève du débat démocratique. Je ne voterai certainement pas cette initiative, comme j'ai rejeté celle sur les minarets, mais il n'y a strictement rien à dire, faute à s'ériger en ayatollahs de la censure, à ce que ce thème émerge dans l'espace public. Si le texte obtient les signatures, nous aurons un grand débat national sur le sujet, il y aura des pour, il y aura des contre, et un beau dimanche, le peuple et les cantons trancheront. Cela s'appelle la démocratie.

 

En République, il n'y a pas de dogme. Il y a des choix souverains des différentes communautés humaines, Etats, cantons, Länder, qui se donnent des règles, les modifient d'ailleurs au cours de l'Histoire. Je dis : « L'apport des étrangers a été, en tout cas depuis 1848, une chance historique pour la Suisse », ce que d'ailleurs n'importe quel observateur de notre Histoire économique, mais aussi intellectuelle, culturelle, peut constater. C'est mon opinion, mais ça n'est pas un dogme. Si, en votation populaire, une majorité légitime du corps électoral en juge autrement, il faudra bien l'accepter. Le multiculturalisme n'a pas à être asséné comme une obligation incontournable. Ses partisans doivent démontrer - et ils auront pour cela de réels arguments, et je les soutiendrai - en quoi l'apport migratoire a été un enrichissement.

 

Cette volonté de s'inscrire dans un échange dialectique, le moins qu'on puisse dire est qu'on ne la perçoit guère, depuis l'attentat d'Oslo, de la part de véritables Fouquier Tinvile de gauche, n'ayant comme obsession que de créer le plus immédiat rapprochement possible entre l'acte du tueur norvégien et les thèses d'un parti suisse qui s'appelle l'UDC. Le discours de ce parti serait l'irrémédiable prémisse conduisant, tout au bout, à l'acte du tueur norvégien. Ben voyons ! Elle est pas simple, la vie ?

 

A cela s'ajoute l'obsessionnelle posture du service dit « public » à thématiser ce rapprochement. Hier, 18h, on invite Oskar Freysinger dans la jouissive perspective de le confondre. Ce soir, même heure, on veut absolument faire admettre à Guy Parmelin que la concomitance entre le dépôt de l'initiative de son parti et la tragédie d'Oslo générerait un « malaise ». On multiplie les « experts », d'autant plus diserts qu'il n'ont pas grand chose, voire franchement rien, à dire. On a peur du vide. On remplit comme on peut.

 

Hallucinante est, depuis quelques heures, l'intolérance de ces milieux d'une certaine gauche, à vrai dire fort radicale, les premiers à se poser en missionnaires de la Leçon. Ils ont tort. Le public est plus sage qu'on ne croit, sait très bien déceler des tentatives de récupération plus grosses que des câbles de téléphérique. L'immense majorité du peuple suisse est révulsée par l'acte d'Oslo, et aussi par le discours de haine de son auteur. Une majorité, aussi, saura se prémunir de ces ayatollahs, ces maîtres de la censure, ceux qui veulent faire taire, profiter de l'aubaine pour affaiblir un adversaire qu'ils ont toujours haï. Leur tentative de récupération est tellement visible, leur inaptitude au débat démocratique, tellement criante. Ils n'ont, ces gens-là, aucune leçon de démocratie à donner au peuple suisse.

 

Pascal Décaillet

 

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Oslo-Nanterre: la vie contre la mort

 

Lundi 25.07.11 - 11.54h

 

La Norvège est en deuil, nous sommes tous en pensée avec elle. L'attentat d'Oslo est inqualifiable, les motivations de son auteur, aussi. À partir de là, que dire de plus, qui soit sensé, éclairant sur cette horreur, ne relève pas du remplissage, ni du traditionnel cortège « d'experts », l'un sur l'extrême droite en Europe, l'autre sur les néo-nazis en Scandinavie, un troisième sur le « fondamentalisme chrétien » ?

 

Cette volonté de remplir, tout de suite étiqueter, révèle notre ignorance. En quoi les métastases fantasmatiques d'un Norvégien isolé doivent-elles nous interroger sur autre chose que sa propre folie ? Le malheur fait partie de l'Histoire humaine, le tragique aussi. Jamais nous ne pourrons les éradiquer.

 

Je me suis trouvé, le soir même de la tuerie de Nanterre (27 mars 2002), dans la chambre mortuaire. Il y avait là des conseillers municipaux, des élus du peuple, assassinés, en pleine séance, par un forcené. Le peuple de Nanterre, en masse, était venu leur rendre hommage, bouleversé, mais fier d'appartenir à cette commune, plus décidé que jamais (comme les Norvégiens, aujourd'hui), à continuer de vivre son destin commun. La folie des assassins est terrible, mais en aucun cas nous ne devons sous-estimer la puissante volonté des survivants de ne pas se laisser impressionner.

 

La Suisse, comme la Norvège, est multiculturelle. Elle a choisi de l'être, en tout cas depuis le milieu du dix-neuvième siècle. Elle a, assurément, fait le bon choix : les strates d'étrangers, au fil des décennies, ont construit ce pays avec nous, elles se sont intégrées. La Suisse, en aucun cas, ne saurait se référer à une race pure, un noyau dur qui aurait résisté aux métissages. Sa pluralité est dans sa nature. Cela est valable pour les langues, pour les religions, pour la liberté de culte, le respect de ceux qui croient, ou d'ailleurs ne croient pas.

