04/01/2012

Un haut fonctionnaire qui sort de son rôle

 

Sur le vif - Mercredi 04.01.12 - 11.22h

 

Hallucinantes, les réactions de susceptibilité genevoises aux propos de Christian Levrat, le patron du parti socialiste suisse, sur la nécessité de renforcer les mesures d'accompagnement pour limiter les effets dévastateurs des bilatérales sur l'emploi des Suisses. Notamment, dixit Levrat, en région frontalière. On pense à Bâle, l'Arc jurassien. Mais tout le monde a très bien entendu que Levrat faisait allusion, avant tout, au Tessin et à Genève.

 

Deux cantons où ces questions sont thématisées, depuis des années, par des partis de la Marge (Lega, MCG). Et où il y a donc un électorat immense à reconquérir. Levrat l'a compris. Le parti socialiste genevois, dont a pu croire un moment, ces dernières semaines, qu'il s'était ressaisi, n'y a, lui, rien compris. À lire MM Longet et Sommaruga, dans la Tribune de Genève, on retrouve l'archaïque discours socialo-conservateur : surtout ne rien changer.

 

Mais la réaction la plus ébouriffante vient d'un haut fonctionnaire genevois. Toujours le même. Le grand spécialiste dans l'art de sortir de son rôle, et tenir le type de discours qui ne peut appartenir qu'au politique. Le discours du magistrat élu, qu'on imagine en villégiature. Cet homme, au demeurant brillant, c'est le secrétaire général adjoint du DSE (Département de la Solidarité et de l'Emploi). Interrogé par Olivier Francey, il sort allégrement de sa réserve, dans la TG de ce matin, en qualifiant « d'aberration économique » l'une des idées avancées par Christian Levrat. Il ne se contente pas, comme le voudrait son rôle, de nous énumérer en quoi Genève fait bien son boulot, mais il s'immisce, une nouvelle fois, dans des jugements de politique générale, du ressort du politique.

 

Le ministre en villégiature a bien de la chance d'avoir un tel bras droit. Plus besoin d'inventer le discours politique, il surgit tout seul. Le même fonctionnaire avait, il y a juste un an, qualifié d'acte de flibuste la grève de l'aéroport. L'impression, année après année, se conforte donc, d'un Département dirigé non par un élu, mais bel et bien par un tandem.

 

Pascal Décaillet

 

11:22 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (17) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Les hauts fonctionnaires dirigent souvent la politique des républiques: connu.

Écrit par : RM | 04/01/2012

Il n'y a plus besoin de stigmatiser la nullissime politique menée par ce crypto-socialiste déguisé en radical et non libéral de conseiller d'Etat, digne parangon d'un autre François manipulateur mais pas socialiste pour un clou, Mitterrand, et l'extrême nécessité de le débarquer de son poste où il n'est arrivé que par "népotisme" latéral pour la plus grande malchance du canton.
ce sera bientôt le cas, comme pour ses deux acolytes du parti sans nom propre PLR.

Écrit par : simonius | 04/01/2012

Depuis quelques années déjà, nos élus sont plus enclins à faire de la gestion que de la politique, alors c’est l’administration qui fait de la Politique !

Écrit par : Charly Schwarz | 04/01/2012

@ Charly Schwarz - Il est vrai qu'en l'espèce, nous avons un conseiller d’État particulièrement administrateur. Et un bras droit singulièrement politique. Peut-être pourraient-ils, du moins à Carnaval, échanger leurs rôles.

Écrit par : Pascal Décaillet | 04/01/2012

Quand je lis les critiques qu'on adresse auc membres des gouvernements, aussi bien à l'échelon cantonal que fédéral, il me revient en mémoire une anecdote qui démontre combien ces "ministres" peuvent être quelquefois victimes de leur administration. Cela concerne un conseiller fédéral romand, élu il y a environ 50 ans. Il avait formulé quelques propositions de réformes et des projets de réorganisation de son département.
Lors d'un repas de famille auquel je participais, un de ses chefs de service, également présent, avait donné son avis à ce sujet, avis qui avait fortement perturbé la jeune citoyenne que j'étais (j'étais naïve en ce temps-là) :
"S'il croit qu'il va pouvoir faire ce qu'il veut chez nous, il n'est pas au bout de ses peines".
Deux ans plus tard, ce conseiller fédéral décédait, après deux attaques cérébrales successives. Etait-ce le résultat de l'inertie de ses subordonnés ? Qui le sait ?

