11/03/2012

Ces cochons de Genevois qui votent si mal

 

Sur le vif - Dimanche 11.03.12 - 15.21h

 

Suite à une campagne parfaitement démocratique, où tous ont pu s'exprimer, le corps électoral genevois a dit oui, à près de 55%, à la nouvelle loi sur les manifestations. Le souverain a tranché.

 

Il est, dès lors, particulièrement insupportable d'entendre immédiatement les perdants annoncer un recours au Tribunal fédéral. C'est chaque fois la même chose. Chaque fois les mêmes milieux ! Ils font campagne, et lorsqu'ils perdent, viennent en appeler à l'ordre juridique pour se substituer à la souveraineté populaire. Comme si les gens avaient « mal voté ». J'ai même entendu qu'ils n'avaient « pas compris l'enjeu » !

 

Comprenez : si vous votez juste, donc comme moi, c'est bien ; si vous votez faux, c'est que vous n'avez pas saisi. Alors, on va demander à un cénacle de juges, à Lausanne, de rétablir le vrai, le juste, le bien. Des juges, comme des grands prêtres de l'Ordre moral.

 

On pourrait, Messieurs les perdants, pousser encore un peu plus loin le raisonnement. Et proposer des stages de rééducation pour ceux qui ont mal voté. De façon à ce que tout le monde, à l'avenir, vote la même chose. Dans le sens du bien. Votre bien. Et vous, les mêmes qui prétendez vous battre pour la liberté d'expression, vous commencez par jeter aux orties la seule expression qui vaille en démocratie : le choix souverain d'un peuple qui se rend aux urnes.

 

 

Pascal Décaillet

 

15:21 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Cher Monsieur,

Personne ne remet en cause la légitimité du vote populaire. Par contre, on est en droit de se poser des questions quant à la légalité de la loi votée par le parlement. D'autres États connaissent un contrôle juridique des lois, car les parlementaires – même s'ils finissent par atterrir dans le siège du Procureur général – ne proposent pas que des lois conforment au droit supérieur. En Suisse, c'est la souveraineté du peuple qui importe et une fois ainsi tranché on recours à la voie juridique. Rien de moins démocratique que le vote du peuple lui-même à moins que la justice, l'État de droit, ne soient plus la démocratie…
Nous avons manqué à Genève un débat sur les droits fondamentaux, un débat sur notre société et ce qui doit primer : je le crois, la restriction inconnue sous nos latitudes de la liberté d'expression, critiquée par l'OSCE et l'ONU, ne peut être acceptée.
Le seul à avoir dit les choses franchement, à 12h35 sur la RSR, est Yves Nidegger : pour lui, il s'agissait de limiter l'expression dans la rue et l'expression de la gauche. Il est là, le problème démocratique, pas ailleurs.

Pour information, à l'ONU, c'est la Suisse qui est le chef de proue des résolutions sur la liberté d'assemblée, qui se bat pour renforcer ce droit de par le monde. Cela me laisse d'autant plus perplexe face à cette position qui consiste à dire qu'en gros ces droits, c'est bien pour ailleurs, mais inutile pour ici. On admire ce qui se fait en Russie aujourd'hui mais on ne sait pas que cette loi est plus restrictive que ce qu'on connaît à Moscou ou Saint-Pétersbourg.

Où est donc l'Esprit de Genève, la Genève des valeurs ?

Bien à vous,
Florian.

Écrit par : Florian Irminger | 11/03/2012

Lorsque le souverain a tranché il n'y a plus rien à discuter ou à revendiquer. Ou alors, il faut que les perdants proposent une nouvelle initiative, quelques années plus tard, et qu'ils la soumettent à un nouveau vote... Tout à fait d'accord avec ce qu'exprime votre article, donc. Mais alors, pourquoi n'y a-t-il aucun journaliste, depuis deux semaines, pour évoquer le durcissement des critères de validité des initiatives populaires, manière aussi lâche que discrète d'étouffer toute initiative "politiquement incorrecte"?

Écrit par : Inma Abbet | 11/03/2012

Je me réjouis beaucoup de lire vos commentaires lorsqu'on aura entendu s'offusquer MM. Jean-Marie Fournier, Philippe Nantermod et consorts sur le score de l'initiative de Franz Weber ...