 

Il y a très longtemps, avec ma famille, je suis allé en Norvège, jusqu'au Cap Nord. Voyage féerique, soleil de minuit, nous nous disions que ce pays modeste et tranquille ressemblait au nôtre. Cette similitude, aujourd'hui, me semble dépasser très largement celle des paysages : il s'agit d'une démocratie meurtrie dans sa chair. Elle n'a pas, sous prétexte de la folie d'un homme, à rougir de ce qu'elle est, ni surtout de s'être ouvert aux autres peuples du monde. Pas plus que les survivants de Nanterre, arpentant la chambre mortuaire au soir du 27 septembre 2002, à deux pas du Théâtre des Amandiers, où Chéreau mille fois réinventa la vie, n'avaient à rougir d'être ce qu'ils étaient : une communauté humaine désireuse, simplement, de vivre ensemble.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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24/07/2011

Mitterrand, sur le vif, par Michèle Cotta

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Notes de lecture - Dimanche 24.07.11 - 16.51h

 

De mes hauteurs valaisannes, d'où j'écris ces lignes, j'ai le privilège d'avoir depuis tant d'années, authentiquement surgies du grenier, une collection de magazines « L'Express » des années soixante, celui de la grande époque, Jean-Jacques Servan-Schreiber, Françoise Giroud. Quinze mille fois, je l'ai les décortiqués, dégustés. Toujours avec le même bonheur : celui de savourer des analyses politiques n'ayant, avec le recul d'un demi-siècle, pas pris une ride. Les plumes en sont magistrales. Beaucoup d'entre elles sont féminines : Giroud, bien sûr, avec ses éclairs, mais aussi Irène Allier, Catherine Nay (dès 1968) et Michèle Cotta. Nous sommes là dans une aristocratie du journalisme politique français dont le moins qu'on puisse dire est qu'on peine à déceler l'équivalent aujourd'hui.

 

Déjà, dans ces années soixante, le style Cotta : factuel, dans le sens le plus noble du terme. Jeune journaliste, elle avait décroché la toute première grande interview de François Mitterrand après l'affaire de l'Observatoire (1959), dont il était sorti laminé. Pendant 37 ans, 23 d'opposition, puis 14 d'Elysée, le destin de la journaliste (qui accèdera aux plus hautes fonctions de l'audiovisuel) ne cessera de croiser celui de l'homme politique le plus énigmatique et le plus séduisant de l'après-guerre en France. Publiées en mars, avec une préface inédite, les 868 pages de ses « Carnets de route » avec Mitterrand constituent une lecture passionnante, piquante, rafraîchissante comme l'eau vive puisée directement à la source : celle de ces notes, prises sur le vif, devant servir de canevas à ses papiers de l'époque.

 

On y découvre quoi ? Un exceptionnel combattant politique. L'homme qui ne renonce jamais. L'homme seul, le plus insulté de France, abandonné de tous au lendemain de l'Observatoire ou de Mai 68. L'homme pulvérisé, qui patiemment se reconstruit. L'homme qui connaît par cœur chacune des circonscriptions de la carte électorale française. L'homme qui, très lentement, face aux caciques de la SFIO, face à la deuxième gauche de Rocard, à force d'un acharnement sans pareil, s'impose au sein d'une famille socialiste qui, au départ, n'est absolument pas la sienne. L'homme qui, non seulement, renverse le rapport de forces entre socialistes et communistes, mais finit par reléguer ces derniers, premier parti de France à la Libération, dans un rang mineur.

 

On y découvre aussi qu'en politique, rien n'est jamais gagné, ni d'ailleurs perdu, qu'il n'y a aucun ami, que tout proche est un traître potentiel, que le danger est partout. Il n'y a ni monarque, ni « Dieu », ni « Tonton », il y a l'aspérité du combat d'un homme seul, à la constante merci du piège, de la chute, de la disparition. Il y a aussi, dans ces carnets, la très grande violence de la vie politique, éliminer l'autre, et avant tout le proche. « 1967 : comme je lui demande comment il compte s'y prendre pour déjouer les assauts de Guy Mollet, alors secrétaire général de la SFIO, qui ne veut pas lui laisser le champ libre à gauche, il me répond : « C'est simple, Guy Mollet pense à m'abattre 23 heures sur 24. Il me suffit, à moi, de penser 24 heures sur 24 à être plus fort que lui » (Page 852, réflexion de Michèle Cotta le 8 janvier 1996, jour de la mort de François Mitterrand).

 

Au fil de toutes ces notes, Michèle Cotta ne cherche pas à faire du style, ni à prétendre, comme d'autres, tramer une oeuvre littéraire autour du destin, déjà par nature si romanesque, du héros. Et c'est précisément la sobriété de ces carnets qui révèle les lignes de force d'une vie, d'un combat, d'un caractère. Autour du personnage principal, certaines figures, comme Mauroy, sortent grandies. D'autres, comme Rocard, étrillées. On ne peut pas dire, concernant ce dernier, que la narratrice le défende avec acharnement, tout au plus un sobre « bravo » au moment des Accords de Matignon, juin 1988, sur la Nouvelle-Calédonie (page 648).

