29/02/2012

Trop de pouvoirs pour un seul homme

 

Sur le vif - Mercredi 29.02.12 - 16.48h

 

Puisque personne, parmi mes confrères, ne le dira, les chapes de plomb étant à Genève ce qu'elles sont, je me lance : oui, bien sûr qu'un homme, désormais, au sein du Conseil d'Etat genevois, va tenir en ses mains, pour de longs mois, beaucoup trop de pouvoir. Et cet homme, c'est l'actuel ministre des Affaires sociales, le magistrat radical du gouvernement.

 

Il était clair, dès ce matin 05.09h, pour qui sait lire entre les lignes, que ce ministre-là allait, tout en gardant l'ensemble de ses prérogatives actuelles, assumer l'héritage de Mark Muller. Officiellement, pour quelques mois. Mais pourquoi pas pour bien davantage ? Ce qui gêne, c'est l'incroyable concentration de pouvoir, jusqu'à l'été, dans les mains d'un seul homme : la Solidarité, l'Emploi, Palexpo (où tous les pions ont soigneusement été placés), l'Aéroport, les Constructions, les Technologies de l'Information, le Plan directeur cantonal. Sans compter la tutelle, avec Charles Beer, de Madame Rochat ! C'est trop, beaucoup trop. Du jamais vu, dans l'Histoire récente de Genève.

 

Comment Pierre-François Unger a-t-il pu laisser glisser tant de prérogatives, auxquelles s'ajoutent les pouvoirs de nommer, révoquer, copiner, dans le giron d'un seul de ses cinq collègues restants ? C'est ahurissant, inexplicable. Que va faire, pendant ce temps, Madame Künzler ? Observer les castors ? Déséquilibre !

 

On sait maintenant qui va être le véritable homme fort du Conseil d'Etat. Déjà que l'homme n'a pas son pareil pour placer les siens, maîtriser les réseaux, tout contrôler. Il y aura désormais l'aimable PDC qui coupe les rubans, et le redoutable ancien secrétaire général de Guy-Olivier Segond, à qui rien n'échappe. Parce que tout son système repose sur le contrôle. Et pour l'épauler, un homme de l'ombre qui a, en plus, la haute main sur la répartition des bénéfices de la Loterie romande.

 

Trop de pouvoirs pour un seul homme. Sans parler de la quasi-totalité de la presse couchée devant lui. Le début d'une dérive.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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Le Bureau des Affaires courantes

 

Sur le vif - Mercredi 29.02.12 - 14.44h

 

Ils sont si distraits, les gens du Bureau! Cet aimable septuor (un membre par parti) chargé de distribuer sanctions et bonnets d'âne, au Grand Conseil, vient de reconvoquer les siens pour une séance demain 14.30h. Objet: encore et toujours l'affaire du verre d'eau! Il avait été notifié, hier, à M. Stauffer qu'il ne pourrait plus, pendant cinq mois, assister aux commissions dont il est membre. Donc, spécifie son chef de groupe, Roger Golay, il participera, comme remplaçant, à toutes les commissions... dont il n'est pas membre!

 

Pour trouver une issue à cette délicieuse casuistique, le Bureau a donc reçu mandat, aujourd'hui 12.22h, de se réunir à nouveau demain!

 

Si le Bureau a besoin d'une aspirine, je connais quelqu'un qui pourra aisément lui fournir un verre d'eau.

 

Pascal Décaillet

 

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Avez-vous déjà caressé un Mammouth dans le sens du poil ?

 

Sur le vif - Mercredi 29.02.12 - 10.01h

 

Incroyable auto-complaisance du Mammouth, dans l'émission Médialogues. Entre Jean-Jacques Roth, Surintendant de l'irréel, François Cherix, Ventilateur, et Nicolas Dufour, Chantre, qui ose parler des télévisions et radios privées sans rien connaître de leur combat. Aucune contradiction. Consensus gluant. Aucun représentant de l'audiovisuel régional privé. Foncez sur l'archive, dès qu'elle sera disponible. Je reviendrai sous peu sur ce scandale.

 

Pascal Décaillet

 

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28/02/2012

Le Bureau des Poids et Mesures

 

Sur le vif - Mardi 28.02.12 - 16.48h

 

Un simple blâme pour Pierre Weiss, cinq mois d'exclusion des commissions pour Eric Stauffer. La disproportion est énorme. Flagrante. Par le déséquilibre de cette sanction, le Bureau du Grand Conseil ne veut voir que les effets, ignore les causes. Tout au moins, les atténue exagérément. Il s'offusque de l'impolitesse d'un geste, mais sous-estime la violence verbale - et totalement déplacée dans le contexte du débat - de la provocation. C'est son droit.

