18/02/2012

Ouvrez votre blog ! Ecrivez ! Publiez !

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Samedi 18.02.12



J'ai commencé le journalisme par de premières piges, au Journal de Genève, à l'automne 1976. Dans ce même journal, quelques années plus tard, j'ai accompli mon stage pour devenir professionnel, en rubrique nationale. Par tournus, jusqu'à une heure du matin, voire plus tard, j'ai assumé la responsabilité d'édition : nous restions au journal jusqu'à ce que nous puissions toucher, humer, les exemplaires qui sortaient tout chauds d'une rotative se trouvant au rez-de-chaussée de notre propre rédaction, rue du Général-Dufour ! Et puis, avec les typographes, nous allions boire une bière à l'Inter, le seul bistrot encore ouvert.

Ça n'était juste plus le plomb (que j'ai connu au début), mais enfin c'était quelque chose d'incroyablement fort, familial, artisanal. Cela sentait l'encre, le papier, nous communiquions nos textes à la mise ou à la saisie par pneumatiques ! Et tous, journalistes, typographes, opérateurs de saisie, rotativistes, employés d'expédition, je crois que nous étions heureux. Nous tirions à la même corde, avec en point de mire un seul produit : le journal. J'aimais aussi les dimanches après-midi, lorsque nous n'étions que trois ou quatre en rédaction. Et nous sortions un journal ! C'est dire mon émotion lorsque, le 28 février 1998 (j'étais entre-temps passé à la RSR), je suis retourné rue du Général-Dufour, dans ce bureau qui avait été celui de René Payot, pour une émission spéciale, en direct avec toute l'équipe chargée de fabriquer le dernier numéro d'une immense aventure, qui avait commencé avec James Fazy en 1826.

Trente ans après, face à mon blog, je me retrouve à exercer seul tous les métiers à la fois de cette époque-là : je rédige mes commentaires, je les titre, je les illustre, je détermine la graisse et le corps du caractère, je publie, et j'assure même le courrier des lecteurs, puisque je viens de publier, à l'instant, mon neuf-millième commentaire depuis octobre 2007 ! Et ce rôle d'homme-orchestre, nous tous pouvons le tenir, c'est très facile, il suffit d'avoir des choses à dire, aimer écrire, mettre en page, réagir à vif à l'actualité. Oui, publier est aujourd'hui à la portée de tous. Pourquoi s'en plaindre ? Sur le principe, je trouve cela plutôt extraordinaire, démocratique, de nature à revaloriser le goût de l'écriture, de la chronique, du journal intime. Sans papier, certes. Mais le papier est-il un but en soi ?

Dans mon métier de journaliste indépendant, j'ai la chance de travailler pour tous les supports : presse écrite, radio, télévision, internet. Mais ce moment d'intimité du blog, cette solitude éditoriale, trouver des dizaines de milliers de « visiteurs » au rendez-vous, m'apportent un rare bonheur. Si vous êtes hésitant, vous qui me lisez, franchissez le pas : créez votre blog. Ecrivez. Publiez. Conquise de haute lutte par les combats de nos ancêtres, la liberté d'expression est garantie en Suisse. Et elle ne s'use, c'est bien connu, que lorsque les citoyens ne s'en servent pas.



Pascal Décaillet

 

11:50 Publié dans Chroniques éditoriales Nouvelliste | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

A chacun son métier... merci pour les encouragements. Il y a tant à dire, tant à écrire et tant à lire... et il manque tant de temps qu'on n'arrive plus à le prendre !

Écrit par : J-F Girardet | 18/02/2012

Je suis plus mitigé sur la question de la liberté d'expression... Elle est relative, ne pensez-vous pas ? Nous ne pouvons pas dire tout et n'importe quoi, il y a des réglementations. Pour ma part, je me sens très libre car je ne ressens nullement le besoin de m'exprimer au-delà des limites de cette liberté, mais il y a par exemple le cas du négationnisme qui est proscrit par l'État. Je précise : j'y suis opposé idéologiquement, mais ça constitue néanmoins une atteinte à cette liberté d'expression. Il y a effectivement des propos qui peuvent choquer, voire blesser. Mais rien n'empêche de les "combattre", sans pour autant les censurer.

« Si l'on ne croit pas à la liberté d'expression pour les gens qu'on méprise, on n'y croit pas du tout. » Noam Chomsky

Écrit par : Grégoire | 18/02/2012

J'ai le souvenir qu'enfant on voyait les journaux tournés en l'air rue de la Synagogue....pour un journal nommé.....je ne sais plus....ca sentais l'encre comme lorsqu'on recevait nos épreuves au cycle et qu'on sniffait les feuilles avant de répondre....Toute une époque....

Écrit par : MarieLaure | 18/02/2012

Moi aussi je suis sceptique par rapport à cette prétendue liberté d’expression, en Suisse en apparence elle est bien là mais elle comporte certains effets pervers dont il faut se méfier.

Entre le politiquement incorrect, les diffamations, les sorties de contexte de la moindre opinion personnelle et les outils dissimulés de contrôle de masses et d’étiquetage, tout ça devient assez démotivant pour un citoyen lambda.

Mais c’est vrai que dans un blog il y a le plaisir de la publication immédiate, de la mise en page personnalisée, du choix des illustrations, du constat du nombre de visites et des échanges avec ses commentateurs mais on n’est pas vraiment libre dans ses propos, loin de là.