 

Quant à la somme phénoménale des intrigues, embrouilles, chausse-trappes, au sein même de la famille socialiste, elle dépasse l'entendement. On mesure, en lisant Michèle Cotta, à quel point la discorde interne est ontologiquement ancrée dans ce parti-là. Qu'il faut pourtant, et impérativement, d'abord contrôler si on aspire ensuite à l'Elysée. Le seul qui soit, jusqu'à nouvel ordre, parvenu, à ce jour, à maîtriser successivement le parti, puis le pays, s'appelle François Mitterrand. On conseillera donc avec beaucoup de diligence cette lecture d'été à Martine Aubry, Ségolène Royal et François Hollande. Et, plus largement, à tous ceux que passionne la politique française, et la figure magistrale du personnage principal de ces carnets.

 

Pascal Décaillet

 

*** "Mitterrand, carnets de route", par Michèle Cotta, Editions Pluriel, 868 pages, mars 2011.

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22/07/2011

Comment dit-on « lampiste » en genevois ?

 

Sur le vif - Vendredi 22.07.11 - 15.07h

 

Marc Fues, ancien directeur de la Banque Cantonale de Genève, condamné à 180 jours-amendes pour faux dans les titres. René Curti, son adjoint, à 120 jours. Dominique Ducret, l'ancien président, acquitté. Les deux réviseurs aussi. Ce verdict appelle les six commentaires suivants :

 

1) Il est heureux que ce procès aboutisse à un épilogue.

 

2) En chargeant MM Fues et Curti, c'est clairement l'échelon de commandement opérationnel, et lui seul, qui est reconnu coupable. On aurait plaisir à savoir pourquoi.

 

3) En acquittant les échelons de contrôle (interne à l'entreprise, par la présidence du conseil d'administration, et externe par les réviseurs), les juges entendent-ils que ces échelons n'étaient pas au courant de ce qui s'est passé ? Si c'est le cas, ça n'est peut-être pas pénal, mais il faudra, à l'avenir, se passer de confier à ces Messieurs des responsabilités de gestion de cette envergure.

 

4) L'Etat de Genève, celui des années 2010-2011, était-il vraiment habilité à jouer - et, à certains moments, surjouer - la « partie plaignante » ?

 

5) L'échelon de contrôle politique, via les différents conseillers - et conseillères - d'Etat impliqués, au fil du temps, dans cette affaire, est-il définitivement à exonérer de toute responsabilité ?

 

 

6) Comment dit-on « lampiste » en dialecte genevois ?

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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21/07/2011

La Suisse a besoin de Christophe Darbellay

 

Sur le vif - Jeudi 21.07.11 - 12.27h

 

C'est toujours comme ça : il suffit que la presse dominicale alémanique (en l'occurrence, d'inspiration radicale) esquisse un zéphyr d'éternuement pour qu'une armada de suiveurs nous offrent un festival de coryza des consciences. Dernier exemple en date : les prétendues rumeurs sur un retrait de Christophe Darbellay, après les élections fédérales. Sur la nature, et surtout les origines, y compris Catacombesques, de ces rumeurs, lire l'excellent papier d'Yves Petitgnat, dans le Temps de ce matin.

 

Mais l'essentiel n'est pas là. Il n'est pas dans le charivari interne d'une démocratie chrétienne suisse où dagues acérées et chevalières empoisonnées ont toujours fait partie, bien avant le sabre, ne parlons pas du goupillon, de l'attirail de base. C'est vrai en Valais. C'est aussi vrai chez les âmes pures de Suisse centrale. C'est très vrai en Ville de Genève. C'est éclatant de vérité, notamment ces temps, du côté de Fribourg. Je n'en dirai pas plus.

 

Oui, Christophe Darbellay a des ennemis à l'interne. Quel chef n'en a pas ? Oui, son talent, son aisance dans les médias, l'aura de sa personne, tout cela suscite la jalousie. C'est la vie. Ça fait partie de la politique, du jeu. Jusque-là, rien de grave. Rien, sauf l'essentiel. Et l'essentiel, c'est quoi ? Mais enfin, ouvrez les yeux : l'essentiel, c'est que ce Flandrin des glaciers, taquineur de chamois, homme d'altière solitude sur le plus escarpé des sentiers, est de loin, et sans comparaison, le meilleur étendard de son parti, donc de l'une des composantes historiques de la droite suisse, pour les années qui viennent.

 

À part Doris Leuthard, juste avant lui, vous souvenez-vous du moindre président du PDC suisse ces dernières décennies ? Oui : Carlo Schmid. Mais à part ce génial Appenzellois, dont la place aurait dû être au Conseil fédéral, qui ? La grande armée des taxis vides, qui s'arrêtent devant le Palais fédérale, et dont personne ne sort ! Une bande de tièdes ! Et là, tout à coup, depuis 2006, un type qui existe. Un Valaisan qui porte le verbe, brandit le fanion, croit en la politique, se jette en avant. Parfaitement à l'aise à Arena, Forum, Infrarouge, Genève à chaud, au Grand Oral, mais tout autant en inalpes et désalpes, fêtes fédérales et cantonales, festivals de fanfares, foires agricoles, comices, cochonnailles d'automne : bref une incroyable envie de vivre. C'est sans doute cela qui rend jaloux.

