30/12/2011

Le Président qui aimait Saint Hubert

 

Sur le vif - Vendredi 30.12.11 - 16.50h

 

D'une très belle plume, alerte comme brise du large, salée comme pré de Vendée, le Président du Grand Conseil genevois vole au secours de deux conseillères d'Etat, « Isabel » et Michèle » (je cite son blog), malmenées selon lui par de méchants chasseurs. Il leur conseille, dans une conclusion churchillienne, de « tenir bon ». Laissons la sueur, aux Gueux de la Marge. Ne rêvons que du sang et des larmes. Le sel, encore le sel. Trop beau.

 

S'exprime-t-il comme premier personnage de notre ordre législatif ? Si oui, est-ce bien son rôle de prodiguer des conseils à l'exécutif ? Le régime de séparation ne lui impose-t-il pas, face aux membres du gouvernement, la seule posture de l'indifférence ? Ou alors, comme député, ne devrait-il pas, justement, prêter une oreille attentive aux critiques sur des ministres que sa Chambre a charge de contrôler ? Via, par exemple, la Commission de gestion. Mais bon, ne pinaillons pas. Laissons Montesquieu. L'essentiel n'est pas là.

 

Alors, il est où ? Dans le singulier soupçon que laisse planer  Monsieur le Président du Grand Conseil : les venimeux disciples de Saint Hubert sonneraient le cor en persécution de ces deux femmes, parce qu'elles seraient femmes. Chasseurs, et en plus machistes. Rustauds des sous-bois. Ongles noirs. Haleines de vagabonds. Ils seraient à la Cynégétique ce que le charognard est à l'art de la dégustation. Ah, les salauds, pour paraphraser le grand Bruant, un gars de la Marge.

 

La position présidentielle pose problème. Je ne connais pas le cas de « Michèle », hormis un certain désordre orangé, dans les transports, qu'on espère passager. Je ne me suis quasiment jamais exprimé sur cette ministre. Il est vrai, en revanche, que j'exerce, avec une vivacité que j'admets et que j'assume, un certain esprit critique sur « Isabel » (je cite le blog présidentiel), Madame Rochat, ministre genevoise de la Police. Notre Fouché. Dans ces critiques, jamais, je dis bien jamais, je n'ai mis en avant sa condition de femme. Le sexe des ministres ne m'intéresse pas.

 

Mais leur équation républicaine, oui. Madame Rochat, au demeurant la plus aimable des personnes, a-t-elle imposé son autorité à l'administration ? Aux corps constitués ? A la police ? A l'opinion publique ? Je n'en suis, hélas, pas sûr. Dans mes éditos, je le dis. Et quelques confrères, avec moi. Il n y a là nulle chasse à courre. Nulle marche de Saint Hubert. Nul hallali. Juste, l'expression démocratique d'une opinion. Si la presse a un rôle, c'est celui-là. Ensuite, on aime ou non, je comprends très bien qu'on déteste, la presse qui cherche à se faire aimer, ou à tutoyer dans des cocktails, est déjà morte, avant que d'être.

 

Ces choses-là, le Président du Grand Conseil, homme de culture et de tolérance, devrait, me semble-t-il, y être sensible. Dans son texte, dont je souligne encore une fois la qualité, il invoque la liberté de la presse. Nul besoin d'article constitutionnel pour la garantir. Non. Juste l'exercer, jour après jour. Elle ne s'use, c'est bien connu, que lorsqu'on ne s'en sert pas.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

16:50 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Cher Monsieur,
Il est vrai que vous et moi ne risquons pas de nous rencontrer dans les cocktails "en ville" ...et pourtant nous habitons à deux pas des hôtels people de la rive droite mais ce n'est pas notre coupe de thé. Je dois cependant confesser un vin chaud partagé ce soir avec de chaleureux militaires et de turbulents étudiants.
Il est vrai que le texte que vous évoquez (je n'ai pas dit incriminez) flirte allègrement avec l'ironie et la mauvaise foi.
Il est vrai que je pourrais m'interpeller sur le devoir de réserve auquel me convoque la fonction non durable que j'occupe depuis à peine plus d'un mois.
Il est pourtant vrai que mes deux prédécesseurs (MM. Mettan et Gautier) ne se sont pas privés de bloguer pendant leur année de perchoir. Un constat pas une justification.
Il est vrai,convenez-en, que l'en-tête de "Tout passe" n'a pas été modifiée et que le président reste un député de plein et libre droit (un droit que vous ne sauriez me contester et je )
Il est vrai que mon blog est resté silencieux pendant plusieurs mois et que j'ai retrouvé le plaisir d'écrire comme d'autres font du bruit avec la bouche (non, je n'ironise pas).
Il est vrai que je n'ai aucun goût pour la morne et silencieuse solitude d'un pouvoir que je n'ai pas.
Il est vrai que je fréquente peu le monde de la presse mais que j'en suis un consommateur goulu (de la Gazetta dello sport à Porta a Porta, du Temps à Dans les Cordes, de l'Equipe à Ce soir ou jamais ) que j'en apprécie la liberté car "Sans liberté de blâmer....." Permettez que j'use aussi parfois de cette liberté. Demain je serai beaucoup plus badin, vous verrez.
Il est vrai qu'il est tard et que dans quelques heures tonnera le canon sur la Treille.
p.l.

Écrit par : pierre losio | 30/12/2011

Beau billet.

Curieux de voir un Président du Grand Conseil devoir venir au secours de femmes alors qu'il considère pourtant qu'elles sont de taille.

Alors elles se débrouillent ou il leur faut toujours un grand frère pour les chapeauter comme dans les pays arabes chaque fois qu'une femme de la famille sort hors de la maison?

Écrit par : anonyme | 31/12/2011

Le billet en question n'est-il pas l'énième preuve de ce qu'est devenu le parti les Verts : un parti pro-gouvernemental ni de droite ni de gauche ?

Écrit par : rudny | 03/01/2012

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