29/06/2012

Le perchoir, les poids, les mesures

 

Sur le vif - Vendredi 29.06.12 - 16.56h

 

L'excellent député radical (je ne dis jamais PLR) Jacques Jeannerat, lors de la séance du Grand Conseil d'hier soir, s'est un peu échauffé face à la cheffe du groupe socialiste, Lydia Schneider Hausser. Il est vrai que cette dernière, la chaleur et la fatigue aidant, venait de déclarer qu'il fallait promouvoir, à Genève, les emplois non-qualifiés ! Bref, Jeannerat a vu rouge, mais alors vraiment rouge, de l'écarlate façon Miró, il a dû entrevoir faucilles et marteaux, Bolcheviks échevelés, chars soviétiques sur les Champs-Elysées : pas content, le directeur de la Chambre de commerce et d'industrie !

 

Alors, c'est vrai, il a eu un mot un peu fort. Aux socialistes, il a reproché de fondre comme des « charognards » sur l'affaire Merck Serono, de la récupérer politiquement. « Charognards », ça n'est évidemment pas très gentil, mais enfin, jusqu'à nouvel ordre, ça n'est pas une insulte. C'est juste un prédateur qui se nourrit de cadavres. Le vautour, noble animal, qu'il m'est arrivé une seule fois d'observer en liberté, est un charognard. Il n'y avait donc guère de raison, da part du président, d'inviter l'orateur à « modérer ses propos ».

 

Car enfin, un Parlement ne doit certes pas être une foire d'empoigne, et on peut bien admettre que le jet aquatique, aussi revigorant puisse-t-il se révéler par ces grandes chaleurs, y soit déplacé. Disons qu'on s'y explique par les mots plutôt que par les poings, par le verbe plutôt que par l'hydrothérapie faciale. Ça, oui. Mais une fois posé le primat des mots, faut-il encore y planter l'échelle du convenable ? A ce petit jeu-là, on finira par remplacer la joute parlementaire, où nécessairement parfois le ton monte, par la sérénité empesée du salon de thé. Cette pétrification des impulsions, qui ne profiterait qu'aux pisse-froid et aux ratiocineurs, ne rendrait assurément pas service au dialogue républicain, qui a droit, aussi, à la vigueur. Que l'insulte soit la limite, d'accord ; en l'espèce, hier soir, nous n'y étions pas.

 

Mais il y a pire. Quelques minutes plus tard, le député UDC Bernhard Riedweg, dans un débat financier sur les politiques publiques, pose tout un chapelet d'excellentes questions, compétentes, argumentées, pertinentes. Questions auxquelles, d'ailleurs, et fort poliment, le ministre des Finances répond. Le hic, c'est qu'entre-temps, un député libéral (je ne dis jamais PLR), fatigué de porter sa hauteur patricienne, se croit obligé de faire à Riedweg la leçon, laissant entendre que ces questions n'avaient rien à faire là. Et il parle de « discours aux ânes », ou de « messe aux ânes ». Là, le président ne bronche pas.

 

C'était notre chronique sur le fil du temps, les affinités électives, le monde étrange et merveilleux des poids et des mesures.

 

Pascal Décaillet

 

16:56 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

28/06/2012

Jean-Jacques

 

Jeudi 28.06.12 - 16.08h

 

Passionné de textes et de livres, je ne le suis pas des commémorations. Ceux-là mêmes qui, aujourd'hui, chantent Rousseau, comment l'eussent-ils traité de son vivant ? Et Koltès, et Genet, et les premiers écrits de Gide, vous croyez qu'ils les auraient repérés ? Et les chroniques de Cingria, éparses, semées au vent, enfin rassemblées par un travail de titans, à l'Âge d'Homme ? Oui, je considère Jean-Jacques, avec Gide et Céline, comme l'un des styles les plus éblouissants de langue française. Non, je n'irai pas dans leurs officialités. Cela suinte trop la récupération. Le compost.

 

Il n'y a qu'un seul hommage à rendre à un auteur : le lire. Ou lire l'exceptionnel Starobinski, l'homme qui a le mieux parlé de Rousseau. Ou aller voir ses manuscrits, à la Bodmer. Mon premier souvenir date de l'année de mes vingt-et-un ans, j'étais mal, j'ai ouvert les Confessions, dans la Pléiade, ne les ai au fond jamais refermées, ne m'en suis pas remis. Un homme parlait de lui. L'intimité d'un style. La puissance de captation de l'écriture. Il me parlait à moi, n'avait écrit ce livre que pour moi, je lisais des chapitre entiers à haute voix, j'ai dû déclamer mille fois la scène de la rupture avec Madame de Warens. En langue française, seul Gide, je veux dire avec une telle intensité, me fit cet effet.

 

Je sais, c'est un génie universel, philosophe, pédagogue et musicien, et tant d'autres choses. Je ne veux retenir que l'écrivain et le botaniste. Pour moi, Jean-Jacques n'est pas cet homme mondial, planétaire dont parlaient déjà les révolutionnaires de 1789 et les amis d'Hegel. Il est celui qui, un jour, lorsque la nuit menaçait de l'emporter, m'a ouvert à la lumière. Pas les Lumières. Non, juste la brûlante intimité d'une minuscule.

 

Pascal Décaillet

 

16:08 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

27/06/2012

Pierre Maudet : excellente nouvelle

 

Sur le vif - Mercredi 27.06.12 - 16.38h

 

Aux premières lisières de la moiteur d'été, l'excellente nouvelle arrive, comme un électrochoc. Pierre Maudet reprend la police. C'est exactement ce que la population attendait. Pour cela qu'elle l'a élu. Et c'est, de la part du Conseil d'Etat, une décision habile et intelligente : sur le front le plus difficile, le plus exposé, c'est évidemment la relève la plus fraîche, la plus compétente, la plus motivée, qu'il faut envoyer. Nul besoin d'avoir lu Verdun ni la Somme pour le savoir.

 

Réussira-t-il ? Il faut évidemment l'espérer. Nul, à Genève, n'aurait intérêt à un échec. Par son passé militaire, son grade de capitaine, l'homme est rompu aux fonctions régaliennes. Certains s'en plaindront, car il y aura de la rudesse bonapartiste avec cet homme-là, mais c'est un moindre mal : le nouveau ministre arrive dans un secteur où c'est l'autorité de l'Etat qui doit être rétablie. Oui, il faudra des signaux très clairs de primauté de l'autorité politique, élue, sur tout un caléidoscope de féodalités et de baronnies, dont le syndicat n'est pas le dernier.