 

J'ai eu, avec Christophe Darbellay, un désaccord majeur, qui demeure, mais sur lequel nous avons eu une explication : le coup du 12 décembre 2007 contre Christoph Blocher. Pronunciamiento que le Valaisan n'a pas fini de payer, peut-être même les salves de ces jours sont-elles une partie de la facture. Pour moi, il fallait que la droite suisse soit unie, je l'ai considérée en l'espèce comme trahie, les lecteurs connaissent depuis quatre ans mon point de vue. Mais à part ce point de litige, et quoi qu'on puisse penser des revirements, il y a chez Christophe Darbellay un très heureux, un très rare mélange de tradition et d'ouverture, de terroir et d'universel, de fermeté et d'humanisme. Bref, le Valaisan réussit l'une des chimies les plus complexes, depuis 1891, de la politique suisse : incarner, dans sa diversité, ses contrastes, ses contradictions mêmes, le charme pluriel de la démocratie chrétienne.

 

Le pari, d'avance, n'était pas gagné. Des jaunes aux noirs, des urbains de la Ville de Genève aux paysans de Suisse centrale ou des vallées latérales du Valais, de la Doctrine sociale de l'Eglise aux raideurs quasi théocratiques de certains hameaux, il est vaste, il est riche, il est fertile, le terreau de cette grande famille politique née de la résistance, dans les douleurs du Kulturkampf, à l'omnipuissance radicale des années 1848-1891. Cette synthèse, par la richesse et la flamboyance de sa personne, Christophe Darbellay l'incarne mieux que tout autre. Sa famille politique a besoin de lui. La Suisse aussi. Sauf à se défier, pour les siècles des siècles, de toute tête qui dépasse, tout verbe qui fait mouche, de toute personne qui, par son incroyable envie de vie et d'aventure, nous délivre un instant des aigres, des pisse-froid, des éteignoirs, des souris grises. De ces ronds-de-cuir qui, pour peu que le chanvre soit sous la main, donnent juste envie de se pendre.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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20/07/2011

Une lecture toscane, l'été

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Notes de lecture - Mercredi 20.07.11 - 12.50h

 

L'action se déroule en Toscane, et, comme je suis un garçon perfectionniste, c'est en Toscane, perché au sommet d'une colline inspirée, que j'ai savouré, il y a quelques jours, le dernier livre de Dominique Fernandez. Ce roman est un bonheur. Il nous plonge dans une Italie perdue, celle de l'immédiat après-guerre. Il nous immerge dans une jeunesse, des codes, des conventions qui n'ont plus cours depuis longtemps. Il nous donne envie d'avoir vécu cela, nous qui sommes venus après. C'est un roman sur l'Italie, l'une des grandes passions de l'auteur qui en est un éminent spécialiste, agrégé, docteur ès lettres. Mais c'est aussi un texte sur la jeunesse perdue. Il y a toujours, dans la littérature italienne ou consacrée à l'Italie, quelques fragments d'ombre des Promessi Sposi, et le thème des fiançailles, ici chez Fernandez, se promettre à quelqu'un, cela semble aujourd'hui si lointain, domine le livre.

 

Etudiants en langue et littérature italiennes (un choix rare, en France, dans les années qui ont suivi le fascisme), deux jeunes gens d'une vingtaine d'années, Octave et Robert (le narrateur), quittent Paris, en octobre 1951, pour un séjour studieux d'un an à Pise. Dans un automne qui, là-bas, ressemble encore à l'été, ils débarquent dans une Italie à peine sortie de la guerre, et surtout de l'épopée mussolinienne, coupée en deux (comme dans l'univers de Don Camillo) entre démocratie chrétienne au pouvoir, celle d'Alcide de Gasperi, et communisme. Il faut être l'un ou l'autre, il n'y a guère d'autre choix. L'Italie est belle, veut vivre, oublier les années difficiles, les deux garçons découvrent la liberté sur une vespa. Qui les amène, un beau jour, dans la propriété des Tibaldi, noblesse ruinée, fascistes dépossédés, où vit la belle Ivanka. Jeune fille à marier. Je ne vous en dis pas plus.

 

Je ne parlerai pas de l'histoire d'amour, parce que je suis en train de finir « Belle du Seigneur », et que, côté puissance passionnelle, je suis trop imprégné d'Ariane et de Solal pour avoir encore à l'esprit les battements de cœur d'Octave, Robert et Ivanka. Mais je vous parlerais des heures de cette Italie-là, si finement restituée par Fernandez, cette rigueur dans le paraître, cette pudeur des sentiments, ce délicieux apartheid entre garçons et filles, ce monde perdu, à la fois archaïque et primesautier, poussiéreux, décati, et pourtant éclatant de lumière. La lumière de Toscane. Autant dire l'intensité du bonheur. Quand il surgit. Et déjà, quand il nous échappe.