 

Le nôtre, c'est de décrypter la portée politique de la décision. Et de poser, tout de même, une question que certaines lèvres commencent à articuler : pourquoi Pierre Weiss a-t-il aussi violemment attaqué Eric Stauffer, vendredi soir, à deux jours et demi de la démission de Mark Muller ? Pour le faire craquer ? C'est réussi, bravo ! Pour discréditer un sérieux candidat à la complémentaire ? La réussite, devant l'opinion publique et surtout le peuple, reste à prouver.

 

Le monde parlementaire est bien petit. Entre roitelets, on aime à s'y congratuler mutuellement, dans l'horizontalité des réseaux interpartis. On y copine. On y coquine. On s'y félicite les uns et les autres. Entre soi, on y vit. Dehors, il existe un monde plus vaste. Le jour venu, il se fera entendre.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Crime ou Châtiment ?

 

Mardi 28.02.12 - 08.36h

 

Je n'ai jamais été adepte de ces romans russes avec des dizaines de noms propres. Je n'en proposerai donc qu'un seul, ce matin: Manuel Tornare.

 

Pascal Décaillet

 

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27/02/2012

Nausée

 

Sur le vif - Lundi 27.02.12 - 15.43h

 

Désolé si je jette un froid dans le chœur des charognards (dont les pires sont encore ceux qui dénoncent les autres charognards), mais cet homme n'avait pas à démissionner. Il ne l'a fait que parce qu'il était à bout. Cerné, harcelé. Par la meute. A sa place, je veux dire pareillement acculé, trahi jusques aux siens, et d'abord par les siens, qu'aurions-nous fait, tous ? La même chose : jeté l'éponge !

 

Ceux qui ont eu sa peau n'ont pas à être fiers. Ils n'ont fait que surajouter leurs hurlements aux autres de la meute. Les uns, tellement lisibles, voulant sa place. Les autres, trahissant. La majorité du Conseil d'Etat, basculant. Son président exigeant la production d'un document confidentiel, ce qu'à très juste titre, Maître Bonnant condamne, dans une lettre au Bâtonnier.

 

En aucun cas, l'affaire du Réveillon ne méritait une telle issue. On s'est, pendant deux mois, acharné sur un homme. On l'a brandi en épouvantail de la République, alors que la blessure, dans la relation de confiance entre les citoyens et leurs autorités, est tellement plus profonde. Ce gouvernement est l'un des moins bons depuis la guerre. On y vivote ensemble, sans la moindre estime mutuelle. On y survit sans objectif commun. On a juste été jetés là, par d'improbables alliances de dupes, à l'automne 2009. Dans toute autre République du monde, une telle déliquescence ne se solderait pas par la démission d'un ministre, mais des sept.

 

Mon dernier mot sera pour Monsieur Muller. Cet homme est en train de vivre des moments extraordinairement difficiles. Il n'a nullement mérité de devoir se projeter, en pleine législature, hors d'un gouvernement où il a, en novembre 2009, fort bien été réélu. Je le lui conserve mon respect, lui souhaite bonne chance pour la suite, et me réjouis de pouvoir, à l'avenir, lorsque nos chemins se croiseront, le regarder dans les yeux.

 

Pascal Décaillet

 

 

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25/02/2012

Merci aux élus qui se mouillent !

 

Sur le vif - Samedi 25.02.12 - 19.35h

 

La scène d'hier soir, au Grand Conseil, nous vaut depuis quelques heures une grêle de commentaires. De qui ? Des parlementaires eux-mêmes ! De gauche, de droite, sur les blogs, les réseaux sociaux, les députés genevois reviennent à n'en plus finir sur le spectacle... qu'ils ont eux-mêmes donné ! Les deux acteurs principaux, les seconds rôles, les faire-valoir, les figurants, oui tous, les secs et les humides, s'érigent en critiques de leur propre comédie. Hurlent à la démission. Donnent des leçons de morale. Comme s'ils étaient totalement externes à la pièce. Imagine-t-on une critique de théâtre, au lendemain de la première, rédigée par l'équipe des comédiens, elle-même ?

 

S'exprimer est évidemment leur droit le plus strict. Le nôtre, à tous. Mais nos élus devraient s'interroger sur cette tendance, croissante ces dernières années, à devenir parfois davantage spectateurs de leur propre (parcelle de) pouvoir qu'acteurs. Nous, citoyens, pourquoi les avons-nous élus ? Pour qu'ils travaillent ! Pour qu'ils fassent de la politique. De gauche, de droite, du centre, tout ce qu'ils voudront, mais qu'ils AGISSENT. Dans l'intérêt supérieur de la République. A noter d'ailleurs que les deux antagonistes d'hier, MM Weiss et Stauffer, font précisément partie des députés les plus actifs, ceux qui s'engagent, allez disons même, pour détendre un peu l'atmosphère, « ceux qui se mouillent ».

