15/01/2012

Mark et les gens qui s'aiment

 

Sur le vif - Dimanche 15.01.12 - 10.19h

 

Ce qui est formidable, dans l'affaire du Moulin à danse, c'est que Mark Muller a la chance d'avoir derrière lui un parti uni. Comme un seul homme. Même les femmes. Je parle ici du parti libéral (je suis comme les Français de mon enfance, je parle encore en anciens francs). Chez ces gens-là, Monsieur, aucun clan. Nulle faction. Nulle chapelle. Nul club, d'aucun jour de la semaine. Nulle rancoeur. Nulle fierté patricienne, même jaunie comme les portraits de famille, pour mépriser le parvenu. Ah, il a vraiment de la chance, Mark Muller, pour affronter les jours qui viennent, tiens disons par exemple mardi. Ah, la Sainte Félicité. Ah, les braves gens!

 

Pascal Décaillet

 

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Commentaires

exceptions peut-être à Veyrier... mais bon, c'est déjà la Savoie

Écrit par : J-F Girardet | 15/01/2012

Pas convaincu que la politique genevoise ou même suisse ait grand chose à gagner en devenant un mauvais soap opera... Un peu amusé malgré tout de constater une fois de plus qu'on n'est jamais autant à cheval sur le respect de la vie privée que lorsqu'il s'agit de défendre quelqu'un dont la vie repose essentiellement sur une image publique. Cela frôle les limites de la schizophrénie et les autres peuvent toujours aller se gratter, mais bon, tout va bien dans les sérails et c'est ce qui compte. Allez, juste pour vous taquiner un peu Monsieur Décaillet, j'ai parfois l'impression que vous parlez en ancien franc...

Écrit par : calico | 15/01/2012

Avocat du diable invétéré (l'épithète pouvant s'appliquer à ce dernier comme à son défenseur) – avocat, dis-je, pour la circonstance, du bon vieux grand parti libéral et du petit nouveau, le jeune PLR – je risquerai une considération bienveillante et positivante sur un verre du Mandement à moitié plein:

Vive la pluralité des hommes (épicène) et des esprits (un peu plus sexués que les anges) d'un groupe qui au moins ne cultive pas le monolithisme qui prévaut sur d'autres bords.

Écrit par : Jean-Paul Guisan | 15/01/2012

Cher Pascal,

Nous en parlions il y a peu sur Facebook, et ça recommence...

Jasons donc un peu sur ce qui fait jaser en prétendant que ça jasait avant : après les lourds reproches envers Isabel Rochat, les hautes représentations faites à Michèle Künzler - dont on s’étonne encore qu’elles n’aient pas obtempéré aux objurgations de la presse en démissionnant aussitôt - voici venu une nouvelle capitale que la planète entière attendait avec avidité : « L’affaire Pierre Müller ». Selon notre excellente Tribune de Genève.

Il suffit de lire pour voir ce qui se passe. Titre : « Des témoins contredisent la version de Pierre Müller ». Bigre. Un puissant aurait-il menti ? Tel est du moins le présupposé.

Fondé sur quoi, le présuposé ? Sur les « confidences de plusieurs témoins présents au Moulin à Danses » au Nouvel An. Aaaaah : heureusement que la Tribune enquête. Il est certain qu’on ne peut que se fier auxdits témoins livrant leurs « confidences ». Cela va de soi, non ?

Suit une série de fait très obscurs, dont le moins intéressant n’est pas qu’un barman « aurait surpris une employée du MàD en compagnie de Mark Müller dans une pièce réservée au personnel, derrière le bar ». Foutre. Mince alors. Faut-il éclaircir le présupposé ? Dépeindre ce que le premier abruti venu va déduire de cette insinuation ?

A droite, l’édito du pasteur Pierre Ruetschi, accessoirement rédacteur en chef d’un organe de presse : « L’erreur fatale de Mark Müller ». Fatale. Vous avez bien lu. Normalement, il ne devrait donc pas se remettre de ce qu’un quotidien peut dire sur lui. On tremble pour lui.

Le pasteur Ruetschi en a décidé ainsi : « L’affaire est lamentable, indigne. » Mais qui demandera au pasteur Ruetschi s’il est toujours exemplaire, lui ? Personne : les médias ont cette chance de ne pas avoir à craindre de contre-pouvoir. Contrairement aux politiques, qui doivent répondre de tout, en permanence. Y compris de leur vie privée. Surtout depuis 40 ans que le moindre scribouillard se prend pour Bob Woodward et Carl Bernstein réunis et se met en tête de « résister aux pouvoirs » hobbesiens qui nous guettent. De vrais héros. Mais en revanche qui enquêtera sur les journalistes ? Personne.

Curieux, non ? Moi, j’en connais qui auraient beaucoup à dire à leur sujet. J’aurais peut-être deux ou trois choses à dire, moi aussi. Mais qui publiera ça ?

Que reproche-t-on, au fond, à Mark Müller ? Je vous le donne en mille : « (…) cette affaire embarrassante [qui] fait jaser toute la république (…) » - ah bon, vous avez beaucoup entendu parler de Mark Müller, aujourd’hui, vous ? Moi pas. Sincèrement désolé. Maintenant, si la Tribune en parle, bien sûr, on va jaser. Self fulfilling prophecy. Comme à la bourse – cette afaire, ajoute-t-on « qui ternit l’image de Genève » - ah ! l’image de Genève : souhaitons que Barack Obama, Angela Merkel, Hugo Chavez et Pierre Lamunière n’en auront pas perdu le sommeil…

Vous trouvez pas qu'ils se prennent un tout petit peu pour le roi de Pologne, à la Tribune ? Dans le genre Ubu ?

Au fond, que fait la très morale Tribune de Genève en sortant ainsi, à jet continu, ses crochets à personnalités comme l'autre ses crochets à phynance ? Elle informe. Elle nous oriente sur les grands choix de l’époque. Elle construit nos opinions sur l’avenir et le présent du monde.

Autrement dit sur les fontaines de Russin, les déchets organiques de Châtillon et les saxophonistes de Cully (édition du même jour). On admirera cette largeur de vues. Cette vaste étendue de préoccupations universelles. Cet œil d’aigle que la rédaction de la Tribune de Genève promène avec souveraineté, sagacité et profondeur sur les vérités ultimes de notre temps.

Et en effet, quels esprits chagrins pourraient-ils douter qu’ainsi, en agitant cette capitale cause dont tout le monde se fout, la Tribune poursuivît d’autres buts que ceux-ci ? Qu’elle gagnerait de l’argent par exemple en promouvant un journalisme d’insinuation mal fondées, de dénonciation indirectes, de procès d’intention démagogiques, bref qu’elle sombrerait dans les égoûts que son immarcescible conscience professionnelle et sa pureté morale devraient justement dénoncer.

Non Cela ne se peut.

Soyons clairs à présent : je ne suis pas du bord de Mark Müller et son élection ne doit rien à ma petite voix. Politiquement, si je fonctionnais à la même altitude que la Tribune de Genève, je devrais « normalement » me réjouir qu’un ennemi politique ait du dessous.

Eh bien non : l’affaire est lamentable. Indigne. Pour la presse.

Écrit par : yves scheller | 16/01/2012

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