 

Pascal Décaillet

 

*** "Pise 1951", par Dominique Fernandez, Grasset, janvier 2011, 327 pages.

 


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18/07/2011

Crochez, Malvine !

 

Sur le vif - Lundi 18.0.11 - 18.56h

 

Moins de deux minutes. C'est  le temps de parole que vient de laisser la RSR à celle qu'on nous promettait être la perle rare de la liste PDC du Valais romand, aux élections fédérales. Elle s'appelle Malvine Moulin, vient de Vollèges, 34 ans, mère de deux enfants,  active au comité d'Agritourisme, à Berne. Et elle a l'air, comme ça, à en juger par le peu de mots qu'on a bien voulu lui laisser articuler, fort sympathique.

 

Malvine Moulin, seule femme sur la liste PDC, est-elle un alibi ? Je n'ai pas la réponse à cette question, et ça n'est pas son apparition-éclair sur un service dit public qui offre son antenne quasiment tous les jours à certain conseiller national socialiste genevois, qui me permettra de me forger un quelconque jugement. C'est dommage. Parce qu'à ce jeu de l'interview, le nouveau venu, l'inconnu, devrait pouvoir bénéficier, justement, d'une petite prime temporelle, par rapport aux vieux briscards, destinée à lui donner sa chance. Pierre Maudet, Philippe Nantermod, Emmanuel Kilchenmann, Romain de Sainte Marie, Murat Julian Alder, parmi tant d'autres, l'ont eue un jour, cette première chance. Surdoués, ils ont transformé l'essai au-delà de toutes les espérances. Ça n'est évidemment pas le cas de tous.

 

Le moins qu'on puisse dire, c'est que Malvine Moulin n'a pas eu droit à cette première chance. Quand on lance quelqu'un dans le circuit médiatique, on lui laisse tout de même plus de deux misérables minutes. A vrai dire, je ne suis pas sûr du tout que la dame de Vollèges soit une femme alibi. Tiens, justement, si j'étais elle, je me jetterais corps et âme dans la campagne. Oui, justement parce que c'est très difficile. Parce que certains médias officiels vous méprisent. Et parce c'est le peuple, le 23 octobre, qui vous élit. En l'espèce, le peuple valaisan. C'est à lui qu'il faut parler. Et il comprend, lui, le langage du cœur et du courage.

 

Pascal Décaillet

 

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Divins démons

 

Sur le vif - Lundi 18.07.11 - 08.12h

 

Singulier, vraiment, le titre d'un article, au demeurant intéressant, du Temps de ce matin : « Le projet autour du Val d'Hérens réveille les démons anti-écologistes ».

Singulier, et révélateur : oser s'opposer au dogme Vert relèverait, d'après le titreur ou le secrétaire de rédaction, d'une démarche démoniaque.

Il y aurait donc, comme dans l'affaire du réchauffement, le bien et le mal. Le juste et le faux. L'orthonormé et le déviant. Ce titre est un titre de police. Et pas seulement celle des caractères.

 

Pascal Décaillet

 

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17/07/2011

Jonction : c'est Berlin, 1945 !

 

Sur le vif - Dimanche 17.07.11 - 18.55h

 

C'est comme dans la chanson de Brel : dire qu'on traverse Genève, et qu'on croirait Berlin ! Berlin, mai 1945, ou Nuremberg, ou Dresde. Bitume éventré, tranchées béantes, tiens pour un peu, avec juste l'élévation vers le ciel de quelques pavés, ça pourrait faire barricades, Paris 1830, Paris 1848, Paris août 44, Paris mai 68. Mais bon, c'est juste Genève. C'est la Jonction, c'est les Deux-Ponts, c'est la Coulouvrenière. Et ça fait des années que ça dure. Et rien n'avance. Et tout le monde en a marre.

 

Que le futur tram, vers Bernex, soit une bonne chose, d'accord. Qu'il faille, pendant le chantier, passer par des moments difficiles, tout le monde en convient. Mais là, trop. Beaucoup trop. Fumisterie. Absence totale, depuis des années, de vision d'ensemble du chantier. Eviscérations parcellaires, juxtaposées, ici un trou, là un sillon, à deux pas une improbable métastase dans ce qui, naguère, fut goudron. La circulation, on la dévie à gauche, le lendemain à droite, un jour voie creuse, l'autre jour impasse. Ça n'a même pas le charme désespérant du labyrinthe : c'est  juste un monceau de microdécisions prises par personne, quelque part dans une Direction générale de l'Immobilité.

 

En Chine, on érige un gratte-ciel en dix jours. On travaille jour et nuit, les trois huit. N'en demandons pas tant. Juste un peu de cohérence. Là, du côté du pont de la Jonction, quand vous tentez  de vous frayer un passage, c'est aussitôt un festival de couleurs : un homme en jaune, l'autre orangé, ils surgissent, vous font signe de rebrousser chemin, surtout ne pas passer. L'idée même que votre trajet puisse un jour avoir une issue, d'un coup, se dilue, s'évapore. Il n'y aurait plus qu'à tourner, et tourner encore. Même pas en rond. En quinconce ! En tortue ! En escargot tellement heureux de sa nature hermaphrodite, qu'il ne lui resterait plus, comme ultime pamoison, que la jouissance par l'immobilité.