 

Oui, ceux qui devraient n'être qu'acteurs passent, de plus en plus, une bonne partie de leur temps à... commenter la politique ! Blogs, réseaux sociaux, ils dissertent au lieu d'agir. Ils sont même de plus en plus nombreux, grâce aux miracles de la technique, à commenter tout en siégeant : ils commentent, en direct, les plénums, et ils commentent même parfois les commissions ! Ils veulent faire le texte et l'apparat critique, le titre, les illustrations, la mise en page. Ils veulent tout faire, eux-mêmes.

 

Cette tendance a commencé il y a quelques années. Avec les blogs. A lire certains élus, éminents, parfois d'ailleurs d'une plume alerte, on se prend à entrer dans le monde du chroniqueur, en oubliant qu'il est acteur. Et que le plus clair de son temps, il devrait plutôt le passer à inventer des solutions pour le bien commun, rédiger des projets de loi (ce que font MM Weiss et Stauffer), plutôt que se répandre à longueur de journée sur la toile. Certains d'entre eux rêveraient d'un monde où ils feraient tout eux-mêmes : ils prendraient les décisions politiques, les commenteraient eux-mêmes, pourquoi se pourrir la vie avec des médiateurs, des décrypteurs, des éditorialistes ?

 

A noter que nos deux bretteurs d'hier sont loin d'appartenir à cette catégorie du politicien commentateur de son propre champ d'action. L'un et l'autre, qu'on les aime ou non, qu'on partage ou non leurs idées, sont d'authentiques bosseurs ! Des combattants, courageux. Ça n'était pas, hier, une altercation entre deux médiocres, mais entre deux bons. Ils se sont engueulés ? Et alors ! Bien sûr, M. Stauffer a eu un geste de trop, c'est très clair, mais enfin, j'invite tout de même les gens à aller écouter les propos totalement déplacés, à ce moment du débat, de M. Weiss. Et je regrette que ce dernier ait pu les tenir aussi longtemps sans être remis à l'ordre par le président.

 

Un incident, donc. Comme il y en a dans tous les parlements du monde. Il n'est écrit nulle part que les élus doivent se comporter en bourgeois de salon. Quand un débat charrie un antagonisme aussi puissant que la question du CEVA et des Français qui tardent à payer, on peut s'attendre à ce que le ton monte. Eh bien, il est monté !

 

La suite ? Le parlement a un règlement, il est dirigé par un Bureau, qui prendra les décisions qu'il juge nécessaires. Lui seul est souverain. Lui, et non l'opinion publique. Puisse ce Bureau ne pas omettre de considérer l'aspect offensant - voire diffamatoire - et surtout totalement déplacé des propos qui ont mis le feu aux poudres. Parce que ne considérer que l'affaire aquatique, sans prendre en compte la violence de la provocation qui l'avait précédée, ne serait, tout simplement, pas juste.

 

J'invite mes confrères journalistes, éditorialistes, chroniqueurs, enfin ceux qui ont pour métier de décrypter, à se mouiller un peu sur cette affaire, comme je viens de le faire. Je me réjouis de les lire. Et les cent parlementaires de la République, j'aimerais les voir beaucoup plus travailler sur leurs projets que bavarder à longueur de journées, s'épancher dans les réseaux, spectateurs de leur propre action. Ou inaction. Bosser, oui ! Comme le font, avec ardeur, depuis des années, chacun à a manière, les deux très bons députés, l'un et l'autre habités par le démon politique, que sont MM Weiss et Stauffer.

 

Pascal Décaillet

 

 

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24/02/2012

Genève : l'Entre-Deux-Mondes

 

Sur le vif - Vendredi 24.02.12 - 18.52h

 

Quelques siècles après d'autres, mais tout de même, la Tribune de Genève se rend compte ce matin que le Conseil d'Etat 2009-2013 est une catastrophe. Sept personnages en quête de hauteur, avions-nous titré ici, sept individus jetés là, à l'automne 2009, sans le moindre rapport entre eux, sans idéologie commune, sans programme de gouvernement, le Discours de Saint-Pierre n'étant, tous les quatre ans, que le faire-valoir de l'un parmi les sept, écharpe blanche, ombre des Macchabées, heure de gloire.

 

Dans ces sept, un homme de grande valeur, David Hiler. Certains plutôt bons, d'autres moins, peu importe : il n'y a pas de septuor ! Il n'y a que l'addition de sept unités. Pas de chef permanent. Pas de ligne. Pas de dynamique commune. On gère, çà et là. On additionne les décisions, protocolées, une fois par semaine, dans un document ahurissant, juste énumératif, sans vision ni hiérarchie. J'ai lu intégralement, hier matin, le rapport de gestion 2011 du Grand Conseil, bien plus intéressant, lui, que ces catalogues de vaisseaux de l'exécutif.

