31/08/2012

Elle est loin, l'Amérique ?

 

Vendredi 31.08.12 - 15.06h

 

C'est reparti, comme tous les quatre ans, avec un gentil démocrate et un méchant républicain. Et le 97% de la presse qui nous matraque avec la gentillesse du démocrate et la méchanceté du républicain. La civilité du démocrate et la rudesse du républicain. Les Lumières pour le démocrate, les Forces de la Nuit pour le républicain. La beauté physique pour le démocrate, les ailes de la disgrâce pour le visage du républicain. Le Bien pour le démocrate, le Mal pour le républicain. Le progrès pour le démocrate, la régression pour le républicain. C'est reparti, oui. Jusqu'au 4 novembre.

 

Pascal Décaillet

 

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Avec Christian Varone

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 31.08.12

 

Un homme seul. Il a certes sa famille, ses amis, d’innombrables messages de sympathie. Et, au sein de sa formation politique, son clan de partisans. Mais dans la vie, et surtout dans la difficulté, on est toujours seul. Je mesure ce que doit éprouver Christian Varone, le poids du lâchage et de la trahison, la mielleuse délicatesse des défections, ceux qui s’en vont, vous savez, sur la pointe des pieds, sans faire de bruit. Ceux, prétendument de votre camp, qui vous traitent ici même de « page blanche », ou n’attribuent votre mérite, votre vertu, qu’à la « bienveillance du camp majoritaire ». Comme si, depuis 75 ans, cette compatibilité n’avait été un élément déterminant pour faire élire les grands magistrats radicaux de ce canton.

 

Page blanche ! L’image est belle, elle a la moiteur blême de la main qui tient la dague. J’ignore tout de cette candeur, mais je sais, lorsqu’il a fallu gérer l’affaire du tunnel de Sierre, là où nous tous aurions flanché, qu’on ne se souciait guère de savoir si la page était blanche ou grise. Parce qu’on avait face à nous la rudesse d’un courage, la trempe d’un caractère. Une attention infinie, aussi, à la dimension du tragique, la rupture de tous ces destins, ce malheur qui fait chavirer les âmes. Ça n’est certes pas un blanc-seing pour devenir ministre, mais enfin je ne sache pas non plus que ça détermine le contraire, ni de subtils distinguos sur « la main ferme » et « la main heureuse ». En un mot comme en mille, lorsqu’il fallait être là, Christian Varone le fut.

 

Le 6 septembre, à Conthey, le PLR fera son choix. Je ne suis pas sûr qu’il ait absolument besoin des « Lumières de la Raison » pour se déterminer. Laissons chacun de ces militants écouter le fond de son cœur, la petite voix de l’intérieur qui se passera bien de l’Appel aux Equerres pour dessiner la géométrie de la décision. Si cette instance devait élire Christian Varone comme candidat, alors tout deviendrait possible. Pourquoi ? Mais parce que l’autre instance, finale, la seule qui vaille, le peuple valaisan du printemps 2013, je peux vous dire qu’elle donnera avec une souveraine majesté sa réponse à tout cet océan de miasmes et de salissures qui, de l’interne bien plus que de Turquie, aura sévi en cet été caniculaire. Parce qu’il s’agit d’élire un conseiller d’Etat. Et que la seule instance apte à le faire, est le corps électoral. Pas la justice turque. Pas l’ambassade turque. Pas la presse satirique. Pas les éditorialistes. Pas vous. Pas moi. Non : le peuple en armes, non celui qui fait du bruit, mais celui qui vote.

 

Et ce peuple électeur, nul n’a de leçon à lui donner. Si M. Varone est candidat, seul le peuple jugera. Il l’élira. Ou ne l’élira pas. Mais foin des juges, foin des censeurs, foin des moralistes de la 25ème heure. Il y aura le peuple. Il y aura une décision. Cela s’appelle, tout simplement, la démocratie.

 

Pascal Décaillet

 

 

28/08/2012

André Steiger: un grand nous quitte

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Mardi 28.08.12 - 17.22h


Juste un ou deux souvenirs, pour l'heure, pêle-mêle, Brecht et Shakespeare. Et puis deux cents autres, tant il fut partout, infatigable créateur, dans le théâtre romand.


André Steiger, qui vient de nous quitter à 84 ans, était un géant de nos planches. Derrière l'homme au cigare, l'acteur, le metteur en scène, il y avait l'impétueux souci théorique de ce que doivent être le geste, la situation, la parole du théâtre. Sa culture dramaturgique, à l'égal d'un Claude Stratz, d'une Martine Paschoud, était immense.


D'autres rendont hommage, dans les heures qui viennent, à l'un des hommes qui auront, entre autres, le mieux fait connaître l'univers d'un Bertolt Brecht à la Suisse romande. Nous croiserons, ce soir 19h dans Genève à chaud, les regards de deux directeurs de théâtre, Hervé Loichemol pour la Comédie, Philippe Macasdar pour Saint-Gervais.


Nous n'oublierons pas le parcours de cet homme, qui ne vivait que par la création théâtrale, au sujet d'elle, et autour d'elle. Il en était habité, et l'habitait. Hors de cela, j'ignore tout de sa vie. Et c'est peut-être sans importance.


Pascal Décaillet



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25/08/2012

Fiscalité : le réveil salutaire du centre droit

 

Sur le vif - Samedi 25.08.12 - 16.01h

 

Face aux attaques hallucinantes lancées, en matière de fiscalité, contre la Suisse, il convenait depuis longtemps de hausser le ton. Une bonne partie de la classe politique suisse, hélas, a mis des années à courber l’échine, voire enfouir la tête sous le sable, comme si la cécité pouvait empêcher la tempête. Depuis des années, notre pays donne l’impression de suivisme, n’ayant jamais l’initiative, se contentant au mieux, comme un enfant pris en faute, de tenter d’inventer des répliques, au coup par coup.

 

Il fallait réagir, oui. Au centre droit, famille charnière dans ces questions-là, Philippe Nantermod fut le tout premier, il y a trois semaines, à déclarer que l’accord sur les successions, avec la France, devait être rejeté. Aujourd’hui, face aux délégués du PDC suisse, à Bâle, c’est Christophe Darbellay qui a donné de la voix, à propos cette fois des Länder allemands, notamment du ministre des Finances de Rhénanie du Nord – Westphalie, et de l’achat de CD contenant des données fiscales volées : « Un Land allemand qui soutient des pratiques illégales est indigne d’un Etat de droit démocratique et européen. Nous n’acceptons pas ces méthodes criminelles, et encore moins d’être noircis et accusés au bout du compte ».

