30/04/2012

Merck Serono : l'exécutif de la Ville ne brille pas !

 

Sur le vif - Lundi 30.04.12 - 12.09h

 

Dans le drame social causé par la fermeture du site genevois de Merck Serono, les autorités politiques genevoises font ce qu'elles peuvent. C'est essentiellement au niveau cantonal (MM Unger pour l'économie et Longchamp pour le social) que les principaux leviers devront être actionnés. Que ces deux personnalités politiques soient soutenues dans leurs efforts. Mais de grâce, que d'autres magistrats, au niveau municipal, ne viennent pas compliquer les choses.

 

Nous avons déjà dit, ici, à quel point les propos de Mme Salerno sur les cols blancs, propos qui ont bel et bien été tenus (ensuite, on a tenté de censurer un quotidien), étaient déplacés. Franchement, ceux de son collègue de la Ville, Pierre Maudet, certes Maire de Genève en exercice, dans le journal « Der Sonntag », suintent trop l'électoralisme pour être crédibles. On est très heureux d'apprendre que M. Maudet est « prêt à prendre personnellement l'avion pour Darmstadt » (quel exploit !), on le voit surtout décoller vers l'horizon du 17 juin.

 

De grâce, l'affaire est assez grave comme cela. Il faut au canton une cellule de crise, ce que s'emploient à mettre en place les deux conseillers d'Etat cités plus haut. Que M. Maudet y mette sa formidable énergie, pourquoi pas. Mais dans une stratégie globale. Et non dans une aventure isolée, à fins strictement électorales.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Que d'eau, que d'eau !

 

Sur le vif - Lundi 30.04.12 - 08.56h

 

Mon excellente consoeur Valérie Duby nous apprend, dans le Matin, qu'Isabel Rochat veut distribuer verres et carafes aux fonctionnaires genevois pour les inciter à boire de l'eau. Louable ambition. Mais hélas, surpassée depuis longtemps par les redoutables techniques de communication du MCG. L'ancien président de ce mouvement n'a-t-il pas, d'un geste auguste, montré il y a quelques semaines qu'on pouvait distribuer l'eau sans conduite ni aqueduc, en totale gratuité, et par la seule mécanique du poignet? Dans cet art du baptême improvisé, la ministre, hélas, a encore beaucoup à apprendre. Au coup par coup ciblé, elle préfère l'arrosoir. A la jouissive irruption d'un rafraîchissement, elle substitue l'inondation pour tous, aux frais du contribuable. A la fluide magie d'une voie d'eau, elle tente de noyer nos désespoirs. A la grâce d'une source, elle établit l'uniformité du marais. Scepticisme. Insatisfaction. Soif.

 

Pascal Décaillet

 

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27/04/2012

France : je voterais Hollande

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 27.04.12

 

Je l'ai dit et répété : j'aurais voté, si j'étais électeur en France, pour François Bayrou au premier tour. Comme il y a cinq ans, j'ai aimé, chez cet homme, le discours de vérité, le rapport à la terre, l'exigence de rigueur. Nous voilà maintenant, comme dans le plus classique des scénarios, en présence d'un traditionnel duel gauche-droite. D'un côté, la France libérale, celle de Nicolas Sarkozy. De l'autre, la France socialiste de François Hollande. Deux grandes traditions politiques s'affrontent. Comme dans six seconds tours sur huit, depuis 1965. Il n'y eut que deux exceptions : le duel Pompidou-Poher (interne à la droite) de 1969 ; le fameux deuxième tour Chirac - Le Pen de 2002.

 

Une fois écrémées les candidatures populistes de gauche (Mélenchon) comme de droite (Marine Le Pen), l'une et l'autre habitées par le sel de la rhétorique et un sacré talent, il est vrai que les deux finalistes ne sont pas les plus excitants. A droite, un président usé, lâché, réduit à diaboliser son adversaire. A gauche, un homme dont il est difficile d'oublier la très grande discrétion lorsqu'il était premier secrétaire du PS, avec ses allures de Charles Bovary, ex-rondouillard aux airs de notable de province : il pourrait figurer le mari trompé d'un film de Chabrol. Avec Isabelle Huppert dans le rôle-titre, of course.

 

C'est pourtant pour cet homme-là que je voterais, le 6 mai. Même si ses propos sur les niveaux d'imposition m'exaspèrent. Même si son charisme ne m'a, pour l'heure, que très moyennement ensorcelé. Mais simplement parce que Sarkozy, ça n'est pas, ça n'a jamais (pour moi) été possible. Doué, certes, énergique, travailleur, et même sincèrement attaché à la réussite de son pays. Mais le rapport au monde de l'argent ! La fascination pour les riches, que relève cruellement Franz Olivier Giesbert dans son livre « Monsieur le Président » (Flammarion, 2011). Mais l'impossibilité d'une fierté d'Etat face aux possédants. Ça n'est pas dans la gestion courante que le président sortant a échoué, mais bel et bien dans son inaptitude à adopter la posture présidentielle. Laissons ici le Fouquet's et la croisière maltaise, qui sont ses diamants à lui, mais il y a tant d'autres signaux de manque de hauteur, déficience d'Etat.

 

Alors voilà, si j'étais Français, je donnerais sa chance à François Hollande. Pour réhabiliter la primauté de l'intérêt public. Relancer l'enseignement, qui est la clef de tout, et qui est notoirement malade. Restaurer une justice sociale - en espérant qu'elle ne soit pas thermidorienne - dans un pays dont c'est la tradition, la fierté, le fleuron. Ecole : pensons à Guizot et Jules Ferry. Equité : pensons à Blum, mais aussi aux grandes lois sociales de la Libération, à l'époque du Général de Gaulle. Oui, ce pays qui fut celui des grands ordres chrétiens avant d'être celui d'une République à laquelle je crois, mérite mieux qu'une éternelle génuflexion devant l'Argent spéculé. Oui, je voterais François Hollande.

 

Pascal Décaillet

 

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24/04/2012

Merck Serono : Sandrine Salerno dérape

 

Sur le vif - Mardi 24.04.12 - 16.02h

 

La préparation d'une émission spéciale (avec David Ramseyer et l'équipe de Léman Bleu, dès 18.30h) ainsi que la rédaction d'une analyse pour demain, le tout sur le séisme de Merck Serono à Genève, tout cela m'ôte le temps de m'exprimer en détail, ici, sur le sujet. Pour faire court, on dira :

 

1)   L'impératif de solidarité par rapport aux personnes qui perdent leur emploi sur la place genevoise.

