03/09/2011

Didier Bonny, homme debout

 

Sur le vif - Samedi 03.09.11 - 17.01h

 

Je connais Didier Bonny depuis plus de trente ans, pour avoir été son prof d'allemand, alors qu'il était un jeune homme sensible, ouvert et intelligent. Plus tard, c'est lui qui a été l'instituteur de ma fille aînée, qui en garde un remarquable souvenir. Ce chassé-croisé d'enseignements (la plus belle chose, la plus noble relation du monde, sur laquelle Péguy, dans « Notre Jeunesse », a écrit de bouleversantes vérités), crée bien sûr des liens, mais ça n'est pas pour cela que j'écris ce billet. Non. C'est, bien sûr, suite à sa décision, annoncée hier, de quitter le PDC, après 26 ans de loyaux services.

 

Tout le monde sait qu'à propos des alliances à droite, je ne partage pas le point de vue de Didier Bonny. Quelques-uns, peut-être, savent que je viens d'une famille maternelle où le mot PDC, jugé trop moderniste, ne se prononçait même pas : on disait conservateurs, et les chrétiens-sociaux étaient considérés comme de singuliers petits hommes jaunes, d'autres planètes. Mais ces divergences, aujourd'hui, n'ont aucune importance, elles s'abolissent face à l'admiration que m'inspirent la cohérence de Didier Bonny, la droiture de son acte, l'honneur de sa posture.

 

Car enfin, que se passe-t-il ? Un homme, sur un point qu'il juge capital, n'est pas d'accord avec l'évolution de son parti. Il rumine, réfléchit longtemps, avertit. Et puis, un beau jour, il tire les conséquences. Avec élégance, sans la moindre haine, sans le moindre mot blessant (je viens d'écouter son interview à Forum), il s'éclipse. Peu de politiques, très peu, pourraient en dire autant. Son acte, avec éclat, tranche par rapport à la triste horizontalité des survies, ceux chez qui tout est bon pour s'accrocher : la fausse amitié des cocktails, les réseaux de copinage, le tutoiement de l'ennemi.

 

Alors voilà, moi qui suis en désaccord total avec la raison même du départ de Didier Bonny, je veux dire ici que la dignité de cet au-revoir m'impressionne.

 

Chapeau, Didier. Un homme n'est grand que dans la solitude. Les cocktails, c'est pour les rampants.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

17:01 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Excusez-moi, Monsieur Décaillet, mais où était "la cohérence de Didier Bonny, la droiture de son acte, l'honneur de sa posture" lorsque celui-ci s'accrochait illégalement à son siège de député au GC alors même qu'il était nommé directeur d'établissement, un poste de cadre supérieur incompatible avec ce mandat selon la loi?
Une autre avait eu, elle, la décence d'y renoncer.

Écrit par : Duval | 03/09/2011

Un parti (PDC) qui se dit chrétien avec toutes les valeurs que ça sous entend ne peut s'allié avec un parti tel l'UDC qui exacerbe la xénophobie, voir la haine et multiplie les provocations agressives.
Soit le PDC garde le "C" et adhère à la philosophie chrétienne qui est positive ou alors qu'il enlève le "C" et il n'a aucune objection morale de ne pas s'allier avec un parti populiste.
Didier Bonny a eu raison de démissionner, et les instances du PDC devrait se poser des questions sur le "C". Si il le garde, alors que le PDC soit cohérent avec ce "C"

Écrit par : roket | 03/09/2011

Bravo M. Bonny,

Regardez de près l'initiative UDC contre l'immigration massive ! Cette initiative représente un vrai danger pour l'économie de notre pays !! L'UDC espère peut-être qu'une crise économique sévère pourrait jeter des citoyens désespérés dans ses rangs ?!

Regardez les liens douteux de l'UDC tessinoise avec un cocaïnomane notoire (http://www.legaticinesi.ch/home ), pas mal pour un parti qui prône la tolérance zéro en matière de drogue !!! Bel exemple de contradiction !

On comprend aisément pourquoi certains politiciens refusent de se compromettre avec l'UDC, un peu partout en Suisse. Lorsque la vérité éclate en plein jour, cela devient délicat d'expliquer à ses électeurs de telles compromissions.

Écrit par : Huguette | 03/09/2011

Regardez de près l'initiative UDC contre l'immigration massive ! Cette initiative représente un vrai danger pour l'économie de notre pays !!
+++++++++++++++++++++++++++++++++++


« Lorsqu’un travailleur immigré supplémentaire arrive, il faudra finalement, pour réaliser les infrastructures nécessaires (logement, hôpitaux, écoles, infrastructures de toutes sortes, installations industrielles, etc.) une épargne supplémentaire égale à quatre fois le salaire annuel de ce travailleur.

Si ce travailleur arrive avec sa femme et trois enfants, l’épargne nécessaire sera égale à vingt fois son salaire annuel, ce qui manifestement représente une charge très difficile à supporter. »


Maurice Allais - Prix Nobel d’Économie 1988, Le Figaro, 5 décembre 1990.

Écrit par : Paul Bär | 03/09/2011

Quelle référence !!! Allais était un excellent économiste, mais du siècle dernier ! Nous ne sommes plus à l'ère du protectionnisme ! Les échanges commerciaux concernent la planète entière et non plus une région ou une autre ! Et cela, l'UDC ne l'a pas compris. Soyez un peu à l'écoute de l'aile économique de ce parti, et vous aurez tout compris.

La citation tirée du figaro ne tient plus la route de nos jours.

Cordialement

Écrit par : Huguette | 03/09/2011

Paul Bär n'a apparemment pas compris que les sciences économiques évoluent extrêmement vite : les théories d'hier ne sont pas la réalité d'aujourd'hui. Et ce n'est pas le titre "Prix Nobel" qui donne une quelconque légitimité à un raisonnement scientifique. Qui cite Allais aujourd'hui ?

Aller demander aux économistes partisans du libéralisme économique, s'ils croient toujours aux théories de Milton Friedman (lui aussi Prix Nobel), vous serez étonné.

Écrit par : Gringo | 04/09/2011

La citation, plus haut, du prix Nobel d'économie Maurice Allais ne concernait pas la question du protectionnisme (1).

En effet, je ne vois pas au nom de quel principe économique (2), il faudrait par définition lier la libre circulation des marchandises à la libre circulation des personnes.

Dans cette optique, l'argument du prix Nobel d'économie Maurice Allais me semble ainsi toujours pertinent (3).





(1) rappelons qu'une nation comme les USA, dont la doxa à l'usage du monde est superficiellement "libérale", sait parfaitement redevenir protectionniste dans les faits, dès lors que ses intérêts économiques stratégiques sont directement engagés (marché de l'acier, contrôles des ports etc...). C'est là effectivement le vrai principe de l'économie réelle : prendre le plus, donner le moins.

(2) sauf si l'argument économique ne sert que de paravent opportun à la doctrine mondialiste, au planétarisme sociétal, mais là on sort de la stricte économie pour entrer dans le domaine de la pure idéologie constructiviste.

(3) sans oublier qu'il n'est pas équivalent, en termes de rapport coût/efficacité, d'accueillir sur son sol, par exemple, provisoirement un ingénieur allemand ou, à titre définitif, une famille étendue de réfugiés irakiens.

Écrit par : Paul Bär | 04/09/2011

@ Roket
Il y a bien longtemps que les dirigeants du PDC se posent la question quant à leur sigle. Avec leur couardise légendaire, ils n’ont toujours pas franchi le pas de censurer le C.

Écrit par : Aurélien | 04/09/2011

Les commentaires sont fermés.