 

Tout cela, dans la campagne de 2009, nous l'avions dit. Car ce qui arrive aujourd'hui était prévisible. Erreurs de casting chez les libéraux et les socialistes : bien sûr que MM Jornot et Tornare eussent dû en être. Erreurs de découpage dans la répartition des Départements : en quoi la ministre de la Police doit-elle s'occuper d'environnement, ou celui des Affaires sociales, de l'Aéroport ? On a coupé à la hache, humilié certains, satisfait les dadas d'enfance des autres : qui d'entre nous, dans les années soixante, n'est pas allé avec son père, un dimanche après-midi, regarder s'envoler les avions, à Cointrin ?

 

Alors oui, le Conseil d'Etat se regarde voler. Ou planer. Ou dériver. Mais le cockpit est vide. On dira que les cieux traversés ne sont pas les plus cléments : ceux de MM Ducret, ou Grobet, ou Chavanne, l'étaient-ils vraiment davantage ? Non, le problème de ce gouvernement-là n'est ni celui d'un Réveillon, ni celui des TPG, il serait certes un peu celui d'une police sans autorité politique. Mais l'essentiel est ailleurs. Dans la structure ! On a fait alliance, en 2009, entre partis se détestant déjà, on a cru judicieux de bâtir l'équilibre des majorités sur la capillarité des Centres, ici des Verts de plus en plus arrangeants, là l'éternelle souplesse du PDC. On a ostracisé les Marges. On s'est dit qu'ainsi, on allait survivre. On se meurt.

 

C'est tout un système qui touche à sa fin. L'Entente est morte ce printemps. On se trompe à la dire encore vivace. Les Marges fulminent. Le PDC pactise avec l'éternité. Les Verts collaborent. Les socialistes attendent les cerises. Le PLR fait le spectacle. Ah, ça, oui. L'ancien monde, déjà, n'est plus, et on se demande combien de siècles durera la fin de législature. Le nouveau monde n'a pas encore émergé. Genève nage en eaux troubles, intermédiaires. Nous serions comme des âmes blanchâtres. Nimbées. Dans l'Entre-Deux-Mondes.

 

Pascal Décaillet

 

 

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23/02/2012

Le coup de fil de Claude Nicati à Mark Muller

 

Jeudi 23.02.12 - 17.20h

 

Le Conseil d'Etat genevois est plus pressé de voir se réaliser le contournement du Locle (NE) que la traversée du lac ! Dans un entretien que vient d'avoir, aujourd'hui, le conseiller d'Etat neuchâtelois Claude Nicati, chef du Département de la gestion du territoire, avec Mark Muller, Neuchâtel a obtenu des garanties de Genève.

Dans un mail adressé aujourd'hui, 12.08h, à l'ensemble de la députation neuchâteloise au Chambres fédérales (conseillers nationaux et aux Etats), M. Nicati écrit ceci (le projet H20 est le contournement du Locle) :

« Je viens d'avoir le Conseiller d'Etat Mark Muller de Genève au fil. Il me confirme que :

·         Le gouvernement genevois ne souhaite pas que le projet H20, avec son statut spécial, soit biffé du rapport du Conseil fédéral;

·         Que le projet genevois de la traversée de la rade est encore à l'état de projet et nous avons au moins dix ans d'avance.»

 

En d'autres termes, le Conseil d'Etat genevois ne donne pas l'impression, dans les signaux qu'il donne à d'autres cantons, de se battre férocement pour une traversée du lac qu'il a pourtant inscrite dans ses priorités.

 

Pascal Décaillet

 

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Merci Jacques

 

Sur le vif - Jeudi 23.02.12 - 10.22h

 

Les meilleurs moments, au milieu d'une soporifique chaleur consensuelle, c'est lorsque quelqu'un jette un froid. Ainsi, Jacques Pilet, il y a quelques minutes, dans le panégyrique consacré par Médialogues à Couleur 3. En quelques mots cinglants, ce vieux lion du journalisme et de la réinvention des formes instille le soupçon d'académisme et de normalisation. Et ose la question: Couleur 3, c'est sûrement très bien, mais en quoi cela doit-il être financé par le service public? Propos qui heurteront les vieux louveteaux et feront hurler la Secte. Oui, la Secte.

 

Pascal Décaillet

 

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21/02/2012

Morale et politique : des sœurs ennemies ?

 

J'inaugure ici une série d'entretiens avec le jeune écrivain Grégoire Barbey - Bonne lecture! - Mardi 21.02.12 - 17.16h

 

GB - Pourquoi pensez-vous qu'un élu du Peuple, dans une démocratie telle que la nôtre - qui a ses grandeurs comme ses faiblesses - ait droit de prétendre au luxe de ne point divulguer ses actes dans une affaire juridique qui somme toute appartient désormais à l'ensemble de la population ? N'avez-vous donc pas d'égard pour l'éthique ?