 

Pierre Maudet est condamné à réussir. Si c'est le cas, il sauve ce qu'il y a à sauver de l'actuel Conseil d'Etat, et peut transformer électoralement l'essai à l'automne 2013. En cas d'échec, en revanche, il perd tout. Et entraîne son camp dans la disgrâce. En cela, tout le pari de Maudet est courageux. Lui et les siens, pour seize mois, détiennent d'infinis pouvoirs dans la République. A eux d'en faire bon usage. Dans l'intérêt supérieur de la population. Et non celui de leur clan. Nous serons attentifs à cet aspect.

 

Pascal Décaillet

 

16:38 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Imprimer |  Facebook | |

23/06/2012

Tornare : la leçon d'un homme en colère

 

Sur le vif - Samedi 23.06.12 - 11.01h

 

Dix minutes de bonheur. La leçon du vieux combattant au débutant. Mohamed Ali, qui danse, pique et vole face à un jeune boxeur, première année, encore un peu chétif. Dieu sait si j'apprécie Romain de Sainte Marie, qui est d'ailleurs resté parfaitement calme (c'est une force) pendant l'engueulade, mais là, que voulez-vous, le show ce fut Manuel, la torpille, le feu de la révolte, tous les raisins de toutes les colères. C'était hier soir, à Forum.

 

Tornare au sommet de sa forme. Il crie ce que tout le monde pense. Parti de clans, d'apparatchiks, syndicat d'aveugles, empêtré dans l'archaïsme du discours, pétrifié dans d'ancestrales idéologies. Copinages, et ça n'est que le prénom. Hier soir, Tornare avait de son côté la révolte et l'humour, le rythme (il n'a pas laissé souffler son adversaire une seule seconde), le rebondissement, la surprise .Nous n'étions plus à Genève ni Lausanne, nous étions sur le ring face à Sonny Liston, ou Floyd Patterson, nous étions au huitième round de Kinshasa, 1974, Foreman au tapis, le titre retrouvé, la jeunesse réinventée. Nous étions sur la Meuse, mai 40, finie la Drôle de Guerre, vous voulez du mouvement, on va vous en donner.

 

Ce fut une éclatante démonstration. Tout le monde a compris que l'adversaire du vieux lion n'était pas le jeune, sympathique et prometteur président du parti socialiste genevois (juste convoqué, le jour même de son mariage, à titre de punching-ball), mais bien le ban et l'arrière-ban de l'Appareil, la vipérine cléricature des féodaux, ceux que Tornare, meilleure locomotive électorale de Suisse romande avec Christophe Darbellay, a toujours eus contre lui. En 2009, en 2012. À coup sûr, en 2013, il les retrouvera, ces chers camarades qui entretiennent la machine à perdre avec la fièvre méticuleuse des passionnés de train électrique.

 

Oui, Tornare, hier soir, ce fut la bête humaine. Gabin, sur sa loco, clope au bec (sorry, Dr Rielle, c'est dans le film), visage fouetté par le vent du destin. Plus rien à perdre, Manu. Marre, super-marre de cette équipe de branquignols (je cite sa pensée, of course, vous n'allez tout de même pas imaginer que je la prendrais pour mienne), alors cette fois on se fout des conséquences, on vide son sac, on fond sur l'adversaire, on calcine, on pulvérise. Le napalm.

 

Déjà, Papy Moustache s'étrangle. Déjà, l'Appareil prépare la riposte. Déjà, l'étau se prépare pour enserrer le traître. Déjà le bûcher, pour l'exécution publique, s'apprête à se dresser. Peu importe. Hier, l'homme a dit sa colère. Elle fut saine et brûlante, la leçon, magistrale. Elle ne sera évidemment pas entendue. Déjà, les Clercs font le siège du jeune président pour exiger sanctions et réprimandes. Déjà, l'Appareil se reforme pour secréter son éternel venin. Mais nous eûmes le bonheur, hier soir, d'entendre (miracle de la radio), pour ma part c'était en cheminant au milieu des herbes fraîchement coupées, la plus belle chose depuis Achille et le siège de Troie : la lumineuse colère d'un homme.

 

Pascal Décaillet

 

11:01 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

22/06/2012

Maudet : l'enfer, c'est les autres

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 22.06.12



Un surdoué. De la trempe des Darbellay, Pierre-Yves Maillard ou Nantermod. Un tout précoce, tombé dans la potion. Un homme véritablement habité par le démon politique. Il ne pense qu'à ça, ne vit que pour ça, mène ses campagnes comme des Blitzkrieg, construit son réseau depuis des années, voit loin, avec toujours deux ou trois longueurs d'avance. Oui, Pierre Maudet, élu ce dimanche 17 juin, à 34 ans, au Conseil d'Etat genevois, déjà ancien Maire de Genève à l'âge où certains pataugent encore, est un phénomène.

Je fus, il y a une douzaine d'années, l'un des premiers à le repérer. A Forum, je lui ai souvent donné la parole, soit pour des sujets genevois, soit pour des thèmes nationaux, dans lesquels il n'hésitait pas à mordre à pleines dents. Peu à peu, la Suisse romande découvrait ce gamin genevois, capitaine à l'armée à peu près à l'âge de Bonaparte, venant donner son avis à peu près sur tout, étrillant les responsables de la Défense, qu'il tient pour des résidus du paléolithique, redécoupant les frontières cantonales, nous annonçant notre entrée imminente dans l'Union européenne, réduisant l'armée à vingt mille personnes. Tout cela, Dieu merci, dans sa tête : disons qu'il a beaucoup réfléchi à haute voix.

Mais le gamin a mûri. Tout en ferraillant dans la vie municipale genevoise, il apprend les langues nationales, y compris l'italien pour sa première déclaration devant les Chambres, le jour où il sera conseiller fédéral, ne manque aucun prétexte (y compris bidon) pour se pointer à Berne, histoire d'entretenir les relations, nourrit le réseau avec de futurs conseillers fédéraux (je ne suis pas prêt d'oublier un repas, aux Pâquis, il y a quelques années, avec lui et Alain Berset, on y sentait l'avenir à chaque verre trinqué), bref Maudet a génialement construit son destin. Ajoutez à cela une vaste culture politique, notamment sur le radicalisme, de celles qu'on ne trouve que du côté de Martigny ou Fully. Canal historique sans être sectaire, radical sans nous assommer avec la laïcité, à vrai dire très souple. Oui, disons souple.