Écrit par : Yves Meylan | 11/03/2012

Le plus inquiétant est que depuis longtemps tous changement de loi n'a pour but que des interdictions. La démocratie c'était avant tout des droits fondamentaux il me semble, définis en priorité dans une constitution. Le respect et l'application ou non de ces droits fondamentaux en dit plus long sur une démocratie que la manipulation des masses et "la volonté du peuple", nouvelle appellation du résultat d'une consultation populaire. Et dans ce domaine, j'ai vu beaucoup de raisons d'être inquiet ces dernières années.

Bref, où je veux en venir c'est là: les problèmes à l'origine du résultat de cette consultation n'auraient-ils pas été réglés en veillant tout simplement au respect de la constitution ?

Mais tout le monde n'a pas (ou ne trouve pas) les moyens de se battre sur un plan juridique pour le respect de ses droits fondamentaux... certains en profitent et ils sont de tous bords. Des lésés dont in fine on s'en fout. C'est ça une démocratie ?

Écrit par : carpe noctem | 11/03/2012

M. Décaillet.

Bon commentaire. Je suis d'accord.

Quant à ce que mentionne Inma Abbet, c'est très juste aussi. Personne pour se plaindre de cette tentative de réduire le pouvoir du peuple. Il faut absolument se battre contre cette tentative du Mal.

Écrit par : anonyme | 11/03/2012

@Yves Meyland: je ne m'offusque pas... j'en prends acte. C'est ça la démocratie.

Écrit par : Philippe Nantermod | 12/03/2012

Les genevois votent mal, et nous supprimerons donc le droit de vote !

http://gregoiresapereaude.blog.tdg.ch/archive/2012/03/12/supprimons-le-droite-de-vote-les-casseurs-ont-droit-aux-urne.html

Écrit par : Grégoire Barbey | 12/03/2012

Cher Monsieur,

Permettez moi de rebondir brièvement sur la petite leçon de démocratie que vous estimez devoir donner aux opposants à la loi sur les manifestations.

Je crois utile de rappeler que l'auteur de la loi soumise en votation, Monsieur Jornot, s'est contenté de concrétiser une motion que Madame Jasmine Hutter, conseillère nationale UDC, avait déposée le 3 mars 2005 (05.3043 Violences lors de manifestations. Responsabilité).

Ce texte avait fait l'objet d'une analyse par le Conseil fédéral qui avait jugé que le contenu de cette motion ne pouvait être mis en oeuvre dans la mesure où il contrevenait à la Constitution fédérale. Le Conseil national l'a ainsi classée.

Qu'à cela ne tienne, le PLR genevois et ses alliés votent comme un seul homme le projet de loi du député-futur-procureur-général.

Vous me permettrez de relever à cet égard, Cher Monsieur Décaillet, que la Constitution fédérale s'applique à Genève comme à Berne et qu'il était du devoir de la majorité parlementaire de notre canton de s'en souvenir avant de voter cette loi.

Je crois également que le PLR a fait preuve d'une légèreté insupportable dans cette affaire et ceux pour deux raisons :

- il incombe à la majorité politique de veiller au respect des droits de la minorité qui, par sa position, fait un usage plus régulier du droit de manifester ;

- ce vote s'inscrit dans une suite de décisions par laquelle le PLR brade son héritage fazyste pour le treillis verdâtre de l'UDC.

Je conclus en observant que ceux qui nous servent aujourd'hui leur indignation s'étaient tus lorsque Messieurs Slatkine (député libéral)et Pétroz (ancien député PDC) avaient recouru, sous la plume de Me Poncet, contre l'initiative sur l'interdiction de fumer dans les lieux publics.

Démocratiquement vôtre

Christian Dandrès, député socialiste

Écrit par : Christian Dandrès | 12/03/2012

Bonsoir,

Je vous transmets mon avis et ma réaction suite au post de cet article par une connaissance.

