31/08/2011

Le Climatique : petite méforme passagère ?

 

Su le vif - Mercredi 31.08.11 - 18.33h

 

Pas très en forme, Ueli Leuenberger ! Plusieurs indices, dans l'intervention qu'il vient de livrer sur la RSR, nous amènent à penser que la président des Verts suisses ne traverse pas la période la plus dionysiaquement lucide de sa vie politique. Sans doute une baisse de tension passagère, liée aux apocalyptiques chaleurs de cette fin d'été. Un passage en bassin de refroidissement s'impose.

 

Premier indice : pourquoi lui, d'ordinaire le plus courtois des hommes, fait-il preuve d'une telle agressivité face au coordinateur romand de l'UDC, Claude-Alain Voiblet, dans une discussion sur l'affaire qui secoue l'ODM (Office fédéral des migrations, dont le chef, Alard du Bois-Reymond, vient de se faire éjecter par Simonetta Sommaruga) ?

 

Et puis, lors d'un débat face à Christophe Darbellay sur le plan du Conseil fédéral contre le franc fort revu à la baisse, Ueli Leuenberger donne, hélas, l'impression de fort mal connaître le sujet, alignant les approximations, venant nous parler d'énergies renouvelables dans un sujet n'ayant strictement rien à voir.

 

Peut-être ce politicien - assurément le meilleur des hommes - traverse-t-il une crise thématique ? Le Climat fait moins recette. Fukushima, aussi. Et les élections approchent à grands pas. Et pas le moindre sujet de fin du monde, pour l'heure, à se mettre sous la dent.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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Écouter Mme Perruchoud-Massy est un plaisir

 

Sur le vif - Mercredi 31.08.11 - 08.38h

 

Compétence. Précision dans les réponses. Mise en contexte. Absence totale de langue de bois. Elle parle le langage de l'économie, et tous comprennent. Ce fut un réel plaisir, ce matin, entre 0730h et 0800, au micro de Simon Matthey-Doret, d'entendre sur le RSR la Valaisanne Marie-Françoise Perruchoud-Massy. Docteur en économie, prof à la HES de Sierre, ex-candidate malheureuse (ah, ce fameux congrès de Plan-Conthey du 6 juin 2009, cauchemar de Christophe Darbellay !) à l'investiture du PDC du Valais romand pour le Conseil d'Etat. À Darbellay, les délégués (plus de 2000 !) avaient préféré Maurice Tornay. À Mme Perruchoud-Massy, Jacques Melly.

 

Ce matin, tant sur les questions de franc fort que d'indices de satisfaction dans l'hôtellerie valaisanne, des réponses claires et pertinentes. Une maîtrise du discours, une précision dans les chiffres que pourraient lui envier bien des conseillères d'Etat, notamment du côté de Genève. En écoutant l'économiste valaisanne, on s'est mis à regretter, un peu, ou peut-être beaucoup, qu'elle ne joue pas un rôle davantage signalé. Pourquoi pas, une nouvelle fois, en politique ? Qui sait ?

 

Pascal Décaillet

 

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30/08/2011

L'effet Fukushima, c'est fini

 

Sur le vif - Mardi 30.08.11 - 18.26h

 

L'espace d'un printemps : c'est ce qu'aura duré, en Suisse, l'effet Fukushima. Suite à la tragédie japonaise, dont il pas question de nier l'ampleur, les esprits, dans notre pays, se sont échauffés jusqu'à la déraison. Ici, un certain prophète d'Apocalypse troquait le thème du climat, sa marque de fabrique pourtant, contre celui du Jugement dernier atomique. Là, le chef d'un parti « centriste » se ralliait un peu vite, derrière la conversion encore plus ahurissante de sa conseillère fédérale, à l'abolition de toute énergie nucléaire en Suisse. C'était le printemps, les désirs de voix poussaient comme des bourgeons : on nous prédisait des Verts à 13 ou 15%, aux élections fédérales. Déjà, les journaux articulaient des noms : tel notable des campagnes et terroirs genevois se voyait déjà, de son pas de sénateur, au gouvernement du pays.

 

Et puis, comme dans les centrales, il y a le moment fatidique du refroidissement. Il s'est produit cet après-midi, à la commission de l'Energie du Conseil des Etats. Du haut de leur sagesse, les sénateurs (légendairement moins rêveurs que leurs cousins de la Chambre du peuple) veulent bien laisser tomber, à terme, les centrales de la génération actuelle. Mais en aucun cas les technologies du futur. C'est la voie de la sagesse, celle qui refuse de se laisser impressionner par les transes tellement électoralistes des Cassandres de ce printemps. C'est la voie du réalisme. La douche froide pour les incandescents de la fin du monde, hélas relayés, ce printemps, par pur opportunisme électoral, par l'un des grands partis qui, depuis 1891, font le destin de la Suisse. Et le plus fou, c'est que ce sont justement, aujourd'hui à Berne, des sénateurs de ce parti, issus de Suisse centrale et orientale, bref des noirs, qui ont fait la différence. Les snobinards de smartvote en sont pour leurs frais : il existe une Suisse profonde beaucoup plus conservatrice qu'on ne l'imagine. On peut évidemment la combattre, chacun jugera. Mais on ne peut pas la nier. Elle est là, dure et indivisible. Comme l'atome. Avant la fission.