Qu'il ait gagné, le 17 juin, est simplement époustouflant. Personne ne le voyait vainqueur. La masse critique de la gauche, prétendument unie, semblait offrir la victoire à la socialiste Anne Emery-Torracinta. Eh bien non, le MCG Eric Stauffer fit un excellent résultat, consolidant sa tête de pont dans les communes suburbaines (Vernier, Meyrin, Onex, Lancy), mais le vainqueur, et avec une avance que personne n'explique, ce fut bien Maudet. Une victoire qui restera dans les livres d'Histoire. Sa bataille de Cannes, à lui.

Voilà l'homme au pied du mur. Un torrent d'idées et de projets. Une intelligence. Mais rejoignant, pour seize mois, un sextuor à bout de souffle, l'une des équipes les moins bonnes depuis la guerre. Être génial tout seul, en Suisse, ne sert pas à grand-chose : dans ce pays plus qu'ailleurs, pour toute tête qui dépasse, l'enfer, c'est les autres.



Pascal Décaillet

 

13:58 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

21/06/2012

Salika, pour nous réveiller

 

Sur le vif - Jeudi 21.06.12 - 17.06h

 

Oublions un instant les couleurs politiques. Oublions qu'elle est de gauche, et sans l'ombre d'un doute. Ne regardons que ce qu'elle est : une conseillère municipale particulièrement compétente et assidue, ne lâchant jamais son os ; une femme brillante et cultivée, d'une conversation rare ; de loin la meilleure oratrice de la classe politique genevoise, Me Halpérin s'étant retiré, Jean Vincent ayant quitté ce monde depuis longtemps, Démosthène n'ayant pas fait à nos rivages l'honneur d'une visite.

 

Ne regardons que ce qu'elle est. Je vais vous dire : citoyen en Ville de Genève, qu'ils soient quatre ou cinq de gauche, ça m'est assez égal. Bien sûr, l'extrême finesse d'un Adrien Genecand se frottant au Quatuor d'Alexandrie des camarades, ne manquerait ni de sel, ni de piment. Mais à part la saveur ce mélange-là, pour ma part, les éphèbes encravatés de la droite bien bourgeoise et bien présentable, tout comme il faut, juste pour figurer face aux Tétrarques, très peu pour moi. Autant qu'ils soient cinq, tiens pourquoi pas six ! Tellement à gauche qu'on y perdrait le Nord.

 

La candidature de Salika Wenger est celle d'une militante infatigable, nourrie d'Histoire et de références, sachant lire, écrire et parler, illuminée du feu de ces rivages du Sud qui furent ceux d'Augustin et de Camus. Pour ma part, je considère cette candidature comme salutaire, verticale, réveillante. Je voterai pour Adrien Genecand, ou pour Salika. Ou j'irai à la pêche.

 

Pascal Décaillet

 

17:06 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

Au bon docteur Buchs, député du pouvoir en place

 

Sur le vif - Jeudi 21.06.12 - 07.25h

 

Cher Bertrand,

 

Vous n'êtes pas un observateur de la vie politique genevoise, mais un acteur. Vous êtes député PDC au Grand Conseil. Votre rôle n'est pas a priori de commenter la vie politique. Mais d'agir, et de travailler de toutes vos forces pour le bien de ceux qui vous ont élu et vous ont fait confiance.

 

Sur le fond de votre intervention, désolé, mais il y a un problème avec la Chancellerie. Et, pour le moins, une accumulation de couacs ces derniers temps. Sur l'affaire "des concierges", la justice tranchera, puisqu'il y a recours (dont la TG, organe du pouvoir, ne dit pas un traître mot, ce matin). Sur l'absence de résultats pas listes, et prétendre que c'est ainsi en cas de complémentaires (faux, puisque ce fut le cas en mars 2003), c'est déjà plus inquiétant. Enfin, sur le manque d'indépendance de la Chancelière par rapport à un conseiller d'Etat très précis, désolé si cette thèse éditoriale irrite le député de majorité gouvernementale que vous êtes, mais c'est ainsi: la question, nettement, se pose.

 

Il m'est parfaitement égal que ces questions, simplement posées, donnent de l'urticaire à une partie de la classe parlementaire, du côté du pouvoir en place. Je n'écris pas pour les députés. Ni pour les politiques en particulier. Mais pour toute personne qui me fait l'amitié de me lire.

 

Bien à vous.

 

Pascal Décaillet

 

07:25 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (14) | |  Imprimer |  Facebook | |

20/06/2012

La Chancellerie est-elle sous influence ?

 

Sur le vif - Mercredi 20.06.12 - 16.57h

 

La Chancelière genevoise est-elle une magistrate indépendante ? Officiellement, oui. Officieusement, ne serait-elle pas sous l'influence, ou tout au moins une irradiation de proximité, de certains conseillers d'Etat ? Ses choix s'opèrent-ils toujours de manière neutre, de façon à viser au meilleur fonctionnement de l'Etat ? Ou pourraient-ils être dictés par des critères politiques ? Ces questions-là se posent. Il est possible que cela dérange. Cela nous est parfaitement égal.

 

Que de couacs, ou de boulettes, voire pire si Entente, lors de la toute récente élection complémentaire au Conseil d'Etat ! Fallait-il, de façon si ostentatoire (qui rappelle celle du président 2010 du Conseil d'Etat dans le procès BCGe), s'engouffrer dans le sillage des journaux qui, de conserve, comme par hasard, nous sortaient des « révélations » sur les dettes d'un candidat ? Fallait-il envoyer les enveloppes de vote si tard ?

 

Fallait-il renoncer à donner les résultats de l'élection par liste ? Pourquoi prétendre qu'on pratique ainsi dans le cas d'une complémentaire, alors que ce ne fut pas le cas en mars 2003, comme le relève notre excellent confrère Olivier Francey, sur le site de la Tribune de Genève ? Fallait-il laisser acheminer des urnes électorales, dans certaines communes, en les remettant à des concierges non assermentés ?

 

Ce ne sont là que quelques exemples. Les citoyens ne se contenteront pas de réponses techniques. Mais veulent avoir la certitude de l'indépendance de la Chancellerie genevoise, et non de son inféodation à tel ou tel conseiller d'Etat, tel ou tel parti, telle ou telle faction.