 

Entre Nantermod et Darbellay, il y eut trois semaines d’un salutaire réveil dans la famille du centre droit. Beaucoup d’autres personnalités politiques situées dans l’espace entre la gauche et l’UDC, qui jusque-là brillaient par leur discrétion quand elles ne rasaient pas les murs, ont enfin laissé sortir un autre discours que celui d’une culpabilité qui n’a absolument pas lieu d’être. La Suisse, depuis des années, est attaquée, avec une hargne inouïe, par des pays qui n’ont strictement aucune leçon à lui donner en matière fiscale : les Etats-Unis et la Grande Bretagne ont des paradis fiscaux, l’Allemagne et surtout la France pratiquent des taux totalement confiscatoires. La France se révèle incapable, depuis bientôt quatre décennies, de nous sortir un seul budget qui ne soit pas dans les chiffres rouges. Face à cela, la Suisse, avec son frein à l’endettement, ses mécanismes anti-déficits, n’a absolument pas une seule seconde à rougir.

 

Je dois avouer que ce réveil rhétorique du centre droit me surprend en bien, il nous sort du marais poitevin, des silences attentistes. Il affirme, en matière fiscale en tout cas, la solidarité de ces partis avec le reste de la droite suisse, celle qui n’a pas attendu cet été pour agir par voie de démocratie directe. Voilà au moins un effet intéressant, sur notre plan intérieur, des chantages de Washington, Londres, Paris et Berlin : ils auront contribué à une amorce de réconciliation des différents courants de la droite suisse.

 

Quant aux ennemis de l’intérieur, avec leur naïveté, leurs illusions d’ordre multinational, leur appel à « l’interdépendance », leur ignorance totale des vraies contingences de l’Histoire, qui sont rapports de force et rien d’autre, en un mot leur inculture, laissons-les à leurs illusions. Unies, les droites suisses ne représentent pas loin de deux tiers du corps électoral, assurément du Parlement fédéral. Qu’elles le fassent savoir. Nous avons, sous la Coupole fédérale, l’une des députations les plus à droite d’Europe, l’un des partis socialistes les plus timides. Pourquoi diable les représentants des partis dits « bourgeois » sont-ils aussi timides, là où ils sont clairement majoritaires, et ont mandat du peuple d’agir dans un certain sens? Nous sommes là dans le domaine de l’inhibition. Je n’ai pas de réponse. Et la psychanalyse ne relève pas de mes compétences.

 

Pascal Décaillet

 

 

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24/08/2012

Le silex étincelant des idées


Suite de mes entretiens avec le jeune écrivain Grégoire Barbey - Vendredi 24.08.12 - 10.43h


GB – Quel est le rôle d’un journaliste au sein de notre société, Pascal ? Je m’interroge sur cette épineuse question depuis des lustres. Et aujourd’hui, plus que jamais, je puis légitimement me la poser, car c’est cette voie-là que je désire suivre. C’est pourquoi je vous le demande, vous qui avez de la bouteille dans ce domaine. Informer comprend également certains risques, n’est-ce pas ?
 
PaD – Il y a tant de fonctions dans le journalisme ! Assurément elles évoluent avec les sociétés: nous ne sommes plus à l’époque de Théophraste Renaudot, ni même à celle des Illusions perdues, de Balzac, dont l’un des personnages est un célèbre journaliste. Ni, non plus, dans cette extraordinaire effervescence du tournant des deux siècles (19ème, 20ème), Affaire Dreyfus, Zola, Barrès, qui fut le sommet de la presse militante. En 2012, au moment où vous vous lancez dans le métier, la presse est au coeur d’une mutation sans précédent. Mais elle le fut toujours, à bien scruter son Histoire.
 
GB – Je n’en doute pas. Je suis peut-être idéaliste. Ou alors totalement déconnecté de la réalité, je n’en sais rien. Nous sommes des êtres humains, qui avons chacun nos propres référentiels, ce qui, inévitablement, a des conséquences sur l’orientation de nos propos. Je crois vraiment, peut-être à tort, que le métier d’informer comporte des devoirs, notamment celui de réfléchir à l’information délivrée. Mais il semble que ma pensée ne soit pas dans l’air du temps, eu égard aux réactions qu’elle engendre.
 
PaD – Tout cela est codifié, dûment, et vous aurez largement l’occasion de vous y initier durant vos deux ans de stage (car je suis persuadé que vous le ferez, et deviendrez journaliste). L’information est-elle juste ? L’ai-je vérifiée sur plusieurs sources ? Quel est l’intérêt de ceux qui me l’ont donnée ? Surtout, j’ajouterai pour ma part: est-elle d’intérêt public? A cet égard, je ne supporte pas qu’on aborde la vie privée des gens. Et condamne sans relâche la dérive, dans ce sens, d’un quotidien romand du matin.
 
GB – J’ai déjà lu quelques ouvrages traitant du sujet. En effet, ces vérifications sont essentielles, en tout cas d’un point de vue théorique. Mais en pratique, après avoir discuté avec de nombreuses personnes qui sont dans le métier depuis longtemps – dont vous –, il apparait que l’ère du net a considérablement réduit le temps nécessaire à ces vérifications et aux interrogations que peuvent susciter la divulgation – ou non – d’une information spécifique. Dès lors, que faut-il faire pour veiller à respecter ces codes ?
 
PaD – Le net est un outil extraordinairement pratique. Il a révolutionné nos métiers. Pour ma part, je ne vois pas exactement en quoi le fait de disposer d’un ordinateur (plutôt que des vieilles machines à écrire sur lesquelles j’ai commencé, au Journal de Genève) devrait nous dispenser, lorsque nous travaillons sur une info exclusive, de procéder aux vérifications nécessaires. Mais vous savez, le fameux “intérêt de la source”, il n’est pas à questionner seulement sur les scoops. Mais sur toute donnée d’informations: pourquoi le Conseil d’Etat, tel jour, organise, sur tel sujet, telle conférence de presse ? Vous y découvrirez que ces grands-messes aux allures placides sont toujours des actes de pouvoir, de monstration, de majesté. Beaucoup, hélas, recrachent tels quels les propos du pouvoir. Ce qui est un métier (fort honorable, d’ailleurs) de porte-parole. Mais pas de journaliste.
 