PaD - Un élu du peuple répond de ses actes publics. Mark Muller doit rendre des comptes sur son bilan politique, assurément loin d'être parfait, d'ailleurs ! L'affaire du réveillon est d'ordre privé. Seriez-vous à ce point acharné à vouloir sa perte, s'il était un élu de gauche ? Ou du centre ? Tiens, un gentil Vert. Ou un gentil PDC. Votre hargne ne serait-elle pas - allez, au moins un peu  - de l'ordre d'une vengeance de classe ?

 

GB - Nullement, mais vous faites bien de le demander ! Qu'une telle affaire soit à gauche, au centre ou à droite n'a guère d'importance. Néanmoins, j'étais sûr que vous invoqueriez la notion de « privé ». Définissez-la moi ! Soyons clairs, ce monsieur a des responsabilités, et le MàD n'est pas un lieu où le privé peut faire office de barrage face aux débauches d'un politicien quel qu'il soit !

 

PaD - Débauche ! Vous voilà glissant sur le terrain de la morale. La vie sentimentale, voire charnelle, d'un politicien ne m'intéresse pas. J'attends de lui qu'il soit un bon politicien, dans le sens de la Cité, l'intérêt public. Pas qu'il soit un saint. Ni un eunuque. Qu'il dérape dans un bar, un soir de réveillon, ne m'enchante certes pas. Mais n'est pas, à mes yeux, une cause de démission.

 

GB - Eh quoi ! Devons-nous faire abstraction de la morale en politique ? Ce n'est pas de ses rapports sentimentaux ou charnels dont il est question, mais de son comportement violent et de ses mensonges sciemment proférés pour protéger ses intérêts ! N'a-t-il pas lui-même avoué avoir triché sur ses allégations ? Oui, cela mérite une démission, et vite !

 

PaD - Âme sensible, je vous choque, désolé : oui, il est possible qu'il faille faire un peu abstraction de la morale en politique. La politique est une chose. La morale, une autre. Que l'une et l'autre se nourrissent, s'interpellent. Mais la politique, ça n'est pas la morale. Ni l'immoralité, bien sûr. Elle est d'un autre ordre, d'un autre horizon d'attente. Machiavel, dans Le Prince, a écrit de fort belles pages sur ce sujet.

 

GB - Machiavel est d'une autre époque ! En démocratie, il ne faut pas se considérer comme un Prince, bien que cette dérive soit commune à quelques-uns. Non, l'éthique et la politique ne sont pas dissociables. L'une et l'autre sont nécessaires. Le Peuple est en droit, et a même le devoir de demander des comptes à ses élus. Diantre, ne faudrait-il pas pouvoir les révoquer en cas de dérives ? Allons !

 

PaD - L'addition présentée par le peuple aux élus, c'est tous les quatre ans : cela s'appelle les élections. Révocation en cours de mandat ? N'existe pas, pour l'heure, dans notre ordre juridique. Ce qui m'inquiète, c'est votre mot : « dérives ». Nous revoilà dans le jugement moral ! La pire dérive, pour un magistrat, c'est de faire une mauvaise politique. Le reste ne m'intéresse guère.

 

GB - Je suis un citoyen, et en tant que tel, je donne mon avis. Pour moi, cette affaire rentre clairement dans le cadre d'une dérive. Un politicien a des responsabilités envers son électorat. Il n'a pas le droit de se comporter à son aise. Il représente le Peuple, et doit agir en tant que tel. La révocation devrait être une option, la démocratie n'en serait que grandie !

 

PaD - L'éthique protestante - éminemment respectable - va dans votre sens. Elle a beaucoup influencé, en 450 ans, la notion qu'on se fait à Genève d'un « magistrat ». Pour ma part, je suis indifférent à la vie privée. Mais très exigeant sur la performance politique ! A cet égard, il me semble qu'on pourrait porter une certaine sévérité à certaine collègue libérale de M. Muller, responsable de la police. Mais c'est une autre histoire !

 

GB + PaD

 

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20/02/2012

Savons de Marseille

 

Sur le vif - Lundi 20.02.12 - 11.05h

 

Le meeting de Marseille n'est tout simplement pas à la hauteur d'un président sortant. La récurrence obsessionnelle des attaques contre François Hollande montre que Nicolas Sarkozy a peur. Stratégiquement, il n'est guère habile, de la part d'un sortant, de se focaliser à tel point sur un compétiteur. Cela inverse le rapport challenger/outsider. M. Sarkozy a sans doute convaincu les militants UMP de la cité phocéenne, c'est bien le moins. Je doute qu'il ait convaincu la France.

 

Pascal Décaillet

 

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19/02/2012

Le sourire de Clyde

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Dimanche 19.02.12 - 10.58h

 

Le sourire d'un homme à un autre homme. En quelques secondes, l'éternité d'une séduction. Armie Hammer (Clyde Tolson) face à Leonardo DiCaprio (John Edgar Hoover, le patron du FBI de 1924 à 1972, sous huit présidents).