 

Pascal Décaillet

 

 

16:57 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

Tout par amour, rien par force

 

Mercredi 20.06.12 - 09.19h

 

Avant-hier, dans Genève à chaud, la magnifique Brigitte Fossey a rendu à l'École un hommage à la fois tellement juste et bouleversant. Oui, dit-elle en substance, à cinq ans, après avoir tourné les "Jeux interdits" de René Clément, je n'avais qu'une envie: retrouver l'école. J'aimais passionnément les dictées. Apprendre les mots était un bonheur.

Ce qu'elle a dit, je peux, à la lettre près, le reprendre à mon compte. Comme elle, j'ai appris à lire et à écrire très tôt (4 ans, au plus tard). Comme elle, chaque dictée, chaque poésie à apprendre, surtout chaque composition devant une feuille blanche, était un incomparable mélange de solitude et de bonheur. Il y avait la page quadrillée, il y avait l'encrier (eh oui!) dans lequel il fallait, toutes les deux lignes, tremper la plume. Il y avaient les pleins et les déliés, il y avait le majeur de la main droite bleuté par l'encre qui débordait, il y avait le buvard et il y avait la gomme. Surtout, il y avait ce texte à venir, qui serait le mien et pas celui du voisin. Ni celui de l'institutrice, surtout pas. Écrire, c'est cheminer vers la liberté.

J'ai toujours considéré que l'Ecole était la plus grande chose du monde. Le modèle inventé du temps de Guizot et Jules Ferry, en France et sous nos latitudes, avec le magistère d'un aîné qu'on aime et qu'on respecte. Cette autorité-là ne se transmet que par la compétence et la passion. "Tout par amour, rien par force", disait le Saint Patron de l'école où j'ai passé onze années de mon existence. Qu'il fût, à ses heures perdues, l'une des plus grandes figures de la Contre-Réforme, est une autre affaire. Excellente journée à tous.

 

Pascal Décaillet

 

 

09:19 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (19) | |  Imprimer |  Facebook | |

19/06/2012

Anne Emery-Torracinta

 

Sur le vif - Mardi 19.06.12 - 09.07h

 

Il m'était apparu, très clairement, que Manuel Tornare, qui fut plusieurs fois Maire de Genève et jouit d'une grande notoriété, aurait eu beaucoup plus de chances de l'emporter. Et, comme j'ai l'habitude de dire les choses, je l'ai dit. Et j'ajoute qu'à deux reprises en trois ans, en écartant cet homme remarquable de la course au Conseil d'Etat, les socialistes, cédant à la loi des clans, se sont trompés. C'est leur affaire.

 

Mais j'aimerais dire ici un mot de Madame Emery-Torracinta. J'ai découvert en elle, au fil de la campagne, une candidate d'une rare qualité. Je ne parle pas du fond de ses propositions, notamment en matière de droit du sol et d'étatisation des terrains. Je ne sais pas très bien ce qui lui a pris d'épouser un discours pas très loin de celui des premières années de la Révolution soviétique.

 

Mais laissons cela. Je parle ici du style de campagne. Je voudrais dire à quel point cette candidate fut impeccable. Droite, sans faille. Quand on sait, par exemple, d'où sont venus les coups bas contre Eric Stauffer, dans quelles noires officines il furent orchestrés, de quel incroyable réseau de complicités médiatiques a pu bénéficier Maudet.com, oui quand on sait la violence souterraine de cette campagne, la droiture et la sérénité d'Anne Emery-Torracinta impressionnent. Et imposent le respect.

 

Voilà une candidate qui est venue, a défendu ses valeurs, s'est battue courageusement, et venait, dimanche soir à l'Hôtel-de-Ville, prendre acte de sa défaite avec un magnifique sourire, celui de la dignité intérieure. Alors voilà, vous n'avez pas gagné, Madame, mais la classe politique genevoise peut être fière de vous avoir, et je vous dis simplement « respect ».

 

Pascal Décaillet

 

09:07 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Imprimer |  Facebook | |

18/06/2012

Pierre Maudet, un destin

 

Lundi 18.06.12 - 07.54h

 

« Le sel républicain de l'aventure », titrais-je ici même il y a deux mois, lorsque Pierre Maudet se lançait dans la course. Le voici maintenant, à 34 ans, conseiller d'Etat et déjà ancien maire de Genève : à coup sûr, un destin. Une campagne époustouflante, nourrie de courage et de ruse odysséenne (« J'ai bien conscience de n'être point le favori »), propagée par le réseau Maudet.com, slogan que nous avons lancé ici, sur ce blog, et qui apparaît même, ce matin, dans l'éditorial du principal propagandiste de Maudet.

 

La victoire de l'éternel jeune prodige radical est non seulement imprévue, mais aussi d'une ampleur saisissante. Voilà donc un nouveau conseiller d'Etat parfaitement légitimé, avec en plus une bonne participation. Qu'on aime ou non Maudet, qu'on ait apprécié ou non son style de campagne, il faut s'en réjouir pour Genève. Parce que ce Conseil d'Etat-là, qui traîne la patte et tire la langue, assurément l'une des plus mauvaises équipes depuis la guerre, a besoin d'un électrochoc. Ce sera la mission de Pierre Maudet.

 

De la journée d'hier, ces deux heures folles d'émission, dans la fournaise de la Cour de l'Hôtel de Ville, je retiendrai le magnifique sourire de belle perdante d'Anne Emery-Torracinta, les attaques parfaitement légitimes de Romain de Sainte Marie contre un journal bien précis, l'extraordinaire implantation du MCG dans les communes suburbaines populaires, qui laisse entrevoir un résultat redoutable lors de l'élection d'octobre 2013 au Grand Conseil. Mais aussi, la rivalité Genecand-Fiumelli pour la succession Maudet en Ville, l'annonce d'un Messie PDC pour tenir ce rôle, la promesse du MCG (Carlos Medeiros) de soutenir un UDC pour lui rendre la monnaie de la pièce, et plein d'autres instants d'émotion et de vérité. C'était un beau moment républicain, à l'endroit où il fallait être, l'Arche sainte de nos institutions.

 

Comme un remplaçant qui surgit du banc de touche, tout frais dans l'océan de fatigue des autres, Maudet va donc débouler au Conseil d'Etat. Puisse ce collège médiocre, qui n'a pas fait ses preuves, avoir la sagesse de lui confier les rênes du Département le plus dur, le plus exposé, celui du plus grand défi et du plus grand enjeu. Car le PLR, avec deux magistrats radicaux forts et une libérale très faible, ne peut se permettre le moindre échec d'ici l'automne 2013. Il dispose désormais de tous les leviers du pouvoir.