GB – Nous sommes d’accord sur ce point, vous et moi. D’ailleurs, lorsque je vous regarde interviewer certains politiciens sur Leman Bleu, je prends toujours beaucoup de plaisir à vous voir leur poser des questions embarrassantes. C’est cela que j’aime. Vous partagez ma position qui est de ne pas caresser le pouvoir dans le sens du poil. Il ne faut pas non plus le conspuer à tout va. Mais il est impératif de l’interroger, de le remettre en question. Pour moi, c’est cela, le métier de journaliste. D’un point de vue intellectuel, ce domaine est passionnant. Pour chaque information, des dizaines de questions s’interposent. J’aime ça.
 
PaD – Il me semble primordial que chacun ait un regard. Nous assisterions, vous et moi, à un même événement. Mais nos articles, assurément et c’est tant mieux, ne seraient pas les mêmes. Une fois l’info donnée, il y a toute la dimension que chaque sensibilité viendra lui donner. Et surtout, osons le commentaire. Un journaliste, ça n’est pas un eunuque. Ca n’est pas un douanier (qu’avez-vous à déclarer ?). C’est quelqu’un qui propose une vision. Mais sur ce point, comme vous avez commencé par cela, jouant un peu avec les charrues et les boeufs, je n’aurai pas grand peine à vous convaincre.
 
GB – Oui, et en l’occurrence mes opinions semblent parfois déranger certains individus qui exercent ce métier. Les commentaires, et je le regrette, sont bien souvent proscrits, à moins d’être indépendant, comme vous. Il faut se contenter, hypocrisie totale, de transcrire l’information. Comme s’il y avait une objectivité quelconque dans cette façon de faire. Rien de tout cela n’est vrai, et j’espère un jour qu’en Suisse, d’autres journaux tenteront, comme le fait le Courrier, l’expression d’opinions, fussent-elles en désaccord avec le plus grand nombre.

PaD – Le Courrier est un journal courageux, que j’admire, malgré l’océan qui nous sépare. De même, Gauchebdo. Je rêve que la presse romande retrouve le goût salé du combat, du verbe militant, du silex étincelant des syllabes et des idées, lorsqu’elles s’entrechoquent. Rejoignez cette profession. Vous en avez les qualités.


GB + PaD

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23/08/2012

"Rien n'est drôle - Sauf ce qui est drôle"


Suite de mes entretiens avec le jeune humoriste Grégoire Barbey - Jeudi 23.08.12 - 13.05h



PaD – Je n’aime pas les humoristes. Ils ne me font pas rire. Et se révèlent souvent, dans la vie, des personnages sinistres. Le saviez-vous ?
 
GB – Serait-ce mon actuel engagement au sein de Vigousse qui vous fait aborder ce sujet, cher Pascal ? Je ne connais pas suffisamment d’humoristes pour souscrire à vos propos, malheureusement.
 
PaD – J’aime l’humour, mais pas les humoristes. C’est très impopulaire de dire cela, je sais, mais j’assume.
 
GB – Pourtant je vous connais une admiration profonde pour Eric Stauffer et Philippe Nantermod…

PaD – Il existe, en France, une chaîne continue qui ne diffuse que des sketches humoristiques. Au premier (si on tombe bien), on rit aux larmes. Au deuxième, un peu moins. Après dix minutes, pour ma part, et quel que soit le génie des auteurs, je suis pris d’une nausée. Je crois que l’humour est une grâce, elle doit surgir de l’imprévisible, évidemment là où on l’attend le moins. Mais la production industrielle d’humour, non merci. C’est pourquoi je m’interroge sur ceux qui en font métier. J’en admire certains. Mais ne les envie pas.

GB – Pour ma part, je me suis souvent ennuyé durant les sketchs de certains humoristes. D’autres m’ont fait rire. Mais qu’importe, que cela soit l’humour ou des domaines tout à fait différents, il s’agit aujourd’hui de produire, pour répondre à la demande, et augmenter ses bénéfices. Peut-être est-ce cette course à la création qui dénature toute chose.

PaD – C’est le statut d’humoriste qui m’intéresse. Se lever le matin en se disant: «Je vais faire rire. Je vais produire de l’humour. J’ai intérêt à être drôle, sinon je perds mon job». Je trouve cela totalement horrible, angoissant. Et à la limite du sinistre. C’est une chose, profondément, qui me fait peur. Contraire à la grâce de l’imprévisible. Je n’aimerais pas être à leur place. Je ne trouve pas, à la vérité, que l’humour soit drôle. Les humoristes, encore moins. Remarquez que moi-même, je ne me trouve pas drôle du tout.

GB – C’est pourtant un métier comme un autre. Vous connaissez sûrement l’adage «panem et circenses». Les gens aiment l’humour. Être distraits. Dès lors, l’humoriste est investi d’un rôle essentiel dans la cohésion sociale, car il permet à monsieur et madame tout le monde d’oublier leurs petits problèmes quotidiens. Les tracasseries du matin. Ces mécènes du rire voient peut-être leur tâche différemment. Ils se disent, avec une certaine fierté, qu’ils vont permettre à des personnes de passer un moment agréable. Tout simplement. Non ?

PaD – L’humoriste serait donc un assistant social. Je veux bien. Mais c’est la question du talent qui me tarabuste. Se lever le matin avec pour tâche de produire de l’humour ne résout pas l’imprévisible de la grâce. Et cela, les humoristes doivent bien le savoir. Et l’immensité de cette angoisse (vais-je être drôle ?), je ne sais pas comment ils peuvent l’assumer. La question se pose aussi pour le poète. Pour l’amant. Le soupirant. Mais là, c’est encore moins drôle. Voulez-vous que je vous dise: rien n’est drôle. Sauf ce qui est drôle.

GB – Les humoristes ont leurs astuces, comme tous les corps de métier. À force d’exercice, ils savent ce qui fonctionne infailliblement, et en cas de doute, ils sortent leurs jokers, afin de ne pas perdre la main. Mais si rien n’est drôle, sauf ce qui est drôle, la vie vaut-elle la peine d’être vécue ?

