30/12/2011

Oui à un minimum de protectionnisme

 

Sur le vif - Vendredi 30.12.11 - 10.52h

 

« Préférer des chômeurs genevois, est-ce légal ? », demande, dans la Tribune de Genève, mon excellent confrère Olivier Francey. Si c'est légal, nous le verrons bien. Ce qui est sûr, c'est que c'est une excellente décision du Conseil d'Etat, l'une des meilleures prises cette année. Nous l'avions d'ailleurs saluée comme telle, ici même, quelques minutes après son annonce.

 

Peu importe, au fond, la querelle en paternité. De toute façon, le jour venu, l'électeur sait toujours préférer l'original à la copie. Peu importe la querelle en dénomination : « préférence cantonale, préférence aux chômeurs ». Peu importe, même, le peu d'effet que l'application de cette directive risque d'avoir sur les chiffres du chômage : il ne faut, évidemment, pas trop se faire d'illusions.

 

Peu importe tout cela. Ce qui compte, c'est le signal donné par le Conseil d'Etat. La reconnaissance, enfin, d'une certaine nécessité protectionniste en matière d'emploi. Il ne s'agit ni de fermer les frontières, ni de stigmatiser nos amis français, encore moins de s'interdire de recourir à leurs services. Il s'agit juste d'admettre qu'une politique, et notamment en matière sociale, doit s'appliquer en priorité dans un périmètre donné, qui est celui d'une citoyenneté.

 

Si cela contrarie le dogme, exercé dans l'absolu, de la libre circulation, eh bien c'est peut-être sur ce dogme qu'il faudra un jour revenir. Mais cela se fera au niveau national. En attendant, le gouvernement genevois a donné un signal. Il était temps. Il s'agit, pour l'heure, de lui en être reconnaissant.

 

Pascal Décaillet

 

10:52 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (14) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Je suis en parfait accord avec cette décision.

Écrit par : Jean Romain | 30/12/2011

@ Jean Romain. Magnifique. Mais c'eût été encore mieux si tu l'avais fait savoir il y a quelques mois. Parce que le dogme libéral à tout crin, j'en connais beaucoup, dans les années grasses, qui se sont rangés derrière, sans trop rechigner.

Écrit par : Pascal Décaillet | 30/12/2011

Oui, mais ce n'est pas au républicain que je suis qu'on peut reprocher de faire d'affectueuses révérences devant le dogme libéral !

Écrit par : Jean Romain | 30/12/2011

Comme très modeste employeur, j'ai eu à faire avec l'office cantonal de l'emploi pour chercher parmi les chômeurs un professeur. Entre les candidats qui ne correspondaient pas au poste et ceux qui ne sont pas venus au rendez-vous fixés, il est difficile de croire que tous les chômeurs cherchent du travail...

Je veux bien admettre que l'exemple - tout au moins je l'espère - n'est pas représentatitf, mais la "préférence cantonale" utilisée comme alibi ne mènera à rien de très positif.

Et puisque la question de la sous-enchère salariale est souvent liée à l'emploi de non-résidents, je précise qu'en ce qui concerne notre petit établissement, nous avons toujours rétribué nos professeurs de manière strictement identique, qu'ils soient d'ici ou de là-bas.

Écrit par : Michel Sommer | 30/12/2011

Un peu de poil à gratter en cette fin d'année. Chômeurs genevois, ça comprend aussi les Valaisans et les Fribourgeois dont je faisais partie en tant que fils d'un émigré de la Sarine où il n'y avait pas de travail? ou c'est juste "les genevois" parce que là ça sera vite réglé tellement il y en a peu encore que, le Genevois comme zone géographique, ça comprendrait pas un peu de frontaliers?
Bonne année à tous.

Écrit par : piller | 30/12/2011

@ Jean Romain - Toujours est-il que je ne t'ai pas entendu, sur le sujet, avant cette fameuse décision du Conseil d’État. La députation radicale craindrait-elle les foudres régulatrices, ou correctrices, de l'entourage direct d'un ministre?

Écrit par : Pascal Décaillet | 30/12/2011

Effectivement, l'emploi n'est pas un facteur de production comme un autre.

On parle d'êtres humains ici.

Le Peuple s'est fait fourvoyer en acceptant la Libre Circulation et ses diverses extensions poussée par les partis traditionnels PS-Vert-PDC-PLR.

On a mis en concurrence directe 7.7 millions de suisses avec 500 millions d'Européens.

Il y a une limite à tout y compris au libéralisme.

A pousser la logique on arriverait à la situation suivante.

Postulat 1: on nous rabache que les employeurs veulent les "meilleurs" employés ce qui a se comprend dans leur intérêt.

Postulat 2: plus il y a un produit ou un service est disponible moins il est cher. Ou si vous préférez, ce qui est rare est cher, mais ce qui se trouve en abondance non.

