29/01/2012

Sarkozy candidat à la Chancellerie allemande ?

 

Sur le vif - Dimanche 29.01.12 - 22.34h

 

J'ai assez martelé mon opposition à Nicolas Sarkozy, depuis cinq ans, et à vrai dire dix-sept, pour tout de même reconnaître, ce soir, son très grand professionnalisme, à l'instant, dans l'art de la communication. Un décor parfait, élyséen, le drapeau tricolore judicieusement dominant sur celui de l'Union européenne, une impeccable maîtrise des dossiers : l'homme, décidément, est meilleur candidat (car il l'est) que président. Mais l'exercice, assez vite, parvint à ses limites. En voici quelques-unes.

 

D'abord, le président-presque-candidat a beaucoup trop parlé. Trop de notes ! Monologue, logorrhée, intervieweurs réduits à l'état de pots de fleur, sauf l'un des deux journalistes économiques invités, franchement excellent. À trop pérorer, on se ruine soi-même. Prenez François Mitterrand : la parole était mesurée, parsemée de silences (comme en musique), le style était allusif, le non-dit subjuguait. Il était monarchique, économe de ses signaux.

 

Et puis, le président de la République française est allé beaucoup trop dans les détails, donnant finalement davantage l'impression de postuler pour Matignon, ou Bercy, que pour un renouvellement de son bail à l'Elysée. Ce souci du moindre fragement révèle la vraie nature de ce quinquennat, où le président gouverne au lieu de présider, ne délègue rien, veut tout contrôler. Ce faisant, il délaisse la majesté de sa fonction. Les Français, attachés depuis des siècles à la différence entre chef d'Etat (celui qui incarne) et chef de gouvernement (celui qui agit), l'ont sûrement perçu. Erreur !

 

Pire que tout, l'obsession allemande. Nicolas Sarkozy est-il tombé sous le joug d'Angela Merkel ? Rêve-t-il du Rhin, de l'Oder, du Danube ? L'incroyable récurrence des allusions, toujours favorables, à la République fédérale, rêvée comme un lieu de bonheur et de meilleure réussite, rappelle les insupportables digressions étrangères de VGE qui, voulant faire européen, s'imaginait moderne. Les Français n'auront pas tardé à lui préférer le national François Mitterrand. Errance ! Le premier des Français n'a pas à se définir par rapport à ses voisins, ses concurrents. Ce vieux peuple ombrageux, conservateur, n'a jamais beaucoup aimé le « parti de l'étranger », ici les avances du duc de Brunswick à l'ennemi, là le discours de Cochin (Chirac, fin 1978). Les Français préfèrent adorer « la belle, prisonnière des soldats ».

 

En résumé, une intervention très professionnelle, dont M. Sarkozy a le secret. Mais aussi des balles dans son propre pied : oublie-t-il, lorsqu'il vilipende le statu quo, qu'il préside le pays depuis cinq ans ? Surtout, de graves fautes de goût. Qu'on ne trouve jamais, par exemple, chez un François Bayrou, petit candidat d'un petit parti, bègue lorsque l'autre est brillant, mais tellement proche d'une France de la Province, de la difficulté, de la profondeur. Un homme comme les autres, non pour justifier sa banalité. Mais pour, d'en bas, conquérir un jour Paris. Comme le fit, il y a longtemps, Henri, roi de Navarre. L'homme qui avait réussi à mettre fin aux guerres de Religion. Le panache blanc, rassembleur, contre la noirceur des factions.

 

Pascal Décaillet

 

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Commentaires

Comme il a des chaussures pare-balles, les snippers viseront les talonnettes !

Écrit par : Benoît Marquis | 29/01/2012

Je viens de vous lire, mon blog à peine posté et sur le même sujet:

http://billets.blog.tdg.ch/archive/2012/01/29/sarkozy-fin-de-parcours.html

Donc prenez-le comme mon commentaire, si vous le souhaitez, sinon, tant pis. Mais j'ai voulu livrer mon impression avant de découvrir la vôtre. Le résultat est là!

Bien à vous,

HRF

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 29/01/2012

Mais il faut bien savoir que Sarko est le seul candidat capable de mettre en place les réformes dont la France a un besoin vital. On ne peut pas lui reprocher de vouloir suivre le modèle allemand qui a fait ses preuves. C'est clair que les coqs français auront de la peine à l'admettre. L'empreinte de la CGT et des communistes, la tradition révolutionaire, empêche les français de savoir développer un dialogue social positif. En fait, pauvre France!
Imaginons que Hollande soit élu - Hollande ou "Mr Smith à l'Elysée" - et ce sera une fois de plus la plongée de ce pays qu'on aimerait pourtant voir s'en sortir!
Quant à Beyrou, il est bien sympa mais surtout pour passer de bonnes soirées autour d'un verre et d'une andouillette!
Reste Marine qui, elle va faire des dégâts.

Écrit par : Gabriel Poncet | 29/01/2012

Oui, Sarkozy a été trop dans les détails. Ce qui prouve qu'il connait les dossiers, contrairement à Mitterrand (qui a plongé la France dans la M... avec ses nationalisations) et qui, ne connaissant pas les dossiers, affichait un silence hautain lors de questions trop précises. La stature, le mépris, telle était sa dialectique. Et comme il n'avait rien dit de précis, que des paroles en bois, toute la France l'admirait.
En France, de tout temps, il était temps "de ne rien faire". Seul de Gaulle a fait ... et on a eu l'OAS et Mai 68. Sarkozy a eu le régime des retraites (auquel Juppé avait voulu s'attaquer sous Chirac) puis les subprime qui lui sont tombées dessus avec pour obligation de renflouer ses banques et de multiplier la dette de la France.
Alors, entre Hollande qui veut faire rêver la France, Marine qui tape sur tout ce qui bouge, Mélenchon qui veut tout ratisser, Bayrou le gentil professeur (mais qui connait bien les problèmes) et Sarkozy l'hyperactif, lequel fera le meilleur président ?