 

Pascal Décaillet

 

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Une vie - Juste une vie

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Notes de lecture - Mardi 30.08.11 - 10.48h

 

Il y a encore dix-huit mois, je ne connaissais pas Annie Ernaux. Et c'est la lecture du livre « Les années », au printemps 2010, dont j'avais parlé ici (http://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2010/06/27/un-... ), qui m'a fait découvrir un auteur éblouissant, qui raconte avec une incroyable simplicité les choses de la vie. Un style. C'est si rare.

 

J'ai donc récidivé, il y a quelques jours, au bord d'un étang, avec cet autre petit livre. Annie Ernaux raconte l'histoire de sa mère. Rien d'autre. C'est un livre sorti il y a plus d'une vingtaine d'années, il fallait qu'elle l'écrive, il ne pouvait en être autrement. Et le livre commence par la mort, celle de cette maman, le lundi 7 avril 1986, à la maison de retraite de Pontoise. Et le premier chapitre, avec la sobriété d'un aide-mémoire, ne raconte rien d'autre que la journée de cette mort, la préparation du corps, les formalités administratives, les rites de l'inhumation. Comme dans "Les années", c'est universel, presque chosifié : c'est la mère d'Annie et c'est la nôtre, c'est  la première phrase de « L'Etranger », le passage sans doute le plus difficile pour un humain : perdre sa mère.

 

Et puis, sur 106 pages, c'est la vie de cette femme désormais défunte qui défile. La naissance, en 1906, quatrième de six enfants, à Yvetot, en Normandie. La précarité, et le mot est faible. Le mariage, en 1928, la mort du mari, les rapports avec sa fille, puis avec ses petits-fils. La vieillesse qui arrive, la perte de l'indépendance, la maison de retraite. Une  vie, dans le siècle. Oui, comme dans Maupassant : « Une vie ». C'est l'histoire d'Annie et c'est la nôtre. Son siècle, et le nôtre. L'infinie dévastation de sa solitude. Et la nôtre.

 

Pascal Décaillet

 

*** Annie Ernaux, "Une femme", Folio, février 2010, 106 pages.

 

 

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27/08/2011

Pelli KO face à Freysinger

 

Sur le vif - Samedi 27.08.11 - 18.29h

 

Tellement révélateur, le fossé de styles entre deux mondes, à l'instant, sur la RSR. Face au beaucoup trop conceptuel Fulvio Pelli, Oskar Freysinger vient de l'emporter largement. Peut-être même par KO. Il s'agissait de libre circulation, de concurrences déloyales de la part de certaines zones frontalières (la Lombardie, par exemple, face au canton de M. Pelli), de Schengen. Le Valaisan a su trouver les mots, exactement, pour dire ce dont souffraient sourdement des milliers de nos compatriotes.

 

Il a appelé à une compensation du dogme libéral par un minimum de « préférence nationale » pour les Suisses. Ni une remise en cause du libre marché, ni un retour au Plan Wahlen, ni une fermeture des frontières. Non. Juste un minimum de rééquilibrage, de solidarité nationale, pour ceux d'entre nous qui se sentent totalement exclus de la Grande Jouissance Bilatérale.

 

Les notables auront sans doute préféré, malgré sa grisaille, le discours de Pelli, se disant qu'il était sûrement très sérieux, puisqu'il était ennuyeux. Mais la Suisse n'est pas composée que de notables. De loin pas. Rendez-vous le 23 octobre.

 

Pascal Décaillet

 

 

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C'est à l'autorité élue de réparer ses bourdes

 

Sur le vif - Samedi 27.08.11 - 09.40h

 

Une fois de plus, ce matin, c'est Mme Bonfanti qui s'exprime. Claire, précise, dans la Tribune de Genève, elle nous explique comment elle pourra mettre en œuvre les décisions du Conseil d'Etat annoncées cette semaine. Là, elle est dans son rôle, celui de la fonctionnaire de haut niveau, cheffe opérationnelle, chargée d'exécuter une volonté politique. Elle maîtrise son dossier. Son discours est ancré dans le concret. Elle sait de quoi elle parle.

 

Le problème - l'immense problème - c'est que ça n'est pas, en l'état, à elle de parler. Ça n'est pas son tour ! L'autorité politique élue a commis une bourde (c'est, depuis hier midi, le mot consacré, repris en boucle, sublimé poétiquement par les homophonies de Soli Pardo), c'est à elle de venir la réparer. À elle, et à nul autre. À elle, oui, même si la prise de parole n'est pas son fort, l'imminence du lapsus terrorisante, le manque de contrôle du langage, patent. Quand une autorité élue a foiré, elle foire encore plus en laissant un subordonné venir réparer les pots cassés.

