16/11/2011

Salaire minimum : je vote oui

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Mercredi 16.11.11

 

Après mûre réflexion, je voterai, le 27 novembre à Genève, pour l'instauration d'un salaire minimum. J'ai pesé le pour, le contre, organisé des débats sur le sujet, écouté avec intérêt tous les avis : au final, il m'apparaît qu'il faut donner un signal fort contre les abus de certains employeurs, les salaires à vil prix, la sous-enchère (dumping), au fond le bradage du Contrat social, qui implique un minimum de respect entre les parties. Ce signal, j'en conviens, passe par une mesure un peu arbitraire (quel plancher ? 4000 francs ?), à la française, avec une kyrielle de défauts que le patronat ne se gêne pas de nous brandir. Eh bien, tout de même, osons le signal.

 

L'idée d'un salaire minimum, en Suisse, fait son chemin. Dans plusieurs cantons (Neuchâtel et Genève votent le même jour), mais aussi au plan national, avec une initiative de l'Union syndicale suisse. La route promet d'être longue, ardue, tellement ce concept s'oppose à tout ce qui, depuis en tout cas la paix du travail de 1937, fonde nos rapports contractuels : discussions par secteurs, conventions collectives. Un système, il faut l'avouer, qui a bien fonctionné. Mais les temps ont tellement changé : l'entrée en vigueur des bilatérales, l'ouverture des frontières, la libre circulation des personnes, la très claire sous-enchère salariale en zone frontalière (criante, à Genève), tout cela doit nous amener à augmenter la protection sociale pour les plus défavorisés. A Genève, avec 3000 francs pour un plein temps, on ne peut tout simplement pas vivre.

 

Je suis moi-même responsable, depuis plus de cinq ans, d'une petite entreprise : mon bureau indépendant de journalisme. Je sais ce que payer un salaire veut dire. Des locaux professionnels. Investir dans du matériel. Avoir peur, au fond. Alors qu'on est soi-même indépendant, justement démuni des garanties sociales qu'on accorde à son employé. Mais c'est le jeu, justement : on a choisi, soi-même, d'assumer le risque économique. Le salarié, en revanche, doit pourvoir bénéficier de la protection sociale. Payer correctement les gens avec qui on travaille, c'est cimenter un climat de confiance qui, finalement, augmentera les chances compétitives de l'entreprise. Le vrai libéralisme, qui est tout sauf celui du casino, n'est-ce pas quelque chose de cet ordre-là ?

 

On me dira qu'un contrat existe dans la mesure où il est accepté par chacune des parties. Je veux bien, mais c'est une vision absolue. La liberté de fixer les salaires, la manœuvre de négociation, tout cela doit demeurer. Mais encadré par un Etat-arbitre. Qui ne joue pas à la place des joueurs, mais siffle les abus. Le génie du jeu, la volonté de vaincre, doivent rester du domaine des entreprises. Mais ces dernières évoluent dans un champ plus large, celui d'une société. Où il convient que chacun ait sa place. Avec un minimum de décence pour pouvoir vivre.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

08:38 Publié dans Chroniques éditoriales Nouvelliste | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Tous les salaires devraient être fixés par l'Etat.

Écrit par : RM | 16/11/2011

@ Monsieur Décaillet,

Je regrette profondément votre choix.

C'est le vôtre, mais si tant de réflexion vous a amener à dire oui, je le regrette énormément.

Les études écononomiques ont montré que le salaire minimum tue l'emploi, surtout quand il est situé à un niveau si élevé en regard des comparaisons internationales.

Car l'erreur originelle est de croire que nous pourrons nous extraire du contexte international.

Cette votation sera locale, mais notre concurrence est internationale.

Pour protéger l'emploi il vaudrait bien mieux limiter l'accès de notre marché du travail à la main d'oeuvre étrangère ainsi, les courbes d'Offres et de Demande de travail se croiseraient à des niveaux de salaires plus élevés (ce qui est rare est chère, mais ce qui se trouve en abondance non).

Pour revenir au contexte internationale, LE SALAIRE MINIMUM EST UN TUE L'EMPLOI.

C'est une mesure typique du suicidisme de Gauche qui vise à créer à volonté du YAKA FAUCON. Déjà entendu parler de la France?

A 4'000 francs par mois le travailleur suisse revient à 4'000 / (22*8) = 22.70 francs de l'heure ou $ 25.83 de l'heure. en comptant 22 jours travaillés en moyenne par mois à 8 heure par jour et un taux de change de 1.136.

Ca se compare à $ 1 de salaire minimum horaire à Shanghai ou $ 10 de l'heure en France et Italie.

