17/12/2011

Créon, l'anarchiste

 

Samedi 17.12.11 - 19.23h

 

"Non, l'image courante d'Antigone est à réviser. C'est elle qui incarne les lois très concordantes de l'Homme, des dieux, de la Cité. Qui les viole et les défie toutes? Créon. L'anarchiste, c'est lui. Ce n'est que lui."

 

Charles Maurras - Antigone - Cahiers de l'Herne - Octobre 2011 - Page 220.

 

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Commentaires

Antigone n'est en effet pas une figure anarchiste : c'est une figure de la résistance. De la résistance au pouvoir, celui en l'ocurrence qu'exerce Créon. Ce qui rend à la fois pertinente l'invocation à Antigone que faisait Malraux, et assez fallacieuse la sentence maurassienne : un anarchiste au pouvoir n'est plus un anarchiste...

Écrit par : Pascal Holenweg | 18/12/2011

D'accord pou Antigone, qui se révolte certes contre le pouvoir, mais contre un pouvoir qui bouleverse l'ordre des choses, un pouvoir qui refuse la séparation entre le monde des vivants et le monde des morts, un pouvoir qui refuse les injonctions des dieux. Antigone incarne résolument le conformisme. Mais Créon n'est pas un anarchiste qui s'oppose à tout pouvoir et à toute autorité. C'est un tyran qui s'approprie le pouvoir et l'autorité. Il impose SA loi, car il est LA loi, et sanctionne celles et ceux qui s'opposent à lui. Sa révolte contre la loi des dieux, n'est donc que l'expression de son arrogance et de sa volonté de se placer au-dessus des dieux et des hommes.

Écrit par : mauro poggia | 18/12/2011

J'ai lu et relu cette phrase de Maurras, ainsi que le texte d'où elle vient. Il joue sur le paradoxe! Pouvoir apparent, pouvoir réel, querelles de légitimité sont au centre de toute son œuvre, de toute sa vie. Je ne suis pas si sûr que cela qu'il fasse définitivement le choix d'Antigone contre Créon. Ni le choix inverse.

Écrit par : Pascal Décaillet | 18/12/2011

Antigone, c'est la posture morale et, aujourd'hui, la posture morale, qu'elle soit sincère ou calculée, est un élément essentiel du système de contention utilisé contre les résistants au nouvel ordre mondial.

Écrit par : Paul Bär | 18/12/2011

L'ordre antigonien règne désormais aussi sur le pays de Vaud.

Écrit par : Paul Bär | 18/12/2011

@Pascal Holenweg
Et un anarchiste au Conseil municipal.....même s'il se prend pour John Carlos en prêtant serment ?
..voili voilà

Écrit par : pierre losio | 19/12/2011

Je n'aimerais pas être tous les jours dans la tête de Me Poggia, ça à l'air d'y chahuter pas mal... "Incarner résolument le conformisme" parce qu'on se "révolte contre un pouvoir qui bouleverse l'ordre des choses", c'est d'une logique renversante. A moins bien sûr d'admettre que l'athéisme, soit une posture ultra-minoritaire et pourchassée depuis la nuit des temps serait le vrai conformisme... Pour en arriver à penser cela, il faut être sérieusement atteint de bigoterie, sous sa forme aggravée de mektoubite aigüe...
A part cela, cher Pascal, le choix non résolu entre Antigone et Créon porte un nom désormais entré dans l'Histoire: le fascisme. Vous devriez revoir Visconti: Les Damnés. L'histoire est contemporaine du petit Charles.

Écrit par : Iznogoud | 20/12/2011

@ Iznogoud - Nulle politique ne peut s'aligner uniquement sur la pureté d'Antigone. Nulle politique, non plus, sur le seul pragmatisme de Créon. C'est dans la dialectique - sans doute aussi dans l'ambiguïté - entre ces deux figures que peut se composer le début d'un pouvoir. La puissance de ce duo ne réside pas dans le discours individuel de l'un ou de l'autre, mais justement dans le DIALOGUE. C'est valable chez Sophocle. De manière presque plus fulgurante encore, chez Brecht. Et dans toutes les variantes du mythe, si bien montrées par George Steiner. Et je crois que Maurras (puisqu'on parle ici de lui) inscrit sa remarque dans l'ambiguïté. Qu'il ait politiquement abouti au fascisme à la française est en effet indéniable. Mais n'enlève rien au feu de certaines de ses pages.

Écrit par : Pascal Décaillet | 20/12/2011

Dont acte, Pascal. La croix et le feu. Mon grand-père maternel en était et c'était un brave type, un poilu qui avait des principes. Lorsque ma mère a du accoucher des oeuvres de mon père, lui-même emprisonné à Compiègne (en même temps que Stéphane Hessel) avant d'être déporté au Struthof, mon sympathique et maurassien grand-père l'a chassée de la maison familiale. Durant l'hiver 44-45. Pas pour ses fréquentations politiques, mais parce que ma mère n'avait pas eu le temps de se marier...
Ambigu dites-vous ? La politique est ambigüe, certainement. Comme quasiment tout dans la vie. Et comme tout dans la vie, c'est essentiellement une question de dosage. Nous ne préconisons apparemment pas les mêmes.

Écrit par : Philippe Souaille | 20/12/2011

@ Iznogoud devenu Philippe Souaille - Ne pas préconiser les mêmes dosages (question de curseur) constitue précisément la dialectique démocratique. Sinon, tous les partis seraient d'accord, et ce ne serait pas la démocratie. Réjouissons-nous de nos différences.

Écrit par : Pascal Décaillet | 20/12/2011

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