30/01/2012

L'Oiseau bleu

 

Sur le vif - Lundi 30.01.12 - 11.50h

 

Un Monsieur, tout à l'heure chez Madeleine Caboche, parlait du martin-pêcheur, l'un des plus beaux oiseaux. Et du bleu de son plumage, qui rappelait celui de Fra Angelico. L'Italie, les oiseaux, jetés là, dans le poste, à l'avant-veille d'une Sibérie promise, comme de petits fragments de paradis. La radio, c'est la vie.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Selon nos sources, Mark Muller a cassé le vase de Soissons

 

Sur le vif - Lundi 30.01.12 - 09.24h

 

C'est très clair : le journal « 20 Minutes » s'est mis en tête d'avoir la peau de Mark Muller. Accumulation des papiers à charge, oreille très complaisante au clan du barman, et ce matin, goutte de kiwi qui fait déborder le cocktail, on nous sort une histoire de cotisation encore non payée au PLR. Bref, un crime contre l'humanité. Avec circonstances aggravantes.

 

De qui se moque ce journal ? Qu'il ait lancé, contre ce magistrat, une croisade en forme de Watergate, est une chose. Qu'il nous prenne pour des abrutis, en est une autre. De qui diable peut venir la nouvelle - d'importance mondiale - d'un retard dans le paiement d'une cotisation ? Hmmm ? De qui d'autre que d'un membre du PLR, un parti clairement champion du monde dans l'art vipérin de l'assassinat interne. Ce sont les siens qui sont en train de liquider ce conseiller d'Etat, comme ils liquidèrent, naguère, un Claude Haegi, ou d'autres encore. Ce sont les siens qui ont choisi de couper une branche, pour mieux sauver l'autre (Isabel Rochat). Parce qu'on ne peut tout de même pas les couper toutes.

 

Dès lors, de la part de « 20 Minutes », nous balancer la nouvelle, comme ça, brut de décoffrage, dans le contexte que vit ce magistrat, relève de la pure et simple curée. On apprendra sans doute, dans les heures qui viennent, la participation active de Mark Muller à la brisure du vase de Soissons, ou à l'assassinat de l'infortuné John Fitzgerald Kennedy, le 22 novembre 1963, à Dallas.

 

Comment ? Mark Muller n'était pas né ! Eh bien, plût aux dieux qu'il naquît ! Si cela peut contribuer à l'achever. Nausée.

 

Pascal Décaillet

 

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29/01/2012

Sarkozy candidat à la Chancellerie allemande ?

 

Sur le vif - Dimanche 29.01.12 - 22.34h

 

J'ai assez martelé mon opposition à Nicolas Sarkozy, depuis cinq ans, et à vrai dire dix-sept, pour tout de même reconnaître, ce soir, son très grand professionnalisme, à l'instant, dans l'art de la communication. Un décor parfait, élyséen, le drapeau tricolore judicieusement dominant sur celui de l'Union européenne, une impeccable maîtrise des dossiers : l'homme, décidément, est meilleur candidat (car il l'est) que président. Mais l'exercice, assez vite, parvint à ses limites. En voici quelques-unes.

 

D'abord, le président-presque-candidat a beaucoup trop parlé. Trop de notes ! Monologue, logorrhée, intervieweurs réduits à l'état de pots de fleur, sauf l'un des deux journalistes économiques invités, franchement excellent. À trop pérorer, on se ruine soi-même. Prenez François Mitterrand : la parole était mesurée, parsemée de silences (comme en musique), le style était allusif, le non-dit subjuguait. Il était monarchique, économe de ses signaux.

 

Et puis, le président de la République française est allé beaucoup trop dans les détails, donnant finalement davantage l'impression de postuler pour Matignon, ou Bercy, que pour un renouvellement de son bail à l'Elysée. Ce souci du moindre fragement révèle la vraie nature de ce quinquennat, où le président gouverne au lieu de présider, ne délègue rien, veut tout contrôler. Ce faisant, il délaisse la majesté de sa fonction. Les Français, attachés depuis des siècles à la différence entre chef d'Etat (celui qui incarne) et chef de gouvernement (celui qui agit), l'ont sûrement perçu. Erreur !

 

Pire que tout, l'obsession allemande. Nicolas Sarkozy est-il tombé sous le joug d'Angela Merkel ? Rêve-t-il du Rhin, de l'Oder, du Danube ? L'incroyable récurrence des allusions, toujours favorables, à la République fédérale, rêvée comme un lieu de bonheur et de meilleure réussite, rappelle les insupportables digressions étrangères de VGE qui, voulant faire européen, s'imaginait moderne. Les Français n'auront pas tardé à lui préférer le national François Mitterrand. Errance ! Le premier des Français n'a pas à se définir par rapport à ses voisins, ses concurrents. Ce vieux peuple ombrageux, conservateur, n'a jamais beaucoup aimé le « parti de l'étranger », ici les avances du duc de Brunswick à l'ennemi, là le discours de Cochin (Chirac, fin 1978). Les Français préfèrent adorer « la belle, prisonnière des soldats ».