Pour les fonctionnaires jouissant du droit ignoble de la garantie de l'emploi c'est tout bénéfice, mais pour les salariés de la vraie économie soumis à la concurrence internationale c'est le job qui passe à la trappe.

Avec les bilatérales et ce salaire minimum si élevé par rapport au reste du monde on va encore plus attirer les 500 millions de crêves la faim européens.

On se retrouvera en payant nos courses à la Migros avec des caissières grecques ayant un doctorat en physique quantique et parlant 5 langues ravis de toucher 4 fois leur salaire hellénique. Et en plus peut-être même qu'elles b...ent tout en jouant de la harpe tellement elle sont motivées. Vous savez jouer de la harpe Monsieur Décaillet?

Et les exemples du style seront légion, car à prix fixe autant en avoir pour son argeont.

Notre but est-il de remplacer la majeur partie de notre population suisse par les meilleurs travailleurs d'Europe? Car si on compte que 2% de la population a un QI supérieur à 130 (génie) alors on peut repeupler la Suisse avec les 10 millions d'européens qui sont de l'ordre du génie (2% de 500 millions d'habitants) et laisser au chômage tous les suisses qui ne satisfont pas ce nouveau critère se sélection.

Les succès des économies dirigées bolcheviques on a vu ou ça a ammener les représentantes des anciennes républiques soviétiques. Au Velvet ou au Pussy Cat...

Un autre exemple parmi d'autres. Beaucoup de familles avec handicapés seront sacrifiées, car plusieurs emploient à leur frais (et oui, pas pris en charge par l'Etat) des gens non formés ou étudiants voulant se faire quelques sous pour moins de 22.70 francs de l'heure. Ce sont souvent déjà d'énorme sacrifices financiers. Ils ne pourront tout simplement plus suivre alors que jusqu'ici tout le monde y trouvait son compte.

Vous écoutez trop votre coeur dans le cas présent et malheureusement pas assez votre tête. Moi aussi, je souhaiterais que tous le monde est des meilleurs salaires, mais ça n'est pas possible.
Il y a des moments où malheureusement il faut y fonctionner avec la tête, comme du temps de la peste à Venise où on finit par interdire aux membres de la famille un dernier baiser sur la tête des défunts, car beaucoup attrapait la maladie ensuite.

Je voterai NON Monsieur Décaillet.

Écrit par : anonyme | 16/11/2011

un salaire minimum a pour principal effet de créer deux catégories, ceux qui sont dans le système, protégé par lui et ceux qui sont en dehors, nus et sans protection aucune ! sans compter qu'il sera un obstacle à tous les 'petits boulots' utiles (stages étudiant, boulot de vacances, etc etc...)qui vont automatiquement disparaître...
votre choix m'étonne car nul part au monde il a été démontré qu'un tel système portait les fruits espérés

Écrit par : uranus | 16/11/2011

Cher Pascal,

Votre culture politique n’est la seconde de personne dans le milieu journalistique helvétique. Cependant - et bien que vous soyez depuis peu un entrepreneur dynamique - je pense que vos déductions en matière d'économie sont généralement empruntes d'une hâte et d'une naïveté excessives.

Je me souviens de votre billet louant les qualités de Madame Myret Zaki suite à la publication de son ouvrage annonçant le déclin du dollar américain. A cette occasion, vous louiez l'esprit visionnaire de la rédactrice en chef du magazine Bilan fustigeant les milieux financiers – genevois notamment - qui pensaient au contraire que l'union monétaire européenne représentait un danger plus important pour l’économie mondiale. L’évolution récente de la crise de certains Etats souverains de l’union monétaire européenne semble contredire votre analyse démontrant votre méconnaissance de la question monétaire.

L’introduction d’un salaire minimal en Suisse est une question intéressante et elle doit être étudiée d’un point de vue dynamique (à travers l’impact qu’un salaire minimum peut avoir à moyen et long termes) plutôt que d’un point de vue purement statique (impact immédiat pour notre économie). Or, même si les avis divergent concernant le salaire minimum à définir si cette initiative est acceptée par le peuple suisse, je suis d’avis que -dans l’immédiat - son introduction permettra à une frange minoritaire de travailleurs d’obtenir un salaire décent. Cependant je crains que le raisonnement économique des entrepreneurs de notre pays enclenche une spirale de baisse généralisée des salaires pour les nouveaux entrants sur le marché du travail tirant à long terme l’ensemble des salaires vers le bas et réduisant ainsi le pouvoir d’achat des ménages enclenchant la spirale de la croissance molle telle qu’on la connaît en France par exemple où la rigidité du marché du travail (salaire minimum, 35 heures, limitation des licenciements pour raisons économiques,etc.) empêche les entrepreneurs de s’adapter rapidement aux changements économiques. Si l’on impose un salaire minimum pourquoi donc se borner à proposer un salaire supérieur à un nouvel employé ? Certes mes contradicteurs me rétorqueront que la loi de l’offre et de la demande forcera les employeurs à continuer d’offrir des salaires supérieurs au salaire minimum. Cette vision est simpliste et naïve car elle assume que le niveau de chômage bas actuel en Suisse persistera. Or, je pense que nous allons rentrer dans une période de fort chômage même en Suisse et qui plus accompagnée d’une hausse conséquente de l’inflation. Finalement, il est important de souligner que la référence à la loi du marché est généralement utilisée par les défenseurs de cette initiative, ceux-là même qui proposent de lui appliquer une distorsion majeure : la fixation du prix du travail !