 

2)   De solides questions sur la stratégie d'une entreprise qui vient d'augmenter considérablement ses dividendes, quelques jours avant l'annonce d'une charrette qui marquera le canton. Favoriser à ce point la valeur du capital, par rapport à celle du travail, n'est pas acceptable.

 

3)   Tout autant de questions par rapport à la faculté d'anticipation des pouvoirs publics. Ont-ils vu venir le séisme ? Disposent-ils des outils suffisants, dans l'ordre du renseignement, pour agir en amont ? Ne manque-t-il pas, dans l'espace genevois, une tête chercheuse du style d'un Aebischer, passerelle de génie entre le public et le privé ?

 

Toutes ces questions, oui. Mais pour l'heure, un dérapage de Sandrine Salerno. Autant nous étions là, il y a quelques mois, pour reconnaître sa liberté totale de parole lorsqu'elle s'exprime, comme militante, sur les multinationales. Autant nous sommes ici choqués de lire, sur le site de la TG, que la magistrate « ne se dit pas inquiète pour les collaborateurs en col blanc, qui peuvent facilement retrouver un emploi ».

 

Un peu léger, Madame Salerno. Un emploi, où ? Chez vous, à la Ville ? Dans une biotech subventionnée par M. Unger ? Et puis, en quoi le fait d'être « en col blanc », plutôt qu'en bleu de travail, devrait-il vous valoir moins d'inquiétude ? Vengeance de classe ? Vous avez dérapé, Chère Madame. Reconnaissez-le.

 

Pascal Décaillet

 

PS - 17.05h - Porte-parole de Sandrine Salerno, Valentina Wenger vient de m'appeler. Elle m'assure que les paroles de la magistrate ont été sorties de leur contexte. Ce que, bien entendu, je crois. Car je crois toujours ce qu'on me dit.

 

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21/04/2012

Bon Anniversaire au PDC! Pour cent nouvelles années!

 

Sur le vif - Samedi 21.04.12 - 16.36h

 

Il n'est peut-être pas, aujourd'hui, le plus nombreux, mais il est l'un des fondements de notre Histoire politique : le PDC suisse fêtera demain ses cent ans ! C'est à l'Unionsaal de Lucerne, le 22 avril 1912, qu'était fondé le Parti conservateur populaire, issu de multiples courants venant de la diversité des souches cantonales, mais notamment de la Doctrine sociale de l'Eglise, exposée en 1891 par le pape Léon XIII dans son encyclique « Rerum Novarum ».

 

L'Histoire de ce qu'on appelle (depuis 1970 seulement) le PDC suisse, celle des première décennies surtout, est complexe, très décentralisée en fonction des traditions cantonales. Et de toute façon, en tout cas jusqu'à la Grande Guerre, les partis nationaux ne sont pas ceux qui comptent le plus dans la tête des gens : tout se joue dans les cantons. Ambitionner, en 1912, de fédérer des courants aussi différents que ceux du Valais, de Fribourg, de la Suisse centrale ou orientale, n'était pas évident. Il y avait déjà des jaunes (chrétiens sociaux) et des noirs (conservateurs), déjà des clans familiaux, déjà de puissants antagonismes internes. Mais, tout bien pesé, c'est bien cette assemblée lucernoise d'avril 1912 qui peut être considérée comme la pierre fondatrice du parti national.

 

Ils revenaient de loin, les catholiques conservateurs défaits en 1847 au moment du Sonderbund, exclus des affaires (au niveau national) jusqu'en 1891, date capitale, à la fois celle du puissant message social de Léon XIII et de l'arrivée du Lucernois Josef Zemp, au milieu de six radicaux, au Conseil fédéral. Oui, pendant un demi-siècle, ils furent ostracisés des centres de décision fédéraux (qui certes n'avaient pas à l'époque l'importance actuelle), par les radicaux vainqueurs du Sonderbund. Oui, ils eurent des décennies de traversée du désert. Oui, il fallut attendre la fin de l'ère hyper-conservatrice de Pie IX, et l'avènement de son exceptionnel successeur Léon XIII (le pape du Ralliement de l'Eglise aux principes républicains), pour que lentement, les catholiques conservateurs suisses retrouvent le chemin de l'intégration.

 

Ce fut douloureux, difficile, non seulement parce qu'ils n'étaient pas aux affaires, mais surtout parce que les radicaux, eux, qui y étaient seuls, ont abattu pendant ces décennies (1848-1891) un titanesque travail, leur permettant, à juste titre, de se prévaloir comme les fondateurs de la Suisse moderne. Pourtant, à partir du moment où les catholiques conservateurs reviennent, ils donneront non seulement d'excellents conseillers fédéraux (dont le plus grand pourrait bien avoir été Kurt Furgler), mais s'intégreront parfaitement dans la machine politique suisse. Dès 1919, l'année de la proportionnelle, ils auront deux conseillers fédéraux (Musy rejoint Motta), ils en auront même trois dans la parenthèse 1954-1958.

 

L'Histoire du PDC suisse est demeurée complexe et multiple de 1919 à nos jours : le travail à Berne est une chose. L'extraordinaire ancrage du parti dans les cantons (Valais, Fribourg, actuel Jura, Genève, Suisse centrale, orientale, Tessin, Grisons) mérite d'être étudié avec des loupes locales. Que serait l'agriculture valaisanne sans Maurice Troillet, par exemple ? A Genève, c'est même commune par commune qu'il convient d'apprécier le travail de fond du PDC, souvent par familles, par dynasties. En Valais, c'est district par district (allez comparer les Noirs d'Entremont avec des PDC anniviards, ou du Bas), commune par commune. Et parfois, oui : famille par famille ! Paradis pour la micro-Histoire, les mémoires et les thèses de proximité. Sous-estimer la profondeur tellurique de cet enracinement local, sous prétexte que sous la Coupole, ils ne sont pas si nombreux, c'est passer complètement à côté de la réalité du PDC suisse.

 

Souhaitons bon anniversaire, pour ses cent ans, à ce grand, ce beau, ce chaud parti qui a totalement sa place dans notre paysage politique suisse, la complexité de sa magie, la fragilité de ses équilibres. Souhaitons aussi à Christophe Darbellay, le Flandrin des Glaciers, qui vient d'être réélu à la présidence nationale, de tirer la cordée vers d'enivrantes hauteurs.

 

Pascal Décaillet

 

 

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PLR: la nécessité d'un New Deal

 

Edito publié ce matin en une du Giornale del Popolo - Samedi 21.04.12

 

Un entrepreneur-locomotive, venu d'Argovie, pour succéder à un avocat tessinois subtil, raffiné et cultivé. Un fonceur, à la place d'une patiente araignée tacticienne. Philipp Müller, 60 ans cette année, pour prendre, ce samedi 21avril, à Berne, le place de Fulvio Pelli. Une page se tourne dans l'Histoire du Grand Old Party, le parti qui a façonné la Suisse moderne, comptait encore 24% des voix, sous la Coupole, il y a vingt ans. Plus que 15,1% aujourd'hui. Le choix de Müller, c'est le pari sur une nouvelle dynamique. Relancer la machine ! Va-t-il réussir ?