C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai fermé mon blog de la Tribune de Genève, il y a une nouvelle forme de censure sous prétexte de l’anonymat, hors si l’on suit les tendances actuelles sur le Web, n’anonymat deviendra le seul moyen (je répète pour le citoyen lambda) de se protéger efficacement contre les dérives de la surveillance à des fins de profilage sauvage de la part des Etats.

Écrit par : Barbie Dark Side Forever | 18/02/2012

Quelques questions quand même.

Qu'en est-il de la qualité de ce qui se publie sur le support électronique ?

Et que faire avec tous ces gens masqués, même quand ce n'est pas Carnaval ?

Qui archivera le bon grain ?

Quel que soit le support, il y a toujours hélas des avantages et des inconvénients.

Écrit par : Zufferey de Cratogne | 18/02/2012

Albert Camus disait : « Un pays vaut ce que vaut sa presse »…
J’ose paraphraser Camus en disant : Un blog vaut ce que vaut son hébergeur…

C’est aussi valable pour les blogs indépendants ou non d’un journal comme la TdG ou autres types de supports médiatiques. La liberté d’expression est une question fondamentale de la démocratie, et si nous voulons défendre la démocratie, battons-nous activement pour que la presse n’hésite pas à informer clairement et honnêtement, et pas seulement à communiquer ce que les groupes de pressions quels qu’ils soient, veulent nous faire entendre.

Blogueuses et blogueurs ne tombez pas dans l’obscurantisme et la sournoiserie. Laissez cela aux « grands médias », aux groupes de presse tels qu’entre autres : Edipress-Épurée…

Bravo Barbie Dark Side Forever pour votre intervention !

Grippons les ciseaux d’Anastasie !!!
http://fr.wikipedia.org/wiki/Anastasie

Benoît Marquis

Écrit par : Benoît Marquis | 19/02/2012

nous sommes deux bonnes femmes plus toutes jeunes,une a son propre blog inscrit au patrimoine communal de la bétise socioécoloverdiste /rire/sous bonne garde de photos et cartes ancestrales d'anciens de la Mob et l'autre raconte les évènements du passé.
De la même génération d'un commun accord et grâce aussi à l'Armée qui a su nous discipliner et ne jamais garder pour soi ce qui peut et surtout doit rendre service à d'autres,nous écrivons et surtout nous rions afin d'offrir à notre plexus solaire ce qu'aucun panneau solaire même le plus perfectionné ne pourra jamais offrir.Un cadeau universel non inscrit au registre des médicaments,le rire! que nous complétons il va de soi grâce aux nombreux coups de téléphones,l'un n'allant jamais sans l'autre
Car après coup nous avons cherché quelle était cette fameuse arme de guerre aux mains propres,c'est la Solitude dirait l'ami Grock car vivre sans l'écho d'une voix humaine,impossible pour les anciennes générations,y'a rien de plus mortel.
Vous direz y'a la TV,y'a la Radio,merci pour entendre toujours les mêmes feuilletons , de meurtres à l'envi,autant écouter Radio Eviva et ses musiques populaires ,et Vive la Perce Oreille , Swiss Army etc
Mais les écoles d'aujourd'hui arrivent -elles encore à donner le gout de la rédaction? On a le souvenir des fameuses compositions du lundi et ce dès la 2me primaire afin d'obtenir de façons déguisées des renseignements sur la vie de famille,z'étaient malins les anciens on reste dans le doute pour ceux de demain
Sans doute allez vous rajouter,oui mais y'a la web cam ,hé bien comme on dit chez nous c'est pas parceque d'autres le font qu'on est obligé de les imiter ,avec ce moyen sûr que Knie et le Zoo de Bale ont une panoplie d'animaux à deux pattes qui remplaceront les autres au cas ou l'arche de noé perdue dans son nombrilisme Genevois les aurait tous fait mourir à trop vouloir les sauver.
Quitte à laisser mourir seuls et seulement découverts après avoir été momifiés par le temps des citoyens et yennes Suisses,vous remarquerez que le Con a disparu mais peut-êtrre est-ce cela qui perd nos semblables à être traités de façon aussi dédaigneuses beaucoup ont fini par s'en convaincre peut-être,tandis que d'autres auront profiter de leur état d'âme consécutif à cet abject adjectif pour mieux les manger dirait ma grand-maman
toute belle journée pour Vous

Écrit par : lovsmeralda | 19/02/2012

Liberté d'expression. Mot très galvaudé de nos jours. Pour m'en convaincre, je relis de temps en temps "Desproges en petits morceaux" et pour tester la censure, je vous fais cadeau de cette citation qui n'égaiera probablement par le propriétaire de ce blog. Pas la moitié de ce que contient ce bouquin serait publié ce jour.

"Talleyrand, qui savait nager sur le dos et ramper sur le ventre comme personne, qui trahissait à Versailles comme on pète à Passy, c'est-à-dire sans bruit, a vécu tellement courbé qu'on a pu l'enterrer dans un carton à chapeau".

Écrit par : piller | 19/02/2012

Bravo à vous, self-made man !
Je vous apprécie et ce, depuis longtemps.

Écrit par : Victor Winteregg | 20/02/2012

"Ouvrez votre blog!" Je ne vous ai pas attendu. Et l'affaire roule chez moi, depuis près de quatre ans, à l'enseigne de Fattorius...

Écrit par : DF | 22/02/2012

Les commentaires sont fermés.