Plus important, l’introduction d’un salaire minimum soulève implicitement la question des valeurs que notre pays souhaite privilégier dans le futur à savoir promouvoir l’égalité entre les personnes ou assurer la liberté individuelle. Bien sûr, égalité et liberté ne sont pas totalement antinomiques, bien sûr il est possible d’assurer un certain niveau d’égalité sans pour autant diminuer les libertés individuelles. Cependant il convient de constater qu’en matière économique, toute société doit faire un choix de modèle entre la liberté du travail et d’entreprise et l’égalité de traitement entre les classes. L’histoire de notre vieux continent a démontré que deux grands modèles se sont opposés à travers les siècles : le modèle anglais et le modèle français. L’Angleterre par opposition à la France a fait le choix très tôt de la mer sur à la terre, du commerce sur l’agriculture, de la liberté sur l’égalité. Je pense que la Suisse a depuis longtemps trouvé un juste équilibre entre ces deux modèles lui permettant d’avoir aujourd’hui une situation enviable par rapport à ses voisins européens notamment en terme de standard de vie et pouvoir d’achat. Instaurer un salaire minimum contribuerait selon moi à casser cet équilibre fragile entre égalité et liberté.

Pour ces deux raisons je pense que vous faites fausse route Pascal et même si je ne pense pas avoir pu vous convaincre de changer d’avis, j’espère au moins avoir pu susciter en vous l’envie de plus y réfléchir encore. Selon moi, l’initiative sur l’introduction d’un salaire minimum est une des plus importantes sur laquelle le peuple suisse aura à se prononcer depuis un certain jour de décembre 1992.

Nicolas Michellod: un de vos plus fervents lecteurs.

Écrit par : Nicolas Michellod | 16/11/2011

C'est quand même incroyable tous ces gens qui dispose du don de prévoir infailliblement le futur et de s'appuyer sur des "études économiques" qu'ils seront bien en peine de citer quand on leur demandera.

Écrit par : djinus | 16/11/2011

La fixation d'un salaire minimum dans la loi part d'une bonne intention.

Toutefois je suis persuadé qu'une telle disposition ne ferait qu'encourager le travail au noir.

En effet, il ne faut pas se leurrer, les petits boulots mal payés accomplis par des étudiants, des femmes de ménages ou des chômeurs en fin de droits, sans parler des clandestins, ne disparaîtraient pas, ni ne seraient rétribués au niveau du plancher légal. Bien au contraire !

Le travail au noir s'en trouverait implicitement encouragé pour des raisons économiques, tout simplement.

La France qui connait un tel système en connait aussi les travers : un travail au noir florissant !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 16/11/2011

@anonyme
votre texte est long et fouillé, il donne l'impression d'une véritable étude
hélas votre simple comparaison entre un salaire suisse et un salaire de shangai lui enlève touite crédibilité
il faut tout comparer y compris votre situation personnelle

De plus d'autes éminents spécialistes plaident pour un salaire minium mais qui soit relativement proche du salaire médian afin d'éviter le problème francais. Il semble que les britanniques aient relativement réussis

Écrit par : pralong | 16/11/2011

En voilà une excellente raison pour voter NON.

Je dirais même NON - OUI - OUI - OUI - NON .