Avec son humour habituel, Fulvio Pelli avait eu cette phrase, au moment des difficultés électorales de l'automne 2011 : « Si les gens commencent à en avoir marre de nous, que peut-on faire ? ». Oh, certes, le parti n'est pas mort. De beaux succès, même, récemment, à Saint-Gall, Schwytz, Uri, Vaud, Neuchâtel. Et le parti réunifié - PLR - demeure, à Genève, malgré les affaires, le premier du canton. Mais enfin, tout le monde est d'accord sur un point : il faut un nouveau souffle. Une nouvelle donne, comme on dit aux cartes. New Deal. Ça passe par une nouvelle équipe. Et par un nouveau chef.

« Philipp Müller, c'est Monsieur 18% », s'exclamait lundi soir le président sortant (il cède aussi sa place samedi) des Verts suisses, Ueli Leuenberger. Référence à cette initiative que Müller avait portée de toutes ses forces, il y a plus d'une décennie, pour plafonner l'immigration en Suisse. Le texte, en 2000, avait été nettement rejeté par le peuple. Mais depuis, le conseiller national argovien, entrepreneur en bâtiment, plâtrier-peintre de formation, ancien pilote de course (imagine-t-on Fulvio Pelli à Monza ?), en porte les stigmates : pour toujours, il sera Monsieur 18% ! Ses ennemis, à gauche, ne perdent jamais une occasion de le lui rappeler.

L'avènement de Müller, c'est aussi celui d'une nouvelle équipe. Avec, en principe, cinq vice-présidents élus ce samedi à Berne, pour épauler l'Argovien, appliquer une stratégie commune, dans toute la Suisse. Une Tessinoise, Carla Speziali, Maire de Locarno ; deux Romands : les conseillers nationaux Isabelle Moret (VD) et Christian Lüscher (GE) ; une Zurichoise, Carmen Walker Späh, présidente des femmes PLR ; un Schwytzois : Vincenzo Pedrazzini ; un Bernois : le conseiller national Christian Wasserfallen. Six candidats pour cinq sièges ! Il n'y aura, en principe, qu'un malheureux.

Tout cela, pour quel objectif ? « Dépasser les socialistes en 2015, et devenir le deuxième parti de Suisse », déclare Philipp Müller. Et l'UDC ? Quelles alliances ? Quel chemin commun ? Quelles impossibilités ? Et le PDC ? Continuer de voir les gentils cousins chrétiens slalomer, quelque part à leur gauche ? Oui, le parti qui a fait la Suisse, et lui a donné certains de ses plus grands hommes, doit absolument se redéfinir. Attaquer l'avenir avec une ligne claire. Retrouver l'essentiel ; la confiance. Tout cela, sous la houlette de « Monsieur 18% ».

Tiens, 18% : si au moins, en 2015, cela pouvait être un objectif électoral atteint ! Non pas d'étrangers, of course. Mais de voix PLR, en octobre, aux élections fédérales !



Pascal Décaillet

 

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20/04/2012

Maudet : le sel républicain de l'aventure

 

Sur le vif - Vendredi 20.04.12 - 15.35h

 

Il y a quelque chose de fort dans la candidature de Pierre Maudet : le goût salé de l'aventure. Là où le Maire de Genève a tout à perdre ! Il est évident, pour qui sait compter, que Mme Emery-Torracinta, avec derrière elle une gauche unie, est la mieux placée pour le 17 juin. Evident que M. Stauffer va se battre comme un lion. Evident que M. Seydoux grignotera des voix à Maudet. Evident que les UDC n'ont pas oublié d'avoir été traités, il y a un an, comme des abrutis. Evident qu'au sein même de ce nœud de vipères appelé « PLR », d'aucuns, pour de noires raisons de rancœur et de rancune, sanctionneront l'éternel jeune premier de la politique genevoise. Bref, beaucoup d'évidences. La promesse d'une addition très dure. Pour Anne-Emery-Torracinta, un boulevard.

 

Justement pour tout cela, parce que c'est incroyablement risqué, la candidature Maudet, qu'on y soit favorable ou non, mérite le respect. Il aurait pu ne pas y aller. Rester peinard à la Ville, ne surtout pas se mêler à une compétition électorale où on ne peut pas dire que l'étiquette « PLR » soit le label le plus porteur : c'est à peu près comme se déclarer bonapartiste au début de la Restauration de 1815, au moment où les emperruqués de Louis XVIII règlent les comptes !

 

Oublions ce sigle, « PLR », qui ne veut pas dire grand-chose. Revenons aux fondamentaux : les radicaux, les libéraux. Les premiers, après la non-réélection de Gérard Ramseyer, en 2001, ont touché le fond. Deux hommes, il faut le dire, ont sauvé ce vieux parti de la disparition : François Longchamp au Canton en 2005, Pierre Maudet à la Ville en 2007. Ce mérite, en aucun cas, ne saurait leur être contesté. Seulement voilà : quand on accède au pouvoir - tous les pouvoirs du monde - le risque de l'abus, celui de l'arrogance aussi, celui de l'isolement dans une tour d'ivoire, celui de n'écouter que ses courtisans, est immense. Même Maudet, à certains moments (la campagne du printemps 2011 pour sa réélection) y a cédé. C'est ainsi : le pouvoir, lorsqu'il n'assoupit pas, corrompt.

 

En ce sens, l'élection complémentaire, qu'elle soit gagnée ou non le 17 juin, est peut-être la grande chance de Pierre Maudet. Ramasser, à terre, le foulard. Relever le défi. Repartir au combat. Non pas ce jeu de dupes d'il y a un an, en Ville, avec ce trio de co-équipiers si singulier, mais Maudet seul, Maudet contre tous. Contre la redoutable machine de guerre de la gauche (l'équipe est déjà en ordre de marche, et Anne Emery-Torracinta commence très bien sa campagne). Contre les quarantièmes rugissants venus d'Onex. Contre les dissidences et les morsures internes. Le Maudet, comme on l'aime : l'inconformiste qui se bat, celui qui ose. Les morts qu'il doit réveiller ne sont pas ceux de la rue des Granges, où sommeillent d'un œil de lourdes fatigues patriciennes, mais ceux de Sait-Gervais. Les grognards et les mécontents, les populaires, les démocrates viscéraux. Cela porte un magnifique nom, hélas dévoyé par la Bahnhofstrasse, l'insupportable lobby des colonels banquiers de ma jeunesse ; cela s'appelle les radicaux.

