25/01/2012

Genevoiseries pour les Nuls

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Mercredi 25.01.12

 

Imaginez une ville, au bout d'un lac. Une police qui ne veut pas obéir. Des transports qui ne fonctionnent pas. Un magistrat qui part en piste et réveillonne avec un sonore fracas. Tout le monde qui gueule. Et pourtant, la vie qui va. C'est Genève. Il y a ceux qui adorent, j'en fais partie. Et ceux qui n'en peuvent plus. Ils rêvent du bouton rouge : allez, juste se faire plaisir, Hiroshima, on appuie, et puis basta, ne plus jamais entendre parler de ces emmerdeurs. Liquidée, Genève, napalmisée. Il n'y aurait plus qu'à reconstruire, dans le style champêtre de l'arrière-pays savoyard. Avec des bars PMU. Et des églises.

 

Mais voilà, Genève est là. Elle s'est construite comme elle est, au fil des siècles, plantée là, entre Salève, Jura, Môle, Voirons, et tout au fond, le Mont-Blanc. Elle rêve d'une traversée du lac, seul moyen d'avoir enfin une ceinture périphérique qui désengorgerait la ville de dizaines de milliers de pendulaires. Mais elle n'est pas fichue d'envoyer à Berne un projet qui tienne la route. Alors, Berne dit non, disant pourtant oui à des trucs aussi capitaux que le contournement du Locle. Alors, comme Berne a dit niet, Genève gueule. Ah, ça, on sait faire. Ça bronze les amygdales. Ça tue le temps, dans les bouchons. Genève rouspète, sport national, mais rien n'avance.

 

Heureusement, il y a les flics. Une ministre absolument pas faite pour le job, on l'a juste mise là pour qu'elle ne dérange pas. Un syndicat arrangeant comme une meute de pitbulls. La République bafouée par une Garde prétorienne, à cause de la faiblesse de la ministre. Un sujet d'engueulades dans les bistrots, les taxis. Ah, ça, on sait faire. Taxis ? Enfin, ceux qui avancent, parce qu'aujourd'hui, plus rien ne bouge. A Genève, ne vous avisez pas de monter dans un bus : il vous amènera exactement à l'endroit opposé. Ou ailleurs. Ou nulle part. Dans les bus, on gueulera sec. Ça, on sait faire. C'est Genève.

 

Alors, pour nous sortir un peu de ce labyrinthe d'enfer, un ministre s'est mis en tête d'aller réveillonner dans les toilettes d'une boîte de nuit. Ça nous a distraits, un moment. Une vraie story, avec le pouvoir, la femme fatale, le barman, l'autodestruction d'un destin, la nuit bleue, l'année qui passe, la vie qui va. Pour une fois, les Genevois n'ont pas gueulé. Juste phosphoré, imaginé, reconstitué. Pas un coiffeur, pas un débit de boisson, pas un tram (en panne) où on n'en parlait pas. L'Affaire !

 

On a les affaires qu'on peut. Le Valais a eu Savro, la France Dreyfus, Nixon Watergate. A Genève, on a l'affaire du ministre qui va aux toilettes. Et on en parle ! Et on en oublie les flics qui grinchent, les bus au point mort, les tramways nommés déserts, les études PISA, la ministre dépassée par les événements. Et on le contemple, tout là-bas, le Mont-Blanc. Ce seigneur, si beau, et si paisible.

 

Pascal Décaillet

 

10:51 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (13) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

J'adore! Et ne pas oublier le plan directeur cantonal qui ne planifie rien, la Constituante qui va nous offrir une nouvelle constitution impraticable, les errements des SIG en matière d'usine(s) à gaz ( un domaine où pourtant Genève possède une certaine maîtrise)...
On pourrait parler aussi de l'excellente gestion de la magistrate de la Ville, Sandrine Salerno, première au palmarès des cités helvétiques, mais cela gâcherait la vue d'ensemble, une vraie tache sur le portrait de Piogre!

Écrit par : DESHUSSES GERARD | 25/01/2012

Très bel article, bravo!

Et ça nous change un peu de vos diatribes anti-PLR souvent très justes mais un peut fatigantes à la longue...

Écrit par : Le Républicain | 25/01/2012

Et pour que l'Affaire prenne un peu de hauteur au pays de Ouin-Ouin, le PLR va rédiger une charte d'honneur à l'attention de ses membres. Ah! Que la montagne est belle!

Écrit par : MM | 25/01/2012

Bien bien.

N'oublions pas non plus les taux d'impôts sur la personne les plus élevés de Suisse et la dépense par habitant étatique la plus élevée de Suisse avec 20'000 francs par habitant et par an contre 10'000 en moyenne suisse et 13'000 pour un canton de type équivallent comme Zürich (aéroport international, Universistés, Opéra,...).

Écrit par : anonyme | 25/01/2012

J'ai de merveilleux souvenirs de Genève, en 2000 et 2001, souvenirs d'une ville petite, propre et agréable à vivre (mais, à l'époque, je venais de Paris, alors les comparaisons sont toujours difficiles). la taille réduite constituait précisément un avantage; la croissance excessive (ou rapide) d'une ville est toujours source de problèmes, même si cette croissance est naturelle et & ou inévitable.

@Anonyme, je ne savais pas pour Zurich, mais c'est très intéressant...