 

C'est dans le film de Clint Eastwood, « J. Edgar », à voir absolument. Je m'y suis précipité hier soir, ayant lu avec  passion, il y a quelques années, la remarquable « Malédiction d'Edgar » de Marc Dugain (Folio, 2007).

 

L'histoire du film est celle de ce sourire initial. Entretien d'embauche. Tolson veut entrer au FBI. Edgar, face à lui, commence son demi-siècle de règne absolu. Clyde lui sort-il le grand jeu, ou est-il lui-même pris ? Epris. Les deux destins se nouent. Jamais ne se sépareront.

 

De ces deux hommes, lequel est saisi ? Foudre et cendre, ils ne sont plus qu'un, y compris dans « l'empoignade virile » (je sens que le mot va faire école !) d'une scène de jalousie, sur des tessons de verre. « J. Edgar » est sans doute un film sur la noirceur de l'Amérique. Mais c'est, avant tout, une éblouissante histoire d'amour. Une affaire de destin. Contre laquelle on ne peut rien.

 

Pascal Décaillet

 

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18/02/2012

Ouvrez votre blog ! Ecrivez ! Publiez !

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Samedi 18.02.12



J'ai commencé le journalisme par de premières piges, au Journal de Genève, à l'automne 1976. Dans ce même journal, quelques années plus tard, j'ai accompli mon stage pour devenir professionnel, en rubrique nationale. Par tournus, jusqu'à une heure du matin, voire plus tard, j'ai assumé la responsabilité d'édition : nous restions au journal jusqu'à ce que nous puissions toucher, humer, les exemplaires qui sortaient tout chauds d'une rotative se trouvant au rez-de-chaussée de notre propre rédaction, rue du Général-Dufour ! Et puis, avec les typographes, nous allions boire une bière à l'Inter, le seul bistrot encore ouvert.

Ça n'était juste plus le plomb (que j'ai connu au début), mais enfin c'était quelque chose d'incroyablement fort, familial, artisanal. Cela sentait l'encre, le papier, nous communiquions nos textes à la mise ou à la saisie par pneumatiques ! Et tous, journalistes, typographes, opérateurs de saisie, rotativistes, employés d'expédition, je crois que nous étions heureux. Nous tirions à la même corde, avec en point de mire un seul produit : le journal. J'aimais aussi les dimanches après-midi, lorsque nous n'étions que trois ou quatre en rédaction. Et nous sortions un journal ! C'est dire mon émotion lorsque, le 28 février 1998 (j'étais entre-temps passé à la RSR), je suis retourné rue du Général-Dufour, dans ce bureau qui avait été celui de René Payot, pour une émission spéciale, en direct avec toute l'équipe chargée de fabriquer le dernier numéro d'une immense aventure, qui avait commencé avec James Fazy en 1826.

Trente ans après, face à mon blog, je me retrouve à exercer seul tous les métiers à la fois de cette époque-là : je rédige mes commentaires, je les titre, je les illustre, je détermine la graisse et le corps du caractère, je publie, et j'assure même le courrier des lecteurs, puisque je viens de publier, à l'instant, mon neuf-millième commentaire depuis octobre 2007 ! Et ce rôle d'homme-orchestre, nous tous pouvons le tenir, c'est très facile, il suffit d'avoir des choses à dire, aimer écrire, mettre en page, réagir à vif à l'actualité. Oui, publier est aujourd'hui à la portée de tous. Pourquoi s'en plaindre ? Sur le principe, je trouve cela plutôt extraordinaire, démocratique, de nature à revaloriser le goût de l'écriture, de la chronique, du journal intime. Sans papier, certes. Mais le papier est-il un but en soi ?

Dans mon métier de journaliste indépendant, j'ai la chance de travailler pour tous les supports : presse écrite, radio, télévision, internet. Mais ce moment d'intimité du blog, cette solitude éditoriale, trouver des dizaines de milliers de « visiteurs » au rendez-vous, m'apportent un rare bonheur. Si vous êtes hésitant, vous qui me lisez, franchissez le pas : créez votre blog. Ecrivez. Publiez. Conquise de haute lutte par les combats de nos ancêtres, la liberté d'expression est garantie en Suisse. Et elle ne s'use, c'est bien connu, que lorsque les citoyens ne s'en servent pas.



Pascal Décaillet

 

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17/02/2012

Cingria : « Un exercice humain et savant de la vie »

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Vendredi 17.02.12 - 15.31h

 

Les deux bébés sont sous mes yeux : vivants ! Ces deux livres tant attendus, depuis tant d'années : la partie « Récits » des Œuvres complètes de Charles-Albert Cingria, aux Editions L'Âge d'Homme. En tout, plus de deux mille pages. Et ce ne sont que les « Récits ». Restent les « Essais » et les « Propos ». J'y reviendrai largement, dans les mois qui viennent, charge à moi de m'y plonger, ce que je compte faire au plus tard cet été, sur une colline d'Italie.