 

Si Maudet ne renoue pas, d'ici le 17 juin, avec cette fibre populaire, cette jactance de la rue (où Stauffer se sent si bien), il est perdu. Si, au contraire, il réussit à incarner un espoir puissamment républicain, ne cédant ni aux redistributions si douillettes de la gauche, ni à l'argent facile de la droite financière, l'argent spéculé, alors oui, qu'il gagne, et même peut-être qu'il perde dans deux mois, il aura relancé quelque chose de fort. Dans son camp, il en est le seul capable. A lui de jouer.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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Mendier n'est pas un crime

 

Sur le vif - Vendredi 20.04.12 - 12.42h

 

Mendier n'est pas un crime: je soutiens cette pétition, remise aujourd'hui avec 3500 signatures à Genève. Il faut démanteler les réseaux. Mais l'acte individuel de mendier - et de donner ou non à
un mendiant - demeure une liberté humaine dont l'Etat n'a pas à se mêler. Je ne supporte pas les campagnes politiques sur le dos des mendiants. Encore moins lorsqu'on ne dit même plus "les mendiants", mais "les Roms". Indécence. Inculture historique. Colère.

 

Pascal Décaillet

 

 

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19/04/2012

René Gonzalez

 

Jeudi 19.04.12 - 13.56h

 

De Vidy, il avait fait un lieu magique. Habité par l'esprit. Un lieu de jeu, de masques, de surprises, d'émotions intenses. Furtives. Il en avait fait ce que Claude Stratz avait fait de la Comédie, Martine Paschoud du Poche, Chéreau des Amandiers : un lieu de vie.

 

Qu'est-ce qu'un directeur de théâtre ? Celui qui hume, détecte. Celui qui donne le souffle. Celui qui tranche, celui qui aime. Autour de lui, quelque chose se passe. Invisible, quelque chose danse : l'esprit.

 

Peu de patrons auront marqué leurs lieux, en Suisse romande, comme René Gonzalez à Vidy. Un espace pour le théâtre et autour du théâtre, la magique proximité du lac. Structure, oui. Et bien gérée ! Mais structure, non tournée sur elle-même, mais entièrement au service des œuvres. La matière, comme enluminure de l'esprit.

 

Des lieux où souffle l'esprit. Grâce à lui, Vidy en est un. C'est ce qui fait un homme : le passage glissant d'une âme. Qui demeure.

 

Pascal Décaillet

 

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18/04/2012

La révocation pour les nuls ?

 

 

Je poursuis ici ma série d'entretiens avec le jeune écrivain Grégoire Barbey. Thème du jour: faute de révoquer l'Edit de Nantes, si on révoquait en cours de mandat les élus laissant à désirer? - Mercredi 18.04.12 - 14.23h.

 

 

GB - Cher Pascal, vous qui y êtes, si je ne m'abuse, profondément démocrate - et d'après ce que j'ai pu lire et entendre de vos positions, je serais tenté de vous assimiler, au moins en théorie, au PDC -, que penseriez-vous d'une initiative demandant à instaurer comme droit civique la possibilité de révoquer les élu-e-s en cours de mandat ? Bien évidemment, les contours d'une telle initiative devront être dûment dessinés pour être cohérents. Ces politiciens qui parlent de transformer la politique sont nombreux, mais ils n'apportent rien. Pour une politique non pas de spectacle, mais bel et bien d'acte, offrons au Peuple le droit d'influer sur ses représentant-e-s !

 

PaD - A la bonne heure, me voilà PDC ! Divine surprise. Sur le fond de votre proposition : la démocratie, c'est, par exemple, le pouvoir pour le peuple d'élire ses représentants. Pour une période donnée : quatre ans, cinq ans. Cela ne doit pas être le pouvoir, pour le peuple, de harceler continuellement ses élus, en cours de mandat, par des menaces de révocation. Il faut laisser à nos autorités le temps de l'action. Et la meilleure sanction, c'est, le terme venu, la non réélection. En cas de crise aiguë, les intéressés, de toute manière, sont soumis à une telle pression (de leurs pairs, souvent !) qu'ils finissent spontanément par démissionner.


GB - Dans « le Matin » du 6 avril, le Conseiller national (PLR/VD) Fathi Derder parlait justement de cette peur qu'ont les élus de ne pas être réélus, allant jusqu'à affirmer que certains préféraient agir le moins possible pour s'éviter la foudre de leurs électeurs. Cette proposition de pouvoir révoquer les élus en cours de mandat devraient au contraire les pousser à écouter les doléances du Peuple plutôt que de sombrer dans des mascarades théâtrales pour faire passer la pilule...

 

PaD - Je ferais volontiers la connaissance de ce Monsieur ! Rappeler continuellement à nos élus leur devoir de diligence et d'efficacité, oui. C'est le rôle de l'opinion publique. Les attaquer éditorialement, oui. Leur rappeler qu'ils sont au service de la collectivité. Mais la révocation, ou l'impeachment (cf. Nixon, 1974), cette épée de Damoclès, ne me semble pas une bonne solution. En les élisant, on leur donne un certain pouvoir pour une certaine durée. Exemple : Sarkozy a eu cinq ans pour agir. Le 6 mai à 20h, il sera peut-être poliment prié d'aller voir ailleurs. Il aura eu sa chance.

 

GB - Oui, il aura eu sa chance. Et à quel prix ? Tous, ou presque, s'accordent pour dire que son bilan est catastrophique. Combien de françaises et de français ont ardemment désiré de le voir se retirer avant l'heure ? Nous ne pouvons pas seulement élire puis nous contenter d'attendre, la bouche ouverture, que vienne l'heure des comptes. Diriger un pays, participer à son fonctionnement, incombe des responsabilités, mais avant tout des devoirs ! Et nos représentants, démocratiquement élus, n'échappent pas à cette règle !

 

PaD - Certes. Mais je ne suis pas d'accord de soumettre nos élus à la dictature, au demeurant si versatile, de l'opinion. Tout mandat a des hauts et des bas, tout président doit se heurter à des grèves, des crises. Et c'est justement à lui de les résoudre. Dans une enveloppe de temps donnée. Et puis, il faut parfois prendre des décisions impopulaires : hausses d'impôts, allongement des durées de cotisation. Sous les huées, il faut tenir. C'est très dur, mais ça fait partie du jeu. Et c'est pour cela qu'il faut élire des gens avec du format.