Écrit par : Gagarine | 16/11/2011

Vous rendez-vous compte, Monsieur, de l'énormité de votre propos?? En oubliant tout à fait la théorie économique qui prouve que cela ne marche pas, vous rendez-vous compte que Novartis et autres ne vont JAMAIS payer ce salaire pour les postes les plus subalternes mais vont simplement délocaliser illico ces emplois? Vous rendez-vous compte qu'à ce salaire les Européens et autres vont affluer à Genève pour faire les jobs qui ne pourront pas être délocalisés (et ils auront bien raison)? Vous rendez-vous compte de la situation de nos voisins en cette période de vaches maigres? Vous rendez-vous compte que pour faire la plonge ici un Grec sera payé le quadruple d'un medecin dans son pays? Vous rendez-vous compte de ce que les Italiens, Greacs et autres Irlandais ont vécu ou vont vivre comme baisse de salaire au cours des dernières ou des prochaines années? Vous rendez-vous compte que des docteurs en management vont postuler pour des postes de chef de rayon à la Migros payé le triple que leurs premiers postes dans leur pays, condamnant de facto nos apprentis au chômage? Vous rendez-vous compte que pour un poste d'aide de cuisine vous aurez 100 candidatures dont 95 seront trop qualifiées (donc plus qualifiées que le Genevois)? Vous rendez-vous compte que pour ce prix-là les délocalisations, l'automatisation et la concurrence des étrangers vont faire exploser le chômage et que dans deux ans le MCG sera la force majoritaire du gouvernement Genevois?? Nous vous ne vous rendez pas compte et ce qui m'inquiète c'est que le peuple risque de partager votre effroyable aveuglement et votre incroyable désinvolture.

Écrit par : Nonetnon | 16/11/2011

Tous ces commentaires ne sont que supputations et procès d'intention.

Le montant du salaire minimum sera fixé par l'état pour empêcher une sous enchère salariale. Et c'est tout...

L'Etat ne fixera jamais un salaire minimum à 4'000 CHF car cela posera évidement des problèmes dans plusieurs branches. Le but de cette initiative n'est pas de monter l'ensemble des bas salaires, mais d’empêcher les salaire ABUSIVEMENT bas. Et c'est là une différence très importante.

Ensuite, la limitation de la libre circulation des personnes, les quotas et autres sont du ressort de la confédération et des aménagements seront surement à prévoir. Toutefois, le canton peut encourager fortement les entreprises à employer des travailleurs habitants Genève. Et la caissière Grec de la Migros qui à fait bac +5, ça lui fait une belle jambe de gagner 3 ou 4 fois son salaire grec si elle habite à Genève. Elle ne va pas aller crècher et faire son marché à Athènes !

Avoir un salaire décent pour vivre est important pour la cohésion social de Genève. Les CTT se mettent doucement, tout doucement en place et sont remises en question régulièrement. Les CTT ne fonctionne qu'avec un partenariat social fort. Si la partie forte désire s'en passer elle peut le faire sans autre... !

Bravo M. Decaillet pour votre courage et votre prise de position remplie de bon sens.

Écrit par : Olivier | 16/11/2011

Première partie : Bonnes intentions. A condition d'ignorer la réalité.
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Les tenants du salaire minimun veulent mettre en oeuvre le principe qui veut que l'on doit pouvoir vivre de son salaire. Enfin, et c'est là l'erreur, que l'on doit pouvoir échapper à la nécessité de subventions monétaires, les subventions en espèce étant, elles, parfaitement admises.

Et elles sont importantes.

Ecole publique pour les enfants, dans les 15'000 francs, par an, par enfant. Transport public : les TPG ne financent aucun investissement et sont subventionnés a moitié pour les frais de fonctionnement. Prix du billet : plus de 10 francs. Hôpital : subventionné à plus de 50 %. Police. Justice. Voirie. Club de foot. Maison des jeunes, de la culture. Et j'en passe.

Ces subventions en nature sont payées par des contribuables. L'argent de certains est prélevé par l'Etat et l'Etat, à son tour, fourni les prestations à tous, même à ceux qui n'ont guère contribué.

Pourquoi honnir la redistribution en espèce et non celle en nature ? Pour que le travailleur salarié retrouver sa fierté. Mais que vaut la fierté fondée sur un déni de réalité ?

A Genève, on en n'est à environ 20'000 de dépenses par an et par habitant. Environ 11'000 proviennent de l'impôt sur les revenus et la fortune des personnes physique. Papa, maman, deux enfants : 44'000 francs. Quel salaire pour payer 44'000 francs d'impôt ? Salaire minimun du père de famille à plus de 20'000 francs par mois. Autrement, fierté ou pas, il y a subvention de l'Etat et entraide de la collectivité. Et c'est bien. Foin de pudeurs hypocrites. Imposer un salaire minimun permettant de vivre est un leurre dans notre société. Le motif invoqué tombe à faux, sauf pour les adeptes de la politique de l'autruche.

Reste la question de l'efficience économique. Faut-il redistribuer par l'imposition d'un salaire mimimum ou bien par l'impôt, qui est, si besoin est redistribué en espèce.

Écrit par : CEDH | 16/11/2011

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