 

En résumé, une intervention très professionnelle, dont M. Sarkozy a le secret. Mais aussi des balles dans son propre pied : oublie-t-il, lorsqu'il vilipende le statu quo, qu'il préside le pays depuis cinq ans ? Surtout, de graves fautes de goût. Qu'on ne trouve jamais, par exemple, chez un François Bayrou, petit candidat d'un petit parti, bègue lorsque l'autre est brillant, mais tellement proche d'une France de la Province, de la difficulté, de la profondeur. Un homme comme les autres, non pour justifier sa banalité. Mais pour, d'en bas, conquérir un jour Paris. Comme le fit, il y a longtemps, Henri, roi de Navarre. L'homme qui avait réussi à mettre fin aux guerres de Religion. Le panache blanc, rassembleur, contre la noirceur des factions.

 

Pascal Décaillet

 

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Le navire coule, mais le steward est élégant

 

Sur le vif - Dimanche 29.01.12 - 10.35h

 

Avant-hier, vendredi, opération propagande et séduction d'Isabel Rochat, à la caserne des Vernets. Comme par hasard, au plus fort de la tourmente pour son collègue Mark Muller, lâché de toutes parts, à commencer par les siens. Le gouvernement genevois, dans son ensemble, est en crise, il l'est en tant que collège, son président et son vice-président le reconnaissent. C'est cette crise-là qui est politiquement intéressante. Et sur laquelle on nous promet des réformes, on nous déclare que rien n'est tabou. Et d'ailleurs on a commencé : en plaçant Mme Rochat sous tutelle, ci-devant nommée « délégation ».

 

Fort bien. Mais était-ce bien le moment de cette opération de charme-là, aux Vernets, sectorielle, ne visant égoïstement qu'à redorer le blason d'une ministre, d'un Département, là où l'ensemble est en cause ? Imagine-t-on le steward d'un navire en perdition convoquer quelque presse héliportée, sur le pont balancé de l'esquif, pour arborer ses beaux atours et insister sur le fait que lui, dans son rayon, fait très bien son boulot ?

 

Mais le plus fou, c'est que l'opération de propagande a marché. Et se trouve relayée, enluminée, ornée de mille feux, dans le Matin dimanche d'aujourd'hui. Solidarité féminine ? Ligne féministe ? Deux pages qui tentent la réhabilitation. Dont un nombre impressionnant de signes - tout le début du papier - sur l'élégance vestimentaire de la dame. Sous toutes les coutures, on l'encense. On l'embaume. Ne manque que le viatique, pour le grand voyage.

 

Plus singulier encore : un autre article, signé de la même journaliste, quelques pages en amont du même journal, nous parle déjà de Mark Muller au passé, l'homme fini. Ce faisant, on épouse exactement la ligne de l'Entente genevoise, entendez la coalition qui, avec l'active collaboration des Verts, dirige le canton et s'en partage les prébendes. Donc, on relaye le pouvoir en place. Car ce choix, évidemment implicite, a déjà été tranché, on sait qu'on devra se débarrasser de l'un, donc tout faire pour sauver l'autre. Pace que perdre l'un et l'autre, ce serait disparaître. Alors, va pour le coup de pub des Vernets, va pour Points de vue et Images de la Mode dans la presse orangée : on accepte hypocritement l'exécution de Mark Muller, et on ferme les yeux sur les carences politiques, autrement plus graves qu'un fait divers, de Mme Rochat. Et on la maintient sous perfusion. On appelle ça « délégation ». Et on se dit que la galère, cahin-caha, pourra bien encore voguer un peu. Sur la mer bleue.

 

Pascal Décaillet

 

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28/01/2012

Ueli, Dada, l'Apesanteur

 

Sur le vif - Samedi 28.01.12 - 18.47h

 

L'UDC, de loin le premier parti de Suisse, n'a, comme on sait, qu'un conseiller fédéral. Et cet homme, Ueli Maurer, vient d'offrir à la RSR une interview d'anthologie. Il y donne le sentiment soit d'être profondément dépressif, soit d'avoir installé entre le monde sensible et lui une sorte de voile. Un caisson d'isolation sensorielle. En l'écoutant, dans les propos surréalistes qu'il vient de prononcer (« Cela m'est égal d'être conseiller fédéral ou non »), j'ai pensé à la page extraordinaire que nous livre Rousseau, dans les Confessions, suite à sa rupture avec Madame de Warens. Quelque chose de cassé. Plus rien ne serait comme avant. Oui, je sais, c'est la première fois que les concepts « Jean-Jacques » et « Ueli Maurer » se télescopent dans les neurones d'un mortel, sans aucun doute la dernière, acceptons cette singulière confluence.

 

Je me mets à la place d'un étranger, sur une autoroute, de passage en Suisse, écoutant ce dadaïste moment de radio, en ouverture de Forum. Voilà que parle le ministre de la Défense. Sous d'autres cieux, en d'autres temps, ce furent Carnot, Trotsky. Des caïds. Des types qui vous remontent le moral. Là, un être au-delà de la crise de nerfs. Lui, naguère si terrien, le voilà dans les limbes. Plus rien ne l'atteint, plus rien n'est grave. Lui, ministre, parle de son poste comme d'un néant ouaté, il peut l'occuper ou non, rien n'importe. C'est le Bécaud « d'Et maintenant », c'est le guetteur oublieux de sa propre mélancolie, c'est le soldat « désœuvré, incertain » du poème d'Aragon. Pierrot lunaire, comme jamais Moritz Leuenberger n'aurait osé l'être, Ueli l'aérien, Ueli en apesanteur, Ueli le chérubin. Ni Dieu, ni Diable, ni même la noirceur de l'Archange déchu. Juste la trace lactée d'un Innocent, en orbite.