 

À observer, de très près, le duo que formeront les deux radicaux, assurément les deux hommes forts pour les seize mois qui restent. Beaucoup d'intelligence, chez ces deux hommes, mais le risque énorme du gouvernement par le réseau et les copains. Nous avons affaire au mieux à une équipe de grognards soudés par les combats communs, au pire à l'un des clans d'intérêts les plus redoutables de la République, avec pouvoir de nommer, dégommer, nuire à des entreprises privées pour y installer l'Etat des vassaux. Si Pierre Maudet - que nous voulons  croire, ce matin, encore étranger à ces pratiques-là - devait peu ou prou s'y tremper, alors nous le dénoncerions sans faille, et la population devra en être informée.

 

Pour l'heure, il faut souhaiter bonne chance à Maudet. Pour se faire élire, il a réussi à forcer le destin. Puisse-t-il, avec la même énergie, servir l'Etat. Les prochains mois seront passionnants.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

07:54 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

11/06/2012

Radio Sommaruga

 

Sur le vif - Lundi 11.06.12 - 08.30h

 

"Partenariat migratoire": avez-vous compté, depuis ce week-end, et par dizaines pour la seule matinale de ce lundi 11 juin, le nombre hallucinant de fois que ces deux mots ont été prononcés sur la RSR ? C'est pire que le pire des slogans, ça va clignoter de façon subliminale dans nos cerveaux pendant toute la journée: partenariat migratoire, partenariat migratoire, partenariat migratoire.

 


En déplacement en Tunisie, la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga a signé avec ce pays un partenariat migratoire. Elle n'a pas omis (car elle connaît la partition, Mme Sommaruga) de prendre avec elle une équipe de journalistes du service public. Au premier plan desquels l'envoyé spécial de la RSR, tout le week-end, nous a inondé du concept de "partenariat migratoire". Ce matin, dans chaque journal, chaque flash, les deux mots incantatoires reviennent. Et maintenant, alors que j'écris ces lignes, un appel au public est lancé. On lui demande ce qu'il pense de quoi ? Du partenariat migratoire, of course !

 


Je ne jette la pierre à personne. Correspondant parlementaire à Berne, à l'époque, j'accompagnais souvent Jean-Pascal Delamuraz dans ses déplacements à l'étranger. Et nécessairement, dans ces cas-là, sans parler du charme, de l'humour, ni de la puissance de conviction du personnage, le "journaliste accompagnateur", peut-être à son corps défendant, se trouve toujours être un peu le porte-parole du ministre. Mais là, avec cette histoire de partenariat migratoire, la RSR (je ne dis jamais RTS) se rend-elle compte qu'elle s'est superbement métamorphosée en Radio Sommaruga? Et là, une fois n'est pas coutume, ça n'est pas Carlo, mais Simonetta.

 

Pascal Décaillet

 

08:30 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

09/06/2012

Conseil fédéral : des tronches, SVP !

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Samedi 09.06.12

 

« Panne de carburateur au Conseil fédéral », titraient avant-hier, dans le Temps, mes confrères Yves Petignat et Bernard Wuthrich. Et de regretter un Conseil fédéral « fragile depuis quelque temps, et au sein duquel n'émerge plus de figure forte depuis le départ de Micheline Calmy-Rey en décembre dernier ». Alors voilà, chers lecteurs, le Temps, éminent épigone du Journal de Genève où j'ai commencé ma carrière et où j'ai tout appris, est un journal sérieux, pour bourgeois de salon, un journal poli. Mais moi, naguère comme eux, j'ai méchamment évolué, comme vous le savez, vers le statut de sale gosse. Alors, le diagnostic, sur l'actuel Conseil fédéral, je vais le dire avec des mots un peu moins pesés.

 

D'abord, va pour Micheline Calmy-Rey, mais la dernière vraie sale tronche, c'était Pascal Couchepin. Dieu sait s'il m'est arrivé souvent de me trouver en désaccord, me frotter à lui, mais enfin nous avions là un profil, un parcours, un caractère. A quoi s'ajoute une rare culture historique, et même philosophique. A partir de là, qu'on fût d'accord ou non, avec lui, sur l'âge de la retraite ou les prestations AI, m'est toujours apparu comme largement secondaire. Il avait le format. Mme Calmy-Rey aussi, à laquelle, sans être socialiste (vous l'aurez noté, je pense) j'ai très souvent, ces dix dernières années, rendu hommage, ici même. Dans ces deux cas, et encore plus dans celui de Jean-Pascal Delamuraz, ne parlons pas de Kurt Furgler, le Parlement, en les élisant, ne s'était pas trompé. Il avait senti, flairé, anticipé la place que l'élu pourrait, une fois au parfum des affaires, occuper, pour l'intérêt supérieur du pays, dans notre vie politique.

 

Mais là, depuis quelques années, quoi ? La cata ! Election après élection, l'Assemblée fédérale accumule les erreurs de casting, nous sort des souris grises à la Didier Burkhalter, choisit un Johann Schneider-Ammann alors qu'elle tient l'occasion historique d'une Karin Keller-Sutter, préfère le très poli et très consensuel Alain Berset au bulldozer Pierre-Yves Maillard. Dès qu'une tête dépasse, c'est la machine à niveler, ratiboiser qui se met en place. La tondeuse ! Et voilà comment, toutes erreurs accumulées, on en est arrivé, se méfiant à tel point du pouvoir personnel, à une immense et désespérante impuissance impersonnelle. Plus personne ne décide de rien. Nul n'émerge. Il n'y a plus d'île Saint-Pierre, plus de vision d'avenir, fût-elle dérangeante. Il n'y a plus ni tunnels ni avions de combat, plus de grande réforme historique, comme le fut l'AVS à la fin des années quarante. Non, il n'y a plus que la juxtaposition courtoise et grisâtre de sept impuissances. C'est cela, votre conception d'un gouvernement ? Point n'est besoin, me semble-t-il, d'avoir lu Maurras, ni Machiavel, pour répondre : non, non et non.

