20/10/2011

Vade-mecum anti-molasse

 

Chronique parue dans le Nouvelliste - Jeudi 20.11.11



Au milieu d'une Europe qui ne nous veut guère de bien, et se porte elle-même fort mal, au milieu d'une crise financière, monétaire, et sans doute plus globale encore, à qui voulons-nous confier le destin de la Suisse pour les quatre ans qui viennent ? Chaque citoyen, en son âme et conscience, en jugera d'ici dimanche. Pourvu, simplement, qu'il le fasse dans l'urne : le mot « peuple », en démocratie, n'a de sens et d'issue que par la voie électorale, dans le cadre d'institutions. Bref, de gauche ou de droite, allons tous voter ! Plus la participation sera grande, plus sera légitime le Parlement fédéral 2011-2015.

Une légitimité dont il a bien besoin. Il convient de s'interroger sérieusement sur certains aspects vieillots de cette institution, qui à certains égards fonctionne encore comme au temps des diligences. A l'heure d'internet, des réseaux sociaux, qui permettent d'incroyables simultanéités à distance, d'un bout à l'autre de la planète, à quoi rime encore cette convergence physique, quatre fois par an, selon un calendrier totalement figé plusieurs années à l'avance, de 246 élus dans un même lieu, la ville de Berne ? Bon an, mal an, qu'il pleuve ou qu'il vente, il est acquis que les parlementaires siègent en mars, en juin, en septembre, en décembre. Un décalage total, en termes d'efficacité, par rapport au monde de l'économie.

Et puis, lâchons le mot : et si la Suisse était un régime parlementaire hypertrophié ? Savez-vous qui est, statutairement,  le premier citoyen du pays ? Réponse : le président du Parlement. Sans vouloir froisser mon ami Jean-René Germanier, qui accomplit d'ailleurs sa fonction à merveille, je ne trouve pas ce statut normal. Le premier, dans une démocratie, doit être le chef de l'exécutif. Qu'il ne le soit pas, en dit long sur la castration, dans la mentalité politique suisse, de tout ce qui peut incarner une fonction de décision, de prise de risque. Tout ce qui dépasse : on choisit Johann Schneider-Ammann à la place de Karin Keller-Sutter, décision catastrophique non seulement pour le PLR, mais pour le pays. On trouve ça très bien, on a mis un type qui nous dérangera moins que la redoutable Saint-Galloise, on a nivelé par le plancher. Et on s'en lave les mains. Et on s'en va boire un verre au Café fédéral.

Oui, la politique fédérale déifie l'institution législative, jusqu'à cette carte de visite, ahurissante, de « correspondant parlementaire », alors que les équipes journalistiques à Berne traitent aussi du Conseil fédéral, de l'administration, de la vie syndicale, patronale, et des partis politiques. Glorifier le cénacle des faiseurs de lois (hélas aussi faiseurs de rois, mais peut-être plus pour longtemps), au détriment du gouvernement, c'est l'un des paradoxes de notre système où la molasse est reine, et la pierre précieuse, appelée à demeurer dans l'ombre.



Pascal Décaillet


 

08:58 Publié dans Chroniques éditoriales Nouvelliste | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

"Le premier, dans une démocratie, doit être le chef de l'exécutif."

Désolé, Monsieur Décaillet, mais là, à mon humble avis, vous avez tout faux!... C'est une bombe!... Le contraire d'une bombe antipersonnelle. Une personnalisation du pouvoir, le culte de la personnalité. Voyez ce que ça donne en France et en Italie. (D'accord, je simplifie!)

Que fait l'exécutif? Il exécute!
Qu'exécute-t-il? Les lois,les règlements, les directives édictées par le Parlement. Comment voulez-vous que ceux qui prennent les ordres, des exécutants donc, aient le chef suprême qui soit choisi parmi eux?

...Y'a quelque chose qui cloche là-d'dans. J'y r'tourne immédiatement. (Merci Boris)

Écrit par : Baptiste Kapp | 20/10/2011

Je crois que nous devrions plutôt aller vers un plus grand nombre de référendums afin d'obtenir plus souvent l'avis de la population.

Cela a un coût, mais plus que compenser par le grand renforcement de la Legitimité de notre Démocratie.

Exemple, les accords sur le dos du Secret Bancaire que les USA ou les états européens que le gouvernement fait avaliser par la petite porte, ou encore l'application des clauses de sauvegardes des bilatérales qui pourraient limiter l'immigration, etc...

Écrit par : Anonyme | 20/10/2011

Pas d'accord avec vous M. Décaillet, le président du Conseil national détient sa légitimité du peuple qui l'a élu au CN et à la présidence dudit Conseil par ses pairs, contrairement au Président du Conseil fédéral qui détient la sienne de l'Assemblée fédérale. Par conséquent le "premier citoyen du pays" est bien le Président du Conseil national, sauf à vouloir réformer nos institutions, par exemple faire élire le Conseil fédéral par le peuple - ce que je ne souhaite pas -, mais qui donnerait au CF une "légitimité populaire".

Je suis favorable à une réforme de nos institutions tendant à renforcer les pouvoirs du Conseil fédéral, à le rendre plus cohérent, mais je ne pense pas qu'on puisse atteindre ce but en le faisant élire par le peuple. Bien au contraire.

En pensant à une réforme institutionnelle et sans aller jusqu'à faire élire une Assemblée Constituante par le peuple comme le proposent François Chérix et Roger Nordmann dans leur opuscule "La Suisse ou la peur", je pense que l'on pourrait maintenir l'élection du Conseil fédéral par l'Assemblée fédérale, mais sur la base de contrats de législatures et sur des "listes bloquées" contenant les noms de sept candidats, ceci afin d'améliorer la cohérence et l'efficacité du CF.

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 20/10/2011

@ Jean - "Sauf à vouloir réformer nos institutions": oui, réformons-les!

Écrit par : Pascal Décaillet | 20/10/2011

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