 

L'UDC, premier parti de Suisse, doit-il rester au Conseil fédéral ? Oui, ont apparemment décidé aujourd'hui les délégués de ce parti. Mais la réalité est qu'il ne s'y trouve déjà plus. Son unique représentant a choisi la voie des airs. Déraciné. Oui, dès cette nuit, je vais relire Barrès.

 

Pascal Décaillet

 

 

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L'île aux pingouins

Thomas_Mann.jpg
Sur le vif - Samedi 28.01.12 - 11.29h



Davos est une chose: la liberté d'association existe en Suisse, c'est très heureux, et les gens peuvent se donner rendez-vous là où ils veulent. Mais l'hallucinante obédience de la presse, notamment des médias audiovisuels dits "de service public", devant cette île aux pingouins de cocktails, en est une autre.

Adolescent, j'ai rêvé les Grisons à travers une œuvre d'exception de Thomas Mann. Ca vous avait quand même une autre gueule que les conciliabules des financiers, au reste chaque année reconvertis à la dernière mode du temps. Le monde passe. La littérature résiste.


Pascal Décaillet

 

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27/01/2012

Les amis du barman

 

Sur le vif - Vendredi 27.01.12 - 15.50h

 

Drôle d'affaire. D'un côté, un homme avec un nom et un prénom, « Mark Muller ». De l'autre, juste une fonction : « le barman ». La règle, certes, est parfaitement respectée : on décline l'identité lorsque le personnage est public, ce qu'est un conseiller d'Etat, pas un barman. Mais enfin, l'effet est là : l'un jouit de la protection de sa sphère privée, l'autre est livré en pâture à la vindicte. Première injustice.

 

Mais il en est beaucoup d'autres. La manière dont certains de mes confrères instruisent à charge. Où l'on découvre que « le barman » a beaucoup d'amis, enfin disons beaucoup de témoins disposés à témoigner dans son sens, accessoirement tous employés du même établissement. Ça crée des liens. Où l'on découvre aussi que Mark Muller n'en a aucun. Normal : quand on va fourrer sa solitude dans un guêpier, difficile d'attendre autre chose que des piqûres. Normal, mais diablement déséquilibré dans la récolte des témoignages. Deuxième injustice.

 

Où l'on découvre aussi que les affinités de certains de mes chers confrères sont plutôt électives. En faveur du « barman ». Passé commun ? Le cocktail de la vie nous réserve parfois des surprises. Et il est si facile, si tentant, de caresser l'opinion publique dans l'angélisation du « barman », la diabolisation du ministre solitaire, dans la nuit bleue du réveillon. Troisième injustice.

 

Et puis, bien sûr, il y a les « sources ». Les protéger est un devoir, c'est vrai. Mais camoufler des approximations sous ce mot générique, « les sources », hmmm ? Ou des incertitudes. Ou s'aider de ce mot pour charger le fardeau. D'une preuve ? Hélas, non ! D'une présomption ! D'une opinion. D'une « doxa ». Le peuple a besoin d'une victime expiatoire ? Le Conseil d'Etat lui-même, pour camoufler d'autres carences, non de l'ordre de la rixe, mais de l'incompétence, est prêt à lâcher un ministre, et en compensation, tout faire pour soutenir l'autre : tutelle, soins intensifs, vitamine, collège de médecins, leçon d'anatomie. Alors, allons-y ! Va pour la pâture. C'est cela, rien que cela, qui est en train de se produire. Quatrième injustice.

 

Reste ce procureur, en fin de mandat, qui n'a pas l'élégance de se dessaisir. Il avait eu, naguère, des mots avec le conseiller d'Etat. Cela aurait pu être une raison de confier le dossier à quelqu'un d'autre. Cinquième injustice.

 

Les recenser ne changera rien à l'affaire. Le vent s'est levé. Nous sommes dans le pouvoir de l'opinion, pas celle qui argumente, juste celle qui rampe. Nous sommes, aussi, dans la logique de la politique : lâcher d'un côté, pour se cramponner de l'autre. Soit. Mais rien ne prouve, dans cette curée, que nous soyons dans une quelconque logique de justice.

 

Pascal Décaillet

 

 

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26/01/2012

Pouvoir ou sandales, il faut choisir

 

Sur le vif - Jeudi 26.01.12 - 16.48h

 

Rien de plus haïssable que les coprésidences. En toutes choses, la responsabilité, au sens le plus fort de ce magnifique mot, doit être assumée par une personne. Homme, femme, aucune importance. Mais une personne qui assume, prenne sur ses épaules, s'expose. C'est valable dans tous les domaines.