 

Pourquoi ? Parce que du coup, c'est ce subordonné qui marque des points. Qui gagne en crédit : « Sur lui au moins, se dit la population, on peut compter ». Tant mieux pour le subordonné, tant mieux pour Mme Bonfanti, dont je n'imagine pas une seconde qu'elle ait parlé à la Tribune sans le feu vert ministériel. Mais ce « tant mieux pour le fonctionnaire », c'est un pas de plus dans la descente aux enfers de l'élu. Dans la ruine de son crédit. Et c'est, plus largement, un échec républicain  face à un corps constitué où la tentation prétorienne (notamment dans certains syndicats) est permanente.

 

Moralité : il nous faut élire, dans les exécutifs, des hommes et des femmes forts. De gauche, de droite, peu importe. Mais des gens qui se fassent respecter de la fonction publique. Des gens, surtout, capables d'inventer le langage. C'est au politique de tenir le diapason. Aux fonctionnaires, de suivre. Et s'ils ne veulent pas suivre, ils doivent se démettre. Maîtriser la communication, porter haut et fort la parole ministérielle, loin d'être un luxe, ou un détail, est au contraire au centre même du dispositif du pouvoir. Aux partis, peut-être, de se tromper un peu moins, à l'avenir, lorsqu'ils désignent leurs candidats. Puissent-ils craindre un peu moins les hommes forts. Aux électeurs, surtout, d'avoir le courage d'élire de véritables personnalités, puissantes, dérangeantes, visionnaires. Des sales tronches, sachant parler, et ne s'en laissant pas conter par les permanents de la fonction publique. Vaste programme.

 

Pascal Décaillet

 

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26/08/2011

Isabel, Monica, les longs grêlons de flamme

 

Sur le vif - Vendredi 26.08.11 - 18.19h

 

Avec une récurrence martelée, plusieurs rédactions genevoises ont été comme par hasard saisies, dans l'après-midi, par le thème de la bourde. Ca bruisse, ça murmure, ça bourdonne, ça ressemble un peu à un appel à toutes les voitures. Venant d'où ? Pour sauver qui ?

 

Et puis, 18 heures sonnantes, grêle. Le ciel qui vous tombe sur la tête. Les températures chutent, certaines cotes de confiance aussi. On pense à Verlaine. A cet étourdissant poème : « Les faux beaux jours ». « Ils ont lui tout le jour en longs grêlons de flamme ». Les bulletins météo s'enchaînent. On tremble pour la vigne. Dionysiaque, Soli Pardo poétise. C'est la saison du passage. Demeurera, demain, la transparence des choses, la cristalline pureté d'un combat sans merci. Entre deux âmes.

 

Mais demain est un autre jour. D'ici là, que pleuvent les heures.

 

Pascal Décaillet

 

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Police : c'est l'autorité élue qui décide

 

Sur le vif - Vendredi 26.08.11 . 12.17h

 

Il y a quelque chose de profondément insupportable, en termes de fonctionnement républicain, dans la récente succession de déclarations entre Mmes Rochat et Bonfanti, à propos des effectifs supplémentaires de police. On pensera ce qu'on voudra de Mme Rochat, son rapport très difficile à la communication, on le dénoncera, on le regrettera, on s'en plaindra. Mais il se trouve que la patronne, la légitime, l'élue du peuple, c'est elle. Et autour d'elle, le collège. Ainsi fonctionne, depuis la Révolution française, la République : les élus décident, les fonctionnaires appliquent.

 

Dans ces circonstances, quels que soient les glissements, les imprudences, les erreurs de chiffres ou de langage de l'élue, il n'est pas acceptable qu'un haut-fonctionnaire, la cheffe de la police, vienne, deux jours après, « tempérer » l'annonce de la conseillère d'Etat. On sent, dans ces propos de Mme Bonfanti, la pression du syndicat. Il faut, une fois pour toutes, savoir qui commande dans cette République.

 

Il n'y a pas, il ne saurait y avoir de pouvoir bicéphale pour diriger la police. La patronne, c'est l'élue du peuple. Et avec elle, le Conseil d'Etat. Tout autre système, toute autre conception, même légitimés par l'esprit de corps, nous ramènent à une essence prétorienne, qu'aucune République au monde ne peut accepter. Charge à la ministre de se faire un peu respecter. En clair, quand elle parle, quel que soit le degré d'élévation de ses propos, sa parole, par rapport à ses subordonnés, se doit impérativement d'être conclusive.

 

Quant au corps de police, il convient de rappeler ici l'estime et le respect qu'il mérite de la population. Non seulement à cause de l'insécurité grandissante, des problèmes d'effectifs, de la difficulté du métier. Mais aussi parce qu'il n'y a rien de pire, pour le moral, qu'un tel capharnaüm sémantique dans la chaîne de commandement.

 

 

 

Pascal Décaillet

 

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Le Mammouth et les soupirs de l'Infante

 

Sur le vif - Vendredi 26.08.11 - 10.59h

 

Editorialiste, ce matin, sur les ondes de la RSR, mon confrère Christian Favre ne manquera pas, dans l'empire de Roger de Weck, de décrocher de l'avancement. A l'instar de son suzerain, et en parfaite harmonie avec la tonalité donnée au plus haut niveau de la SSR, il nous a proposé ce matin quelque chose comme le 747ème édito anti-UDC de cette honorable institution stipendiée par l'impôt déguisé qu'on appelle « redevance ». On se réjouit déjà du 748ème.

