09/08/2011

La montagne

 

Mardi 09.08.11 - 22.09h

 

J'ai toujours aimé la montagne, passionnément. Elle me rappelle la mort. Ou la naissance. Mais je crois que c'est la même chose. Oh, je ne parle plus des glaciers, que j'ai connus avec mon père, mon oncle, guide, mais qui aujourd'hui m'angoissent, à cause de leur bruit. Ni des arêtes stridentes, au lever du jour. Ni même des innombrables nuits en cabane. Magie de Chanrion, le guide qui déboule dans la chambrée à deux heures du matin : « Pour la Ruinette, debout ! », et le charivari des types qui s'équipent en maugréant, dehors déjà le bruit des crampons, et la colonne qui dans le bleu de la nuit, s'éloigne.

 

Non, tout cela est trop loin, me fait trop peur. Comme s'éloigne aussi l'incroyable expédition d'Orny, Trient, les Aiguilles du Tour, j'avais huit ans, deuxième de cordée derrière Raoul : arrivés au sommet, c'était la mer à nos pieds, et la ville et la campagne, et la France et les Italies et la Suisse, et tout cela, comme dans la Bible, était à nous. Revenir à l'enfance, c'est côtoyer la mort. Laissons.

 

La montagne me fait peur, et c'est pourquoi je l'aime. Enfance, compétitions de ski, slaloms, descentes, jambes cassées, plâtre. Debout pour la première benne : 9 heures du matin. Et la glace, et les bosses, et la poudreuse, tout cela me semble si lointain. Ne demeure, ce soir, que les souvenirs de mes idoles : Killy, Russi, Collombin. J'allais les voir, sur place, toujours avec mon père. Ils étaient des dieux. Jamais je ne les renierai.

 

La cinquantaine passée, j'ai revu l'altitude de mes ambitions. Les lattes, à la cave du chalet, depuis longtemps, mais gare à celui qui me défierait de les reprendre. Et les étés, l'ivresse de toute pente. Surtout cette quinzaine d'août, accomplie et déjà mortelle, attente de l'Assomption, sommet de l'année terrestre, mais déjà si proche du terme, du désespoir, du néant. La montagne m'angoisse, Plus elle est belle, plus la mort est là, avec son sourire si accueillant de Madone.

 

Cette année, j'ai passionnément côtoyé les bisses. En souvenir de mes parents. Parce que j'aime l'eau vive, celle qui surgit et se rit de la plaine. En toute source, il y a une Camargue, avec ses oiseaux de feu dans le Rhône couchant. Allons, allons avers la mort. Elle nous attend. Avec son délicieux sourire.

 

Pascal Décaillet

 

 

22:09 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Bouleversant !

Écrit par : Gérard H. Perraud | 31/08/2011

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