Pascal Décaillet

 

 

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Animal Farm

 

Sur le vif - Jeudi 26.01.12 - 08.58h

 

Jeune et brillant, un élu radical dans un exécutif s'active un peu trop, en coulisses, à réclamer la démission de Mark Muller. Il n'est pas du tout sûr, pourtant, en cas d'élection complémentaire, que le Loup Éternel ait ses chances. Un certain matou, vieux de la vieille, bien plus populaire, aussi rusé que matois et patient, guette l'occasion. A moins que ne sonne l'heure de la Régente.

 

Pascal Décaillet

 

 

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25/01/2012

Genevoiseries pour les Nuls

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Mercredi 25.01.12

 

Imaginez une ville, au bout d'un lac. Une police qui ne veut pas obéir. Des transports qui ne fonctionnent pas. Un magistrat qui part en piste et réveillonne avec un sonore fracas. Tout le monde qui gueule. Et pourtant, la vie qui va. C'est Genève. Il y a ceux qui adorent, j'en fais partie. Et ceux qui n'en peuvent plus. Ils rêvent du bouton rouge : allez, juste se faire plaisir, Hiroshima, on appuie, et puis basta, ne plus jamais entendre parler de ces emmerdeurs. Liquidée, Genève, napalmisée. Il n'y aurait plus qu'à reconstruire, dans le style champêtre de l'arrière-pays savoyard. Avec des bars PMU. Et des églises.

 

Mais voilà, Genève est là. Elle s'est construite comme elle est, au fil des siècles, plantée là, entre Salève, Jura, Môle, Voirons, et tout au fond, le Mont-Blanc. Elle rêve d'une traversée du lac, seul moyen d'avoir enfin une ceinture périphérique qui désengorgerait la ville de dizaines de milliers de pendulaires. Mais elle n'est pas fichue d'envoyer à Berne un projet qui tienne la route. Alors, Berne dit non, disant pourtant oui à des trucs aussi capitaux que le contournement du Locle. Alors, comme Berne a dit niet, Genève gueule. Ah, ça, on sait faire. Ça bronze les amygdales. Ça tue le temps, dans les bouchons. Genève rouspète, sport national, mais rien n'avance.

 

Heureusement, il y a les flics. Une ministre absolument pas faite pour le job, on l'a juste mise là pour qu'elle ne dérange pas. Un syndicat arrangeant comme une meute de pitbulls. La République bafouée par une Garde prétorienne, à cause de la faiblesse de la ministre. Un sujet d'engueulades dans les bistrots, les taxis. Ah, ça, on sait faire. Taxis ? Enfin, ceux qui avancent, parce qu'aujourd'hui, plus rien ne bouge. A Genève, ne vous avisez pas de monter dans un bus : il vous amènera exactement à l'endroit opposé. Ou ailleurs. Ou nulle part. Dans les bus, on gueulera sec. Ça, on sait faire. C'est Genève.

 

Alors, pour nous sortir un peu de ce labyrinthe d'enfer, un ministre s'est mis en tête d'aller réveillonner dans les toilettes d'une boîte de nuit. Ça nous a distraits, un moment. Une vraie story, avec le pouvoir, la femme fatale, le barman, l'autodestruction d'un destin, la nuit bleue, l'année qui passe, la vie qui va. Pour une fois, les Genevois n'ont pas gueulé. Juste phosphoré, imaginé, reconstitué. Pas un coiffeur, pas un débit de boisson, pas un tram (en panne) où on n'en parlait pas. L'Affaire !

 

On a les affaires qu'on peut. Le Valais a eu Savro, la France Dreyfus, Nixon Watergate. A Genève, on a l'affaire du ministre qui va aux toilettes. Et on en parle ! Et on en oublie les flics qui grinchent, les bus au point mort, les tramways nommés déserts, les études PISA, la ministre dépassée par les événements. Et on le contemple, tout là-bas, le Mont-Blanc. Ce seigneur, si beau, et si paisible.

 

Pascal Décaillet

 

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24/01/2012

Julie et le sable chaud

 

Sur le vif - Mardi 24.01.12 - 14.07h

 

Ineffable Julie ! Dans son édito du mardi 24 janvier, la Tribune de Genève se félicite que les partis genevois, « mis à part UDC et MCG » (elle omet le PS), fassent profil bas face aux affaires qui secouent le Conseil d'Etat. En clair, la démocratie, c'est fermer sa gueule, raser les murs, enfouir sa tête sous le sable chaud. Cautionner l'omerta entre partis gouvernementaux (Entente, avec la très active collaboration des Verts) pour ne surtout pas fragiliser l'équipe au pouvoir. En plus clair encore: la TG soutient bec et ongles le pouvoir en place. C'est son droit. Mais qu'elle le dise clairement.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Le retour de l'Oncle Charles

 

Sur le vif - Mardi 24.01.12 - 12.24h

 

« Le Conseil d'Etat est fragilisé », reconnaît son vice-président, Charles Beer, dans la Tribune de Genève de ce matin. Constat lucide ! Mais question : pourquoi Charles Beer s'exprime-t-il ? Qu'il l'ait fait sur le plateau d'Infrarouge, Pierre-François Unger étant « retenu par d'autres obligations », passe encore. Mais là, à froid ? Pour insister, une nouvelle fois, sur le thème de la démission. A-t-il le plein aval de son président ? Joue-t-il solo, comme naguère, sur le pont du Mont-Blanc ? Chez cet homme à l'instinct politique puissant, la tentation solitaire est récurrente. C'est le syndrome de l'Oncle Charles. Un ami de la famille, qui lui veut du bien.