Écrit par : Lambert | 30/01/2012

Je n'ai suivi que partiellement et par à-coups ce "débat" du président presque candidat. Vous adorez ce fourbe, cynique et néfaste millionnaire et porteur de la francisque François Mitterand, c'est votre droit; mais qu'a-t-il vraiment fait pour la France?. Rien de positif.

Alors, je n'ai pas peur de prédire la défaite du mou Hollande et de son ineffable clan politique et un deuxième tour difficile pour le candidat Sarkosy contre Mme Le Pen.

A vous relire avec plaisir malgré tout.

Écrit par : simonius | 30/01/2012

Bien le bonjour Pascal,
Je me suis demandé en écoutant M. sarkosy si sa résidence secondaire n etait pas la gestion politique Allemande.
À force de vanter les mérites de sa grande Soeur, je constate que la France n a pas le monopole du chant du coq enl Europe.
Sa maîtresse politique, Mme Metkel, instruit bien le petit élève Nicolas!
Bref, j ai toujours entendu ma brave Maman dire, je cite, la France est ingouvernable, elle est souvent au bord du gouffre mais il n y tombe jamais!
Cela dit, contre tout vent et marée je choisirai Sarko, de peur d aller cueillir les tulipes en Hollande ce printemps!!!!!
Allez cher Pascal, excellente journée!
François de Krouge!

Écrit par : François Velen | 30/01/2012

Cher Pascal, votre admiration sans borne pour le Florentin restera à jamais peu compréhensible ! Peut-ête que le non-dit, la machination ourdie dans les sombres recoins sont préférables à la lumière ? F. M. restera le plus grand manipulateur de la République ! Homme très à droite, il a réussi à faire croire aux socialistes qu'il était des leurs, finissant par broyer le PC et surtout à favoriser l'émergence du parti de JM Le Pen, habile instrument pour diviser la droite et lui permettre de régner sur la France : pour en faire quoi ? pas grand chose si ce n'est un instrument à sa propre 'gloriole'. Il est vrai qu'il a au moins su rester fidèle à ses amis de la francisque qu'il a toujours soutenus - plus d'ailleurs qu'il n'a réellement soutenu ses premiers ministres socialistes (pauvre Beregovoy d'avoir cru en cet homme!)....NOn, vraiment plus j'y pense, moins je vous comprends , cher Pascal !

Écrit par : uranus2011 | 30/01/2012

Cher M. Décaillet,

Je n'ai pas suivi Sarko hier au soir parce que contrairement à ce que disent beaucoup de politiques, il n'y a pas d'alternative pour essayer de boucher les trous laissés par plus de trente ans de laxisme avec ce triste résultat que pour des intérêts politiques à court terme on a délaissé le bien commun et balancé sur les générations futures un fardeau qu'elles pourraient bien refuser d'honorer. C'est assez général et pas propre à la France. Ajouté au problème démographique, ça nous promet du bon temps.

Vous aimez Mitterrand, on peut donc en déduire que vous aimez les monarques, de préférence fourbes. Ce côté là de la politique à cette odeur particulière de la campagne, au printemps, dès que le soleil a libéré le sol de la neige et que les paysans reprennent leurs activités d'épandage.

Sarko a ses défauts, n'a pas été malin au début, mais c'est le seul qui ait tenté d'expliquer que l'effort mérite une récompense et pas l'assistanat. On en est toujours à de la gesticulation politique alors que la vraie question et de savoir si cette crise se terminera dans la rue. C'est déjà la cas en Grèce, en Espagne mais on en est resté pour l'instant au stade avant les émeutes, jusqu'à quand?

A ceux qui cite l'Allemagne comme exemple je pose la question suivante : si tout le monde devient vertueux, n'achète que le strict nécessaire et produit beaucoup, ils vendront à qui? Parce que la réalité c'est que tous les pays exportateurs ont un système de garantie des risques à l'exportation donc on finance des achats que l'état garantis. Qui s'étonnera que ça conduise à l'impasse dans laquelle nous nous trouvons? On fait du crédit pour produire, on a moins de chômeurs mais là, en l'occurrence, les acheteurs ne peuvent plus payer. On appelle ça exporter son chômage.

Il y a un réel besoin de repenser la manière dont nous vivons et ça devrait être le soucis de la chose publique. Les James Fazy n'existent malheureusement plus.

Et pour le sympathique représentant du Béarn, souhaitons lui moins de soucis et une meilleure fin que son compatriote Henri IV.

Écrit par : piller | 30/01/2012

Et si on parlait un peu du déni de démocratie. Profitant sans vergogne de sa place, agissant comme bon lui semble, parlant le temps qu'il veut, le futur ex-président , une fois de plus, se sert de la France pour faire avancer ses seuls intérêts. Mais la France c'est soixante cinq millions de personnes dont huit millions sont dans la pauvreté et quelques centaines de mille sans abri.

Écrit par : LacroixBesson JP | 04/02/2012

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