Postulat 3: le QI est utilisé comme élément différentiant afin de déterminer qui sont les meilleurs employés.

Sachant que 2% d'une population lambda dispose d'un QI supérieur à 130 (génies), alors 2% de 500 millions nous donne 10 millions de génies dans l'Europe de l'UE.

On peut potentiellement vider la Suisse de ses 98% d'individus ayant un QI inférieur à 130 et les remplacer par 10 millions de génies.

Les employeurs engageront alors des caissières de la Migros grecques ou espagnoles ayant obtenues un Doctorat en Physique Quantique, maîtrisant six langues et trop heureuses de toucher 4 fois leur salaire de misère national et fuir leur 22% de taux de chômage.

Avant la Libre Circulation, on aurait identifié dans le vivier national des gens avec des capacités et on aurait pris le temps de les former, on aurait peut-être aussi était obligé d'augmenter les salaires pour motiver les gens à rejoindre notre entreprise, dans certains cas très particulier on aurait utilisé la politqique des trois cercles pour recruter quelques étrangers...

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Autre problème.

Le manque de diversité.

On nous dit que la Libre Circulation nous ouvre aux autres.

Comme si la Suisse avec 21% d'étrangers et Genève avec ses 40% ne connaissait pas les étrangers.

Passons cette première débilité.

Mais alors en quoi y-a-il enrichissement pour Genève quand le 95% des frontaliers non suisses sont des français.

Ne faudrait-il pas pour la diversité qu'il y ait des suédoises, norvégiennes, danoises, hollandaises,...

En fait, la pseudo Libre Circulation nous apporte des torrents de gaulois qui créent leur propre mafia à l'intérieur des entreprises qu'ils gangrènent.

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En fait, la Libre Circulation était un chantier bien trop immense et avec des répercutions bien trop graves, mais personne ne l'a dit ou vu dans les partis traditionnels.

Il faut retourner en arrière.

Écrit par : anonyme | 30/12/2011

@anonyme
En admettant que vos commentaires sur le torrent gaulois soient justes, sont-ils responsables pour autant de la politique d'un gouvernement genevois faisant venir de l'étranger des tas des Hegdge Fund managers, de traders de matières premières, fonctionnaires internationaux, banquiers, forfaits fiscaux etc etc, étrangers à haute valeur ajoutée qui poussent le genevois à devenir frontalier et les habitants du Genevois à aller plus loin encore? Qu'avant de critiquer, Genève construise assez de logements pour faire venir ceux qu'elle veut avoir et qu'elle ne s'en décharge pas sur Vaud, l'Ain et la Haute Savoie. Il est des villages où l'anglais devient le vecteur principal entre les gens, entre Genève et Lausanne, sur la Côte devenue par endroits ghetto pour riches étrangers dont les Suisses sont bienvenus de ne pas faire partie.
D'autre part, ce que vous dites au sujet de la fongibilité de 7 millions d'h dans 500 millions est peut-être correct. Mais dans ce cas, il faut renoncer à prétendre commercer avec eux car une des raisons essentielles de cet afflux réside dans notre commerce extérieur dont je rappelle que 60% l'est avec l'UE.
Il faut choisir, nous choisissons toujours le beurre, l'argent du beurre, la crémière et l'immeuble. Le hic, c'est que c'est fini, il faut être deux pour le faire et nous sommes seuls. Les émergents ne remplacerons jamais l'UE.

Écrit par : piller | 30/12/2011

Enfin, en effet une décision de bon sens. Quand je vois le DIP engager des gens venant de loin car soi-disant on ne trouve pas d'enseignants à GE.... je me pose sérieusement des questions:

Le DIP de GE ne reconnaît par exemple pas le diplôme d'un étudiant suisse, résidant à GE qui a effectué son "master" à l'EPFL, pour effectuer tout simplement des remplacements au CO et PO en mathématiques et physique, bien que ses connaissances dans ces matières soient bien supérieures à celles d'un étudiant ayant effectué ses études à l'uni de GE....et alors, finalement on préfère faire venir des gens de loin sans leur demander une équivalence, plutôt que d'engager les nôtres...belle république !
Le même problème existe également avec les étudiants diplômés de l'ETI. Un diplôme qui ne permet pas d'enseigner les langues.... alors de nouveau on va chercher à l'étranger...
Mettons nos jeunes au chômage et faisons venir les gens d'ailleurs, voilà la devise genevoise.... en tout cas jusqu'à présent.
Il est temps que cela change !

Écrit par : Marion Garcia | 30/12/2011

L'usage des mots ! Protectionnisme, c'est pas très beau comme mot, on est d'accord ? Derrière se cachent des démons, des odeurs peu recommandables et toutes sortes de choses d'un passé révolu. Aujourd'hui on doit inventer le monde de demain qui saura partager le travail et les revenus du travail sans que les frontières et les égoïsmes prévalent.

