07/03/2012

L'Iliade, à haute voix, c'est jeudi et vendredi !

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Mercredi 07.03.12 - 14.27h

 

C'est l'un des plus beaux textes du monde. Et il faut le lire à haute voix. Comme aux origines, où les vers étaient chantés, dans une civilisation qui n'était pas encore celle de l'écriture. Lire les 15'693 vers de l'Iliade en deux demi-journées, c'est l'éclatant défi d'AGLAE, l'Association des étudiants de grec et de latin de l'Université de Genève. Les lire dans une salle à l'acoustique remarquable, celle de la Bourse, au Conservatoire de musique, 8 rue Petitot. Demain, jeudi 8 mars, de 12.15h à minuit. Puis après-demain, vendredi 9 mars, de 12.00h aux environs de 23.00h. J'aurai le plaisir d'en être. C'est une habitude dont je ne me défais point.

 

L'entrée est libre. Chacun vient quand « ça le chante », reste autant qu'il veut. Souvent, saisis par le texte, les passants se surprennent à demeurer beaucoup plus longtemps qu'ils ne l'auraient voulu : et si c'était cela, le miracle homérique ? L'Iliade, l'Odyssée, comme la Tétralogie de Wagner, plus on y entre, moins c'est long, plus le temps s'évanouit, pour laisser place à l'œuvre.

 

Heureuse, la langue allemande, qui dissocie « lesen » et « vorlesen », qui en cinq syllabes sonores, « mit lauter Stimme », par la grâce d'une diphtongue, laisse entrevoir la jouissance de mettre en voix un texte poétique. En l'espèce, la très belle traduction de Frédéric Mugler (1995, Actes Sud, Collection Babel). La lecture épouse le découpage en 24 Chants, avec chaque fois une voix pour le narrateur, et une voix par personnage : Achille, Agamemnon, Athéna, Nestor, Thétis, Ménélas, Ajax, Priam, Hélène, Pâris, Idoménée, Diomède, Patrocle, Poséidon, Hécube, Zeus, Cassandre... Et la polyphonie de ces voix d'hommes et de femmes, l'alternance de ces rythmes, le croisement de ces timbres, sous le plafond de la Bourse, nous transforment l'alignement d'hexamètres en jeux de rôles. Et le miracle, tout naturellement, porté par les syllabes, se produit.

 

Je ne dirai pas ici à quel point, depuis l'adolescence, ce texte me bouleverse. Le destin d'Achille n'est-il pas, face à la mort, le nôtre à tous ? Je dirai simplement mes souvenirs de lecture, déjà à haute voix et dans le texte grec, avec André Hurst et Olivier Reverdin, il y a de cela plusieurs décennies. André Hurst, l'initiateur de ces lectures homériques, qui a tant fait pour transmettre la passion de la littérature grecque.

 

Alors voilà, si vous êtes amateurs d'émotions, venez à la Bourse. Venez écouter la colère d'Achille. Joignez-vous à nous. Nous vous attendons.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

14:27 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Ainsi donc, cher M. Pascal Décaillet, vous nous lirez quelques strophes de l'Iliade vendredi soir selon le programme trouvé sur internet (assez difficilement je dois vous l'avouez!).

Me demandant quel rôle vous prendriez, je me suis amusé à le deviner puisque, malgré son point faible,il y a un personnage central dans cette oeuvre, Achille, quoique j'ai préféré, il a quarante-cinq ans, le rôle quasi chrétien d'Hector, fils fidèle à ses engagements.

Alors, d'avance bonne chance pour votre heure de "Vorlesung", la traduction allemande de l'original grec que nous devions faire sortir de notre esprit à la Stiftsschule d'Einsiedeln me semblait plus proche du rythme du récit homérique que les traductions trop "emphatiques" du monde intellectuel francophone. Mais votre nouvelle traduction disponible et les années qui ont passé le temps bénit des études classiques auront peut-être gommé ce caractère trop académique qui me froissait à l'époque.

Devant me déplacer à Florence et en pays étrusque dès vendredi matin, je n'aurai pas l'occasion d'apprécier votre contribution à cette présentation d'anciens élèves de grec de l'Université de Genève, dont mon frère puîné en fit partie dans les années 1976-1980.

A vous relire dans quelques jours.

Écrit par : simonius | 07/03/2012

Cela a l'air superbe! Dommage de ne pas pouvoir aller écouter ces textes, mais j'espère que ce défi sera un jour réédité.

Écrit par : Inma Abbet | 07/03/2012

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