 

Heureuse Jonction : à part le Rhône et l'Arve, dans la quiétude de leur confluence qui est tout de même mouvement, plus rien ne bouge.

 

Pascal Décaillet

 

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16/07/2011

Lettre ouverte à Eva Joly

 

Sur le vif - Samedi 16.07.11 - 17.05h

 

Chère Madame,

 

En aucun cas, si j'étais Français, je ne vous attaquerais sur vos origines. Vous êtes certes née Norvégienne, comme d'autres sont nés Malgaches ou Maghrébins, Berbères ou Sénégalais : les cimetières militaires, de Verdun à Monte Cassino, sont surpeuplés des cadavres de ces autres, ces étrangers (« et nos frères pourtant ») qui, en son plus grand péril, par leur sang versé, donnèrent à la France son visage d'aujourd'hui. Moi-même, je ne suis pas Français, mais Suisse, mais l'Histoire de votre pays, depuis des décennies, encombre les bibliothèques de mon appartement, grimpe comme du lierre jusques aux plafonds, je ne sais plus où mettre ces bouquins, me fais engueuler pour leur surabondance,  ils accompagnent ma vie, j'ai besoin de leur présence. Un homme, c'est une mémoire. Celle de ses lectures, notamment.

 

Je ne suis pas d'accord, non plus, qu'on mette en cause votre statut de Française. Une fois qu'on a obtenu la nationalité, on l'a. Il n'y a pas, sauf à créer des précédents de type vichyste, à aller déterrer ce qu'on était avant. Il n'y a pas des Français d'origine norvégienne, ni des Français d'origine polonaise : il y a des Français tout court, comme il y a des Suisses tout court. La nationalité, comme la République, ne se divise pas. Pas plus qu'une fois octroyée, elle ne se retire.

 

Reste la question du défilé. On aime ou non. Que la citoyenne Eva Joly ne soit pas trop sensible à cette pompe, ne pose aucun problème. Mais la candidate à la présidence de la République, c'est autre chose. En France, le chef de l'Etat est chef des Armées, cela depuis toujours, et bien avant la République. Le domaine militaire fait même partie, avec les Affaires étrangères, du pré-carré régalien de ses cabinets personnels, au grand dam de la rue Saint-Dominique et du Quai d'Orsay, les ministères de la Défense et des Affaires étrangères ayant, de toute éternité, dans ce pays, vocation à se faire régulièrement griller, et court-circuiter, par les entourages personnels du chef de l'Etat. La Cinquième République, en renforçant à juste titre le pouvoir présidentiel en 1958, puis 1962, a augmenté ces prérogatives régaliennes. Bref, en France, le président de la République - poste auquel vous aspirez - ne peut en aucun cas se désintéresser de la chose militaire, il lui est consubstantiellement lié.

 

Bien sûr, par votre déclaration, vous n'avez pas demandé l'abolition de l'armée française. Mais enfin, au moment même où cinq enfants de ce pays, porteurs de l'uniforme qui fut celui de Valmy et de Jemmapes, de la Marne et de Verdun, mais aussi de l'admirable armée d'Italie du futur maréchal Juin, constituée d'Algériens et de Pieds Noirs, de tirailleurs lointains, bien plus loin que la Norvège, au moment où cinq de ces soldats français se faisaient tuer en Afghanistan, il n'était peut-être pas extraordinairement opportun, de votre part, de refuser à l'armée française le droit de défiler, une fois par an, sur les Champs.

 

Car enfin, qu'évoquent-ils, les Champs ? Le défilé de 1919, bien sûr, avec les nouveaux maréchaux (dont Pétain) sur leurs chevaux blancs. Mais aussi, celui de la Libération, « Ah, c'est la mer ! », 26 août 1944, marée humaine, et les Allemands, sur quelque toit, qui tirent encore, et les larmes de joie sur les millions de joue, et le Magnificat, bientôt, à Notre-Dame. Je m'abstiendrai, bien que j'eusse aimé en être, de mentionner la contre-manifestation « fin de récréation » du 30 mai 1968, afin de ne pas entraver mon verbe d'alluvions par trop Versaillaises. Je dirai simplement que cette admirable avenue est celle du peuple français tout entier, mais aussi des peuples du monde : les héritiers de ceux qui, pendant vingt siècles, ont versé, sur tous les champs de bataille d'Europe, leur sang pour ce pays, me semblent avoir droit, une fois par an, d'y défiler.

 

Je crois, Chère Madame, que vous avez commis une erreur. On reproche déjà beaucoup aux Verts d'être un parti sans Histoire, sans mémoire. Ce défilé, ça n'est pas seulement un hommage à l'armée française d'aujourd'hui, mais à l'ensemble du sang versé, pendant  des siècles, pour que ce pays aimé ait aujourd'hui le visage qui est le sien. Soldats de l'An II, guerres de la Révolution, puis de l'Empire, million et demi de morts entre 1914 et 1918, monuments de marbre dans le plus reculé des villages de France, combats de mai-juin 1940, puis de la Libération. Ça n'est pas être exagérément militariste que se souvenir de ce sang et de ces morts. C'est, simplement, reconnaître le tragique de l'Histoire. Et donner au sacrifice des plus humbles, à travers le temps, un minimum de gratitude.