 

Ce matin, histoire de varier le ton, le mode n'était pas à la condamnation morale, mais au portrait du premier parti de Suisse sous les traits d'une sorte d'infante défunte, ou tout au moins aux confins du trépas : « L'UDC peut-elle survivre à Christoph Blocher ? ... La fin du règne approche... Immense désarroi... Génération vieillissante... Relève sans commune mesure avec le poids électoral du parti ». L'impression, à mesure que s'écoulaient les mots irrévocables, de l'un des ultimes portraits du Roi Soleil, vieillissant, années 1714, 1715, par l'inoubliable Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon.

 

C'est fou, en cette période électorale, le nombre de gens qui nous claironnent la mort imminente de l'UDC. Sa décrue. Sa décadence. Toujours, la métaphore de l'âge. Ou celle de la raison perdue : le « désarroi ». Une sorte de Radeau de la Méduse, peuplé de vieillards hallucinés, dépassés. A toutes ces Cassandres, il faut se contenter de donner rendez-vous au soir du 23 octobre prochain. Et termes de générations, ces sympathiques cacochymes pourraient avoir quelques surprises. Car il ne s'agit pas, pour marquer des points, de larmoyer en boucle sur Facebook. Mais de conquérir le cœur de l'électorat. Nous verrons bien, sur ce terrain-là, qui le peuple suisse choisira, dans moins de deux mois.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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25/08/2011

Sainte Marie des Roses

 

Sur le vif - Face à une écarlate couronne d'épines - Jeudi 25.08.11 - 19.09h

 

Délicieuse - et tellement révélatrice - expression de Maria Roth Bernasconi, à l'instant (1856h), sur la RSR. Dans un débat consacré à la double casquette du PLR zurichois Filippo Leutenegger, à la fois animateur d'émissions politiques (sur SAT 1) et candidat à réélection au National, la socialiste genevoise s'est exprimée sur les différences entre presse romande et presse alémanique. Et elle vient de dire ceci : « La presse alémanique est vraiment très à droite. La presse romande, elle, est plus indépendante ».

 

Il y a donc, aux yeux de Sainte Maria des Roses, deux catégories de journaux : ceux de droite, et ceux qui sont indépendants.

 

Si un soir, donc, au fond d'un bistrot, pressé par le besoin, vous cherchez l'indépendance, Maria Roth Bernasconi vous indiquera volontiers le chemin : « Au fond à gauche », vous glissera-t-elle.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Le coup bas contre KKS

Sur le vif - Jeudi 25.08.11 - 10.45h

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Lorsque le grand hebdomadaire de la droite suisse démolit la plus brillante personnalité de cette même droite, on se dit que l'affaire n'est pas tout à fait banale. En une de la Weltwoche de ce matin, à la manière du « Wanted » des westerns, la présidente du gouvernement saint-gallois, la femme qui aurait dû être conseillère fédérale et à laquelle le Parlement, pour d'obscures raisons, a préféré Johann Schneider-Ammann : l'ultra-compétente Karin Keller-Sutter. Le grief, évidemment sans appel aux yeux de la Weltwoche et de ceux qui soutiennent cet hebdomadaire : la « dame de fer » saint-galloise serait intervenue en 2008, contre la décision de l'ODM (Office fédéral des Migrations) et du Tribunal administratif fédéral, pour favoriser une famille de requérants devant être renvoyés en Turquie.

 

L'affaire, bien sûr, devra être examinée. Mais le procédé mérite décodage. On sait la Weltwoche très proche de l'UDC, ce qui est au demeurant son droit le plus strict et offre aux lecteurs de Suisse alémanique une vision appréciée par quelque 30% de la population du pays. Une approche éditoriale, à coup sûr, qui manque en Suisse romande. Mais sur ce coup-là, vraiment, la ficelle est plus énorme qu'un câble de téléphérique. Il faut savoir qu'à Saint-Gall, la lutte pour le Conseil des Etats, cette année, s'annonce aussi passionnante que terrible, puisqu'elle oppose, pour deux sièges à décrocher, quatre stars de la politique suisse : Karin Keller-Sutter (PLR), donnée (jusqu'au coup bas de ce matin !) comme favorite, Eugen David, l'un des plus brillants sénateurs du PDC, Paul Rechsteiner (PS), président de l'Union Syndicale Suisse, et... Toni Brunner, président de l'UDC suisse. Oui, le 23 octobre au soir, tout le pays aura les yeux rivés sur Saint-Gall.

 

Avec ce carré de combattants, dire qu'il y a rivalité à droite relève de l'euphémisme. En politique, nul besoin d'avoir lu Plutarque ou Machiavel pour savoir que le pire ennemi est toujours à chercher dans la proximité, dans la famille (idéologique), dans la similitude. La brillante dame de fer est donc la cible idéale pour l'UDC et pour la Weltwoche, la femme à abattre. La ligne de KKS étant, au fond, très proche de celle de Toni Brunner, il est inimaginable que les Saint-Gallois envoient ces deux personnes au Stöckli. Il convient donc, mathématiquement, d'exécuter la politicienne pour sauver les chances du président national de l'UDC. CQFD.