 

Pascal Décaillet

 

14:59 Publié dans Chroniques éditoriales Nouvelliste | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Imprimer |  Facebook | |

08/06/2012

La petite leçon de morale du Dr Unger

 

Sur le vif - Vendredi 08.06.12 - 15.55h

 

Il m'est parfaitement égal que la députation, hier, ait « longuement applaudi », sauf UDC et MCG, la petite leçon de morale de Pierre-François Unger sur l'affiche de l'UDC. Je vais dire ici à quel point cette intervention était intempestive. Et il m'est parfaitement égal, d'avance, que cette coagulation des intérêts qu'on appelle « majorité gouvernementale » (tiens, justement, tous les partis du Grand Conseil, sauf le MCG et l'UDC), assurant sa survie sous les paravents de la morale, soit en désaccord avec moi sur ce point. Je n'écris ni pour plaire, ni pour convaincre tout le monde, même pas pour rallier des majorités : je dis, simplement, ce que j'ai à dire.

 

L'UDC, donc, a commis une affiche. Toute personne me connaissant un peu, ou me lisant, a pu constater que la grivoiserie sexuelle n'était pas exactement mon style. La polysémique génuflexion d'une blonde, étiquetée « Isabel R. », devant une sorte de dealer multirécidiviste au visage bronzé, ne fait pas précisément partie de mon registre iconographique, ni métaphorique. Et c'est sûrement pour cela que je n'ai pas pour métier de faire des affiches.

 

Mais enfin, de quoi s'agit-il ? D'une affiche de campagne ! Ce mode de captation des regards, dans la rue, n'a jamais eu pour fonction de faire dans la dentelle, ni de convaincre les bourgeois de salon qui, de toute façon, votent pour le PLR ou pour les Verts. Ou, s'ils sont cadres au DIP, pour le PS. Le but d'une affiche est d'attirer l'attention. En l'espèce, l'UDC a mis dans le mille. Le but d'une affiche, surtout pour un parti d'opposition, est justement de choquer la candeur patricienne du partisan du pouvoir en place. « Ah, mais comment osent-ils, ah les rustres, ah mon bon monsieur, nous sommes tombés si bas ». Depuis que les affiches existent, et déjà sous la Régence, et à n'en plus finir sous Louis XV, elles sont là pour choquer, interpeller, blesser, faire jaser, faire rire, heurter, révolter, révulser. Fonction affective, à des milliers de lieues marines du logos articulé, la disputatio cartésienne, la pesée des arguments.

 

Retour à M. Unger. Il est incompréhensible que le chef du pouvoir exécutif ait choisi le Parlement pour dire tout le mal qu'il pensait de cette affiche. Le Conseil d'Etat dispose de ses voies d'information, en l'espèce un communiqué de presse hebdomadaire qui, en passant, suinte l'ennui, ou encore des communiqués, des conférences de presse. Au Grand Conseil, le président du Conseil d'Etat n'est pas chez lui. Il est face aux élus du peuple qui, toutes tendances confondues, constituent le pouvoir législatif. Le groupe UDC, le groupe MCG ont absolument la même légitimité que les autres. Ils n'ont pas, en ce lieu, à recevoir de quelconques leçons de morale de la part de l'exécutif. C'est même aux parlementaires, au contraire, notamment à travers les commissions de contrôle (gestion et finances) de demander des comptes aux ministres.

 

Dès lors, il est fort singulier que le président du Grand Conseil ait laissé celui de l'exécutif faire son petit numéro, dans ce lieu-là. Ce glissement, qui fait bien vite fi de la séparation des pouvoirs, accrédite l'idée d'un Conseil d'Etat qui aurait au Parlement ses pantoufles et sa robe de chambre, y viendrait quand il lui plairait, roucouler à l'envi sa sérénade d'un soir, repartir en sifflant, le temps d'un arbitraire.

 

L'affiche. Soit le Conseil d'Etat estime qu'elle est attaquable en justice, et alors qu'il saisisse les juges, et nous verrons bien. Soit il ne l'estime pas, et alors il n'a STRIC-TE-MENT rien à dire. Parce qu'un gouvernement n'est pas là pour faire la morale, encore moins statuer sur le bon goût, ni l'esthétisme iconographique. Il n'a tout simplement pas à se mêler d'une campagne électorale, a fortiori pour élire l'un des siens.

 

Le plus fou, c'est que cette picaresque distorsion ait pu passer comme une lettre à la poste. Parce que c'est le bon M. Unger, avec sa bonhommie et sa moustache, et c'est vrai, j'en conviens, qu'il est diablement sympathique. Parce que c'est la leçon du Centre à la Marge. Du pouvoir en place, à l'opposition. De l'institution, à la rue. Du convenable, au vulgaire. Du langage autorisé, à la fange de l'interdit. De tous ceux qui, juste pour la façade et pour la forme, soutiennent Mme Rochat, quoi qu'ils pensent en leur for. La soutiennent, parce que la lâcher, avant novembre 2013, serait conduire tout l'édifice à l'écroulement. La petite leçon de morale sexuelle du Dr Unger n'avait, au fond, que cette fonction-là : colmater, une fois de plus, les murailles fissurées de la Citadelle en place. Pour les gueux, sur l'échelle, une petite giclée d'huile bouillante. Et pour que survive le pouvoir en place, la séminale désespérance d'une prière.

 

Pascal Décaillet

 

15:55 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

06/06/2012

Economie genevoise : Bonne Nuit, les Petits !

 

 

Sur le vif - Mercredi 06.06.12 - 16.16h

 

 

Incroyable : dans l'affaire Merck Serono, c'est la Ville de Genève qui, à très juste titre, secoue le Conseil d'Etat ! Guéguerre de communiqués, en début d'après-midi : la Ville tance le gouvernement cantonal en réclamant la création d'un groupe de travail ; quelques minutes plus tard, le Conseil d'Etat montre qu'il maîtrise l'anglais et annonce (sans donner le moindre détail supplémentaire) la création d'une task force. Au final, l'autorité municipale apparaît bien plus offensive, plus anticipatrice ; l'autorité cantonale, quoi qu'elle s'en défende (et saisisse ses combinés pour nous le rappeler), donne l'impression, désolé, d'un profond sommeil.