Comme pour tout, il y a des règles pour que cette "démocratie" fonctionne. Majorité pour voter, être suisse, etc. Il faut de plus, des principes comme tout simplement voter, prendre du temps s'informer et voter correctement ou être en accord avec la démocratie suisse et consentir que notre "démocratie" est la meilleure façon pour diriger le pays et prendre des décision.
Bref des règles et des principes que l'on pourrait appeler fédérateurs car ils sont, pour l'instant accepté et suivis par la population (à tort ou à raison, c'est une autre histoire).
Le système judiciaire se base lui aussi sur des principes et des règles qu'il faut respecter pour que cette "démocratie" fonctionne et pour que le monde ne soit pas trop ambigu pour certains. Ces règles et ces principes, l'on pourrait les qualifier d'éthique tout comme certaines règles fondamentales et internationales que l'on a ratifié et que l'on doit respecter si l'on suit les principes de la démocratie d'aujourd'hui, tout comme l'on respect le principe que la "démocratie" nous gouverne, comme énuméré dans cet article.
Aujourd'hui, comme plusieurs fois dans le passé, il y a confusion entre ces deux pouvoirs qui sont régis par les même gens, à savoir le peuple et la "démocratie". Auquel faut il se référer?
Laissez les instances compétentes qui ont étudier le sujet avoir leur mot à dire, et non des électeurs qui ne se sont pour certains, même pas renseigner sur le sujet, me semble relativement primordial. C'est d'ailleurs aussi pour cette raison que le peuple n'est pas toujours consulté pour certains sujet qui sont voté par les politiciens (dont c'est le boulot(imaginez si le peuple devait lui même prendre toute ces décisions, plus personne n'irait voter car il faudrait le faire tout les jours)) et qui ont étés élus "démocratiquement". Alors on croit qu'on est dans une démocratie alors même que pour certaines décisions, le peuple aura dit le contraire mais les politiciens sont unaniment sur un sujet.
Si le peuple Afghans votait pour attaquer les USA par exemple, alors faudrait-il vraiment le faire ou suivre les quelques règle internationales qui essayent d'éviter ces conflits? Pareil si le peuple américain votait, par exemple, contre le fait qu'il faillent certaines normes environnementales (concernant le monde entier car les américains ne consommes pas que made in US) pour la fabrication des produits qu'ils consomment car leur produit leur reviendrait moins cher. Non il y a certaines règles à respecter qui ont été décidé par des spécialistes et ratifiés par les pays dont le pouvoir décisionnel à été instituer grâce au peuple (pas dans tout les cas malheureusement). Dans le cas actuel, on verra bien si les instances juridique jugent applicable, ou pas cette loi.

Que l'on ne viennent pas critiquer ce fait en argumentant que la "démocratie" l'a décidé ainsi car la démocratie elle même à lutté pour et instaurer ces règles juridiques. Il faut arrêter de prendre le chameau pour un mouton.

Ces règles "éthique" pour certaines sont bel et bien là et heureusement, dieu sait le monde que l'on aurait sans. Et je pense même qu'il en manque bien d'autres encore afin que le monde puisse prospérer de la plus belle des manière, sans disparité et à égalité de chance pour tout un chacun.
La démocratie et le pouvoir au service de l'homme!

Mes meilleures salutations démocratiques.

Mr. Stauffer-Cart

Écrit par : Stauffer-Cart Bastien | 12/03/2012

C'est vrai que les pleurnicheries des perdants genevois sont agaçantes, mais pas plus que les larmes des perdants valaisans dans une autre votation. Et si on est "en pensées" avec les uns, pourquoi ne le serait-on pas avec les autres ?
En revanche, pour sortir du champ des considérations humanitaires, le recours qui sera déposé contre la nouvelle loi genevoise sur les manifestations est parfaitement légitime. Dire que l'ordre juridique se substitue ainsi à la volonté du souverain, c'est suggérer, à tort, que ce souverain (cantonal) peut faire n'importe quoi. A l'heure qu'il est, le droit fédéral prime toujours par rapport au droit cantonal, et si vous jugez qu'une nouvelle loi cantonale n'y est pas conforme, vous avez le droit de la faire vérifier. Dura lex, sed lex.

Écrit par : Jurg Bissegger | 12/03/2012

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