 

Pascal Décaillet

 

 

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21/01/2012

La vie commence à Kitzbühel

 

Sur le vif - Samedi 21.01.12 - 16.54h

 

D'abord, le vertige de la pente. Droit en bas. Même amputée, aujourd'hui, pour cause de neige qui tombe, de sa folie initiale, celle qui faisait peur jusqu'à Collombin (« Bon, on rentre à l'hôtel, ou quoi ? »), la Streif, c'est un morceau de folie. Pas celle des monts. Celle des hommes. Il n'est pas plus naturel de s'y élancer que de sauter en parachute. Pour jaillir quand même de ce portillon-là, faut quelque part une sacrée fêlure. Une zébrure.

 

Parce que le départ, c'est juste le prénom. Autant le Lauberhorn exige perfection technique, intelligence des virages, autant la Streif appelle la folie. Celle des plus grands. Killy, Schranz, Collombin, Klammer, Zurbriggen, Heinzer, Maier. Et un certain Didier Cuche. Wengen, c'est pour les cerveaux. Kitzbühel, pour les fadas. La zébrure. L'écorchure. La tare originelle. La Streif, c'est une tentative de rachat du péché. La mort est là, toute proche, qui t'attend et qui t'aime. Oui, la vie commence à Kitzbühel. Parce qu'elle pourrait très bien s'y terminer.

 

Avec mon père, qui m'a appris à skier, on était rivés à l'écran, les samedis midi. A écouter Christian Bonardelli, fantastique commentateur. Et puis, des courses, on est allés en voir, en vrai, des craquées. La Streif, à la télé, c'était la messe. Schranz, le pape. Collombin, le contorsionniste. Le déséquilibré permanent, toujours limite chute, mais qui finissait par gagner (1973, 1974). La folie créatrice de ce désordre, nous l'avons retrouvée chez Cuche. Quand ? Mais aujourd'hui, pardi ! Oui, ce samedi 21 janvier 2012, sur le coup de 13 heures. Réellement, à certains moments de la course, j'ai eu peur. C'est comme quand Bode Miller s'est mis à danser : lever la jambe à 120 km/h, plaque de verglas sous la couche de neige fraîche, le coup classique, et le type qui ramène le ski droit, et la course qui continue. Il y a un dieu pour les voltigeurs, un dieu pour les fous.

 

Oui, peur. Il la voulait, cette cinquième et dernière victoire. Gagner Kitzbühel à 37 ans ! Schranz, déjà, en remportant le doublé à plus de 33 ans, en 1972, nous apparaissait comme un extra-terrestre. Mais Cuche ! Ce courage. Cette carrière. Cette caboche. Cette tronche de combattant solitaire. Cet enfant chéri de la victoire, pour être tellement allé la chercher. Il est l'un de nos plus grands skieurs. Et si sa dernière saison, l'air de rien, était la plus belle ? La vie commence à Kitzbühel. Parce qu'elle pourrait, à chaque centième de seconde, s'y terminer.

 

Pascal Décaillet

 

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20/01/2012

Robert Cramer insulte le Maire de Genève

 

Sur le vif - Vendredi 20.01.12 - 18.50h

 

Comment Robert Cramer, conseiller aux Etats en exercice, a-t-il pu se laisser aller à tant d'arrogance et de mépris envers le Maire de Genève ? Citation, tout à l'heure, sur la RSR : « Pierre Maudet, un jeune magistrat, réélu de justesse pour s'occuper des poubelles ». Lapidaire. Et franchement dégueulasse.

 

La pomme de discorde ? Maudet, à très juste titre, s'était permis de laisser entendre que les deux conseillers aux Etats genevois (Mme Maury Pasquier, socialiste, et M. Cramer, Vert) n'avaient pas fait leur boulot de lobbying, à Berne, pour défendre la traversée du lac. Un projet vital pour accorder enfin une ceinture périphérique à Genève. Et qui fait partie, d'ailleurs, du fameux plan directeur cantonal, dont on parle tant. Mais un projet, ça n'est un secret pour personne, torpillé, pour raisons idéologiques, par certains élus de gauche. Le résultat : le Conseil fédéral, avant-hier, n'a pas retenu la traversée du lac dans le réseau des routes nationales. La Confédération, donc, ne paiera pas.

