04/03/2012

Soli Pardo : tristesse et respect

 

Dimanche 04.03.12 - 15.48h

 

Il y a plusieurs mois, Soli Pardo m'avait mis au courant de sa maladie. Il allait suivre, me disait-il, ce qu'il est convenu d'appeler un traitement lourd, ceux qui sont plus ou moins passés par là connaissent un peu. Homme debout, courageux, il a mené bataille.

 

Aujourd'hui, comme pas mal de monde à Genève, c'est avec une grande tristesse que j'apprends la nouvelle. Peu importent les partis, les fonctions, il y avait là l'essence, ciselée dans le noir, d'une très belle solitude. Nourrie de lectures, de textes, de poésie. Une réelle - et si rare, y compris chez ceux qui dévorent des livres ou se piquent d'en écrire - sensibilité au miracle de la langue.

 

Un homme d'humour. Le trait, fulgurant. L'étincelle de l'allusion. L'avoir sur un plateau, de radio ou de TV, échanger encore un peu après, était un authentique plaisir. Soli Pardo, c'était le contraste le plus saisissant, dans la classe politique, entre l'apparence d'une raideur, celle des choix publics, et la réalité d'une écoute, tellement plus souple qu'il n'y pût paraître.

 

Un esthète. Je ne dirai pas ici les auteurs dont nous parlions. Simplement, que certains d'entre eux étaient italiens. Jamais d'essai politique, encore moins d'économie. Non, juste la musique des mots. En passant.

 

A ses proches, sa famille, j'aimerais dire ici toute ma sympathie. Et mon respect.

 

Pascal Décaillet

 

 

15:48 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Soli Pardo doté d'un esprit intelligent et malicieux pouvait être tranchant et déstabilisant à l'égard de collègues opposés politiquement. Avec discrétion il a quitté la vie politique et les gens qui l'appréciaient. Un seul reproche peut lui être fait, celui d'être parti sans bruit laissant des militants et des amis dans la tristesse.

Écrit par : Militant | 04/03/2012

Bonjour Pascal,

sachez qu'il vous appréciait.

Bien à vous,

Stéphane

Écrit par : Stéphane | 04/03/2012

Merci pour ce message. Soli nous a quittés bien trop tôt. Il aurait eu tant à apporter à Genève. Que celles et ceux qui l'on bien trop vite classé dans les politiciens de droite, voire de l'extremité de cette droite, sachent qu'au contraire, comme vous le dites si bien, il savait être écoute et nuance, subtilité et douceur, avec souvent cette hésitation, signe du recul qu'il aimait prendre. À l'ami qui nous a quittés, avec les imperfections qui ont fait de lui un Homme, tout simplement, comme Diogene le cherchait, et qui laisse un grand vide dans nos cœurs et nos esprits, nous souhaitons bon voyage dans un monde meilleur.

Écrit par : mauro poggia | 04/03/2012

Je suis très attristé.

Je n'ai jamais eu la chance de le renconter, mais jaurais adoré.

C'était un de mes politiciens préféré.

J'ai bien perçu que cet homme était, comme vous le dites, très profond au-delà de son apparence austère et sa voix grave.

Il était droit dans ses bottes et avait le courage de ses opinions. Et c'était un des rares qui ne se cachait pas dans le politiquement correcte.

Je pense qu'il a beaucoup apporté à l'UDC et au MCG.

Toutes mes pensées pour sa famille et ses amis. Vous avez eu la chance de partager des moments de vie avec un être d'exception.

Écrit par : anonyme | 04/03/2012

oui, Soli portait une discretion inégalable quand à sa vie privée...je l'ai connu étudiant en droit, timide, discret souvent malicieux - par la suite, un avocat hors pair des causes publiques et privés qu'il défendait avec acharnement...mais toujours discret, malicieux et cinglant à la répartie...

Son départ, trop vite,trop difficile, trop injuste...

Écrit par : Simin | 05/03/2012

Merci pour ce billet qui a l'élégance de celui qu'il honore.

Le monde politique est brutal et le plus souvent habité de personnes qui n'ont de la culture que la connaissance du mot. Tout le contraire de Soli qui, avec une finesse rarement égalée, savait taper juste, au moment le plus juste et avec la plus grande justesse, un vrai sacerdoce de culture politique.

Jamais vulgaire mais volontiers frondeur, comme tous les hommes libres de penser et de s'exprimer. Le politiquement correct était pour lui une atteinte à la démocratie car elle l'enferme dans le convenu et donc l'inconvenant lorsqu'il s'agit de défendre les valeurs qui sont à la base de notre système.

A l'homme qui nous quitte, à l'ami qui nous laisse nous souhaitons un voyage sans encombres, loin du fracas matériel de ce monde-ci.

Écrit par : Patrick Dimier | 05/03/2012

J’ai eu la chance de collaborer avec Soli Pardo entre 1995 et 1996 à la grande époque des recours contre l’initiative pour la traversée de la rade et de quelques autres dossiers si brûlants qu’il ne se passait pas un jour sans que l'on ne parle de lui dans la presse et je dois dire que j’en retiens un souvenir extraordinaire.

Il avait ce côté rabelaisien, truculent, grivois et cynique, l’œil moqueur mais perçant (derrière une volute de fumée), le sourire narquois. Il aurait pu être le personnage central d’un livre de Frédéric Dard si celui-ci avait écrit des nouvelles judiciaires au lieu de roman policiers. Son franc parler (parfois excessif je vous l’accorde) était rafraichissant même s’il choquait beaucoup de mes confrères.

Dans le milieu feutré (et hypocrite) des avocats genevois et de la Genève "bien pensante", Soli Pardo faisait parfois figure de l’éléphant, que dis-je, du Mammouth dans le magasin de porcelaine. Que dire encore si ce n’est que sous ses dehors madré et gouailleur se cachait un homme sensible et d’une intelligence rare et un excellent juriste.

Une grande perte pour Genève, une plus grande perte pour sa famille.
Rene Philippe

Écrit par : Rene Philippe | 05/03/2012

C'est vraiment triste. Je lisais son blog de temps à autre et appréciais son verbe et son humour si particulier ainsi que son rapport à l'image.

Paix à son âme.

Écrit par : NIcolas POtapoff | 07/03/2012

Quel gâchis de voir un esprit aussi raffiné s'éteindre si jeune !
Merci la clope !

Écrit par : meta | 12/03/2012

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