 

Reste à savoir une chose : qui, du PS ou du PDC, s'est associé aux milieux proches de l'UDC pour faire sortir, comme par hasard, cette affaire juste maintenant. Je n'ai pas la réponse à cette question. Mais je sais un peu, dans les affaires d'exécution, comment certaines alliances, souvent  fort étonnantes, peuvent fonctionner.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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24/08/2011

Sept personnages en quête de hauteur

 

Sur le vif - Mercredi 24.08.11 - 17.54h

 

Naître avant même que d'être, voilà donc une nouvelle vertu de Phénix, ce légendaire oiseau qui, comme l'écrit Apollinaire, « s'il meurt un soir, le matin voit sa renaissance ». Phénix, prophétisé à grand fracas, il y a quelque temps,  par Isabel Rochat, magicienne des noms de code, Figaro-ci, Figaro-là, la conseillère d'Etat qui règne par les délicieuses et sataniques vertus de l'Incantation.

 

Phénix, apprend-on aujourd'hui, sera anticipé. Il y aura, plus tôt que prévu, davantage de policiers dans les rues. Sur le fond de la décision, rien à dire : c'est celle que tout le monde attend, que tout le monde demande. Mais sur le tempo politique, quelle catastrophe ! Voilà des semaines qu'à tort ou à raison (cf notre précédente note), le thème de l'insécurité embrase Genève. Voilà des semaines que le Conseil d'Etat, au lieu de donner l'impression de suivisme qui domine la décision d'aujourd'hui, aurait pu prendre les devants. Être en amont, plutôt que courir derrière.

 

Car enfin, quoi ! Si vraiment l'insécurité genevoise augmente, comme le reconnaît aujourd'hui le Conseil d'Etat, fallait-il attendre la fin de l'été pour agir ? Juillet et août seraient-ils des mois morts ? A l'époque des réseaux internet, nulle séance à distance des sept conseillers d'Etat n'est-elle possible ? Avec prise de décision immédiatement exécutive. De qui a-t-on peur ? Des syndicats ?

 

Le résultat de tout cela, c'est un gouvernement qui prend de bonnes décisions, mais qui, hélas, les prend trop tard, donne l'impression de céder à l'air du temps, de courir derrière. De la même manière, ce Conseil d'Etat de beau temps et de personnes bien élevées aura mis des mois et des mois avant de reconnaître enfin la nécessité, en matière de retour à l'emploi, d'une préférence aux résidents. Là aussi, c'était bien, mais c'était tard.

 

Ce qui manque à ce collège, c'est la puissance d'anticipation. Pour les plans quadriennaux et les mouvements lourds, il possède sans doute cette vertu. Pour les décisions plus réactives, qui exigent d'aller vite, il a encore une sensible marge de progression.

 

A coup sûr, un collège dirigé, pour toute une législature, par une personne forte, justement investie des dossiers les plus sensibles (la sécurité, aujourd'hui, en est un), pouvant imprimer sa marque sur le cours des choses, faciliterait la rapidité de réaction. Je parlais tout à l'heure de « tempo ». Voilà qui rappelle l'un de nos plus grands conseillers fédéraux, que j'ai eu l'honneur d'interviewer, à Bâle, en 1993, pour ses 80 ans : il était socialiste et s'appelait Hans-Peter Tschudi. Au pas de charge, animé par une volonté farouche et une éblouissante lucidité de l'action, il a mené la réforme de nos assurances sociales. Sans formules incantatoires. Non. Juste la passion politique.

 

Pascal Décaillet

 

*** PS - 18.49h - A entendre, à l'instant sur la RSR, la réaction de Christian Antonietti, de l'UPCP (Union du Personnel du Corps de Police), on mesure l'ampleur de la pression syndicale sur le monde politique. En République, il est bon que les syndicats existent. Pas qu'ils se substituent eux élus.

 

 

 

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Genève : la mémoire un peu courte de Mme Calmy-Rey

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Mercredi 24.08.11



C'est léger, volatile, volage même, ça change de couleur avec la moindre humeur de mode ou de saison : ça s'appelle un thème électoral. Ce printemps, on ne jurait que par le nucléaire, ses dangers, Fukushima. Ueli le Climatique était devenu l'Energétique, ne parlait plus chaleur mais Apocalypse, son discours était devenu biblique, son verbe se parait de l'écarlate incandescence des prophètes. C'était presque beau. Et puis là, tout à coup, patatrac, fini le recul des glaciers, fini le Jugement dernier, on ne parle plus que d'insécurité. C'est parti de Genève, le Mammouth s'est auto-excité sur le sujet. On a l'impression, à entendre certaines ondes publiques ou lire certains quotidiens orangés, que traverser la Ville de Calvin sans garde du corps relève de la folie. Que l'arme blanche guette chacun de vos pas. Que la canaille, couteau entre les dents, vous attend.