 

Mais revenons à l'insulte. Les mots ne sont jamais gratuits. « Jeune magistrat » : en quoi l'âge joue-t-il un rôle, si ce n'est dans l'inconscient d'un notable ayant blanchi sous le harnais, à l'ombre des cépages ? « Réélu de justesse » : une fois qu'un magistrat est élu, il est élu ; on ne revient  pas sur le détail, ni sur sa place. « Pour s'occuper des poubelles » : oui, M. Cramer, les vraies préoccupations des gens, pendant que les bobos trinquent dans les cocktails du terroir. Et pendant que les notables, ceux qui ont trop blanchi sous trop de harnais, « fatigués de porter leurs misères hautaines » (Heredia), en viennent à oublier leur fonction. Merci, M. Maudet, de vos efforts pour la qualité de vie à Genève. Au-revoir, M. Cramer.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Sept personnages en quête de hauteur

 

Sur le vif - Vendredi 20.01.12 - 16.21h

 

Il n'existe pas, à Genève, de gouvernement. Il existe, aujourd'hui, sept personnes, dont une ou deux de qualité, jetées là pour tenter de faire quelque chose ensemble. Ces sept personnes ne nourrissent guère d'estime les unes pour les autres, ne montrent aucune espèce de solidarité - si ce n'est de façade - lorsque l'une d'entre elles se trouve en difficulté, proviennent d'horizons politiques, idéologiques, culturels profondément différents. Elles se tutoient, certes. Tout le monde se tutoie. Et ce tutoiement ne veut strictement rien dire : il n'est l'indice d'aucune affection, d'aucune vraie proximité, surtout d'aucune fraternité. A Genève, on se tutoie. Et on trinque dans les cocktails. Ça fait partie du jeu. De l'Etiquette. On se tutoie, et on se tue. On tutoie ceux qu'on tue. On les flingue, mais à la deuxième personne. Singulier, non ?

 

Jetées là, par hasard. A l'automne 2009, il n'y a pas eu d'élection, on a juste procédé à un casting. Verrouillé par les listes électorales. On a reconduit les sortants, bien sagement. On a écarté l'emmerdeur. On s'est dit qu'on allait continuer de gouverner entre soi, entre gens de bonne compagnie. Ceux qui n'élèvent jamais la voix, ne trempent jamais leurs guêtres dans la boue, assistent, petit four en main, aux assemblées transfrontalières. Les gentils. La montée du mécontentement, les souffrances des gens, on n'a pas trop voulu les écouter. L'emmerdeur, notamment pendant l'année présidentielle du ministre des Affaires sociales, on l'a traité comme un gueux. Dans l'affaire libyenne, on l'a pris de très haut : on était sur la dune, il était dans la sable brûlant, on fermait les yeux. Le soleil était trop fort. Ce qui n'a pas empêché, tout récemment, qu'on lui pique allègrement l'une de ses idées, de type Julien Clerc, « Ma préférence », en se bouchant le nez s'il s'approchait  pour en revendiquer la paternité.

 

Le vrai problème de Genève, ce ne sont pas les errances nocturnes de M. Muller. Ni les erreurs d'aiguillage de Mme Künzler. Non, le vrai problème, c'est la politique de ces gens-là, l'arrogance de ce ministre-là, et de son double. Les bricolages autour du centre, avec l'active collaboration des Verts, pour obtenir des majorités de fortune. Le mépris pour les Marges. Et le plus fou, c'est qu'on leur reproche, aux Marges, de faire de l'opposition ! Vous n'êtes pas d'accord avec une idée de l'équipe en place (l'Entente, avec l'active collaboration des Verts), on vous traite de destructeur d'institutions. Comme si la démocratie, ça n'était pas justement la mise en opposition des idées, la tension dialectique, et pourquoi pas une bonne engueulade de temps en temps. Mais non : leur démocratie à eux, c'est  être d'accord avec le pouvoir en place aujourd'hui. Il paraît même - j'ai appris ça hier soir - qu'il existe une opposition « constructive » et une opposition « destructrice ». Et qui, je vous prie, définit ce qui est « constructif » ? Ben, la clique au pouvoir, of course ! Elle est pas simple, la vie ?

 

Sept personnes, jetées là. Sept singletons, en aucun cas un ensemble. Chacun, de son côté, fait ce qu'il peut. Et voilà qu'aujourd'hui, face à trois crises n'ayant certes aucun rapport entre elles (police, TPG, errances nocturnes), on nous promet un rafistolage. « Ça va mal, Monsieur, nous le savons, nous en prenons la mesure, mais croyez-moi, tout va changer : nous allons faire des dé-lé-ga-tions". On n'ose pas dire tutelle, on n'ose pas se désavouer en allant jusqu'à la rocade, alors, au sein de l'ensemble à sept éléments, on s'apprête à créer tout un fatras et un fracas de sous-ensembles, avec des intersections, A inter B, A union B, A différence B. Intellectuellement, j'adore, tout comme j'ai adoré les maths modernes. Politiquement, foutaise.

 

Sept personnes, dont une ou deux de qualité. Jetées là. Sans rapport entre elles. Sans la communauté d'une épine dorsale idéologique, ou philosophique. Sept intendants. Sur quelle terre ? Pour quelle politique ? Quelle ambition commune ? Avec quel chef ? Juste le hasard d'un casting d'automne. Putain, encore deux ans !

 

Pascal Décaillet

 

16:21 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

18/01/2012

Routes nationales : le Conseil fédéral se fout de l'Arc lémanique

 

Sur le vif - Mercredi 18.01.12 - 16.24h

 

Un Conseil fédéral peuplé de gentils représentants du Mittelland, sans la moindre sensibilité de l'Arc lémanique (eh oui, hélas, PYM fut recalé), vient de prendre l'ahurissante décision d'exclure la traversée du lac, à Genève, de son message, adopté aujourd'hui, sur le réseau des routes nationales. C'est un grave échec pour Genève, mais aussi pour nos amis vaudois et français, nos compagnons de routes, de tunnels et surtout de bouchons sur un réseau de plus en plus saturé qui eût évidemment exigé que Genève fût doté d'un véritable périphérique. Donc, d'une traversée du lac.

