11/03/2012

Résidences: les opposants ont sécrété eux-mêmes le venin de la défaite

 

Sur le vif - Dimanche 11.03.12 - 17.03h

 

Il est rare, en Suisse, qu'une initiative passe: la double majorité, peuple et cantons, rend les chances de victoire très ténues. D'autres, demain, analyseront le succès de celle de Franz Weber. Mais une chose est sûre: quelque chose est venu d'en bas, de l'ordre de l'attachement profond des Suisses à leurs paysages. Fût-il - et je comprends la colère de mes amis valaisans - l'attachement fantasmé, depuis la ville, à la pureté de l'arrière-pays. On aime tellement les belles montagnes qu'on voudrait faire, contre leur gré, le bonheur de ceux qui y vivent toute l'année, âpres à la tâche, ceux qui n'ont pas voulu quitter leurs vallées pour un destin plus confortable. A cause de cela, j'ai fini par voter non à cette initiative. Mais j'avais hésité.

 

Hésité, pourquoi? Mais parce que Franz Weber fait résonner dans le coeur des Suisses quelque chose de fort. Sans être Vert (c'est bien le dernier parti que je choisirais), j'aime profondément la nature, la respecte, et dois reconnaître que l'aventure des constructions immobilières en montagne, depuis un demi-siècle, a parfois conjugué la rapacité du gain avec (ce qui est pire) le manque le plus élémentaire de goût. Nul n'en a mieux parlé que Maurice Chappaz, l'un de nos plus grands auteurs, dans son pamphlet "Les Maquereaux des cimes blanches", paru dans la collection Jaune Soufre de Bertil Galland, au milieu de ces années septante qui étaient celles du bétonnage éhonté.

 

Et puis, côté opposants, on a trop fait campagne avec des panzers. Ou des orgues de Staline. On a mis des sommes astronomiques dans la bataille, les Suisses ne sont pas dupes, voient bien tout cela, n'aiment pas trop se laisser faire.

 

J'ai voté non, je suis dans le camp des perdants. Et je suis en pensée avec toutes les personnes qui, par exemple en Valais, travaillent dans le tourisme et veulent faire vivre leur région. Mais il y a eu, dans l'armée d'opposition, une campagne trop violente, trop haineuese, pour ne charrier que la vérité. Le citoyen suisse, lorsqu'il se rend aux urnes, est doté d'un sixième sens pour détecter ce genre de choses. Comme si les opposants, dans leur excès, avaient sécrété eux-mêmes le venin de la défaite.

 

Pascal Décaillet

 

17:03 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Comme vous j'ai voté non (en ce qui me concerne, en vertu du principe de la liberté individuelle) et pourtant je ne suis pas fâché d'avoir perdu!

Il y a plusieurs raisons à cet échec.

Le premier est que les arguments de l'emploi mis en avant ne tenaient pas à l'examen et une tel argument mal utilisé vous revient en pleine figure (6 semaines de vacances en est l'exemple).

Le second, le déséquilibre des moyens, un homme seul face à l'armada des promoteurs (mais c'est aussi une superbe démonstration de la puissance de notre démocratie lorsque le peuple n'est pas "berné" par de faux discours politiques).

Le troisième est que pour la majeure partie d'entre nous, acheter un petit coin de paradis valaisan, grison ou ticinese est devenu pure chimère vu la puissance de tir de l'oligarchie des tsars modernes et autres anglois de la city. leurs excès ont été les meilleurs agents électoraux de cette initiative.

Le quatrième, vous le mentionnez, l'attachement des suisses à la qualité de leurs paysages et lorsque le coeur d'un peuple parle, rien ne peut s'y opposer longtemps!

Comme vous je suis battu mais rassuré quant à la maturité politique de ce petit pays auquel il ne manque décidément qu'un gouvernement qui possède sa hauteur d'analyse et de vista.

Perdre dans ces conditions n'est pas perdre, c'est seulement participer à une prise de décision collective dans le respect de l'autre.

Bien à vous,

Écrit par : Patrick Dimier | 11/03/2012

Dans le fond, le "Petit" Suisse aime viscéralement les combats contre les Géants, qu'ils s'appellent Habsbourg ou promoteurs ...
Et quand on touche à ses montagnes,à ses paysages, à sa nature, le "Waldstätten" se réveille en lui. Il se sent soudainement investi de volonté et de courage prêt à relever le défi de toutes ses forces, celles du bon sens, de l'instinct et du sang.
Dans le fond, tout au fond résonnent les paroles du Cantique suisse "Sur nos Monts quand le soleil, annonce un brillant réveil, et d'un plus beau jour prédit le retour... les beautés de la Nature....etc " C'est pas du bidon...ni du sang dans les sillons, mais ça vous prend jusqu'aux trippes ! Au point de guider votre main et de voter finalement OUI avec le coeur plus qu'avec la raison !

Écrit par : J-F Girardet | 11/03/2012

J'ai voté oui et c'est tant mieux. Vivre dans un village fantôme totalement détruit par une architecture hors norme et sans goût, dormir dans un parc de lits froids ne donne pas l'impression de se lover dans les bras de Morphée, mais plutôt de hanter un cimetière sans âmes ! Espérons que cette initiative rendra la raison à ceux qui se sont enivrés de promesses juteuses et de projets spéculatifs sans considérer les intérêts régionaux tant économiques qu'écologiques.

Écrit par : Valaisannedecoeur | 11/03/2012

Moins de résidences secondaires
Mais plus d'hôtels ou de logements en location
Plus de lits chauds
Plus de touristes
Plus de travail dans les hôtels, restaurants, magasins de sport...

Oui, certains promoteurs immobilier vont souffrir; oui, l'emploi dans la construction va souffrir à court terme, mais pas l'emploi global.

Écrit par : Pascal Sartoretti | 12/03/2012

M. Decaillet,
Si vous aviez travaillé dans le tourisme, vous sauriez que ce qui fait marcher une station ce sont les lits touristiques (Hôtel, Apartement et Chalet) mis en location et non les résidences secondaires très souvent fermées à l'année et qui, souvent, n'ont servi qu'à planquer de l'argent caché aux impôts d'autres pays ou carrément à laver de l'argent sale!

Écrit par : Utopia | 12/03/2012

Les commentaires sont fermés.