24/08/2011

Genève : la mémoire un peu courte de Mme Calmy-Rey

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Mercredi 24.08.11



C'est léger, volatile, volage même, ça change de couleur avec la moindre humeur de mode ou de saison : ça s'appelle un thème électoral. Ce printemps, on ne jurait que par le nucléaire, ses dangers, Fukushima. Ueli le Climatique était devenu l'Energétique, ne parlait plus chaleur mais Apocalypse, son discours était devenu biblique, son verbe se parait de l'écarlate incandescence des prophètes. C'était presque beau. Et puis là, tout à coup, patatrac, fini le recul des glaciers, fini le Jugement dernier, on ne parle plus que d'insécurité. C'est parti de Genève, le Mammouth s'est auto-excité sur le sujet. On a l'impression, à entendre certaines ondes publiques ou lire certains quotidiens orangés, que traverser la Ville de Calvin sans garde du corps relève de la folie. Que l'arme blanche guette chacun de vos pas. Que la canaille, couteau entre les dents, vous attend.

Juste un peu de mémoire. Il y a exactement deux ans, en pleine torpeur d'août 2009, le même embrasement sécuritaire s'est produit. Nous étions à deux mois des élections cantonales. Nous sommes, aujourd'hui, à la même distance des fédérales. Troublant, non, la similitude de ces flambées ? Oh, il ne s'agit pas de nier les faits : les agressions, à Genève, sont bien réelles, sont en effet en augmentation, les policiers manquent, tout le monde en convient. Mais enfin, désolé, Genève n'est pas encore le Bronx. Ce qui enfle et se dilate avec la canicule, c'est le discours. Et ce qui tétanise les prunelles, c'est le dimanche 23 octobre.

Cette exagération aura ses effets pervers. D'abord, en généralisant l'idée d'insécurité, elle manque de respect pour les vraies victimes d'agressions, Dieu sait si leur souffrance, leur solitude aussi parfois, mérite notre attention. Et puis, nécessairement, quand l'hystérie sera passée, on reprendra les mots des uns et des autres. Et on ne manquera pas d'en dégager la part de récupération politique. A cet égard, la tentative d'ingérence d'une présidente socialiste de la Confédération, ancienne conseillère d'Etat genevoise, dans la question sécuritaire au bout du lac, aussi inopportune qu'inélégante, n'a pas à être décryptée autrement que comme un petit coup de main à ses copains de parti, en pleine période électorale. Et justement, les socialistes et la sécurité, à Genève, parlons-en ! Un conseiller d'Etat passif, Laurent Moutinot. Un procureur, Bernard Bertossa, béni et adoubé, du temps de sa splendeur, par une presse en pâmoison, ne définissant comme priorité que la lutte contre le crime en col blanc. Des années d'errance et d'échec, qui interdisent aujourd'hui à une représentante de ce parti, fût-elle la première dame de l'exécutif fédéral, de venir faire la leçon à qui que ce soit. Bref, un coup d'épée dans l'eau. Vous me direz que ça s'est vu, tout de suite. Mais alors, de grâce, pourquoi personne, ou si peu, ne l'a-t-il relevé ?

Pascal Décaillet

08:11 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Excellente chronique.

Écrit par : Ivan Skyvol | 24/08/2011

Cher Monsieur,
Je n'ai qu'un mot: bravo.
Enfin un peu de clairvoyance dans ce brouillard sécuritaire.
Des agressions à Genève, ca ne date pas d'hier, mais comme par un hasard, quand il s'agit du fils d'un diplomate, ca fait du bruit dans les chomières. MCR serait-elle en train de paufiner son CV pour faire une application dans une organisation internationale...
Avec mes salutations

Écrit par : Jean Pierre Roth | 24/08/2011

amusant M. Descaillet, dans le privé, tous le disent...arrogance de MCR envers IR et Genève...et surtout tous ses discours sont adressés en mode "candidature"...si peu naturel, pourtant le naturel prend le dessus "n'est-ce pas temps de prendre sa retraite à cette dame?"

Écrit par : simin | 24/08/2011

Bravo Mr Décaillet et merci de remettre la rose au milieu du jardin des souvenirs.

En matière de mémoire, celle des socialistes est à l'image de l'impermanence d'un pétale de rose...

Écrit par : X.Raisin-Dadre | 24/08/2011

Il serait souhaitable de faire une différence entre le sentiment d'insécurité qui tient à de nombreux facteurs objectifs et subjectifs et l'insécurité réelle, celle qui se mesure, a posteriori, par le nombre d'agressions recensées.

Maintenant, que la politique s'invite dans ce débat, comme elle s'invite dans n'importe quel autre montre à quel point tout est bon pour ratisser large.

Qu'importe le programme pourvu qu'on ait les sièges...

Écrit par : Michel Sommer | 24/08/2011

Le véritable problème avec cette nouvelle délinquance, ce n'est pas tant les délinquants eux-même que les forces de l'ordre payées avec nos impôts et censées assurer notre sécurité (police et justice réunies).