 

A juste titre, les présidents des gouvernements vaudois et genevois, MM Broulis et Unger, protestent vivement, cet après-midi, contre ce scandale. Mais des questions se posent. Que fait notre délégation genevoise à Berne ? Quelle lobbysme ont actionné nos onze du National et nos deux des Etats ? Ce dossier a-t-il suffisamment été mis en œuvre, en synergie, de la part de Genève ? En un mot, notre canton existe-t-il, simplement, à Berne ?

 

Au niveau national, on demeure frappé par le provincialisme du Conseil fédéral, sa méconnaissance totale des axes de communication autour de Genève, de la nécessité de les étendre, de leur donner une cohérence. Ces sept intendants de grasses terres de notre arrière-pays n'ont aucune idée de Genève, qu'ils considèrent au mieux comme un folklorique et lointain Finistère, au pire comme un vaudeville permanent. A leur décharge, il faut bien reconnaître que nous leur offrons, ces temps, sur plateau d'or, de quoi alimenter l'hypothèse no 2.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

16:24 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (14) | |  Imprimer |  Facebook | |

17/01/2012

Faits d'hiver

 

Sur le vif - Mardi 17.01.12 - 16.22h

 

Eh quoi, que voudraient-ils, tous ces puristes ? Ils voudraient des purs ? Des saints ? Mais ils se trompent d'ordre ! Qu'ils entrent en religion. En carmel. Qu'ils se défassent de leurs biens, les donnent aux pauvres, sillonnent le désert dans la foulée du premier prophète. Mais la politique, la fonction exécutive, c'est autre chose. La politique, ça n'est pas la morale. Ni, bien sûr, l'immoralité. Simplement, ce qui fonde l'action politique est d'un autre ordre. Ni celui du mal contre le bien. Ni vraiment celui du bien contre le mal.

 

A quoi devons-nous juger un ministre ? A l'efficacité de son action publique. Oh, à cette aune-là, un Mark Muller aurait assurément des comptes à rendre : on ne peut pas dire que ses dossiers avancent très vite, on attend désespérément le début d'érection de la moindre tour du côté du PAV, on prend acte avec inquiétude de la fronde des communes contre le Plan directeur cantonal. Tout cela, oui, qui est d'ordre public, parlons-en. Mais ce qu'il a fait, ou n'a pas fait, au Moulin à danses dans la nuit du réveillon, ne relève, comme je l'ai écrit ici dès le premier jour, d'aucune espèce d'intérêt public. Il est en conflit juridique avec un barman ? Eh bien que la justice tranche ! C'est une voie de fait parmi des centaines d'autres, à Genève. Un fait d'hiver.

 

Ma position, vous la connaissez. Je n'en changerai pas. Mais je lis les commentaires, un peu partout. Et je vois bien que la majorité de l'opinion publique ne l'entend pas de cette oreille. Et va dans le sens, que je déplore profondément, d'une américanisation de notre vie politique. Pour ma part, je n'en veux à aucun prix. La vie privée des magistrats - comme d'ailleurs, plus généralement, la vie privée des gens - ne doit pas nous intéresser. Un conseiller d'Etat a le droit d'être amoureux de qui il veut, de sortir dans les bars qu'il veut, de faire la fête comme il veut. Et une altercation, un soir de réveillon, avec un barman, ne constitue aucunement, à mes yeux, un cas de démission ou d'impeachment, procédure qui n'existe d'ailleurs pas chez nous.

 

Ce qui me gêne le plus, c'est l'effet de paravent. Avec Muller le castagneur au premier plan, voilà que disparaissent dans une ombre salutaire les carences de Mme Rochat. Qui sont, en termes de fonctionnement républicain - l'autorité élue qui doit s'imposer, anticiper, inventer le langage plutôt que de le suivre - d'un autre danger que les faits d'hiver. Mais peut-être, en cette période où le thermomètre descend, le fait d'hiver échauffe-t-il davantage nos esprits et nos sens. Nous, humains, trop humains. Et la politique, elle, n'est ni humaine, ni morale, ni inhumaine ni immorale : elle est la politique. Et c'est dans sa logique propre qu'elle doit être jugée.

 

Pascal Décaillet

 

16:22 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Imprimer |  Facebook | |

15/01/2012

Mark et les gens qui s'aiment

 

Sur le vif - Dimanche 15.01.12 - 10.19h

 

Ce qui est formidable, dans l'affaire du Moulin à danse, c'est que Mark Muller a la chance d'avoir derrière lui un parti uni. Comme un seul homme. Même les femmes. Je parle ici du parti libéral (je suis comme les Français de mon enfance, je parle encore en anciens francs). Chez ces gens-là, Monsieur, aucun clan. Nulle faction. Nulle chapelle. Nul club, d'aucun jour de la semaine. Nulle rancoeur. Nulle fierté patricienne, même jaunie comme les portraits de famille, pour mépriser le parvenu. Ah, il a vraiment de la chance, Mark Muller, pour affronter les jours qui viennent, tiens disons par exemple mardi. Ah, la Sainte Félicité. Ah, les braves gens!