PaD – L’astuce, c’est bon pour la mécanique du rire, celle qu’on nous décrit depuis l’Antiquité et qui a intéressé les plus éminents philosophes, dont bien sûr Bergson. Mais l’astuce – en humour, comme en écriture, comme en amour – ne garantit pas l’imprévisible de la grâce. L’une de mes filles m’a annoncé hier être tombée face à un chamois, en pleine forêt. J’aime. Ca n’est pas drôle. Mais c’est une grâce.

GB – Alors de grâce, Pascal, dorénavant, essayez d’être drôle !


GB + PaD

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20/08/2012

L'homme qui donnait encore de la voix

 

Sur le vif - Lundi 20.08.12 - 09.32h

 

Enfin, une voix. Et quelle voix ! De celles qui tonnent et résonnent, percutent. Jusqu'au fond de l'être sensible. C'est un papier que publie Michel Halpérin, en page 11 du Temps, ce matin, mais comme toujours, lorsque celui qui écrit est perçu comme être de parole, c'est chaque syllabe qui s'entend. À haute voix.

 

Enfin une voix, lorsque tant d'autres, y compris dans son camp, se taisent. Ou murmurent, tout au plus, d'inaudibles tiédeurs. « La Suisse ne gagnera rien à ramper devant les grandes puissances », titre ce matin le grand avocat libéral, ancien président du Grand Conseil, à propos de la convention fiscale avec la France sur les successions. Deux semaines après Philippe Nantermod, mais avec quelle classe, quelle clarté, Halpérin met les pendules à l'heure.

 

« Non, la nouvelle convention n'est ni urgente, ni anodine. Elle révèle seulement que notre pays, une fois de plus, fait preuve de servilité à l'égard de l'étranger. Tout Etat qui requiert aujourd'hui de la Suisse est à peu près assuré d'être satisfait. En attestent notre politique empressée en matière d'entraide judiciaire internationale et la destruction volontaire d'une partie des conditions-cadres qui ont permis à l'économie suisse, notamment financière, d'assurer la prospérité du pays ». Dixit Halpérin, en page 11 du Temps.

 

Je ne sache pas, pourtant, que cette grande figure de la vie genevoise provienne de foules populistes, ni passe ses dimanches dans les combats de lutte à la culotte, dans la jouissance de la sciure. L'homme qui signes ces lignes, dans le Temps, est un libéral au très grand sens du terme, ce libéralisme qui n'est pourtant pas le mien mais que j'admire, tiens celui d'un Cyril Aellen par exemple. Une conception de l'Histoire fondée non sur l'angélisme, mais sur le constat de dureté des luttes pour les différents intérêts nationaux.

 

Dans ce combat, implacable, où le paravent de la morale ne sert qu'à camoufler les intérêts, la petite, la fragile Suisse, notre pays, a besoin de grandes voix pour la soutenir. Ce matin, dans le Temps, c'est chose faite.

 

Pascal Décaillet

 

 

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17/08/2012

Les séraphins de la perfection morale

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 17.08.12

 

La récente affaire fiscale avec la France, à propos des successions, a enfin réveillé les consciences dans notre pays. Il y a eu les rapides, comme Philippe Nantermod, qui ont immédiatement dit leur colère. Il y en eut d'un peu plus lents, et même certains, d'inspiration chrétienne, qui ont attendu de sentir le vent, mais enfin maintenant, une bonne partie de la classe politique suisse exige des explications. Comment Eveline Widmer-Schlumpf a-t-elle pu, à ce point, se laisser avoir ? Que fait Didier Burkhalter ? Existe-t-il, d'ailleurs, vit-il ? Quelle est la stratégie d'ensemble du Conseil fédéral ? Réponse : néant.

 

Notre pays est en train de vivre, autour de sa place financière, des attaques d'une violence inouïe. Les pays d'où proviennent ces salves, à commencer par les Etats-Unis, n'ont strictement aucune leçon à nous donner en termes de moralité financière. Ne parlons pas de la Grande-Bretagne. Encore moins de la France, dont la gestion des finances publiques, depuis des décennies, sous la droite comme sous la gauche, est catastrophique. Et qui ne cherche, par ses actions contre la Suisse, qu'à se renflouer. C'est cela, la vérité des choses, cela et rien d'autre.

 

Face à cette guerre - c'en est une, et sur plusieurs fronts - tout pays normalement constitué réagirait par la guerre. Préciser nos valeurs. Expliquer à la population que les banques suisses ne sont pas, à la base, une émanation du diable, qu'elles ont certes commis des erreurs, mais qu'elles demeurent d'immenses sources d'emplois et de richesse nationale. En guerre, il faut une stratégie, une cellule de crise, une vision claire, une volonté inébranlable de défendre les intérêts du pays. Franchement, vous sentez cette ivresse dionysiaque chez Mme Widmer-Schlumpf ? Chez M. Burkhalter ?

 

Le pire, ce sont les ennemis de l'intérieur. Les gentils moralisateurs. Ceux qui, en pleine guerre, alors qu'il faut monter au front et parer au plus pressé, nous dispensent la leçon sur la Suisse pourrie, la Suisse qui doit se mettre au diapason, la Suisse qui doit accepter toutes les exigences de nos chers voisins. Ces puristes de la morale abstraire, ces séraphins de la perfection, ont-ils seulement compris que nous étions en guerre ? Que certains avaient décidé, là-bas, en invoquant le paravent de l'éthique, d'avoir notre peau ? Ne voient-ils pas, ces braves gens, que l'Histoire humaine n'est rien d'autre qu'une succession de rapports de force ? Quelle culture historique ont-ils ? Qu'ont-ils lu ?

 

Ceux qui, depuis plus de douze ans, me lisent dans ce journal, savent bien que je ne roule pas pour les forces de l'Argent. Et que je veux une primauté de l'Etat, et de l'intérêt public, sur les désordres de l'économie. Mais enfin, il y a le temps de la réforme, de la discussion. Et il y a, un peu plus urgent, le temps de la guerre. Nous sommes dans le second cas de figure. Si nous dormons, nous sommes morts.

 

Pascal Décaillet

 

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15/08/2012

La diva et le marionnettiste

 

Sur le vif - Mercredi 15.08.12 - 15.23h

 

J'écris ici comme citoyen de la Ville de Genève, où je suis électeur depuis 34 ans. Le 4 novembre, il m'appartiendra, comme des dizaines de milliers de mes concitoyens municipaux, d'élire le successeur de Pierre Maudet. En sachant que le nouvel élu devra siéger avec quatre personnes de gauche. Autant dire qu'il faudra, comme Maudet le fut, un caractère incroyablement fort. Une tronche. Une personne (si elle est issue de la droite) capable à la fois de jouer le jeu collectif et de s'en détacher, toutes choses que le sortant sut accomplir à merveille. Bref, il faut un joueur. Un habile. Un malin. Un qui anticipe. Une joyeuse et sifflotante locomotive.