Juste un peu de mémoire. Il y a exactement deux ans, en pleine torpeur d'août 2009, le même embrasement sécuritaire s'est produit. Nous étions à deux mois des élections cantonales. Nous sommes, aujourd'hui, à la même distance des fédérales. Troublant, non, la similitude de ces flambées ? Oh, il ne s'agit pas de nier les faits : les agressions, à Genève, sont bien réelles, sont en effet en augmentation, les policiers manquent, tout le monde en convient. Mais enfin, désolé, Genève n'est pas encore le Bronx. Ce qui enfle et se dilate avec la canicule, c'est le discours. Et ce qui tétanise les prunelles, c'est le dimanche 23 octobre.

Cette exagération aura ses effets pervers. D'abord, en généralisant l'idée d'insécurité, elle manque de respect pour les vraies victimes d'agressions, Dieu sait si leur souffrance, leur solitude aussi parfois, mérite notre attention. Et puis, nécessairement, quand l'hystérie sera passée, on reprendra les mots des uns et des autres. Et on ne manquera pas d'en dégager la part de récupération politique. A cet égard, la tentative d'ingérence d'une présidente socialiste de la Confédération, ancienne conseillère d'Etat genevoise, dans la question sécuritaire au bout du lac, aussi inopportune qu'inélégante, n'a pas à être décryptée autrement que comme un petit coup de main à ses copains de parti, en pleine période électorale. Et justement, les socialistes et la sécurité, à Genève, parlons-en ! Un conseiller d'Etat passif, Laurent Moutinot. Un procureur, Bernard Bertossa, béni et adoubé, du temps de sa splendeur, par une presse en pâmoison, ne définissant comme priorité que la lutte contre le crime en col blanc. Des années d'errance et d'échec, qui interdisent aujourd'hui à une représentante de ce parti, fût-elle la première dame de l'exécutif fédéral, de venir faire la leçon à qui que ce soit. Bref, un coup d'épée dans l'eau. Vous me direz que ça s'est vu, tout de suite. Mais alors, de grâce, pourquoi personne, ou si peu, ne l'a-t-il relevé ?

Pascal Décaillet

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18/08/2011

Sonia, le Ciel, les Anges

 

Sur le vif - Et en mémoire de Léon XIII - Jeudi 18.08.11 - 19.54h

 

Draconiennes, les exigences idéologiques du PDC genevois pour la succession de Sonia Gatti ! La sympathique et souriante secrétaire générale de ce parti s'en va. Après cinq ans de loyaux services, elle s'apprête à assumer de nouvelles fonctions dans la métallurgie et le bâtiment. Dans une annonce publique pour trouver la perle rare, le PDC définit le cahier de charges, dessine le caractère idéal du titulaire du poste. Et, à la toute dernière ligne, précise ceci : « Être membre du Parti démocrate-chrétien serait un atout » !

 

C'est ce qui s'appelle placer la barre très, très haut. Pas tout à fait au Ciel. Mais presque. Disons, juste là où se tutoient les anges.

 

Pascal Décaillet

 

 

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16/08/2011

Les inquiétudes très sélectives de Mme Calmy-Rey

 

Sur le vif - Dimanche 16.08.11 - 14.59h

 

« Inquiète », « préoccupée » : c'est fou ce que les nuits de Micheline Calmy-Rey doivent être tourmentées ! À chaque crise internationale, notre ministre des Affaires étrangères fait part de son « inquiétude ». Ça doit être terriblement angoissant de diriger le DFAE ! On en viendrait à souhaiter à la conseillère fédérale un long, oui un très long temps de repos. Par exemple, la retraite. Histoire de souffler un peu, désangoisser, faire baisser un peu la tension. Transat. Drink. Lecture, peinard, vue sur l'eau turquoise de la crique.

 

Dernier sujet « d'inquiétude », la détérioration de la sécurité à Genève. Bref, un missile contre Madame Rochat, dont le leadership n'éclate certes pas au grand jour, mais qui fait ce qu'elle peut. On pourrait se demander en quoi le sujet concerne la cheffe de la diplomatie suisse. Ah oui, au milieu de mille agressions, il y en a eu une contre des ressortissants de la « Genève internationale ». Ces personnes auraient-elles plus de valeur que n'importe quelle vieille dame qui se fait voler son sac ?

 

Surtout, si vraiment la question sécuritaire à Genève intéresse tant Madame Calmy-Rey, on peine à comprendre l'océan de son silence pendant les années Moutinot, ces longues années, oui, où la gauche ne parlait que de « sentiment d'insécurité », se désintéressant de la rue, ne voyant de crimes que dans le domaine de l'argent sale et des cols blancs. Un procureur sélectif (M. Bertossa), un magistrat passif : pendant toutes ces années-là, Mme Calmy-Rey, sur la sécurité à Genève, se taisait.

 

Alors, Madame la Conseillère fédérale, vous que nous avons souvent défendue dans ces colonnes, dont nous admirons le courage et la capacité de travail, là, désolé, mais il nous est difficile de voir, dans cette intervention inopportune, autre chose qu'un petit coup de pouce à vos copains socialistes, à quelques semaines des élections fédérales. Et puis, si vraiment vous avez des pistes à conseiller à Madame Rochat, ayez l'élégance de lui téléphoner. Elle aura, n'en doutons pas, celle de vous écouter. C'est un art, dit-on, dans lequel elle excelle.