 

Je vous souhaite, Chère Madame, une excellente suite de campagne.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Anne Bisang : les vrais enjeux d'un parachute

 

Sur le vif - Samedi 16.07.11 - 10.48h

 

À Genève, il est très clair que l'affaire du « parachute » de 200'000 francs prévu pour la reconversion d'Anne Bisang, à charge de l'Etat et de la Ville, ne passera pas comme cela. La violence des réactions, depuis la révélation de cette affaire, hier, par la Tribune de Genève, obligera ceux qui ont ourdi cet octroi à une démarche de transparence et d'explications autrement plus sérieuse que les gentilles réponses - aux gentilles questions - de Joëlle Comé, directrice du Service cantonal de la Culture, dans le Temps de ce matin.

 

Bizarrement publiée dans les pages culturelles (alors que l'affaire, impliquant l'argent du contribuable, et des nœuds de copinage partisans, est éminemment politique), cette interview ne brille pas franchement pas par son sens critique, encore moins par sa polyphonie (une seule voix, pas du tout contrariée). Elle n'est accompagnée d'aucune mise en perspective. Bref, pour un journal qui se veut celui de l'analyse et de l'intelligence, c'est un peu juste.

 

Dans cette affaire, ça n'est pas tellement Anne Bisang qu'il faut incriminer. Mais un certain réseau de proximités socialistes de plus en plus puissant et consanguin, au niveau cantonal, dans la gestion des affaires culturelles. Sans compter que, désormais, la Culture municipale, plus de 200 millions de budget annuel, est passée aussi en mains socialistes. Il ne s'agit pas d'instruire un procès d'intention à Sami Kanaan, manifestement homme de valeur et d'honnêteté. Mais de constater - nous l'avons déjà fait ici, ce printemps - que l'ensemble des décisions publiques culturelles à Genève, pour deux ans en tout cas (le terme du mandat de Charles Beer), sera dans le pouvoir d'un seul parti. En République, ça n'est jamais très bon.

 

Le risque d'abus, de République des copains (et des copines), de petits services entre soi rendus, est énorme. C'est à cela, dans les mois qui viennent, qu'il va falloir veiller. Ce sera, notamment, le rôle des commissions de contrôle parlementaires. Un Parlement, qu'il soit municipal, cantonal ou fédéral, n'est jamais aussi grand que lorsqu'il sourcille, s'étonne, demande des explications, vérifie, dénonce. C'est cela, son rôle historique, et non élire l'exécutif.

 

Oui, cette affaire est politique, elle n'a rien de culturel. La principale intéressée n'a-t-elle pas, constamment, pendant ses douze ans à la tête de la Comédie, prôné la politisation de toute chose ? Avec Brecht et Aristote, nous lui donnons raison. Mais, dans le cas d'espèce qui nous intéresse, elle devra aussi, même à son corps défendant, accepter ce primat.

 

Pascal Décaillet

 

 

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15/07/2011

Les larmes de Massimo

 

Sur le vif - Vendredi 15.07.11 - 19.32h

 

J'ai beaucoup de respect et d'amitié pour Massimo Lorenzi, le chef des sports à la RTS, mais ses larmes, à l'instant dans Forum, n'y pourront rien changer. L'achat, pour 30 millions, des droits de retransmission des matches de Super League par Swisscom TV, relève de la pure loi du marché, n'a strictement rien de scélérat, fait partie de la vie. Il ne porte strictement nulle atteinte au domaine régalien du service public, pour peu que ce champ fantasmatique de virginité doive d'ailleurs exister. Il n'y a pas, d'un côté, un service public qui ferait éthiquement son boulot en matière de sports, et de l'autre les ignobles privés qui ne penseraient qu'à l'argent. Il s'agit de montrer des matches de foot, pas de sauver, que je sache, le cœur mystique de notre nation. À cet égard, Massimo a eu des mots beaucoup trop durs, arrogants même, face aux commentateurs de Swisscom TV : je connais, parmi ces derniers, certains des meilleurs journalistes sportifs du pays.

 

C'est sûr, pour Swisscom TV, c'est un coup de maître. De loin, l'attaque la plus dévastatrice du privé contre la SSR de Roger de Weck, parce qu'elle porte sur des sommes considérables, va aiguiser chez d'autres des pulsions de concurrence. Je pense, particulièrement, aux chaînes régionales privées, qui doivent maintenant se réveiller, ne plus se considérer comme de timides petites sœurs, porter l'attaque, même avec cent fois moins de moyens. Le récent papier de Christophe Rasch, directeur de la Télé, dans le Temps, relayé par son homologue Antoni Mayer, de Léman Bleu, avait les délicieux accents salés d'une déclaration de guerre. Cette guerre, mille fois justifiée par une loi sur la radio et la télévision (LRTV) taillée sur mesure pour le Mammouth, les privés doivent maintenant la mener.