 

Dans l'économie genevoise, que se passe-t-il ? 250 postes de travail, chez Merck Serono, vont sauter. D'autres multinationales donnent des signes très inquiétants. Le secteur bancaire, celui de la parfumerie, d'autres encore, pourraient être amenés à nous annoncer de fort mauvaises nouvelles dans les semaines ou mois qui viennent. Tout cela mêlé exige quoi ? Mais qu'on se REVEILLE, pardi ! Or, désolé, désolé, et désolé encore, le Conseil d'Etat, dans la gestion de ce type d'affaires depuis quelques semaines, ne donne pas cette impression. Sans doute œuvre-t-il, dans la discrétion, à chercher des solutions, nous voulons tout au moins le croire. Mais gouverner, c'est aussi FAIRE SAVOIR. La détermination, il faut la montrer. Le moral, il faut l'entretenir. Ces signaux-là, ce Conseil d'Etat franchement à bout de souffle à douze jours d'une complémentaire et seize mois des élections générales, ne les montre tout simplement pas.

 

Dans ces conditions, la Ville de Genève apparaît totalement légitimée à tirer la sonnette d'alarme. Les signes de vigueur, d'où qu'ils viennent, sont les bienvenus. Pour le reste, c'est Nounours, Nicolas et Pimprenelle : Bonne Nuit, les Petits !

 

 

Pascal Décaillet

 

 

16:16 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Imprimer |  Facebook | |

03/06/2012

Toni et l'extase de la marge

 

Sur le vif - Dimanche 03.06.12 - 15.11h

 

« Camp d'internement ». Ils ont osé utiliser ce mot. Les « camps d'internement light » ne suffisent pas, a renchéri Toni Brunner. Il faut donc en conclure que le président de l'UDC suisse souhaite, pour les requérants « récalcitrants », des camps d'internement lourds. Le contraire de light. Comme il y a Coca light et vrai Coca.

 

Alors, voilà, on peut discuter de tout. On doit, même. L'explosion des demandes d'asile en Suisse, les cas de faux requérants, ceux qui commettent des délits et des crimes, oui, tout cela est un vrai thème. Il n'est pas question de l'oblitérer.

 

Mais en politique, les thèmes sont portés pas des mots. Celui de « camp d'internement » ne passe tout simplement pas. Trop chargé d'Histoire, M. Brunner. On peut discuter de tout, y compris de votre idée de camp central, national. Pour ma part, je la combattrais, mais enfin on peut en parler. Mais « camp d'internement », non.

 

Les partisans de M. Brunner me diront que je chipote. Non. Les mots, en politique, ne sont pas seulement vecteurs de pensée. Il arrive qu'ils la précèdent. La dominent. La guident vers des chemins de brume qu'elle n'aurait pas souhaités. Et là, M. Brunner, « camp d'internement », outre que j'en rejette le concept, j'en vomis simplement les syllabes. Parce qu'elles charrient, je l'espère en tout cas pour vous, et pour nous tous, autre chose que votre projet. Un autre arrière-pays, pas si lointain.

 

Je remercie les partisans de M. Brunner, dans leurs commentaires, d'éviter de me ramener le grief de « reductio as Hitlerum », même s'ils le pensent, c'est juste pour s'éviter un nouveau débat sans fin, comme après l'histoire de l'UDC genevoise et de sa demande de dissolution de Mesemrom.

 

Je note simplement que ce grand parti, le premier de Suisse, qui aurait pu être le pivot d'une reconstruction des droites dans notre pays, ne semble, de son plus haut niveau, pas en avoir envie. Comme si pour écrire le texte, la page étant offerte, et laissée en jachère par l'inexistence des droites traditionnelles, on demeurait, inamovibles, dans la boue de la marge.

 

Pascal Décaillet

 

15:11 | Lien permanent | Commentaires (17) | |  Imprimer |  Facebook | |

02/06/2012

Je ne dis jamais

 

Samedi 02.06.12 - 09.37h

 

Je ne dis jamais agriculteur, mais paysan.

 

Je ne dis jamais solutionner, mais résoudre.

 

Je ne dis jamais personne âgée, mais vieillard.

 

Je ne dis jamais thématique, mais simplement thème, ou sujet.

 

Je ne dis jamais développement durable.

 

Je ne dis jamais adénopathie.

 

Je ne dis jamais office, mais messe. Et ceux qui disent culte sont mes frères.

 

Je ne dis jamais non-voyant, mais aveugle.

 

Je ne dis jamais groupe sujet, ni aucune de ces pollutions, j'use de la magnifique et limpide grammaire de mon enfance.

 

Je ne dis jamais pédagogie, mais éducation.

 

Je ne dis jamais écoquartier.

 

Je ne dis jamais « requalifier l'espace urbain », j'aime trop les mots.

 

Je ne dis jamais épicène, mais épicé oui.

 

Je ne dis jamais conflit armé, mais guerre.

 

Enfant, je disais toujours Russie, jamais URSS.

 

Je ne dis jamais Europe, mais France, Allemagne, Italie, très souvent.

 

Je ne dis jamais Vichy, mais Perrier.

 

Je ne dis jamais mode, parce que ça se démode.

 

Je ne dis jamais Réseau d'enseignement prioritaire. Il y en aurait des secondaires ?

 

Je ne dis jamais petite enfance, même si c'est très beau.

 

Je ne dis Phénix que dans Apollinaire.

 

Je ne dis jamais art contemporain. L'art est contemporain, ou n'est pas.

 

Je ne dis jamais grands textes, c'est trop con.

 

Je ne dis jamais citoyennes et citoyens, je dis citoyens, et j'entends que ce neutre englobe les deux sexes.

 

Je dis toujours bonjour, et au revoir.

 

Je ne dis jamais adieu, même aux morts.

 

Je ne dis jamais mur, ni statut. Si ce n'est pour parler d'un mur. Ou d'une statue.

 

Je dis très volontiers week-end, l'anglais n'est pas le diable.

 

Je dis strophe, quatrain, impair et vers libre. Surtout, je m'en nourris.

 

Je dis le pain, le vin, l'eau, la rivière, le ciel, la source, la terre, le lac de montagne, la paix de l'oiseau, au-dessus de l'étang.

 

Je dis l'huile et le feu.

 

Je dis vivez. De la fureur du verbe. Que vos mots soient les vôtres. Et vôtres, la révolte, et la beauté du monde.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

09:37 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (20) | |  Imprimer |  Facebook | |

01/06/2012

Pour changer un peu de Pierre Ruetschi...