 

L'exécutif de la Ville étant, de toute manière, écrasé par la gauche, avec un Municipal qui, tout en étant rééquilibré par rapport au précédent, demeure dans le sillage, c'est précisément sur la nature de ce fameux cinquième que se jouera la future dynamique. Sa personnalité, beaucoup plus que son appartenance. Son intelligence politique. Sa rapidité. Sa puissance de travail. Sa capacité d'invention et d'innovation. Son habileté joueuse face au bloc de gauche. Paradoxalement, dans un système qui ne met plus en valeur que les réseaux, il pourrait être, pour une fois, formidablement utile d'avoir à ce poste un solitaire. De toute façon face au Cartel des Camarades (une pensée pour M. Herriot, 1924), l'immensité de sa solitude, le nouvel élu aura tout loisir de s'en imbiber.

 

Un solitaire. Un caractère. Ces qualités, autant Salika Wenger, Eric Bertinat que Jean-Marc Froidevaux ou Olivier Fiumelli viennent de les montrer avec pas mal d'éclat. En se portant candidats, ce qui exige toujours du courage. En refusant de se désister, malgré les pressions. En maintenant, pour certains, leurs candidatures contre vents et marées. Contre leurs partis, ou conglomérats. Contre les marionnettistes et les « facilitateurs ». Contre les pactes de l'ombre, dont il faudrait aujourd'hui, au-dessus de l'électeur, et entre seuls apparatchiks, organiser le versement de la rançon. Au nom de quelle légiimité, je vous prie ?

 

Citoyen, électeur le 4 novembre, j'apprécie le combat et la ténacité de ces quatre-là, et même aussi celui de M. de Kalbermatten. Pour ne rien vous cacher, je suis un peu moins enchanté par la posture de diva de celui que nous désignent les seuls appareils, et qui déclare n'être candidat que parce qu'on est venu le chercher.

 

Si, néanmoins, le choix de l'Entente ne devait, sous l'envoûtement du marionnettiste et de quelques décideurs en haut, ne proposer que cet homme-là, alors, pour ma part, citoyen électeur depuis 34 ans, je voterais pour Salika Wenger. Ou pour un autre des fous qui aurait décidé de se maintenir. Ou pour M. Bertinat. Mais le vote obligé, pistolet sur la tempe, sous le seul prétexte d'un prêté pour un rendu, non merci. Nous, les citoyens, le corps électoral élargi de cette Ville, n'avons pas à nous laisser faire par des pactes d'appareils. Nous voulons voir l'intérêt supérieur de notre Ville. Pas celui des partis, ni des conglomérats. Quant aux marionnettes, je vous recommande à tous, en allemand ou en traduction française, le petit bijou publié en 1810 par Heinrich von Kleist. Histoire d'élever un peu le regard. Et scruter des horizons un peu plus lointains.

 

Pascal Décaillet

 

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14/08/2012

Eveline et les anémomètres

 

Sur le vif - Mardi 14.08.12 - 23.42h

 

"Anpassung des Doppelbesteuerungsabkommens mit Frankreich problematisch", titre en début de soirée le PLR suisse, dans un communiqué: "La convention de double imposition (en matière d'héritages) avec la France est problématique".

Dix jours après, les plus hautes instances du PLR épousent la réaction vive, juste et saine de Philippe Nantermod. Entre-temps, une bonne partie de la classe politique suisse s'est réveillée. Et la preuve que le vent tourne contre Mme Widmer-Schlumpf, c'est que même le PDC suisse (par la voix de son vice-président, ce matin) s'y met. Comme anémomètre, c'est imparable.

La vérité dans ce pays, c'est qu'il y a un problème Eveline Widmer-Schlumpf. Elle s'est fait complètement avoir sur ce coup, et devra répondre de ses décisions. La vérité, c'est que certains de ceux qui l'ont soutenue, dans le coup de majesté parlementaire de décembre 2007, vont maintenant, doucement, la lâcher. Observez bien les anémomètres, dans les mois qui viennent. Rendez-vous vers Noël ?

 

Pascal Décaillet

 

 

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Eric Bertinat, candidat intègre et crédible

 

Sur le vif - Mardi 14.08.12 - 04.56h

 

Oublions un moment le jeu des alliances, qui rendront son élection quasiment impossible. Ne regardons que l'homme. Son amour de Genève. Sa connaissance des affaires municipales. Sa capacité, tout en ayant des opinions bien marquées (ce qui est une preuve de courage), à travailler avec des partis adverses. Tout cela, à quoi s'ajoutent son intégrité et son amabilité, font d'Eric Bertinat un candidat crédible pour l'exécutif de la Ville de Genève. Parmi d'autres, mais pas moins qu'un autre.

 

Oh, je suis loin de partager toutes ses opinions, notamment en matière d'homosexualité (mais peut-être a-t-il évolué depuis l'affiche des pacsés inféconds). Mais enfin, la politique ce sont des fibres humaines, des femmes et des hommes avec des caractères, des tempéraments, et, à cet égard, Eric Bertinat, à la fois député et conseiller municipal de l'UDC, est assurément l'un des plus agréables à fréquenter sur la place genevoise.

 

Traitée ordinairement par l'Entente comme une soubrette sifflable et révocable à souhait, l'UDC, ma foi, est bien légitimée à tenter sa propre voie dans cette élection. Le jour où les autres partis de droite lui montreront un minimum de respect et de considération, elle pourra peut-être entrevoir les choses autrement.

 

Jean-Marc Froidevaux et ses fulgurances. Olivier Fiumelli et sa sourde obstination. Eric Bertinat et sa Sainte Vigilance. En voilà de beaux candidats potentiels. Et les chrétiens, me direz-vous ? Mais enfin, si M. Bertinat n'est pas chrétien, je veux bien être le pape. À condition, bien sûr, qu'on me laisse choisir mon majordome.