En effet, si l'on se fait agresser ou si l'on assiste à une agression, le temps que la maison Poulaga se déplace, le mal est fait : la victime s'est fait subtiliser son bien ou, pire, a été atteinte dans son intégrité physique.

Dans le cas de figure où l'agressé se défend avec efficacité ou que l'on intervient en secours d'une victime en malmenant quelque peu les malandrins, là, la police puis la justice ne vous lâcheront pas.

Comme par exemple ici...

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RM: - Geoffrey, vous vous dites que vous avez essayé d'aider quelqu'un qui était agressé et vous avez pris un mois de prison avec sursis, c'est fou ça ...

-c'est moi qui ait pris, parce que tout simplement, je sens un peu trop la France et que eux étaient pas vraiment Français (...) quand ils ont un nom à "consonance", j'ai l'impression que eux, ont plus de pouvoir pour se défendre...
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http://www.fdesouche.com/233946-menard-face-a-la-montee-de-la-violence-a-t-on-raison-davoir-peur-sud-radio

D'où la situation objectivement schyzophrénique où se trouve piégé l'honnête homme, coincé qu'il est entre la violence délinquante (contre les victimes) et la violence d'état (contre ceux qui refusent le statut de victimes).

Écrit par : Paul Bär | 24/08/2011

Genève : Genève la française, Genève l'autoritaire, qui parle qui parle, qui pérore, où l'on dit sentiment d'insécurité ( voir notamment le bon Dr UNGER et la très policière Isabelle ROCHAT ), mais où l'on ne va jamais lire les statistiques...

Genève n'est pas le Bronx ? C’est vrai... du moins en ce qui concerne les meurtres...

Mais savez-vous qu'à Genève environ 4 femmes se font violer tous les mois ?...

Savez-vous qu'à Genève en 2008 il y a eu 49 viols consommés, donc non compris les tentatives où l'auteur n'est pas arrivé à ses fins...

Savez que ces 49 viols à Genève ( 450'000 hab. ) s'ils étaient rapportés à la grandeur de l’Etat de New-York ( 19'500'000 hab. ) auraient produit à Genève au même taux environ 2123 viols // contre 2586 pour New-York la même année...

Savez-vous que le taux de viol pour 100'000 habitants à New-York ( City )cette fois, calculé par le FBI était en 2008 inférieur ( 10.7 pour 100'000 hab. ) à celui de Genève ( 10.9 ).
http://en.wikipedia.org/wiki/Crime_in_New_York_City

Mais bien sûr Genève n’est pas le Bronx…

Savez-vous qu’à Genève et en Suisse les statistiques criminelles mises à disposition des citoyens ne permettent pas de connaître la progression du nombre de viols plus loin que les 5 dernières années. ( De même que pour toutes sortes d'autres crimes, Pourquoi ?... )

Savez-vous qu’il n’y a qu'à taper sur google "new-york criminal statistics" pour obtenir une profusion de données statistiques criminelles officielles toutes plus détaillées les unes que les autres et permettant de mesurer l’évolution criminelle depuis au moins les années 1960 jusqu’à aujourd’hui ?

http://www.google.com/search?hl=en&q=criminal+statistics+new-york

Mais pas en Suisse... En Suisse et à Genève vous pouvez toujours courir…

Comparez… :

http://www.ge.ch/statistique/domaines/19/19_02/tableaux.asp#5

http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/themen/19/01/0.html


Il y en a marre de cette petite ville de province qui se prend pour une grande et pour le centre des droits de l’homme et de la démocratie mais qui est en fait dirigée par de petites nomenklatura de droite et de gauche qui lorsque 4 femmes se font violer chaque mois disent, CIRCULEZ IL N’Y A RIEN A VOIR, TOUT CELA N’EST QUE LE FRUIT DE VOTRE IMAGINATION !!!

Il y en a marre de cette pseudo-démocratie qui dissimule ses statistiques et dont les politiciens osent encore regarder le peuple de haut...

Quelle honte !!!


Ils dénient l'augmentation de l'insécurité depuis des années. Et tout cela parce qu'ils ont peur que le peuple ne remette en cause la libre-circulation, parce qu'ils ont peur de perdre les profits faramineux qu'elle a engendré sur le marché immobilier, parce qu'ils ont peur de perdre les rentrées fiscales qu'elle a engendré pour les caisses de l'Etat... et pour tous ceux qui s'en nourissent...


4 femmes violées chaque mois, 4... Peut-être y penserez-vous lorsque ce sera votre femme ou votre fille...

Alors que lui répondrez-vous ? Mais tu sais la santé économique de Genève... Les affaires... ça marche...

Et puis ils avaient bien dit que ce n'était qu'un "sentiment" d'insécurité...

Écrit par : 022 | 24/08/2011

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