 

GB - Tout doit être une question de juste mesure. Laisser le champ libre durant plusieurs années à une personne, au demeurant humaine et capable de se tromper et ainsi en faire pâtir la population toute entière, je n'y suis que moyennement favorable. Je ne veux pas d'un diktat de l'opinion publique, mais je ne veux pas non plus d'une aristocratie politique ! Dès lors, il faut pouvoir instaurer des garde-fous pour sauvegarder nos institutions et le bien-être de nos semblables.

 

PaD - En l'espèce - et en attendant mieux - il y a déjà un jouissif garde-fous : la non-réélection. Et un autre, en cours de mandat, qui n'est pas moindre : la liberté absolue de s'exprimer, critiquer, brocarder, vilipender. Elle ne s'use, celle-là, que lorsqu'on ne s'en sert pas.

 


Grégoire Barbey + Pascal Décaillet

 

 

 

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17/04/2012

Chirac vote Hollande ? Normal !

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Sur le vif - Mardi 17.04.12 - 14.50h

 

On le traite de fou. Ou de gaga. On dit que le Vieux a perdu la raison, se broute les neurones, file à l'ouest. Toujours l'ouest ! Lorsqu'il a dit une première fois qu'il allait voter Hollande, à la Pentecôte de l'an dernier, il s'est trouvé mille colombes salvatrices, dans son entourage, pour immédiatement rectifier le tir : c'était pour rire !

 

Las. Au-delà du problème personnel de Jacques Chirac face à Nicolas Sarkozy (la trahison vers Balladur à la présidentielle 1995), il faut vraiment méconnaître la galaxie et surtout l'Histoire des droites françaises, disons depuis la Révolution, pour s'étonner du choix de l'ancien président.

 

Oh, Jacques Chirac est tout sauf un saint, qualité n'ayant d'ailleurs nulle pertinence dans l'ordre du temporel. Qu'il ait magouillé, maquignonné, soit. Qu'il ait beaucoup changé d'avis, aussi, et ne remontons pas à cette année 1950 où, à 18 ans, il vendait l'Humanité à la criée. C'est vrai qu'il fut tout à tour, et au gré des circonstances, jacobin et girondin, parfois limite Montagnard, ce qui ne signifie pas qu'il ait gravi le Cervin. Etatiste et libéral, aussi. A la vérité, un pragmatique, un radical.

 

Radical, dans le sens français. Celui d'Henri Queuille (1884 -1970), cet inoxydable politicien corrézien, qui fut à la fois le mentor, en politique, de François Mitterrand (Nièvre, 1946) et de Jacques Chirac (Corrèze, 1967). Il a tout fait, Queuille, y compris trois fois président du Conseil. Sa biographie, complète et profonde, reste à établir. Cette école politique-là, qui est aussi celle d'un François Hollande, est celle du terrain, de la connaissance des gens, de millions de poignées de mains, et de la négociation. On dira qu'en politique, elle accorde davantage de place à la pratique, au frottement, à l'expérience, qu'aux grandes théories parisiennes. Elle implique aussi une méfiance, non face à l'argent, mais face à l'argent-roi, l'argent spéculé, l'argent tombé du ciel. Oui, c'est en Province, principalement, que le radical-socialisme s'est le plus épanoui. Jacques Chirac et François Hollande, par leur attitude face à l'électorat, leur instinct aussi, relèvent de cette filiation. Nicolas Sarkozy, pas du tout.

 

Connaître l'Histoire des droites en France. Au moins la distinction entre bonapartisme - celui de Chirac lorsqu'il bombe le torse - et orléanisme, la droite de l'Argent, la droite des banques, des intérêts sur le capital et surtout des intérêts spéculatifs. Droite qui rendit, reconnaissons-le tout de même, de beaux services aux pays en certains moments de son Histoire : investissements courageux (mais aussi d'autres, désastreux) sous le Second Empire, formation intellectuelle d'un Poincaré, d'un Tardieu ou même d'un Valéry Giscard d'Estaing, qui ne sont pas les pires figures de l'aventure républicaine.

 

Alors voilà, ne revenons pas sur le Fouquet's, ni sur la croisière maltaise. Mais enfin, reconnaissons que le rapport de Nicolas Sarkozy avec l'argent, sa fascination pour les riches, tout cela, comme président de la République, pose problème. Car la France n'est pas l'Angleterre. Ni les Etats-Unis. Du chef de l'Etat, elle attend, dans ce domaine-là, une retenue. Pour ma part, c'est quand j'ai commencé, au début du deuxième septennat, à le voir tomber en admiration devant un Tapie, ou un Berlusconi, que je me suis détourné de François Mitterrand.

 

Le Vieux votera-t-il Hollande ? C'est parfaitement possible. Les esprits les plus simples diront que c'est juste pour emmerder Sarkozy, admettons que ça joue un rôle. Ceux qui se sont un peu nourris d'Histoire de France, à travers Tocqueville, Michelet, Pierre Nora ou Lacouture, auront tendance à trouver cette incongruité, au fond, parfaitement normale. En politique, les lignes de faille ne sont pas toujours là où on croit.

 

Pascal Décaillet

 

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Jour du Seigneur

 

Sur le vif - Mardi 17.04.12 - 09.31h

 

M. Mélenchon vocifère contre le travail du dimanche. Sauf pour une catégorie de personnes: les cameramans et preneurs de son qui le filment, un dimanche, alors qu'il vocifère contre le travail du dimanche.

 

Pascal Décaillet

 

09:31 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

15/04/2012

Présidentielle : merci, M. Mélenchon !

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Sur le vif - Dimanche 15.04.12 - 17.10h

 

L'observation des oiseaux est une passion qui laisse parfois un peu de temps. Elle m'a permis, il y a quelques jours, là où se meurent les Rhônes, entre aigrette et héron, de lire une biographie de François Hollande (Serge Raffy, Fayard, septembre 2011). En même temps qu'une autre, de Nicolas Sarkozy (M. le Président, Franz-Olivier Giesbert, Flammarion, décembre 2011). C'est amusant : j'ai sans doute lu près de 200 livres sur de Gaulle, une bonne cinquantaine sur Mitterrand, un ou deux sur Pompidou, Giscard, Chirac. Je n'en avais lu aucun, jusqu'à maintenant, sur ceux qu'on nous annonce comme les antagonistes du second tour 2012. Pourquoi ?