 

Pascal Décaillet

 

 

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15/08/2011

L'éclat bleuâtre du crachat dans la soupe

 

Sur le vif - Lundi 15.08.11 - 15.11h

 

Incroyable, le record mondial de crachat dans la soupe que nous révèle ma consoeur Aurélie Toninato, sur le site de la Tribune de Genève, en fin de matinée ! Sur la page « 1er Août » de l'agenda universitaire 2010-2011, la définition suivante : « Fête nationale en Suisse, terre de racisme et d'intolérance ».

 

L'éditeur responsable ? La CUAE (Conférence universitaire des associations d'étudiants), à côté de laquelle, de toute éternité, même les syndicats de pédagogues en sandales font figures de noires phalanges. Et ce fameux agenda, dûment stipendié par l'Alma Mater, à travers un fonds alimenté par les taxes universitaires !

 

Cette affaire appelle, au plus vite, les réactions suivantes : plus un seul centime d'argent public pour cet agenda. Une condamnation vive et sans appel du Recteur (aura-t-il ce courage ?). Faut-il rappeler que l'Université vit d'argent public, celui de nos impôts ? Qu'elle représente le Canton de Genève, et, à travers lui, la Confédération helvétique tout entière. En aucun cas, les plus hautes autorités académiques ne peuvent laisser insulter le pays. Si elles n'ont pas la trempe de réagir, qu'elles se démettent.

 

Et si c'est de l'humour, on invitera les charmants auteurs de cette si délicieuse phrase à aller s'essayer au même second degré dans des pays comme l'Iran ou la Syrie. Histoire de soupeser et de comparer un peu les différents degrés de « tolérance ». Vivifiante perspective, non?

 

Pascal Décaillet

 

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Président du jury ou Epurateur en chef ?

 

Sur le vif - Lundi 15.08.11 - 10.48h

 

Je n'ai pas encore vu « Vol spécial », le film de Fernand Melgar, et ne manquerai pas, dès que j'en aurai l'occasion, de le visionner.  Trois ans après « La Forteresse », ce film évoque les renvois forcés d'étrangers en situation irrégulière, en Suisse, et nous fait découvrir l'enceinte de « Frambois », établissement dont les Genevois ont souvent entendu parler. Sujet ultrasensible, on l'imagine.

 

Ce que nous savons, c'est que Paulo Branco, président du jury de Locarno, a gravement insulté cette oeuvre et son auteur, samedi, en parlant de « film fasciste ». Le mot est incroyablement fort, rappelle la rhétorique d'une certaine gauche des années 70, associe un créateur suisse de films documentaires à une vision totalitaire du monde. Tout cela, pourquoi ? Parce que Melgar, apparemment, y donne la parole, entre autres, aux « bourreaux ». Entendez les fonctionnaires chargés du sale boulot, celui qu'on ne veut pas trop voir, parce qu'il ne sent pas très bon. Mais boulot qu'une majorité du peuple, un certain dimanche, a légitimé. C'est cela, la démocratie : on prend des décisions, mais on se cache parfois les yeux lorsqu'on les applique jusqu'au bout. Melgar, lui, déjà dans son film précédent, a choisi de montrer ces choses-là. N'est-ce pas son honneur de cinéaste ?

 

Et puis, quoi ! Quand bien même la démarche serait « fasciste » (mais où donc, dans quel archaïque arsenal suintant le manichéisme lexical post-68, Branco est-il allé chercher ce mot ?), il y aurait peut-être argument à condamner moralement. Mais artistiquement ? Le président du jury d'un festival de films a-t-il pour mission de jouer les censeurs idéologiques ? Ces propos sont indignes de lui, de sa fonction. M. Branco ne s'est pas comporté en président. Mais en épurateur en chef. En grand inquisiteur, garant d'une ligne politique. Il n'y a certainement, à Locarno, aucun scandale Melgar. Mais un vrai scandale Branco,

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

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14/08/2011

Les mots justes et forts de Jacques-André Haury

 

Sur le vif - Dimanche 14.08.11 - 19.21h

 

J'étais au volant, au milieu d'une forêt de montagne, il y a quelques minutes, lorsque ont fusé, à la RSR, les mots si forts de Jacques-André Haury. Il s'agissait d'un débat sur l'initiative populaire vaudoise du 4 septembre prochain « Vivre et voter ici », à propos des droits politiques cantonaux des étrangers.

 

Médecin, député, président des Verts libéraux, Jacques-André Haury a campé le sujet en moins d'une minute, en ouverture de discussion, avec le talent, la douceur et la chaleur qui sont les siens. Il a rappelé à quel point la démocratie suisse, loin d'avoir été consentie d'en haut, tenait son fondement tellurique, le miracle de sa légitimité, d'en bas.