 

Mais je voulais juste, là, signaler le bonheur d'avoir enfin ces ouvrages au bout des doigts. Surtout, notre reconnaissance de lecteurs aux bourreaux de travail qui ont permis que ce fût un jour possible : Alain Corbellari, Maryke de Courten, Pierre-Marie Joris, Marie-Thérèse Lathion, Daniel Maggetti, et beaucoup d'autres.

 

A feuilleter cette somme, on retrouve, enfin réunis (dans une autre logique que l'édition en douze volumes de Pierre-Olivier Walzer, déjà chez  L'Âge d'Homme, de 1967 à 1981), tous ces textes disparates qu'on a chez soi, de « Bois sec Bois vert » aux « Florides helvètes », en passant par « Le Bey de Pergame », « Brumaire savoisien », « Le Parcours du Haut Rhône ». Mais avant tout, quantité d'inédits et « d'Ateliers » : « Feuillets épars, notes, textes incomplets, souvent très travaillés et laissés là en attendant un moment plus propice ; certains, lacunaires, paraissent être rescapés d'un naufrage, d'une catastrophe ou d'un accident » (Doris Jakubec). L'appareil critique est somptueux.

 

Grâce à mon ami Pierre-Marie Joris, médiéviste et maître de conférences à l'Université de Poitiers, qui s'est immergé comme peu d'humains dans la troublante immensité de cette œuvre, j'ai pu éprouver, par la passion de ses témoignages, dans la dernière décennie, la part d'aventure et de défi de ce travail éditorial. Toute sa vie (1883-1954), Cingria n'a cessé de jeter sur le papier textes, notes de musique, dessins, chroniques, remarques éparses. Tout cela, il a fallu lui donner un sens. En refusant  l'ordre chronologique de Pierre-Olivier Walzer au profit d'autre chose. De quoi ? Eh bien, pour le seul ordre des « Récits », l'équipe éditoriale a créé deux séries : « Itinéraires et lieux dits », et « Histoires et scènes », avec des déclinaisons  en fonction (Jakubec) « des modalités de rythmes, d'actions, d'impressions, de jeux ». Bref, on a classé en fonction de la petite musique des textes, et ce parti pris, plutôt nouveau, est extraordinairement intéressant : ni l'alphabet, ni le temps qui passe, juste les crus en fonction des saveurs. Il fallait pour cela, chez chacun des éditeurs, une connaissance de l'œuvre - on dirait presque « par cépages » - d'une étonnante intimité. Un classement à partir de l'œuvre elle-même, la structure de ses goûts, terroir par terroir.

 

Reste l'essentiel. Lire Cingria. Exercice d'apnée. Mer Rouge. Ce double volume, oui, avec la richesse de son apparat critique, la variété des inédits, le nouveau regard éditorial jeté sur l'un de nos plus grands écrivains romands, génial chroniqueur, sera ouvreur de portes, aiguiseur d'envies, jalonneur de connaissances. Deux livres, en ce début d'année 2012, qui constituent une étape majeure dans l'Histoire des lettres romandes.

 

Pascal Décaillet

 

*** Charles-Albert Cingria, Œuvres complètes, Récits, Editions L'Âge d'Homme, Collection Caryatides, deux volumes, 2011.

 

 

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Inforoute - Bouchons vers Damas

 

Sur le vif - Vendredi 17.02.12 - 10.02h

 

Après le glacial et arrogant ministre des Affaires sociales, après le bouillant Bernard Gruson, c'est aujourd'hui le rusé matou Pierre-François Unger qui annonce publiquement sa conversion à la préférence cantonale. Décidément, il est bien encombré, aux abords du poste-frontière, le chemin de Damas.



Pascal Décaillet

 

 

10:02 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

16/02/2012

La Croix, le Coeur, l'empoignade virile

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Sur le vif - Jeudi 16.02.12 - 18.15h

Dans quelques minutes, à la RSR: Franz Weber contre Jean-Marie Fournier! Comment ne pas se souvenir de "l'empoignade virile", au milieu des années 70, à la Croix-de-Coeur, entre le même Franz Weber et Rodolphe Tissières? C'était au sujet de l'altiport. C'était à peu près l'époque où Chappaz publiait, dans la Collection Jaune Soufre de Bertil Galland, les sublimes "Maquereaux des Cimes blanches". Le débat, plusieurs décennies après, n'a pas changé. Il demeure l'un des champs de tension majeurs du Valais moderne, entre respect de la nature, du patrimoine, et nécessité du développement économique.



Pascal Décaillet

 

18:15 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

Citoyen Sarkozy, vos papiers !