 

Ces deux livres, surtout Giesbert (comme toujours), sont fort bien écrits. On y découvre deux magnifiques combattants de la vie politique française, un Hollande beaucoup moins mou qu'il n'y paraît, un Sarkozy moins obsédé par le fric, sincèrement attaché à l'amour du pays. Tout cela, certes. Encore qu'il faille toujours s'interroger sur la part d'hagiographie lorsqu'un livre paraît, comme par hasard, à l'aune d'une présidentielle. Mais enfin admettons, deux hommes de valeur. Je le dis d'autant plus volontiers que je ne voterais ni pour l'un, ni pour l'autre, comme on sait en lisant ce blog, si j'étais citoyen français, au premier tour.

 

De valeur, mais quoi ? Mais avec une faille, pardi ! Le super professionnalisme, ça n'est pas encore ce bois d'ébène, si rare, dont se chauffent les hommes d'Etat. Maîtrise des dossiers, connaissance du terrain (Hollande est un véritable Mitterrand, trempé dans le radicalisme de Queuille, de la carte des circonscriptions françaises), habileté, ténacité. Ils sont bons, excellents, ont réponse à tout, mais j'ai parfois l'impression, avec leur souci du moindre détail, qu'ils briguent Matignon davantage que l'Elysée. Plus ouvert, plus terrien, plus accroché à ce que j'aime dans l'âme française, Bayrou, avec ses ailes jaillies des racines, comme des têtes de chapiteaux, me parle plus. Et mieux.

 

Ce dimanche, à l'instant, les deux favoris du second tour parlaient en même temps, comme en d'homériques duels : on se cherche, on s'invective, coups de menton, regards noirs, élégances de fiel, à distance convenable. Hollande à Vincennes, Sarkozy à la Concorde, chacun devant des foules considérables. Le site du Nouvel Observateur a eu l'excellente idée de nous proposer les deux retransmissions en direct, sur écran partagé : il fallait juste couper le son de l'un pour entendre l'autre. J'ai suivi les deux discours, zappant de l'un à l'autre, crayon en main.

 

Une chose m'a frappé : enfin, ces deux hommes nous parlent de la République. Et nous parlent de la France. Ce champ dont ils avaient laissé jusqu'ici la jachère à Mélenchon, ils sont enfin (bien tard !) partis à sa reconquête. Vincennes, Concorde, du duc d'Enghien à la place de Grève, il y a là la fertilité métaphorique de toute une Histoire dont on se demande pourquoi il faudrait l'abandonner aux seuls érudits. Mélenchon, dès le début, l'a compris, lui qui a fait, et de loin, la meilleure campagne de cette présidentielle 2012. Verbe d'éclat, surgi des profondeurs, courage de nous parler de la Révolution, de fraternité, d'union : sans nécessairement partager ses thèses, comment ne pas vibrer ? Il aura été la révélation de cette campagne.

 

Alors, voilà, à une semaine du terme, l'orléaniste Sarkozy, égaré du Fouquet's et des eaux territoriales maltaises, et l'ex-premier secrétaire le plus éteint de toute l'Histoire du parti socialiste français, par le miracle d'un dimanche, retrouvent leur verve. Pour l'un comme pour l'autre, on sent bien les conciliabules des conseillers en communication, déboussolés depuis des semaines par la roide fierté républicaine d'un Mélenchon, ces drapeaux rouges enfin nationaux (qui pourrait, aujourd'hui, parler d'un « parti de l'étranger »?), cet appel à de profondes valeurs qui, au moins depuis deux siècles, ont fait le pays. Alors, le président sortant et le candidat socialiste, bon gré mal gré, ont tenté cet après-midi de faire du Mélenchon. C'est un peu tard. Mais pourquoi pas ?

 

On rappellera juste aux équipes de conseillers la nécessité de discrétion dans le plagiat : j'écoutais jusqu'à trois fois par jour, dans mes jeunes années, le 33 tours des discours de Malraux. Ces messieurs de la communication aussi, l'ont apparemment beaucoup écouté. Jugez plutôt :

 

- Malraux, 4 septembre 1958, place de la République, juste avant de Gaulle : « Le peuple de Paris est là ! ». Sarkozy, cet après-midi, dimanche 15 avril 2012, place de la Concorde : « Le peuple de France est là ! ».

 

- Malraux, décembre 1964, transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon, dernières syllabes d'un discours d'exception : « Ce jour-là, il (Moulin, défiguré par la torture) était le visage de la France ». Hollande, cet après-midi, dimanche 15 avril 2012, Vincennes : « La majorité n'aura qu'un seul visage : le visage de la France ».

 

En résumé, merci à M. Mélenchon, non seulement d'avoir fait une fantastique campagne, mais d'avoir élevé, pour ses propres concurrents, le niveau d'exigence d'un discours politique : parler de la nation, du pays, de la fraternité, de ce qui nous rassemble. Rendez-vous dans une semaine.

 

Pascal Décaillet

 

17:10 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Imprimer |  Facebook | |

Bayrou, un sillon solitaire

 

Dimanche 15.04.12 - 10.38h

 

A une semaine du premier tour français, je reste fidèle, comme il y a cinq ans, à la candidature de François Bayrou, même si les sondages sont mauvais. Justement parce que les sondages sont mauvais. C'est un homme seul. Pas très bon, pour une présidentielle au suffrage universel! Certes. Mais j'ai toujours aimé les hommes seuls. Et les causes perdues.

 

Pascal Décaillet

 

 

10:38 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

13/04/2012

L'argent c'est quoi, au juste ?

 

Ma série d'entretiens avec le jeune écrivain Grégoire Barbey. Suite. Publié le vendredi 13.04.12, 15.31h.

 

PaD - Je reviens à ces 2500 francs d'allocation d'existence. Une chose m'échappe. Qu'un apparatchik comme Oswald Sigg, ayant passé sa vie à blanchir sous le harnais de superstructures subventionnées, défende cette idée, soit. Mais vous ! Vous êtes jeune, avez la vie devant vous, l'envie d'écrire, vous militez en politique (Verts libéraux), tout cela est excellent. Vous m'avez l'air, aussi, en pleine forme : travaillez donc ! Engagez-vous dans l'aventure professionnelle. Frottez-vous à des concurrents. Suez. Défoulez-vous. Brillez. Mais n'attendez pas qu'une manne tombe du ciel.

 

GB - Bien sûr, comme vous dites, pour moi, les choses vont bien. Ou mieux, c'est selon. Cela n'a pas toujours été le cas, et si aujourd'hui je défends cette idée - même si je ne suis pas dupe quant à sa possible réalisation - c'est par idéologie, parce que toutes et tous n'ont pas ma chance - votre chance ! Je n'attends rien du Ciel. Je ne crois en rien de transcendant. J'ai foi en l'humain, et j'aime à penser qu'il peut œuvrer pour le bien-être de chacun, et non le contentement de tous. Cette nuance est d'importance !

