21/02/2012

Morale et politique : des sœurs ennemies ?

 

J'inaugure ici une série d'entretiens avec le jeune écrivain Grégoire Barbey - Bonne lecture! - Mardi 21.02.12 - 17.16h

 

GB - Pourquoi pensez-vous qu'un élu du Peuple, dans une démocratie telle que la nôtre - qui a ses grandeurs comme ses faiblesses - ait droit de prétendre au luxe de ne point divulguer ses actes dans une affaire juridique qui somme toute appartient désormais à l'ensemble de la population ? N'avez-vous donc pas d'égard pour l'éthique ?



PaD - Un élu du peuple répond de ses actes publics. Mark Muller doit rendre des comptes sur son bilan politique, assurément loin d'être parfait, d'ailleurs ! L'affaire du réveillon est d'ordre privé. Seriez-vous à ce point acharné à vouloir sa perte, s'il était un élu de gauche ? Ou du centre ? Tiens, un gentil Vert. Ou un gentil PDC. Votre hargne ne serait-elle pas - allez, au moins un peu  - de l'ordre d'une vengeance de classe ?

 

GB - Nullement, mais vous faites bien de le demander ! Qu'une telle affaire soit à gauche, au centre ou à droite n'a guère d'importance. Néanmoins, j'étais sûr que vous invoqueriez la notion de « privé ». Définissez-la moi ! Soyons clairs, ce monsieur a des responsabilités, et le MàD n'est pas un lieu où le privé peut faire office de barrage face aux débauches d'un politicien quel qu'il soit !

 

PaD - Débauche ! Vous voilà glissant sur le terrain de la morale. La vie sentimentale, voire charnelle, d'un politicien ne m'intéresse pas. J'attends de lui qu'il soit un bon politicien, dans le sens de la Cité, l'intérêt public. Pas qu'il soit un saint. Ni un eunuque. Qu'il dérape dans un bar, un soir de réveillon, ne m'enchante certes pas. Mais n'est pas, à mes yeux, une cause de démission.

 

GB - Eh quoi ! Devons-nous faire abstraction de la morale en politique ? Ce n'est pas de ses rapports sentimentaux ou charnels dont il est question, mais de son comportement violent et de ses mensonges sciemment proférés pour protéger ses intérêts ! N'a-t-il pas lui-même avoué avoir triché sur ses allégations ? Oui, cela mérite une démission, et vite !

 

PaD - Âme sensible, je vous choque, désolé : oui, il est possible qu'il faille faire un peu abstraction de la morale en politique. La politique est une chose. La morale, une autre. Que l'une et l'autre se nourrissent, s'interpellent. Mais la politique, ça n'est pas la morale. Ni l'immoralité, bien sûr. Elle est d'un autre ordre, d'un autre horizon d'attente. Machiavel, dans Le Prince, a écrit de fort belles pages sur ce sujet.

 

GB - Machiavel est d'une autre époque ! En démocratie, il ne faut pas se considérer comme un Prince, bien que cette dérive soit commune à quelques-uns. Non, l'éthique et la politique ne sont pas dissociables. L'une et l'autre sont nécessaires. Le Peuple est en droit, et a même le devoir de demander des comptes à ses élus. Diantre, ne faudrait-il pas pouvoir les révoquer en cas de dérives ? Allons !

 

PaD - L'addition présentée par le peuple aux élus, c'est tous les quatre ans : cela s'appelle les élections. Révocation en cours de mandat ? N'existe pas, pour l'heure, dans notre ordre juridique. Ce qui m'inquiète, c'est votre mot : « dérives ». Nous revoilà dans le jugement moral ! La pire dérive, pour un magistrat, c'est de faire une mauvaise politique. Le reste ne m'intéresse guère.

 

GB - Je suis un citoyen, et en tant que tel, je donne mon avis. Pour moi, cette affaire rentre clairement dans le cadre d'une dérive. Un politicien a des responsabilités envers son électorat. Il n'a pas le droit de se comporter à son aise. Il représente le Peuple, et doit agir en tant que tel. La révocation devrait être une option, la démocratie n'en serait que grandie !

 

PaD - L'éthique protestante - éminemment respectable - va dans votre sens. Elle a beaucoup influencé, en 450 ans, la notion qu'on se fait à Genève d'un « magistrat ». Pour ma part, je suis indifférent à la vie privée. Mais très exigeant sur la performance politique ! A cet égard, il me semble qu'on pourrait porter une certaine sévérité à certaine collègue libérale de M. Muller, responsable de la police. Mais c'est une autre histoire !

 

GB + PaD

 

17:16 Publié dans Dialogues grégoriens | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Si MM était un employé lambda et anonyme, quel que soit son poste à responsabilité dans le privé ou dans le public, cette affaire serait restée ce qu'elle aurait du être: strictement privée. Il aurait été jugé et condamné à une amende si sa culpabilité avait été prouvée, ou se serait arrangé avec le barman, ou l'affaire aurait été classée, mais en aucun cas il n'aurait eu à démissionner. Ni probablement à mentir. Parce que son patron n'aurait probablement jamais été mis au courant.
Si MM fait mal son boulot, il doit être viré au terme de son mandat. Par les électeurs. Mais il n'y a pas de raison qu'il soit traité différemment de tout un chacun en dehors de cette échéance là. Et là son statut ne l'a pas du tout protégé, mais au contraire enfoncé. Ce n'est pas égalitaire.

Écrit par : Libres et égaux | 21/02/2012

"Mais la politique, ça n'est pas la morale. Ni l'immoralité, bien sûr. Elle est d'un autre ordre, d'un autre horizon d'attente."

