01/06/2012

Claude Torracinta, notre modèle

 

Sur le vif - Vendredi 01.06.12 - 09.17h

 

Parmi les innombrables personnes qui, depuis six ans, me font l'amitié d'accepter mes invitations à « Genève à chaud », mon confrère Claude Torracinta est l'un de ceux qui m'honorent le plus. Depuis très longtemps, déjà pendant les longues années de Forum, ou même lorsque je produisais le 12.30h, ou les Matinales, cette intelligence lucide et vivifiante a toujours été d'une rare disponibilité pour venir commenter l'actualité, notamment française, mais aussi suisse.

 

Aussi loin que remontent mes souvenirs d'enfance, le visage émacié, éclairé d'un œil brillant, de ce chevalier à la triste figure, m'a accompagné. Sur les écrans noir et blanc de notre première télévision, il était, naguère, le seul (à part les courses de ski, dont j'étais fou, mais que j'allais plutôt voir sur place, avec mon père) à retenir mon attention sur la TSR, alors que les débats politiques français, déjà, me fascinaient. Pourquoi ? Mais, simplement, parce qu'il DONNAIT DU SENS à l'actualité. Non seulement la rigueur, qui est chez lui une seconde nature, mais l'immédiateté du contexte, possible seulement grâce à sa vaste culture, notamment historique, et quelques milliers de lectures. Mettre en lien me semble l'une des fonctions cardinales du métier.

 

Fin d'enfance, début d'adolescence : Temps présent. À l'époque, grande émission. Noir blanc. Des sujets, notamment de société, dont je n'avais jamais entendu parler. Car si j'ai eu, notamment sur le plan littéraire, des profs éblouissants, ils étaient assurément moins révolutionnaires face au non-dit de leur propre époque que pour décrypter Racine, ou Rimbaud, Francis Ponge ou René Char, Sophocle ou les fragments présocratiques. En ces années, au fond sublimes, à la fois lumière et cécité, connaissance et innocence, champ du possible et Murailles de Chine, le rendez-vous de Temps présent était une fenêtre sur le monde. Hors cela, je ne vivais et n'existais que pour les livres. Ce qui, d'ailleurs, me comblait.

 

Je me souviens des premiers sujets sur l'homosexualité, sur les travailleurs immigrés en Suisse, le statut de saisonnier, je vous parle là d'il y a quarante ans. L'homme qui organisait cela, le rendait possible, c'était Claude Torracinta. Et les équipes, autour de lui. Cette fonction d'éveil et d'ouverture, il l'a gardée toute sa vie. Aujourd'hui, dans les trois ou quatre minutes de dialogue improvisé, entre lui et moi, complicité totale, construction à deux d'une séquence en direct, relances instinctives pour faire avancer l'information, c'est en lui le même souci d'ouverture et d'intelligence que je retrouve, à chaque fois.

 

Merci, Claude. Et continuez à venir souvent nous éclairer.

 

Pascal Décaillet

 

 

09:17 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Maintenant que ce monsieur est à la retraite il agace moins et on peut faire preuve de complaisance envers lui. Mais vous oubliez qu'il a été une sorte de petit dictateur de le propagande de gauche en Suisse romande.

Je me souviens d'une émission Temps Présent destinée à diffamer le Nouvelliste du regretté André Luisier. On y sentait la patte de Torracinta. L'émission était en deux parties: elle présentait d'abord Le Nouvelliste, puis La Voix Ouvrière, en disant bien que ces deux journaux menaient chacun un "combat": sous entendu: l'un à l'extrême gauche communiste, donc l'autre à l'extrême droite fasciste. On oubliait juste de dire que l'un, Le Nouvelliste" était un quotidien régional dont le positionnement idéologique reflétait d'assez près les convictions conservatrices et musclées largement majoritaires en Valais, alors que l'autre était une feuille de parti, d'un parti encore stalinien.

Cette sorte de fausse fenêtre était typique de l'esprit tendancieux de la TSR sous le règne de Torracinta. En comparant deux choses qui ne sont pas comparables on suggérait une interprétation tendancieuse. Avec Torracinta tout était à l'avenant. Sous son règne on a réussi à ancrer la doxa gauchiste comme la norme et toute opinion conservatrice ou de droite comme une anomalie.

Du beau travail vraiment! Et on se demande bien pourquoi vous, l'homme de droite, vous jugez bon de tresser des couronnes à ce fanatique de l'agit prop gauchiste.

On attend avec impatience un article tout aussi dithyrambique chantant les louanges de ce grand homme: André Luisier, qui avait, selon moi, encore beaucoup plus de talent que Claude Torracinta.

Écrit par : droitier | 04/06/2012

Propos très intéressant de Plantu (!) sur les journalistes...

http://youtu.be/QxZH_q7P4tU

... tous à gauche, même ceux à droite (cf. la rédaction du Figaro).

C'est bien là, le problème : les journalistes sont soit à gauche, en majorité (1), soit à droite, mais ceux-ci, pas nombreux, portion congrue, s'obstinent à tenter de penser à droite (oh, pas bien loin, jamais au-delà de la droite libérale et z'humaniste), mais toujours sur des "logiciels" conceptuels de gauche. Résultat : grosse "foirade", comme par exemple avec un Rioufol qui appelle ces jours-ci à refonder l'UMP sur des principes antinomiques, tout simplement parce qu'on n'ose plus aller, franco de port..... à droite !


(1) ceux-ci divisés en deux variétés : une majorité de suiveurs, conformistes sans idées personnelles, qui seraient réactionnaires, si l'époque était à la réaction. Et une minorité talentueuse et donc dangereuse de "gramscistes", déconstructeurs, subversifs et efficaces comme un Torracinta, par exemple.

Écrit par : Paul Bär | 07/06/2012

Voici ce qu'a écrit M. Souaille sur son blog :

"Je ne sais pas dans quelle catégorie ranger la candidate socialiste. Je sais dans quelle catégorie ranger ses parents, son père en particulier, mais je ne pense pas que les enfants puissent être jugés responsables des fautes de leurs géniteurs."

Faute d'obtenir une réponse de l'auteur lui-même (qui s'est dégonflé au point de censurer mon message lui demandant une explication), je pose ici la question: en quoi M. Torracinta a-t-il commis des "fautes" (hormis de n'être pas du même bord politique que lui)? Dans quelle catégorie doit-il être rangé? Il me semble que pour une chasse aux sorcières on ne s'y prendrait pas autrement, tant l'allusion est sournoise.

Et toutes ces éructations et gesticulations pour un résultat nul, puisque de toute façon la candidate socialiste sera élue.

Écrit par : Johann | 07/06/2012

J'ajoute que l'élection de M. Maudet se traduirait par une élection complémentaire en Ville de Genève. Dépense actuellement parfaitement inutile, honteux gaspillage d'argent, alors que M. Maudet fonctionne fort bien comme c.a. et maire de Genève.

Écrit par : Johann | 07/06/2012

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