 

Pascal Décaillet

 

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11/08/2012

Oser s'en prendre à l'icône EWS

 

Sur le vif - Samedi 11.08.12 - 10.41h

 

"Renoncer ne fait pas une politique": excellent édito de David Haeberli, en une de la Tribune de Genève, ce matin. Merci encore aux Jeunes libéraux-radicaux, sous l'impulsion de Philippe Nantermod, d'avoir ouvert la voie de la colère face au dernier accord fiscal avec la France.

 

Mais à part MM Nantermod et Haeberli, elles sont où, les voix politiques, pour dire haut et fort que Mme Widmer-Schlumpf s'est fait complètement avoir ? Ou alors, on serait, dans certains milieux, prisonniers de l'icône EWS ? Incapables, oui, de renier le choix de décembre 2007. Par pure idéologie. Parce que l'édito Haeberli, ce matin, c'est à peu près la même chose qu'un édito standard, sur le sujet, de la Weltwoche. Et j'applaudis. Non par idéologie. Mais simplement parce qu'en l'espèce, ils ont 100% raison.

 

Pascal Décaillet

 

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09/08/2012

La fugue des chiens fous

 

Suite de mes entretiens avec le jeune écrivain Grégoire Barbey - Jeudi 09.08.12 - 15.16h



PaD - Malgré ma grande sympathie (qui lui demeure acquise) pour la candidature de Jean-Marc Froidevaux, je dois avouer que l'obstination d'Olivier Fiumelli à se maintenir, ne pas se laisser faire, force le respect. Il montre qu'il a très envie: pour un candidat, c'est une vertu cardinale.



GB - Oui, il a un sacré mérite, et je suis l'évolution de sa candidature avec beaucoup d'assiduité. Tenez, il ne s'est jamais laissé démonter, quand bien même son parti l'a désavoué en l'ignorant totalement. D'ailleurs, sa persévérance pourrait bien payer, puisqu'il a déjeuné avec Pierre Maudet. Ce dernier a peut-être revu sa position quant à une candidature unique de l'Entente. Fiumelli pourrait-il remporter l'élection, d'après vous ?



PaD - Je n'en sais rien. Je n'ai aucune idée de l'issue de cette élection, nous en sommes encore trop loin. Mais les deux candidats PLR me plaisent. Les deux montrent une puissante envie d'aller au combat, ça fait plaisir à voir. Aucun des deux ne se laisse décourager. En politique il faut non seulement avoir envie d'être élu, mais aussi envie d'être candidat.



GB -
Tout l'intérêt d'Olivier Fiumelli et de Jean-Marc Froidevaux réside dans l'éventualité de mettre en échec la stratégie mise en place par les appareils politiques du PDC et du PLR. Arriveront-ils à convaincre les leurs ? Si le déjeuner de Fiumelli et Maudet a fait changer d'avis le nouveau conseiller d'État, les jeux ne sont pas encore terminés.



PaD
- J'espère, pour M. Fiumelli, que la cuillère, lors de ce repas que vous mentionnez, était assez longue. Il est des commensaux dont il faut diablement se méfier. Ce qui est extraordinaire, avec ce duo de candidats têtus qui se maintiennent contre vents et marées, c'est qu'ils agissent, comme vous le relevez, contre les préceptes et consignes de leur propre formation. Laquelle roule pour le candidat d'un autre parti ! Surréaliste. Sacrées personnalités, ces Froidevaux et Fiumelli: des têtes de lard ! Donc, exactement ce qu'il faut pour siéger, seul de droite, face à quatre de gauche. Ils ont le profil !



GB - Oui, il faut des personnalités fortes pour siéger à quatre contre un, c'est sûr ! Et je trouve très bien que ces deux-là s'opposent à cette politique de manigances. Raisonnablement, nous pouvons estimer que le PDC a le droit de prétendre au siège. Mais ces combines, dans l'ombre et cachées des électeurs, m'exaspèrent. Je discutais avec Froidevaux, il y a peu, et nous partageons une même vision : c'est à l'électeur, et à lui seul, de désigner qui le représente. Non l'inverse. C'est ça, non, la démocratie ?



PaD - Ah bon, il y a un candidat PDC, en plus ? Je m'y perds ! Mais le poste laissé vacant, celui de Pierre Maudet, était bien un poste PLR, non ? L'un des rares dont ce parti dispose encore dans l'exécutif d'une grande ville suisse.



GB - Il y a deux candidats PDC : Guillaume Barazzone, qui abandonnera si le PLR ne soutient pas sa candidature, et Alain de Kalbermatten, qui sera présent pour porter les couleurs de son parti si le PLR renonce à sa promesse - dont il ne faut pas parler - et qu'il envoie l'un de ses deux prétendants. Compliqué ! En tout cas, si le PLR cède son siège, il risque d'en perdre un second lors des élections cantonales de 2013. Au profit, peut-être, d'un deuxième PDC. Je verrais bien Serge Dal Busco et Luc Barthassat au Conseil d'État. Rochat ne repassera pas, de toute façon. Et le PLR, survivra-t-il ?



PaD
- Ah bon, il y aurait eu des promesses ? Je n'en reviens pas ! Ca change évidemment tout, parce que les promesses, en politique, sont toujours respectées à la lettre, c'est bien connu. Quel que soit le commensal. Et quelle que soit la longueur de la cuillère. Dans ces conditions je serais reconnaissant à MM Froidevaux et Fiumelli de bien vouloir retirer, séance tenante, leurs candidatures. Et venir demander pardon. Comme des chiens fous. Qui, après une courte fugue, retournent vers le collier du Maître.



GB - Oui, il y a eu des promesses, c'est un fait, que certains ne veulent pas reconnaître. Parce qu'au fond, les promesses n'engagent que ceux qui y croient. J'aime les chiens fous, les personnes imprévisibles, et c'est pourquoi je suis satisfait de voir des candidats à contre-courant comme MM. Froidevaux et Fiumelli. S'ils peuvent, par leur action, scier les dents longues d'un certain personnage, ma joie n'en serait que plus grande. À bon entendeur, et que le meilleur gagne !