Écrit par : gamine | 04/01/2012

@ Gamine - A priori, comme ça, j'opterais pour Jean Bourgknecht.

Écrit par : Pascal Décaillet | 04/01/2012

Il n'a en réalité jamais abandonné son rôle. Il a intégré les coulisses le premier janvier 2008. Mais quelque chose me dit qu'il les quittera revenir sur scène.

Écrit par : C. de Gessenay | 04/01/2012

@ Gamine,
Je me souviens du passage au palais fédéral de Jean Bourgknecht, disparu en 1962. Je me souviens aussi qu’il y avait une polémique au sujet de sa mort. Certains affirmaient à l’époque, que sa mort n’était pas naturelle, qu’il aurait pu être empoisonné...

Écrit par : Benoît Marquis | 04/01/2012

@ C. de Gessenay - Voilà des coulisses qui ressemblent diablement aux feux de la rampe.

Écrit par : Pascal Décaillet | 04/01/2012

Le problème des hauts fonctionnaires c'est qu'ils ont trop de temps à disposition et pas assez de travail.
La haute fonction publique genevois est la plus incompétente d'Europe.
Tout ce qu'elle fait est loupé et largement ce qui ne l’empêché pas de se pavaner et donner des leçons à tout le monde.
En ce qui concerne l'individu en question il s'est dépêché de pantoufler au coté de F.L. il n'avait pas d'autre débouché et il se faisait débarquer de son poste au parti.. le pauvre
le problème c'est que maintenant il sévit dans l'administration et nous payons les pots cassés

Écrit par : pralong | 04/01/2012

@ Pralong - Je ne crois pas du tout que "l'individu en question" (je vous cite) pantoufle. Je le tiens, au contraire, pour un bras droit brillant et infatigable au travail. Tellement proche de son ministre que, par un mimétisme bien pardonnable et presque attendrissant, il en vient à en essayer le costume, devant le miroir, lorsque l'élu est en villégiature.

Écrit par : Pascal Décaillet | 04/01/2012

Mais c'est qui ce haut fonctionnaire dont on ose pas écrire le nom ?

Écrit par : L' Amer Royaume | 04/01/2012

Et vous-même, Amer Royaume, qui êtes-vous?

Écrit par : Pascal Décaillet | 04/01/2012

@Pascal
Mon nom est Norbert Maendly

Écrit par : L' Amer Royaume | 04/01/2012

Ainsi, M. Décaillet, vous découvrez qu'il y a de la marge dans le système politique suisse : je vous en félicite, mais vous signale quand même que ce n'est pas vraiment une découverte qui rénovera la compréhension de ce système, les politologues avertis ayant depuis bien longtemps intégré la marginalité de certains comportements électoraux à l'analyse dudit système (à titre d'exemple, en passant, les Libéraux genevois et vaudois, dans les années 1980-1990 étaient bien marginaux, et ont eu néanmoins une influence certaine au Conseil National, excédant de loin leur poids électoral : c'est vrai que ces député.e.s avaient une autre envergure que celles et ceux des partis que vous évoquez).

J'ai quand même une question, M. Décaillet, à laquelle vous ne répondrez sans doute pas, perdu que vous êtes dans vos rêveries : pourquoi attribuez-vous majuscule à cette "marge", qui si j'en crois vos propos, se définit essentiellement par la "Lega" et le "MGC"; ignorez-vous que, à gauche aussi, et au centre tout autant, il y a de la marge, où est-ce seulement que celles-ci, à vos yeux, ne mérite pas de majuscules?

Courir après le chat n'a jamais rendu la souris plus intelligente, ni forcément très heureuse.

Avec mes chaleureuses salutations

Écrit par : Acquarius | 04/01/2012

@ Acquarius - Avant toute chose, avant de venir donner ici la moindre leçon, ayez donc le courage de nous dévoiler votre véritable identité.

Écrit par : Pascal Décaillet | 04/01/2012

C'est en effet de M. Bourgknecht dont je parlais. J'étais alors très jeune et loin de me douter des "magouilles" politiques et des "cadeaux" qu'on peut se faire dans ces milieux. C'est probablement pour cela que les propos de ce chef de service sont restés si vivants dans ma mémoire.
J'avais été surprise du décès rapide de M. Bourgknecht et c'est dans le livre "Nos excellences à Berne", de P.A. Bovard, que j'ai appris quelques détails à ce sujet.

Écrit par : gamine | 05/01/2012

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