02/06/2012

Je ne dis jamais

 

Samedi 02.06.12 - 09.37h

 

Je ne dis jamais agriculteur, mais paysan.

 

Je ne dis jamais solutionner, mais résoudre.

 

Je ne dis jamais personne âgée, mais vieillard.

 

Je ne dis jamais thématique, mais simplement thème, ou sujet.

 

Je ne dis jamais développement durable.

 

Je ne dis jamais adénopathie.

 

Je ne dis jamais office, mais messe. Et ceux qui disent culte sont mes frères.

 

Je ne dis jamais non-voyant, mais aveugle.

 

Je ne dis jamais groupe sujet, ni aucune de ces pollutions, j'use de la magnifique et limpide grammaire de mon enfance.

 

Je ne dis jamais pédagogie, mais éducation.

 

Je ne dis jamais écoquartier.

 

Je ne dis jamais « requalifier l'espace urbain », j'aime trop les mots.

 

Je ne dis jamais épicène, mais épicé oui.

 

Je ne dis jamais conflit armé, mais guerre.

 

Enfant, je disais toujours Russie, jamais URSS.

 

Je ne dis jamais Europe, mais France, Allemagne, Italie, très souvent.

 

Je ne dis jamais Vichy, mais Perrier.

 

Je ne dis jamais mode, parce que ça se démode.

 

Je ne dis jamais Réseau d'enseignement prioritaire. Il y en aurait des secondaires ?

 

Je ne dis jamais petite enfance, même si c'est très beau.

 

Je ne dis Phénix que dans Apollinaire.

 

Je ne dis jamais art contemporain. L'art est contemporain, ou n'est pas.

 

Je ne dis jamais grands textes, c'est trop con.

 

Je ne dis jamais citoyennes et citoyens, je dis citoyens, et j'entends que ce neutre englobe les deux sexes.

 

Je dis toujours bonjour, et au revoir.

 

Je ne dis jamais adieu, même aux morts.

 

Je ne dis jamais mur, ni statut. Si ce n'est pour parler d'un mur. Ou d'une statue.

 

Je dis très volontiers week-end, l'anglais n'est pas le diable.

 

Je dis strophe, quatrain, impair et vers libre. Surtout, je m'en nourris.

 

Je dis le pain, le vin, l'eau, la rivière, le ciel, la source, la terre, le lac de montagne, la paix de l'oiseau, au-dessus de l'étang.

 

Je dis l'huile et le feu.

 

Je dis vivez. De la fureur du verbe. Que vos mots soient les vôtres. Et vôtres, la révolte, et la beauté du monde.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

09:37 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (20) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Magnifique !
Bravo !

Écrit par : Louis Castella | 02/06/2012

Et moi je ne dis jamais ni «cliver» ni «paradigme», un mot prétentieux mis en usage, seulement ces dernières années, par des politiciens qui veulent nous persuader qu'ils nous sont supérieurs et par la grande masse des moutons journalistes admiratifs. J'ai une vie consciente depuis au moins 60 ans et je n'avais jamais lu ni entendu «paradigme». J'invite les lecteurs à consulter le site du «Centre national des ressources textuelles et lexicales» pour découvrir les définitions ébouriffantes de ce mot: http://www.cnrtl.fr/definition/paradigme

Écrit par : Martin Leu | 02/06/2012

... Je dis toujours: Bonjour MONSIEUR, ou MADAME...

Écrit par : Ivan Skyvol | 02/06/2012

"Je ne dis jamais développement durable."

Bravo!
Enfin qqn qui dénonce cet oxymore.

Écrit par : Johann | 02/06/2012

Je continue à dire Mademoiselle quand je m'adresse à une jeune fille.

Écrit par : Malentraide | 02/06/2012

Je ne dis jamais libéral , je dis de droite: salade de Ruetschi...réchauffée, un plat que l'on ne sert pas chez Rochat, car pour la première fois de ma vie j'aurai voté libéral"merde à droite" pour une femme qui fait preuve d'une qualité rare en politique , le courage , en prenant une mesure qu'elle sait très impopulaire.
Les deux autres candidats seront conseillers d’État tôt ou tard, même si pour l'un d'entre eux , je crains un Copé-collé.

Écrit par : briand | 02/06/2012

Enfin quelqu’un qui sait que parler c’est penser. MERCI !
Moi, je ne dis jamais IVG, je dis avortement.
Et, je dis parfois adieu, mais en Valais (c’est si chantant !).