 

PaD - Ceux qui ont perdu leur emploi, ou leur santé, ceux qui ne peuvent pas, ou ne peuvent plus, c'est en ordre : nous devons les aider. Je parle de ceux, comme vous et moi, qui peuvent ! Cet argent, ces 2500 francs, viendraient d'où ? Cette richesse, qui l'aurait produite ? Réponse : les actifs ! En clair, si l'initiative passe, on demande à ceux qui bossent, en plus de toutes les taxes, tous les prélèvements obligatoires (j'en connais un rayon, comme entrepreneur indépendant et employeur !), tous les impôts (trois à quatre mois de boulot pas an), de financer cette manne universelle de 2500 francs par tête de pipe. Pour les déshérités, je dis oui. Pour les autres, désolé, je dis non.

 

GB - Et que gagnerons-nous à nous débarrasser d'une bureaucratie sociale inefficiente et inadaptée aux besoins d'une population dont chaque individu est foncièrement différent ? Pensez-vous, ou avez-vous même idée, de l'effroyable machine administrative qui se cache derrière l'aide sociale en Suisse ? Ce qui me séduit dans cette initiative, c'est justement la possibilité de faire reculer la puissance d'un État bureaucrate. L'État, disait Nietzsche, est le plus froid des monstres froids.

 

PaD - Je crois en l'Etat, depuis toujours. Pas comme machine, mais comme arbitre. Justement pour corriger les inégalités. Mais de façon ciblée. Cette allocation-arrosoir, ces 2500 francs qu'on recevrait au seul titre qu'on existe, c'est la vraie valeur de l'argent qui perd son sens. Paradoxalement, et même si les intentions n'ont rien à voir, je rapproche cette perte de sens du principe de spéculation. Je rejette l'un et l'autre : la manne et le casino. Le céleste, et le virtuel. Je crois profondément que l'argent doit se gagner en travaillant. Si vous avez un peu de temps. Je vous recommande « L'Argent », de Péguy, dans les Cahiers de la Quinzaine, Editions Pléiade. Une œuvre anticapitaliste, et profondément républicaine.

 

GB - J'en prends note. Mais qu'est-ce que l'argent ? Je vous disais lors de notre dernier entretien qu'il n'est pour moi qu'un moyen, celui de vivre, car il en faut bien dans notre société pour tourner ! J'aime beaucoup la phrase du candidat français à l'élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon : survivre, ce n'est pas vivre. Je suis persuadé qu'il faille désormais nous concerter toutes et tous pour apporter des solutions à tous ces gens, oubliés par nous autres, et leur offrir la moindre des choses que nous pourrions souhaiter pour nous-mêmes : la décence et la dignité. Je récuse les dogmes, et l'argent ne doit pas devenir un Dieu suprême. Nous ne devons pas en avoir peur, il nous faut l'utiliser, puisqu'il nous est nécessaire. Mais à bon escient, sans laisser d'autres, avec nos connaissances et nos technologies, mourir la bouche ouverte. Pourquoi pas, comme Rousseau jadis, créer un nouveau contrat social ?

 

 

Grégoire Barbey + Pascal Décaillet

 

 

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L'argent se mérite. Par le travail

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 13.04.12

 

2500 francs par mois pour chaque personne, active oui non, vivant légalement en Suisse. On appelle cela un « revenu de base inconditionnel ». Le montant, certes, ne figure pas dans le texte de l'initiative, mais des membres du comité l'articulent eux-mêmes. 2500 francs qui tomberaient du ciel, manne d'Etat, non parce qu'on aurait produit un travail, mais simplement parce qu'on existe. J'existe, donc je touche le revenu inconditionnel. Aberrant. Lunaire. Totalement irréaliste quant au financement. Surtout, jailli de cerveaux totalement théoriques, tellement éloignés de la réalité du monde du travail. Où il s'agit se retrousser les manches pour obtenir un salaire.

 

Dieu sait si je suis attaché à l'Etat social. Il n'est pas question de laisser sur le bord du chemin les plus démunis, les plus faibles, les infirmes, les personnes âgées dépourvues de moyens, ni les jeunes en formation. Dieu sait, et mes lecteurs ici, depuis plus de douze ans, peuvent en témoigner, si j'ai toujours rejeté le libéralisme de casino, celui que condamne déjà Péguy, celui de l'Argent roi, l'Argent spéculé, gagné sans efforts. Dieu sait, aussi, si j'ai toujours prôné les mécanismes régulateurs permettant à l'Etat d'accomplir son devoir de solidarité. Cela me rapproche à la fois des radicaux historiques, de la Doctrine sociale de l'Eglise, et même, eh oui, de certains socialistes, lorsqu'ils puisent leurs racines ailleurs que dans la vengeance de classe.

 

Tout cela, oui. Responsable d'une PME, indépendant avec une employée, je trouve tout à fait normal, sur le bénéfice qui me reste une fois réglées toutes les charges, de payer des impôts, et même pas mal d'impôts, pour la sécurité, la santé, la solidarité, les grandes infrastructures de la ville, du canton, du pays où je vis. Je dis simplement qu'il y a une limite, et que toute la dialectique gauche-droite s'organise autour de cette limite : où placer le curseur ? Quand j'entends les taux fiscaux annoncés par François Hollande, candidat qui par ailleurs me séduit, je ne suis plus d'accord. Il y a un moment où ça n'est plus possible !

 

Bien sûr, l'initiative sur le « revenu inconditionnel » sera (pour peu qu'elle obtienne les signatures) balayée par le peuple suisse. Parce que c'est un peuple incroyablement mûr et responsable. Capable de refuser des baisses d'impôts, des vacances supplémentaires. Parce qu'il sent bien que rien, dans le monde du travail ni d'ailleurs dans la vie, ne peut surgir de la facilité. Il faut se battre ! Et c'est cela qui m'inquiète tant dans le cerveau des initiants : cette idée d'une rémunération arrosoir, indépendante de tout mérite, de tout effort. Pour les faibles, les démunis, les écorchés de la vie, aucun problème, je dis oui. Pour un homme en pleine santé, en pleine force de l'âge, osons le dire : ce serait tout simplement une honte.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

13:08 Publié dans Chroniques éditoriales Nouvelliste | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

12/04/2012

2500 francs pour tous : le pour et le contre

 

 

Je poursuis ici ma série d'entretiens avec le jeune écrivain Grégoire Barbey. Notre sujet, aujourd'hui: l'initiative populaire réclamant un revenu minimal de 2500 francs par mois pour chaque personne, active ou non, vivant légalement en Suisse. Publié le jeudi 12.04.12, 14.26h.