 

Regarder un match de foot gratuitement ne fait pas partie des droits imprescriptibles de la personne humaine. Sur Swisscom TV, on paiera Fr. 2.50 par match, c'est plus que raisonnable ! Et c'est une forme de redevance intelligente, puisqu'elle est ciblée sur le produit consommé, et non versée à l'aveugle, comme les 463 francs annuels versés par chacun d'entre nous à la SSR.

 

La concurrence ne doit évidemment pas se cantonner aux droits de retransmissions sportives. Dans les émissions politiques, les débats citoyens, la culture, l'économie, les antennes privées doivent se battre, montrer, sur leurs terrains respectifs, qu'elles existent. Même avec des moyens dérisoires : l'argent ne viendra, de la part des milieux économiques locaux, que si les investisseurs sentent dans ces chaînes une volonté de faire la guerre. Sinon, elles disparaîtront. Ainsi fonctionne la concurrence : dure, cruelle, mais tellement stimulante pour qui aime entreprendre.

 

Pascal Décaillet

 

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Anne Bisang saute sur Dien Bien Phu

 

Sur le vif - Vendredi 15.07.11 - 11.52h

 

Sans doute inspirée par l'œuvre de Maxime le Forestier, Anne Bisang va donc entamer une carrière de parachutiste. Dixit mon excellent confrère Marc Moulin, Tribune de Genève, ce matin. Si mon rêve n'avait été, toute ma vie, à l'instar de Dutronc, d'être une hôtesse de l'air, je crois bien que j'adorerais, ici-bas, être ancienne directrice de Comédie. Jouissance de l'apesanteur. Ivresse de la chute libre, juste pour le fun, mais très vite, étreinte des sangles protectrices, lorsque se déploie le champignon salvateur. Et là, plus qu'à se laisser choir. Vers quelles rizières ? Quel Cotentin ?

 

Trop profane en gravitation, je m'abstiendrai de commenter la surgissante verticalité de cette nouvelle. Je me contenterai, simplement, de relire le livre « Bienvenue en République Socialiste Culturelle de Genève », que personne n'a encore écrit. Mais dont tout le monde, hélas, comme dans les rizières d'Indochine ou l'azur nimbé du Cotentin, connaît déjà la chute.

 

Pascal Décaillet

 

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14/07/2011

Mark Muller est un homme honnête et courageux

 

Sur le vif - Jeudi 14.07.11 - 12.08h

 

De retour d'une semaine hors du monde, et sous l'éblouissante emprise d'Albert Cohen, mais aussi Julien Gracq et Dominique Fernandez (Pise, 1951 : j'y reviendrai), je découvre le torrent de boue contre Mark Muller. Des attaques qui fleurent le feuilleton d'été, l'aubaine orangée d'une affaire Hainard bis, qui salissent un homme honnête en s'en prenant à sa vie privée. Nausée.

 

Vie privée ? Sous prétexte que le magistrat a bénéficié d'une aubaine immobilière, voilà qu'aujourd'hui on publie la photo de l'immeuble où, avec sa famille, il loge. Demain, on donnera le numéro de l'appartement ? Le code d'accès ? Même un homme ayant commis un délit ne mérite pas un tel traitement. Or, Mark Muller n'en a strictement commis aucun. Les affaires relevant du droit du bail sont d'ordre privé. Peut-on franchement reprocher à une régie de considérer un conseiller d'Etat comme un locataire a priori éminemment solvable ? Les régies ne sont pas réputées œuvres philanthropiques : elles signent des baux sur des « objets » avec des personnes qu'elles estiment dignes de confiance. Quant au locataire, pourquoi cracherait-il sur un excellent rapport qualité-prix ? Enfin, imaginer sans preuve le « retour de manivelle » entre bailleur et locataire-magistrat n'est pas loin de relever de la calomnie.

 

Qu'on attaque Mark Muller, s'il y a lieu, sur sa politique. Pour ma part, je le considère, malgré les incessantes campagnes contre lui, comme un conseiller d'Etat honnête, courageux, réformateur. Si on n'est pas d'accord avec cela, qu'on l'attaque sur ses actes politiques. Par sur sa vie privée. Surtout, dans cette République, qu'on s'interroge un peu sur le faisceau de malveillances récurrentes à l'endroit de ce conseiller d'Etat. Ça n'est pas porter atteinte à la protection des sources que relever ici un point, capital : la plupart des « petites infos sur Mark Muller » qu'on nous fait parvenir à longueur d'année, à nous journalistes, ne viennent ni de la gauche, ni de la marge de la droite. Mais bel et bien de son propre camp. Où il semble que certains aient juré sa perte. Le minimum de discernement, avant de publier la photo de son immeuble, serait de s'interroger un peu sur les inimitiés intestines à l'origine de l'acharnement contre cet homme.

 

Certains rêvent d'une affaire Hainard bis. Ils sont en train de réunir les ingrédients pour y parvenir. Il serait peut-être temps que les gens, à Genève, qui refusent ce système d'exécution et respectent la personnalité de l'actuel président du Conseil d'Etat, donnent un peu de la voix.

 

Pascal Décaillet

 

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