 

Contre les constructions intellectuelles, contre la démocratie de supermarché, contre la fragmentation des droits et des devoirs (j'en prends un peu ici, au plan cantonal, je laisse tomber le niveau fédéral, vous m'en donnerez sept kilos), le politicien vaudois a eu des mots magiques sur ce que d'autres, sous d'autres cieux, appellent le lien indivisible. Je dis ici qu'il a tenu un discours républicain. Peu m'importe qu'il soit de droite ou de gauche : ré-pu-bli-cain !

 

Hommage lui soit rendu. Les Vaudois, le 4 septembre, voteront comme ils voudront. Mais il fallait, dans cette campagne, que ces paroles puissantes, au moins une fois, fussent dites.

 

Pascal Décaillet

 

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Gilles et les parapluies

 

Sur le vif - Dimanche 14.08.11 - 10.35h

 

Directeur de la RTS, Gilles Marchand est un homme souriant, sympathique et plein d'humour. Issu du marketing, où il a fait des merveilles, il est surtout un incomparable vendeur. Dans le désert, il vous vendrait des parapluies. Vendre la RTS, dire qu'elle est la meilleure, c'est son rôle. Il est payé pour cela. Rien à dire.

 

Ce qui est un peu plus incongru, c'est de voir apparaître aujourd'hui, sous le mystérieux générique « Le Cercle du Matin dimanche », en tête de page et sur quatre colonnes, un texte de pure publicité d'entreprise, intitulé « La Suisse romande a du talent », où surgit quatre fois la raison sociale d'entreprise « RTS ». Pour dire, évidemment, à quel point le Mammouth accomplit si merveilleusement son boulot de miroir culturel de nos festivals d'été.

 

C'est comme si on donnait la parole au directeur de Nestlé pour nous vanter, à coup de pubs martelées, les bienfaits de sa boîte, sous le titre « Les splendeurs de Vevey au cœur de l'été ». Par rapport à n'importe quelle autre entreprise, cette démarche pseudo rédactionnelle eût été choquante. Pour la RTS, non. Il faudrait être grand clerc, ou mouche dans certains « Cercles », pour décrypter et débroussailler un jour les réseaux d'intérêts mêlés entre la Régie stipendiée par l'impôt déguisé (redevance) et les petits copains de grands canards privés qui, loin de jouer la concurrence, se vautrent dans le Cartel du Cocktail et des bonnes relations. C'est un peu le phénomène Locarno, où se pavane la SSR, et jusqu'à son directeur, pour mieux s'y voir, au dernier jour... primée.

 

Face à ce marécage, les télévisions privées, mais aussi les radios, les sites internet d'information en construction, les producteurs indépendants doivent impérativement se mobiliser. Montrer qu'il existe d'autres sources de création - et de miroir d'une région -  que la grande toile d'araignée. Une toile qui a ceci de particulier : l'arachnide s'y entend à merveille avec les moustiques captifs qu'elle devrait dévorer. Elle les libère, les reprend. Pendant ce temps, seul dans le désert (depuis trop longtemps, of course), Gilles le Magicien continue de vendre des tonnes de parapluies.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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13/08/2011

L'élan brisé de ceux qui se réjouissent trop tôt

 

Sur le vif - Samedi 13.08.11 - 08.44h

 

« L'élan brisé de l'UDC » : c'est le titre, ce matin, de l'éditorial du Temps, les six mots que tous les yeux verront, en première page. Un titre pour dire quoi ? Que, selon le dernier baromètre électoral Gfs/SSR, avec le Temps comme partenaire (sondage dont tout le monde, depuis quelques années, peut apprécier la visionnaire pertinence), l'UDC « marquerait le pas ».

 

À supposer que ce sondage, triomphalement diffusé par les services de M. de Weck, ait une quelconque valeur, allez oui supposons-le, examinons les chiffres : UDC 27,4% d'intentions de vote, soit neuf points devant le deuxième parti (le PS, 18,5) et plus de onze devant le PLR (16,1). « Rupture majeure », claironne l'éditorialiste du Temps.

 

Rupture avec quoi ? Même dans le cas de figure de ce sondage, une fois évacuées les intentions des sondeurs et de leurs propagandistes d'Etat ou de la presse ayant immense pignon sur immense rue, nous sommes exactement dans le cas de figure d'octobre 2007. Une UDC largement devant, des socialistes toujours sous la barre des 20% (aucune sociale démocratie d'Europe ne plonge aussi bas, ce qui ne semble guère troubler le commentateur du Temps), des PDC et PLR qui se chamaillent une somme totale d'environ 30%. Bref, le scénario le plus probable, pour le 23 octobre 2011, est celui d'une continuité : nous serons vraisemblablement dans des grandes masses similaires, à quelques pourcents près, à celles de 2007.

 

Dès lors, il serait intéressant de s'interroger sur le triomphalisme du Temps (dans son titre), sur l'étrange consanguinité qui relie mandants et mandataires, avec ces éternels sondages Gfs/SSR (et ce qu'ils coûtent !), sur l'éventuelle opération de propagande derrière la soi-disant objectivité des chiffres. Ces questions, dans l'univers éditorial de Suisse romande, précisément étouffé par deux ou trois géants, dont les commanditaires du sondage, qui les posera ?

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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