 

 

GB - Monsieur Décaillet, seriez-vous à ce point opposé à l'autonomisation de vos semblables ? Pensez-vous donc qu'un revenu de base inconditionnel soit défavorable à la population ? Mais dites-moi, seriez-vous un fervent adepte du darwinisme social - ou seuls les plus forts et les plus aptes peuvent survivre ? La loi de la jungle, sans État ?

 

PaD - Entre 2500 francs par mois pour tous, parachutés par l'Etat, et le darwinisme social, il y a peut-être un entre-deux, non ? Autant je suis favorable à ne laisser personne sur le bord du chemin, à aider les plus faibles, à financer par l'impôt l'Etat social, autant ce « revenu inconditionnel » me semble délirant. Je le condamne au même titre que j'ai toujours condamné, de l'autre côté de l'échiquier, la spéculation : l'argent doit provenir du travail, du mérite, de l'effort, pas du ciel.

 


GB
- Voyez-vous ça ! Qui parle de ne point travailler ? En tout cas, l'initiative ne fait nullement référence à une quelconque possibilité de cesser toute activité professionnelle pour vivre avec la faible somme de 2500 francs par mois. Au contraire, qui, à Genève, pourrait se permettre ce luxe ? L'argent n'est pas une fin en soi, il n'est qu'un moyen, vous dis-je !

 

PaD - Le texte est clair : 2500 francs par mois, qu'on travaille ou non. 2500 francs, juste parce qu'on existe. Pour ma part, je travaille depuis l'âge de vingt ans pour gagner ma vie, puis celle de ma famille, puis pour financer mon entreprise. Sur le bénéfice qui me reste, à la fin de l'année, une fois payées toutes les charges, je trouve tout à fait normal de payer des impôts. Et ces impôts financent l'Etat social. Pour la protection des plus faibles, à laquelle je suis attaché. Mais pas pour une sorte « d'allocation d'existence », au reste impossible à financer. A ce texte-là. Je voterai non.

 

GB - J'entends bien vos doléances, Pascal. Pour ma part, je conçois la libéralisation des individus et leur droit à la dignité. Celles et ceux qui ne peuvent pas, pour des raisons diverses et variées, travailler de la même façon que vous ne doivent pas pour autant subir l'humiliation d'un capitalisme sauvage. De surcroît, je suis ouvertement favorable à la réduction de l'administration sociale, et donc restreindre la bureaucratie dans notre pays, moins de paperasse et plus d'efficacité pratique. C'est ça, pour moi, une société qui fonctionne !

 

PaD - Je déteste le capitalisme sauvage, le dénonce depuis 25 ans, crois en l'Etat comme régulateur des inégalités. Pour les plus faibles, les infirmes, les personnes âgées ne pouvant pas tourner, et d'ailleurs aussi les jeunes en formation, c'est entendu : il faut les aider. Mais les autres, ceux qui ont la santé, la force de l'âge, leur dignité, c'est justement par le travail (entre autres) qu'ils pourront l'arracher. Je crois à la philosophie du travail, ce qui me rapproche à la fois des radicaux et des socialistes. J'ai vu la génération de mes parents, de mes grands-parents, en Valais, s'affranchir par le travail. Je les respecte infiniment. Ils ont construit la prospérité d'aujourd'hui.

 

GB - Mais alors nous sommes sur la même longueur d'onde. Oui, le travail peut permettre de s'épanouir, j'y crois également. Toutefois cette initiative n'occasionnerait pas soudainement l'arrêt, même momentané, de travailleurs. Lisez l'étude du Professeur Dr. Friedrich Schneider, directeur d'étude et professeur de l'Université Johannes Kepler de Linz, en Allemagne. C'est très instructif, et cela met fin à la désinformation sur les conséquences de ce Revenu de Base Inconditionnel !

 

 

PaD - Je la lirai volontiers. Chacun, en Suisse, a le droit de lancer une initiative. Si celle-ci obtient les cent mille signatures, le peuple et les cantons voteront, et c'est très bien. Et, si elle est acceptée, elle devra être appliquée. Mais j'ai la certitude qu'elle sera balayée. Le peuple suisse se révèle, sur ces questions-là, d'une étonnante maturité : il refuse les baisses d'impôts, ou même deux semaines de vacances supplémentaires. Il a intégré, profondément, la corrélation travail-mérite-argent. Cela n'en fait en aucun cas un peuple égoïste : le même corps électoral a permis, depuis la guerre, la création d'un Etat social que beaucoup nous envient.

 


Grégoire Barbey + Pascal Décaillet

 

 

 

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11/04/2012

Hommage à trois qui sont partis

 

Mercredi 11.04.12 - 19.28h

 

Il y a des jours, comme ça, où la Faucheuse semble travailler à la chaîne. En ce 11 avril, elle emporte à la fois Raymond Aubrac et Ahmed Ben Bella. Deux hommes d'exception. Deux hommes qui ont su dire non. Avec éclat.

 

Entre eux, la lumière de la Méditerranée. Communément à eux, l'incomparable puissance d'un combat. Pendant que Lucie et Raymond Aubrac résistent, sur sol français, à la barbarie nazie, Ben Bella, 28 ans, fait partie de ces milliers de Musulmans algériens qui se battent pour la France, sous les ordres du futur Maréchal Juin, dans les montagnes escarpées d'Italie, du côté du Mont Cassin. Puis, avec un autre futur Maréchal, de Lattre, dans la légendaire 1ère Armée. « Celui qui croyait au ciel, celui qui n'y croyait pas », le Français de France et l'Algérien sous uniforme français. Fusion des destins.

 

C'est à Sétif, jour de la victoire, 8 mai 1945, neuf années avant le début de la Guerre d' Algérie, que tout commence. Sétif, où les Français fêtent la victoire en oubliant d'y inviter ceux qui ont tant contribué à la forger. Le sang coulera, la répression sera terrible, il faut lire Lacouture et tous les autres, comprendre comment, avec Messali Hadj et Ferhat Abbas, avait lentement mûri, bien avant la guerre, l'idée d'une Algérie maîtresse de son destin. Combattant du FLN, premier président de la République algérienne, Ahmed Ben Bella était, comme Aubrac, un homme qui avait dit non.

 

Dans une librairie arabe de Genève, il y a une quinzaine d'années, je j'avais aperçu. Tout calme, avec sa grande silhouette, à promener son regard sur des bouquins. Aujourd'hui, voilà ces deux hommes qui nous quittent. Deux destins. Auxquels on me permettra d'ajouter celui de Jean de Toledo, centenaire, incroyable figure du paysage genevois.

 

Hommage à eux. Hommage à ces hommes du temps des hommes, témoins du siècle. Il nous reste la mémoire. Notre bien le plus précieux.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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