Le Genevois, c'est plus grand, plus généreux, plus beau que ce que l'on a aujourd'hui fruit désuet d'un XIXème siècle bien lointain. On ouvre, on reçoit, on donne, on partage, c'est notre salut et delui des générations futures. Le Genevois est une zone franche qu'il s'agit d'investir, il faut lui donner du sens. Définissons son contour qui ne sera pas frontière et admettons que ce contour c'est notre avenir. Ne revenons pas en arrière de Dieu !

Écrit par : philibert1er | 30/12/2011

@Marion Garcia
Entièrement d'accord avec votre commentaire. Mais est-ce la faute d'accords de libre circulation si notre pays, avec ses 26 règles cantonales, est assez stupide pour créer des situations telles que vous les mentionnez? Je ne le pense pas. C'est nous qui nous tirons une balle dans le pied et le commentaire sur EPFL est correct, on vient les chercher de l'étranger mais ils ne sont pas bons pour un remplacement à Genève, quel gag.

Écrit par : piller | 30/12/2011

"En fait, la pseudo Libre Circulation nous apporte des torrents de gaulois qui créent leur propre mafia à l'intérieur des entreprises qu'ils gangrènent".

Quand on signe "anonyme", on peut dire à peu près n'importe quoi. Ces relents d'un autre âge sont écoeurants dans la mesure où ils mettent l'ensemble des frontaliers dans le même panier, que dis-je, dans la même poubelle.

Je préfère de loin partager l'avis de Philibert1er ci-dessus.

Écrit par : Michel Sommer | 30/12/2011

On entend au loin les harpies lancer leurs fientes diarrhéiques.

N'ayant pas d'argument ils ne leur restent que l'insulte faisant allusion gratuite aux Heures Les Plus Sombres de Notre Histoire espérant ainsi castrer l'opinion des autres dans un torrent de honte.

Dans la pleine ligne de la Diktatur monopolistique des bien pensants syphilitiques elles exigent, elles réclament...

Au moment de placer votre bulletin dans l'urne les Kommissar du Peuple demandent à voir votre vote pour mieux le contrôler, pour vous aider et s'il le faut vous envoyer en ré-éducation dans la ferme des animaux...

Il leur vient à l'idée de reprocher l'anonymat, mais pourquoi alors encore voter à bulletin secret? Libre à chaque votant de décider s'il souhaite répandre son point de vue à tout va ou demeurer anonyme. En certaine période l'expression libre des opinions valaient corde au coup et au minimum ostracisme.

1919: Vous êtes petit agriculteur en Russie. Les camarades vous arrêtent près d'un champ et vous demande si vous êtes propriétaire. Vous répondez oui. Quelle sera votre fin?

1938: Vous êtes juif en Allemagne. La Gestapo vous arrête dans la rue et vous demande. Cher ami êtes-vous juif. Vous répondez oui. Quelle sera votre fin?

1977: Vous êtes instituteur de campagne au Cambodge. Les camarades polpotistes vous arrêtent au bord de la rizière. Camarade es-tu un intellectuel, sais-tu lire? Vous répondez oui. Quelle sera votre fin?

Le mensonge est légitime. L'anonymat est un moindre mal.

Drapés dans leur beaux atours de petit boss certains nous expliquent que dans leur petit microcosme sectoriel les locaux qu'ils cherchaient à engager ne faisaient pas montre d'intérêt suffisant. Ils ne leur effleure pas l'idée que pour attirer l'animal il faut parfois lui donner un bel appât. Essayez donc de multipliez le salaire par 2 ou 3 et voyez si quelques indigènes de plus motivés ne se présentent pas?

Écrit par : anonyme | 31/12/2011

Rêvons un peu. Imaginons une "ligne verte" - où l'anonymat serait garanti, tout en connaissant les coordonnées de l'appelant-e - mise à disposition des chômeurs inscrits aux offices de chômage suisses désireux de trouver du travail à Genève. Ces personnes pourraient raconter leur parcours difficile, leurs recherches vaines, leur déception de voir filer sous leur nez des emplois auxquels ils ont postulé, mais qui ont été attribués à des non-résidents pour d'obscures ou légitimes raisons. Le noeud du problème réside aussi dans le fait que des garde-fous existent dans les accords régissant la libre-circulation des personnes pour juguler l'augmentation du chômage en Suisse, mais que ceux-ci ne sont pas actionnés. Le gouvernement genevois donne ainsi un léger signe avant-coureur tant attendu par nombre de chômeurs. Si d'aventure, et c'est bien ce qui risque d'arriver, le peuple devait à nouveau passer devant les urnes pour préserver ses emplois et occuper ses travailleurs, le résultat en serait à peine surprenant !

Écrit par : Aurélien | 31/12/2011

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