 

Pascal Décaillet

 

10:19 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

14/01/2012

Il n'y a pas d'affaire Mark Muller

 

Sur le vif - Samedi 14.01.12 - 11.00h

 

Madame Rochat a décidément beaucoup de chance. Non seulement une coagulation de pouvoir allant jusqu'aux Verts la protège (parce qu'il en va, tout simplement, de la survie de cette coalition même). Non seulement les députés de l'Entente (élargie aux Verts), les mêmes qui se montrent les plus féroces, à son égard, en privé, l'épargnent lorsqu'ils s'expriment au grand jour. Mais voilà qu'en ce début d'année, deux autres conseillers d'Etat servent de dérivatif et de diversion à la très mauvaise gestion politique de la police : Madame Künzler, pour cause de TPG, et surtout, depuis hier soir, Mark Muller, catcheur nocturne. Du coup, on parlera beaucoup moins des carences de Madame Rochat. Et l'ordre continuera de régner sur Genève. Quel ordre ? Celui de l'équipe au pouvoir. Élargie aux Verts.

 

Eh bien pour ma part, je refuse de jouer ce jeu. Nous devons juger les politiques, à commencer par les ministres, sur leurs actes publics, en aucun cas sur leur vie privée. Qu'on attaque Mark Muller sur la lenteur de ses dossiers, le plan directeur cantonal, aucun problème. Mais une bagarre, dans une boîte, la nuit du réveillon, cela concerne Mark Muller et le barman. Pas la République. Dans sa vie privée, le conseiller d'Etat a le droit d'aller où il veut, être amoureux de qui il veut, s'échauffer face à qui il veut, s'il estime son honneur - ou celui d'une amie - en cause. Il aura peut-être à en répondre, parce que les bagarres, pas plus que les duels, ne demeurent impunies. Mais même s'il devait être désavoué, cela n'aurait strictement rien à voir avec son activité publique. Il n'y a pas d'affaire Mark Muller.

 

En revanche, il y a bel et bien une affaire Rochat. Oh, sur le plan privé, j'en témoigne, la plus aimable des personnes. Mais, désolé, une ministre qui a échoué. L'autorité de l'Etat, face à la police, ne s'est pas imposée. La communication : catastrophique. Pire : la conseillère d'Etat, publiquement, charge ses subordonnés, à commencer par une cheffe de la police qui fait remarquablement son travail, serre les dents face aux admonestations de sa magistrate, jouit de la confiance de sa base, comme le relève l'excellente enquête de Fabiano Citroni, dans la Tribune de Genève de ce matin.

 

Mais las ! Il faut sauver le soldat Rochat. À tout prix. Pourquoi ? Parce qu'elle est le maillon faible du gouvernement. Au-delà, le maillon faible de la coalition d'intérêts (élargie aux Verts) citée plus haut, entendez l'actuelle majorité de pouvoir à Genève. Celle qui se partage postes et prébendes ! Si ce maillon-là devait céder, c'est cette majorité, au demeurant protéiforme, hasardeuse, sans épine dorsale idéologique, juste là par communauté d'intérêts, qui volerait en éclats. Et c'est exactement pour cela que les députés de cette coalition, oui les mêmes qui pestent dans le privé, se la coincent en public. N'en soyons, simplement, pas dupes.

 

Au fait, je suis si distrait : ai-je songé à rappeler que cette coalition de pouvoir, d'intérêts, de partage des postes, pouvait, de plus en plus, se féliciter de la très étroite collaboration des Verts ?

 

Pascal Décaillet

 

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13/01/2012

Nuits genevoises : la vie qui va

 

Sur le vif - Vendredi 13.01.12 - 18.41h

 

Bon, c'est fait, nous y sommes. Rome n'est plus dans Rome, et la Rome protestante, alors là, je vous raconte pas ! Réveillon, nuit magique, femme fatale, ministre au cœur de braise, barman grincheux, rose au poing, pluie d'étoiles : la vie qui va. Et l'année passe ! Sur la pointe des pieds. L'air de rien.

 

J'ai toujours aimé les bagarres de bar, oh pas en vrai, juste en littérature, chez Genet, par exemple, Querelle de Brest. Mais c'est entre hommes. Chez Koltès, encore plus, Quai Ouest, quand la profondeur d'une litanie vient arracher les cicatrices des personnages, ici un père, là un fils, entre eux la noirceur d'une malédiction : la vie qui va. Oui, j'aime la violence des hommes, pas la physique, pas celle du sang, ni des ecchymoses, non, juste celle de leur solitude. Ton ange gardien, dans la nuit bleue du réveillon. Et le barman, y'a des moments où il ferait mieux de pas trop venir te chercher.

 

Alors voilà, charivari. Le poing ministériel entre en action. Nuit magique, poing final, la vie qui va. Et la plus haute tour qui s'écroule. Et les chiens, déjà, qui hurlent. Les mêmes qui protègent une ministre trop faible, hurleront, oui, sur cette affaire purement privée. Ils hurleront. Moi pas. Je retourne à Koltès.

 

Pascal Décaillet

 

 

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