Écrit par : Inma Abbet | 25/01/2012

Magnifique.
j'ai vérifié en me regardant dans un miroir, je n'ai pas le amaygdales bronzées.
Bon sans mais c'est bien sûr, je ne suis pas genevois, je suis carougeois.

Écrit par : Bertrand Buchs | 25/01/2012

Anonyme, votre comparaison est fausse pour plusieurs raisons:
1) Le canton de Zurich est près de 3 fois plus peuplé que le canton de Genève pour effectivement des infrastructures de type comparables, mais qui à Genève profitent aussi bien aux vaudois (qui ne paient rien) qu'à la France voisine (qui paie indirectement au travers des impôts frontaliers pris à la source dont l'essentiel est conservé chez nous)
2) la population du canton n'est pas sa population active, ni même sa population fiscale, puisqu'il faut ajouter 80 000 contribuables (frontaliers suisses, français et européens) qui paient l'essentiel de leurs impôts dans le canton, sans y résider. Ce qui, si l'on compte leurs familles (comme pour le nombre d'habitants de Genève ou Zurich) réduit la facture par tête d'un quart.
Ajoutez-y les vaudois, refaites vos comptes et vous verrez la différence devenir anecdotique.

Écrit par : Calcul mental | 25/01/2012

Entièrement d'accord avec "Calcul mental". Il faut comparer ce qui est comparable et arrêter de raconter n'importe quoi. Surtout lorsque ce genre d'inepties se trouvent dans la bible du savoir des idiots, à savoir le 20 Minutes*, ou dans les motions aussi inutiles qu'absurdes rédigées par Monsieur le député Weiss.

:-)


*que j'apprécie cependant beaucoup pour suivre l'actualité GENERALE.

Écrit par : Etienne | 25/01/2012

GRANDIOSE !
Bravo pour cette prose aux combien révélatrices de nos déboires passés (impôts, folie des grandeurs) actuels (impôts, affaires, manque de rigueur) et futurs (impôts et ... attendre et voir ou entreprendre...)
Absolument d'accord avec calcul mental sur le fond quand aux comparaisons un peu rapide. Cependant notre état actuel se doit de changer de manière radicale (oups.. mauvais jeu de mots).
On nous dit d'attendre 2013, bien, mais à ce rythme les amygdales elles seront cramées !
Alors que fait-on dans l'attente ?

Écrit par : tempestlulu | 25/01/2012

@calcul mental et son suivant.
Vous avez de la peine à saisir la situation. Genève à grossi au delà de ce que vous, Genevois, voulez accepter. Vous êtes incapables de construire des logements pour les gens que VOUS FAITES VENIR. J'ai du quitter Genève en 1990, après y avoir vécu pendant 40 ans, parce qu'aucun logement décent ne m'était proposé à un prix RAISONNABLE. J'ai acheté en Vaud avec la bénédiction de vos autorités de l'époque. En plus de Vaud, Genève fausse les prix en Haute-Savoie et dans le pays de Gex. Prenez vos responsabilités, une fois, construisez au lieu de discuter à longueur d'année(s)...
Et pour les impôts, arrêtez de dire des âneries. L'essentiel des tâches de l'état c'est l'éducation et la santé et tout ça se passe sur le lieu de RESIDENCE, où l'on paie ses impôts.

Écrit par : piller | 25/01/2012

M. Décaillet,

" Alors, Berne dit non, disant pourtant oui à des trucs aussi capitaux que le contournement du Locle. "

Ce zeste d'arrogance était-il vraiment nécessaire dans votre tirade des amygdales ?

Heureusement que le contournement de Sembrancher a été retenu lui aussi ...

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 25/01/2012

@ Calcul mental,

Vous oubliez que le Canton de Zürich reçoit aussi quantité énorme de travailleurs des cantons voisins qui ne paient pas d'impôts à Zürich, mais qui viennent profiter des infrastructures qui sont proportionnelles aux besoins de la populations (l'aéroport de Zürich plus de 24 millions de passagers transportés et encore de grosses capacités non utilisées contre 13 millions à Genève qui a moins de marge de manoeuvre, l'Université de Genève 15'000 étudiants contre 25'000 pour l'Uni de Zürich à laquelle il faut ajouter les 15'000 étudiants du Poly de Zürich soit un total de 40'000, etc...).

Voici un commentaire de la CCIG datant de 2007 qui n'a pas beaucoup vieilli . "Zurich compte environ 38'000 fonctionnaires (Hôpital compris) pour 1 million d’habitants. Soit 1 fonctionnaire pour 26 habitants. À Genève, avec l’Hôpital, nous avons environ 24'000 fonctionnaires pour 438'000 habitants. Soit 1 fonctionnaire pour 18 habitants. C’est 50 % de plus qu’à Zurich. On comprend mieux pourquoi nos dépenses par habitant dépassent aussi de 50 % celles de Zurich."

Et encore, la dette genevoise est de 40'000 par habitant contre 8'400 (moyenne suisse sans Genève) et 7'400 à Zürich.

Voilà de belles genevoiseries!

Écrit par : anonyme | 26/01/2012

@ anonyme
C'est bien beau de faire de la comparaison intercantonale, mais il faut absolument tenir compte d'un élément essentiel qui est la répartition des compétences canton / communes. En avez-vous tenu compte?
Additionnez les dettes communales à la cantonale par exemple, et vous verrez la différence s'amenuiser sensiblement.
Additionnez les forces de police, idem.
Etc, etc.
Bonne journée.

Écrit par : Gilles | 26/01/2012

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