 

Sur le vif - Jeudi 16.02.12 - 17.02h

 

L'incroyable préférence télévisuelle dont bénéficie, en France, le président sortant, pour annoncer sa candidature, est un déni de démocratie et une insulte aux autres candidats. Lorsqu'il y a élection, les compteurs doivent être remis à zéro. Et si le citoyen Sarkozy désire être à nouveau candidat, il doit être logé exactement à la même enseigne que les autres. Au fait, les 500 signatures, il en a besoin, lui aussi?



Pascal Décaillet

 

 

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La régie Renaud

 

Sur le vif - Jeudi 16.02.12 - 09.58h

 

Il s'appelle Renaud Michiels, il sévit parfois en page 2 du Matin, toujours dans le sens du vent. Aujourd'hui, exceptionnel courage, il assassine, après 972 autres, en un mois et demi, Mark Muller. Il le flingue, bien tranquille, derrière son ordinateur. Et sa rédactrice en chef le félicitera. Et ses pairs aussi. Et encore, la meute de la doxa, cette chienne qu'on appelle aussi "opinion publique".

Ce même courage, on se réjouit de le voir, chez M. Renaud Michiels, lorsqu'il osera s'attaquer à sa propre rédaction, sa propre rédactrice en chef, tiens par exemple sur la ligne du journal. Mais la 973ème salve sur Mark Muller, M. Michiels, quelle prise de risque dans le champ éditorial, quelle intrépidité! Je vous salue, Monsieur.

 

Pascal Décaillet

 

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15/02/2012

Prix du livre : les mandarins face aux Charbovaris

 

Mercredi 15.02.12 - 15.28h

 

Non, non et non ! Il n'y a pas, d'un côté, les partisans du prix unique, qui seraient, eux, des êtres sensibles, aux goûts littéraires puissants, tuant le plus clair de leur temps dans la pénombre des petites librairies. Des olfactifs,  identifiant les yeux fermés, par les seules vertus du finistère nasal, la Collection Blanche, Budé ou Firmin-Didot. Ni de l'autre, cette bande de rustres virtuels, coupés de l'encre et de la sensualité du papier, ne se nourrissant, au mieux, que de romans de gare. Ils seraient des Charbovaris, des Homais, de joyeux connards incultes, rangeant Racine au rayon horticole, Corneille à l'avicole. Non, non et non : les choses sont plus compliquées.

 

De bons arguments, dans cette affaire sur laquelle nous voterons le 11 mars, il y en a des deux côtés. Qu'il faille des niches protectionnistes en régime libéral, je suis le premier à le prôner, par exemple en matière d'agriculture, de viticulture, d'alimentation, et en bien d'autres. Que le livre ne soit pas une denrée comme une autre, ni d'ailleurs la culture en général, nous en sommes tous d'accord. Mais enfin, faute à vouloir le nationaliser (même la DDR, au demeurant un régime qui a beaucoup fait pour la littérature et le théâtre, s'en était abstenue, c'est dire), il s'agit d'un objet qu'on achète. En Suisse, il me semble que la liberté des prix s'applique. L'exception demandée par les partisans se justifie-t-elle vraiment ? On peut en débattre à l'infini. Le peuple tranchera.

 

Mais ce mépris, de la part de certains partisans ! Cette ahurissante chronique de mon estimé confrère Christophe Gallaz, dans le Matin dimanche, estimant que les adversaires du prix unique sont des gens « qui ne lisent jamais profondément », ce qui se déduirait de leur posture ! L'argument du clerc, pour réduire en poussière le profane. Le mandarin, face à l'illettré. Alceste, face au sonnet d'Oronte. Et au fond Cyrano, face à Christian. Tout cela, pourquoi ? Désolé, Françoise Berclaz, que j'admire et que j'ai attentivement suivie à Infrarouge, désolé François Pulazza, admirable libraire, désolé mais il faut lâcher le mot : tout cela, oui, au nom d'un protectionnisme cartellaire. Sympathique, certes. Peut-être nécessaire, et si le peuple le vote, je serai le premier à m'incliner. Mais protectionnisme quand même. Aussi chaleureuses, magiques, que soient les petites échoppes (mais combien de milliers d'heures de ma jeunesse n'y ai-je pas passées, amoureux des livres et même, parfois, de la libraire), il n'est pas sûr du tout que la fixation artificielle d'un prix de référence sauvera ce petit monde.

 

Non, je n'ai pas aimé la manière dont Christophe Gallaz a stigmatisé Philippe Nantermod, dans sa chronique. Non, je n'aime pas l'arrogance de la Cléricature, ces partisans qui seraient les croisés de parcelles sanctifiées d'un monde à sauver. Et qui veulent faire passer les autres pour un mélange d'amnésique barbarie et de crétinisme des montagnes. Une affaire d'iode, sans doute. Oui, je pense voter contre cette loi, après des semaines d'hésitation. Oui, toute ma vie, j'aimerai passionnément les livres. Sans eux, je ne serais rien.

 

Pascal Décaillet

 

 

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