GB + PaD

 

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08/08/2012

Polac, la liberté du promeneur

 

Hommage - Mercredi 08.08.12 - 15.22h

 

Emmerdeur surdoué, dérangeur, homme d'une infinie culture, pétri par les livres, concerné jusque dans l'intime par l'aventure de l'écriture, Michel Polac nous a quittés à l'âge de 82 ans. C'était un grand. Un solitaire. Une singulière essence de sauvagerie, si raffinée, dans le grotesque cliquetis des cocktails parisiens. Je dirais, profondément, un « Provincial », au sens à la fois de Pascal et de la Compagnie de Jésus. Provincial, oui, bien qu'il fût infiniment urbain. Il ne suivait jamais les modes. Ses chemins de traverse à lui, ses choix de lectures, étaient d'un autre ordre, d'une autre pente, d'une autre galaxie. Provincial, dans le sens de la solitude.

 

Polac, homme total, journaliste total. Il a tout fait, créant la première version du Masque et la Plume en 1955, illuminant nos vingt ans avec Droit de réponse, ce qui équivalait, en ces années-là, à produire et animer une émission au sommet de l'Etna. Il fait partie des meilleurs, ceux qui se font virer par les médiocres, disparaissent, reviennent. Hallucinant bosseur, infatigable. Jour et nuit sur les bouquins. Le plus fascinant, dans Droit de réponse, c'était sa connaissance à lui des dossiers. Sur le bout des doigts.

 

Je crois qu'il aurait voulu être écrivain, il le fut d'ailleurs. Son équation à la chose littéraire, malgré des choix parfois à des années-lumière des miens, me frappe par sa magnifique liberté de cheminer, de fureter, au pays des autoroutes et des passages obligés. Lui, producteur de TV, se contrefoutait allègrement des impératifs des maisons d'édition et des petits marquis de la criticature. Il allait son chemin. Et la petite magie tranquille de cette errance, en premier lieu de toutes choses, me fascinait. Polac était un esprit indépendant, un homme libre. J'aurais aimé, un peu, cheminer avec lui. Un jour, peut-être. Ailleurs.

 

 

Pascal Décaillet

 

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Présidente de la Confédération... ou du Conseil fédéral ?

 

Commentaire publié ce matin en une du Giornale del Popolo - Mercredi 08.08.12


 

Un bilan de sept mois, c'est original, inédit. On peut gloser sur le premier semestre de l'année présidentielle, ou sur l'année elle-même, mais sept mois... Eveline Widmer-Schlumpf, présidente 2012 de la Confédération, serait-elle en panne ? Aurait-elle besoin de lustrer un peu son blason, à quelques jours d'une intervention SSR du 1er août dont le moins qu'on puisse dire - en restant poli - est qu'elle n'a pas galvanisé les foules. En langue française, ce fut même catastrophique. Alors oui, quelques annonces intéressantes, hier à Berne, comme cette invitation lancée au président François Hollande. Mais surtout, pour nous, peuple suisse, l'occasion de nous interroger sur cette présidence.

 

D'abord, Mme Widmer-Schlumpf, comme conseillère fédérale, apparaît beaucoup plus légitime depuis décembre 2011 que lors de la législature précédente. Elle a été réélue, avec aisance, dans un scrutin qui, cette fois, ne sentait pas la combinazione, comme en 2007, lorsqu'il s'agissait d'évincer Blocher. Légitime comme conseillère fédérale, et donc aussi comme présidente. Elle est maintenant, un ministre comme les autres. Ses interventions sont intelligentes, précises, mesurées. Comme présidente, elle a le souci du pays, de son unité dans la diversité : les habitants des Grisons, comme de la Suisse italienne, sont habités par l'impérieuse nécessité de ces équilibres, les lecteurs de ce journal le savent bien.

 

Un ton présidentiel, donc. Comme les Suisses l'aiment. C'est-à-dire sans élever la voix, sans se draper dans des postures supérieures, sans se hausser au niveau de l'homme ou de la femme providentiels. De ce côté-là, bravo. Reste à savoir si cette femme travailleuse mais discrète est vraiment présidente de la Confédération, ou plutôt, seulement, présidente... du Conseil fédéral. Ça n'est pas la même chose ! Nul doute que Mme Widmer-Schlumpf fasse fort bien son boulot de prima inter pares, au sein des sept. Et c'est, en effet, une partie capitale de sa fonction. Mais on pourrait, pour l'intérêt du pays, en rêver une autre : une présidente qui irait, bien davantage, au contact du pays profond. Dans le style, toutes proportions gardées, d'Adolf Ogi : un président apprécié et populaire.

 

Là, nous touchons aux limites. De Suisse romande (et vous, en Suisse italienne ?), on a vraiment l'impression d'une ministre qui ne vit que pour convaincre le cercle très fermé de la Berne fédérale. Hier encore, elle rappelait la complexité des dossiers dont elle est chargée, ce qui est un bilan de Département, pas de présidence. Élue par le Parlement (et dans quelles circonstances, la première fois !), cette conseillère fédérale ne semble avoir pour horizon, pour théâtre d'opérations, que le Palais fédéral. Dommage. Parce qu'une présidence de la Confédération, ça doit être autre chose. Les Suisses doivent sentir la puissance d'une personnalité, le lien intime qui les unirait à un combat pour le pays. Je pense, en écrivant ces lignes, à Jean-Pascal Delamuraz. Ce type de lien, l'actuelle présidente ne l'a pas. Elle ne cherche pas à l'avoir.

 

Reste - mais c'est une autre affaire - à dresser le bilan de son Département. Là, les Suisses la jugeront sur son intransigeance à les défendre. On sait que de nombreuses voix, notamment à droite, se montrent de plus en plus sévères en évoquant les concessions de la Suisse à l'étranger. Par exemple, en matière de fiscalité. En attendant, souhaitons que Mme Widmer-Schlumpf, pour les cinq mois qui lui restent, vienne davantage voir les Suisses, sur le terrain. Car la politique n'est pas seulement gestion au jour le jour. Mais elle aussi incarnation.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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06/08/2012

Christo et les géomètres

 

Sur le vif - Lundi 06.08.12 - 17.29h

 

Gouverné, en bien des cantons, par une sacrée bande de cérébraux glaciaux, le grand vieux parti qui a fait le pays a encore un peu de peine à nous persuader que son slogan « par amour de la Suisse », inventé pour les dernières élections, soit autre chose qu'un pur label, un effet marketing, destiné à attaquer sur son terrain la politique d'émotion de l'UDC. Deux exemples récents le prouvent.

 

1) Lorsque Berne se fait rouler dans la farine par la France dans un accord sur les successions, il faut que ce soit, par la voix de Philippe Nantermod, les Jeunesses du parti qui clament haut et fort le raz le bol d'une bonne partie de la population. C'est bien pour les jeunes. Mais les aînés, les caciques ? Ils font quoi ? Du ski nautique ?