Écrit par : Michèle Roullet | 02/06/2012

Adieu... à Martigny veut dire bonjour. Venant de France, j'avais été surprise d'entendre cette salutation.

Le problème avec ces paires, au-delà de la ringardise politiquement correcte, c'est qu'elles sont souvent utilisées en tant que synonymes, pour ne pas répéter, alors que leur signification n'est pas toujours la même. Pédagogie et éducation, par exemple, n'ont pas, traditionnellement, le même sens, car la pédagogie se référait, soit à la méthode d'éducation, soit à l'éducation morale. On pourrait trouver aussi des différences (d'âge) entre la personne âgée et le vieillard, et au milieu, des expressions incertaines comme "d'un certain âge" ou "senior". En tout cas, en utilisant ces mots, on provoque un affaiblissement et un affadissement du sens, ce qui est le but de la political correctness.

Écrit par : Inma Abbet | 02/06/2012

Je ne dis jamais "genre" féminin ou masculin en dehors du genre grammatical, et surtout pas pour évoquer des questions de société!

Écrit par : Inma Abbet | 02/06/2012

Hôtesse de caisse? Technicien de surface?
Conséquent pour important? Ecs pour etc.?
Synergie?
...

Écrit par : Mère-Grand | 02/06/2012

Ressources humaines au lieu de service du personnel est on ne peut plus approprié de nos jours ...

Écrit par : Fissa | 02/06/2012

Je ne dis jamais point pour pourcent.

Je ne dis jamais islamistes pour musulmans.

Je ne dis jamais minarets pour mosquées.

Je ne dis jamais catholiques pour croyants.

J'essaie de ne pas dire "prendre en compte" car je préfère "tenir compte" et "prendre en considération".

Je ne dis pas beau-fils pour gendre.

...et je pleure en lisant certains blogs.

Écrit par : Michel Sommer | 02/06/2012

Très bel article, bravo!

P.-S. Je ne dis jamais opportunité au lieu d'occasion et je n'écris jamais shah au lieu de chah.

Écrit par : Marc Emery | 02/06/2012

Bravo pour cet article. C'est un de vos meilleurs. Je ne sais pas si vous avez déjé entendu parler de moi, j'ai eu une naguère certaine notoriété d'écrivain mais aujourd'hui je suis bien oublié.

Permettez-moi de vous signaler une citation de moi, que vous pourrez reprendre si vous voulez. J'ai dit un jour que le pire défaut pour un écrivain c'est, "au lieu d'écire: une maison d'écrire : un édifice."

C'est un peu le sens de votre article.

Cordialement

Charles-Ferdinand R.

Écrit par : Charles-Ferdinand Ramuz | 02/06/2012

Cher Ami,
Vous ne dites jamais Vichy mais Perrier ..... J'aime bien la Perrier de Nestlé mais j'ai aussi une faiblesse, d'aimer la Vichy St-Yorre un peu moins salée que la Célestin !

- On ne dit pas il s'est endormi mais chut, il réfléchi.

J'ai aimé votre cours sur le "politiquement correcte"
Bien à vous

Écrit par : herbert.ehrsam | 02/06/2012

Je écris toujours chef
J’écris toujours clef
Je dis toujours islamistes pour musulmans.
Dans un pays étranger le premier mot que j'apprends est toujours "merci"
Bravo DP pour vos bons mots.

Écrit par : eddie mabillard | 02/06/2012

Je ne dis jamais Vichy, ni Perrier, ni San Pellegrino, mais Henniez ou Valser ...

Et toujours "Fameuse la Valser ..." avec l'accent du terroir !

(Ceci n'est pas une pub. Non ! Ceci n'est pas une publicité !)

Excellent billet qui laisse provisoirement (?) le "Grand Méchant Loup Stauffer" consigné au vestiaire. Ouf, ça fait du bien !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 02/06/2012

Moi, je ne dis jamais je ne dis jamais

Écrit par : Jean-Marc | 03/06/2012

Et je tiens à vous féliciter pour le délicieux titre de page que vous avez bien involontairement produit par la magie des blogs edipresse : "Je ne dis jamais : Liberté"

Lapsus révélateur ?

Écrit par : Jean-Marc | 03/06/2012

Ma préférée dans le langage politiquement correct: ne dites plus "un alcoolique" mais un individu à sobriété différée ;-)

Et ... dans un autre registre ... je ne dis jamais DECAILLET mais CITADELLE, car c'est une toute belle anagramme que nous offre notre chroniqueur!

Écrit par : smaltine | 04/06/2012

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