J'aimerais vraiment, je vous l'assure, comprendre ces propos là.

Ainsi en politique, dont des hommes doivent faire appliquer, voter, créer des lois, ceux-ci seraient donc en droit eux-même de ne pas les respecter ? Il n'y aurait donc pas d'étique en politique ?

Expliquez-nous donc qu'est-ce que la politique dans ce cas. Quelles sont donc l'ordre, l'horizon d'attente dans ce cas que vous estimez que le peuple est en droit d'attendre d'un politique.

Écrit par : Fabien Wulff-Georges | 21/02/2012

A ma connaissance, un politicien est amené à faire appliquer, voter, établir des lois et donc certains codes étiques et ainsi "moraux" de société.

Ainsi, pourquoi donc aurait-il le droit de s'en soustraire ?

(en espérant qu'écrit ainsi, vous aurez la courtoisie, l'ouverture d'esprit d'accepter de publier ce commentaire et dans l'idéal : d'y répondre afin que nous comprenions pleinement votre raisonnement, merci).

Écrit par : Fabien Wulff-Georges | 21/02/2012

Intéressant débat avec un jeune plein de talent. Je suis personnellement toujours étonné, d'un côté par votre défense du comportement de M. Mark Muller et de l'autre par les petites piques que vous lui assénez à tout moment et non sans humour d'ailleurs, soit par écrit soit dans vos émissions...

Écrit par : A. Piller | 21/02/2012

dommage que le problème du conflit d'intérêt liant le MàD et M. Muller n'ait pas été évoqué. Cette bagarre et cette histoire de toilettes, n'est qu'un écran de fumée habilement orchestré pour faire oublier l'essentiel.

Je crois aux faits .. Cette salariée du MAD a démissionné immédiatement et le dossier a été retiré par le Conseil d'Etat à Mark Muller dès qu'ils ont eu connaissance de la plainte

Merci quand-même pour cet échange instructif bien qu'un peu bref

Écrit par : Juan Carlos Hernandez | 22/02/2012

L'exercice n'est pas réussi. Il ressemble trop à un exercice de style. Le ton est de part et d'autre plein d'onction, empesé. Un entretien de bistrot qui aurait mis ses habits du dimanche. Quelque chose me fait penser aux Précieuses ridicules. C'est peut-être l'évocation de grandes idées (l'homme public, la sphère privée, le peuple, la politique, la morale), de grandes figures (Machiavel), et ce soin excessif dans la formulation, alors que les faits reprochés à M. Muller ne sont pas même arrêtés au départ.

On vise au classicisme dans la forme du dialogue, mais on n'en applique pas les règles de fond. Ponere causam. C'est le début. Toujours. Depuis Platon. C'est parce que l'on n'a pas délimité l'objet du dialogue qu'en dépit d'un language qui se veut recherché, le dialogue lui-même, par son contenu, ressemble à une discussion entre deux poivrots: chacun parle de son côté. Le jugement est sévère. La déception aussi, à la lecture de ce billet qui aurait pu être bien meilleur.

Sans être versée dans la technique juridique, la population a bien compris qu'on delà du caractère "léger" du magistrat qui n'a rien d'autre à faire, un soir de réveillon, que d'aller s'encanailler dans une boîte de nuit, il y a un problème dans la manière dont ce magistrat s'est défendu. Mentir est une chose, mais déposer - par opportunisme - une plainte pénale contre un innocent (en pensant vraisemblablement que le parquet allait classer, si chacun des protagonistes déposait une plainte), cela relève du code pénal et, contrairement aux voies de fait, c'est poursuivi d'office et échappe ainsi à la dychotomie "privé/public". Le parquet ne poursuivra pas, les choses étant ce qu'elles sont. Mais la gravité de ce comportement demeure et elle n'a pas échappé à la population.
M. Muller devrait démissionner:
- au nom de Moïse, parce qu'il a déposé une dénonciation calomnieuse contre la personne qu'il a agressée - c'est un motif juridique et moral (l'interdiction de porter de faux témoignages est même l'un des 10 commandements), et
- au nom de Machiavel, parce que ce petit épisode a démontré son absence totale d'habileté à se dépêtrer de cette affaire qui, à l'origine, n'avait rien de bien grave - je tirerais de ce manque d'habileté une raison politique de demander sa démission.

Écrit par : Michael Kohlhaas | 22/02/2012

Mark Müller est un REPRESENTANT du peuple genevois, qui n'a pas forcément envie de se voir donner cette image de voyou au monde entier. Puisqu'il est entendu que Genève, malgré le fait qu'elle est dirigée par une bande de sub-incompétents qui n'auraient pas le niveau pour être chef de rayon à la Coop, se veut une importance internationale.

Écrit par : Géo | 22/02/2012

Quelques questions posées ici pour votre débat:

http://voix.blog.tdg.ch/

Merci de votre attention et bien à vous,

Hélène Richard-Favre

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 22/02/2012

Ce que je ne comprends pas très bien, Pascal Décaillet, c'est que vous défendiez si vigoureusement M. Mark Müller, que personne ne regretterait comme une grande perte pour Genève s'il se retirait, alors que vous avez applaudi Blocher quand il a attaqué Hildebrand pour un acte de placement familial qui n'était même pas pénal, ni anti-réglementaire, alors que c'est une grande perte pour la Suisse. Ce n'était pas moral, ça?
Parfois, je me pose la question de la proportion dans vos combats, toujours plaisants à lire cependant.

Écrit par : Amélie Roche | 22/02/2012

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