 

 

Portrait subjectif - GHI - 31.05.12

 

 

Stauffer, l'homme qui surgit

 

Moi, je dis qu'il est italien. De ceux qu'on aime : bandit des montagnes, condottiere, rugueux, broussailleux, très famille et très folie, l'Aventura. Si Maudet est Oiseau de feu et Anne Emery-Torracinta, Femme sans ombre, alors qui donc serait Eric Stauffer ? Surgi de quelle haie, de quel noir fourré ? Compagnon du maquis qui se commet en ville, mauvais garçon en instance de repentance, homme des bois policé pour la nécessité de la manœuvre, parrain oublié qui revient pour la fête. Que faisait-il, depuis la dernière communion ? Où était-il ? Sous quel soleil, et sous quelles ombres ? Eric Stauffer, l'homme qui a le plus marqué la politique genevoise depuis 2005, haï par les uns, adulé par les siens, est avant tout un mystère. Je ne l'ai, pour ma part, jamais percé.

 

Ne venez pas me dire que mon portrait est subjectif : il l'est ! La couleur est annoncée, c'est marqué, en haut à gauche, dans l'encadré. Et qui serions-nous, n'importe lequel d'entre nous, pour oser « objectiviser » pareil phénomène ? Il serait l'insecte, et nous entomologistes ? Philippe Morel, député PDC, brillant chirurgien qui le « connaît de l'intérieur » pour l'avoir opéré, affirme que les entrailles de son abdomen sont normales. C'est déjà ça. Pour Frankenstein, il faudra donc chercher ailleurs.

 

Pour le reste, quoi ? Un homme qui a été, un jour, humilié (sa préventive à Champ-Dollon, qui n'a abouti sur aucune condamnation), et a décidé, avec la plus phénoménale des énergies, de prendre sa revanche. Pas sur les juges ! Encore moins sur la police, avec laquelle il s'entend comme larrons en foire. Même pas sur la droite, ni la gauche. Mais contre un certain ordre établi à Genève, oui. Il serait Edmond Dantès, ils seraient les salopards de bourgeois de Marseille, entendus entre eux, qui l'ont envoyé au Château d'If. Vrai ou faux ? Peu importe : le mythe fonctionne. Eric Stauffer n'est pas un rationnel, il accomplit le chemin d'un désir, surgi des racines. Refuser de voir cela, c'est passer à côté de l'homme.

 

A part ça, désolé, mais enfin, qu'on l'aime ou non, quel chemin en moins de sept ans ! En 2005, le MCG, encore tout marcassin dans les sombres taillis de la politique genevoise, force la porte du Grand Conseil. Quatre ans plus tard, il place dix-sept députés, et devient, ex-aequo avec les Verts, le deuxième parti du Parlement ! En 2011, un conseiller national, Mauro Poggia. Et la montée, doucement mais sûrement, dans les communes, qui sont le plus âpre et le plus difficile, le bastion des familles, la tourelle du bourgeois.

 

Alors oui, le bourgeois commence à prendre peur. Naguère, dans les années 1846, la colère populaire grognait de Saint-Gervais, pour menacer la rue des Granges. Aujourd'hui, elle gronde d'un peu partout. On se rassure, on se dit que le cauchemar finira. Erreur ! Le MCG n'est pas Vigilance : il ne s'abolira pas aux prochaines élections. Le 17 juin, quel résultat fera Eric Stauffer ? Nous verrons bien. Mais l'homme des bois est là, sourcil broussailleux, œil noir, impétueux désir de revanche. Insensible à la colère postillonnée du bourgeois. Impavide aux tempêtes. Même dans un verre d'eau.

 

Pascal Décaillet

 

 

14:46 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (17) | |  Imprimer |  Facebook | |

Claude Torracinta, notre modèle

 

Sur le vif - Vendredi 01.06.12 - 09.17h

 

Parmi les innombrables personnes qui, depuis six ans, me font l'amitié d'accepter mes invitations à « Genève à chaud », mon confrère Claude Torracinta est l'un de ceux qui m'honorent le plus. Depuis très longtemps, déjà pendant les longues années de Forum, ou même lorsque je produisais le 12.30h, ou les Matinales, cette intelligence lucide et vivifiante a toujours été d'une rare disponibilité pour venir commenter l'actualité, notamment française, mais aussi suisse.

 

Aussi loin que remontent mes souvenirs d'enfance, le visage émacié, éclairé d'un œil brillant, de ce chevalier à la triste figure, m'a accompagné. Sur les écrans noir et blanc de notre première télévision, il était, naguère, le seul (à part les courses de ski, dont j'étais fou, mais que j'allais plutôt voir sur place, avec mon père) à retenir mon attention sur la TSR, alors que les débats politiques français, déjà, me fascinaient. Pourquoi ? Mais, simplement, parce qu'il DONNAIT DU SENS à l'actualité. Non seulement la rigueur, qui est chez lui une seconde nature, mais l'immédiateté du contexte, possible seulement grâce à sa vaste culture, notamment historique, et quelques milliers de lectures. Mettre en lien me semble l'une des fonctions cardinales du métier.

 

Fin d'enfance, début d'adolescence : Temps présent. À l'époque, grande émission. Noir blanc. Des sujets, notamment de société, dont je n'avais jamais entendu parler. Car si j'ai eu, notamment sur le plan littéraire, des profs éblouissants, ils étaient assurément moins révolutionnaires face au non-dit de leur propre époque que pour décrypter Racine, ou Rimbaud, Francis Ponge ou René Char, Sophocle ou les fragments présocratiques. En ces années, au fond sublimes, à la fois lumière et cécité, connaissance et innocence, champ du possible et Murailles de Chine, le rendez-vous de Temps présent était une fenêtre sur le monde. Hors cela, je ne vivais et n'existais que pour les livres. Ce qui, d'ailleurs, me comblait.

 

Je me souviens des premiers sujets sur l'homosexualité, sur les travailleurs immigrés en Suisse, le statut de saisonnier, je vous parle là d'il y a quarante ans. L'homme qui organisait cela, le rendait possible, c'était Claude Torracinta. Et les équipes, autour de lui. Cette fonction d'éveil et d'ouverture, il l'a gardée toute sa vie. Aujourd'hui, dans les trois ou quatre minutes de dialogue improvisé, entre lui et moi, complicité totale, construction à deux d'une séquence en direct, relances instinctives pour faire avancer l'information, c'est en lui le même souci d'ouverture et d'intelligence que je retrouve, à chaque fois.

 

Merci, Claude. Et continuez à venir souvent nous éclairer.

 

Pascal Décaillet

 

 

09:17 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |