28/06/2012

Jean-Jacques

 

Jeudi 28.06.12 - 16.08h

 

Passionné de textes et de livres, je ne le suis pas des commémorations. Ceux-là mêmes qui, aujourd'hui, chantent Rousseau, comment l'eussent-ils traité de son vivant ? Et Koltès, et Genet, et les premiers écrits de Gide, vous croyez qu'ils les auraient repérés ? Et les chroniques de Cingria, éparses, semées au vent, enfin rassemblées par un travail de titans, à l'Âge d'Homme ? Oui, je considère Jean-Jacques, avec Gide et Céline, comme l'un des styles les plus éblouissants de langue française. Non, je n'irai pas dans leurs officialités. Cela suinte trop la récupération. Le compost.

 

Il n'y a qu'un seul hommage à rendre à un auteur : le lire. Ou lire l'exceptionnel Starobinski, l'homme qui a le mieux parlé de Rousseau. Ou aller voir ses manuscrits, à la Bodmer. Mon premier souvenir date de l'année de mes vingt-et-un ans, j'étais mal, j'ai ouvert les Confessions, dans la Pléiade, ne les ai au fond jamais refermées, ne m'en suis pas remis. Un homme parlait de lui. L'intimité d'un style. La puissance de captation de l'écriture. Il me parlait à moi, n'avait écrit ce livre que pour moi, je lisais des chapitre entiers à haute voix, j'ai dû déclamer mille fois la scène de la rupture avec Madame de Warens. En langue française, seul Gide, je veux dire avec une telle intensité, me fit cet effet.

 

Je sais, c'est un génie universel, philosophe, pédagogue et musicien, et tant d'autres choses. Je ne veux retenir que l'écrivain et le botaniste. Pour moi, Jean-Jacques n'est pas cet homme mondial, planétaire dont parlaient déjà les révolutionnaires de 1789 et les amis d'Hegel. Il est celui qui, un jour, lorsque la nuit menaçait de l'emporter, m'a ouvert à la lumière. Pas les Lumières. Non, juste la brûlante intimité d'une minuscule.

 

Pascal Décaillet

 

16:08 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Bien, votre texte, surtout lorsque vous parlez (un peu) de vous. Un léger voile que vous avez déjà soulevé en évoquant la dispartition de Michel Chevrolet.. A ce blog, il n'y manque peut-être que vos conseils pour approcher l'oeuvre de Rousseau: par quel écrit commencer, outre la bio de Starobinski? N'est-ce pas la bonne période pour lire...

Écrit par : Bertinat | 28/06/2012

Qu'est-ce que Koltès fait parmi les grands écrivains ? A-t-il écrit seulement une bonne pièce de théâtre ?
A part ça, Pascal, vous avez manqué quelque chose, hier soir, au Parc La Grange : un banquet républicain très disputé à propos de JJR : Charles Beer mis à mal par Calmy-Rey, Kanaan fidèle à lui-même, Yvette Théraulaz lamentable (elle a bafouillé les plus belles pages des Confessions : alcool ou fumette ?), Luc Ferry drôle et méchant, et moultes autres, toutes et tous excellents, comme le repas. On n'en a jamais fini avec ce philosophe insupportable et attachant, grand styliste (c'est-à-dire grand musicien), et qui a révolutionné tous les domaines qu'il a touchés, avec passion.

Écrit par : jmo | 29/06/2012

Bonne chance Jean-Jacques!!!

Écrit par : faire-part naissance photo | 29/06/2012

@ jmo - Oh oui, Koltès! Le phrasé de ses grands monologues est éblouissant. L'un des plus grands, ne vous en déplaise.

Écrit par : Pascal Décaillet | 29/06/2012

Koltès, écrivain de théâtre. Je vous le laisse volontiers. Il ne fait pas partie de ma bibliothèque.

Écrit par : Jmo | 29/06/2012

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