 

2) Lorsqu'une bande, à Genève (on espère au moins qu'ils aient le courage de se dévoiler au grand public) nous concocte une affiche où le drapeau suisse est représenté en forme de papier-toilettes, qui réagit ? Un UDC, le député Christo Ivanov. Bravo à lui, mais c'est un peu dommage de laisser à ce parti l'apanage de l'attachement affectif au drapeau. Le patriotisme n'appartient à aucun parti, ni à la droite, ni à la gauche. J'eusse espéré, contre cette affiche, un « front républicain », comme ils aiment tant dire en d'autres circonstances. En lieu et place, néant.

 

Elles sont où, les grandes voix radicales, ou les grandes voix socialistes, les Delamuraz, les Tschudi, les Chavanne ? Ceux qui n'avaient pas peur - en étant politiquement ce qu'ils étaient - de dire leur attachement au pays. Elles sont aux abonnés absents. Et cette timidité, sur un thème pourtant majeur, est sans doute l'une des carences les plus graves de notre classe politique, tous partis confondus. A commencer par celui "qui a fait la Suisse", qui hélas ne touche ni n'émeut plus personne. Si ce n'est quelques géomètres de l'ère glaciaire.

 

Pascal Décaillet

 

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05/08/2012

Nantermod réveille Léon Blum et casse la baraque

 

Sur le vif - Dimanche 05.08.12 - 19.14h

 

Dieu qu'il est doux, au retour d'une promenade d'observation de la nature, d'entendre Philippe Nantermod à Forum. Face au sénateur Hérisson, à qui il faut d'ailleurs rendre hommage d'être resté parfaitement calme et courtois face à la jeune tornade, le Valaisan a asséné à nos amis français une véritable leçon de rigueur financière et de gestion de fonds publics. Vous qui n'avez que des exercices déficitaires depuis 1936 (le Front populaire), a-t-il rugi face à un parlementaire très expérimenté, au demeurant du même bord politique que lui, vous n'avez aucune leçon à donner à la Suisse. Savoureux. Jouissif.

 

On se demande juste pourquoi l'impétueux co-président des Jeunes libéraux-radicaux suisses semble, dans son camp tout au moins, le seul à oser ce langage franc et direct, sans fioritures. Sans rien d'ailleurs, dans son discours, et c'est là depuis toujours la très grande force de Nantermod, qui soit de nature à blesser l'adversaire, ni la fierté française. Juste des arguments, décochés sans concession mais sans la moindre haine. Un style d'une redoutable efficacité.

 

Il s'agissait de clamer haut et fort l'opposition des Jeunes libéraux-radicaux à la nouvelle convention avec la France concernant l'impôt sur les successions. Sur ce point, Nantermod et les siens voient rouge. « Il suffit, regrettent-ils, qu'un Etat profère des menaces pour forcer la Confédération à courber l'échine sans contrepartie... La Suisse ne doit plus céder aux chantages de pays qui cherchent simplement par la force à remplir leurs caisses publiques vidées par des décennies de politiques sociales-démagogues ». Voilà qui est dit. Voilà qui est clair. On est d'accord ou non. On aime Nantermod ou non. Mais une chose est sûre : cinq personnes de cette trempe et de cette clarté, et le grand vieux parti un peu repu est sauvé.

 

Pascal Décaillet

 

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La Constitution n'a rien à voir avec le patriotisme

 

Sur le vif - Dimanche 05.08.12 . 13.17h

 

« Le projet de nouvelle Constitution : un acte patriotique », titre, ici même, le 1er août 2012, le constituant socialiste Thierry Tanquerel. En tête d'un texte en forme de panégyrique des esprits éclairés (ceux qui voteront oui le 14 octobre) face à l'obscurité des opposants, adeptes « d'interprétations absurdes, voire de contrevérités pures et simples ». Bref, la Genève de l'intelligence, des Lumières et du progrès votera oui, « l'alliance objective » de la Nuit votera non. Rhétorique classique, juste un peu décevante lorsqu'elle émane d'un esprit brillant, diabolisation du non, relégation des opposants dans l'ordre de l'obscur. Géométrie de la pensée, tirée à l'équerre.

 

Sauf que là, notre éminent mathématicien du Bien et du Mal franchit une étape supplémentaire : l'adoption du projet, écrit-il, serait « un acte patriotique ». Parce que l'intérêt de Genève y prévaut sur les calculs de boutique politicienne. Le partisan est donc un patriote, l'opposant un vulgaire boutiquier. De droite, ou de la gauche de la gauche. Au centre de tout, quelque part entre l'abscisse et l'ordonnée, vous obtiendrez la Raison triomphante de notre géomètre. Non seulement progressiste, mais patriote, s'il vous plaît.

 

Non, M. Tanquerel, il n'y pas d'un côté le patriotisme positif des pour, de l'autre l'obscurité des contre. On peut voter la nouvelle Constitution, le 14, en étant patriote. On peut la refuser, en étant tout aussi patriote. Le patriotisme, à la vérité, n'a strictement rien à voir avec cette affaire de Constitution.

 

Dans d'étranges conditions, je veux dire à froid, sans qu'il n'y ait nul péril en la demeure, ni Révolution, ni bouleversement des ordres comme dans la Suisse de 1848, ni fin d'une République comme dans la France de 1958, il a été question de doter Genève d'une nouvelle Charte fondamentale. Le peuple a accepté ce principe, c'est vrai. Une Assemblée s'en est occupée, elle a fait son travail, qu'elle en soit remerciée. Le souverain, le 14 octobre, dira oui ou non. Mais enfin, il n'y a dans cet enjeu rien de gravissime, rien qui relèverait d'une théologie du Mal ou du Bien, d'un bannissement des opposants. Rien, surtout, qui conférerait aux uns le statut de « patriotes », plutôt qu'aux autres.

 

Je dois vous dire, M. Tanquerel, qu'en cas de non le 14 octobre, il est permis de penser qu'il y ait tout de même encore une aube le 15, et puis un soir, et puis encore un matin, et que la population genevoise ne sortirait pas davantage groggy par un refus qu'elle ne serait aux anges par une acceptation. Parce qu'au fond, voyez-vous, le peuple de Genève, cette histoire de Constitution, je ne crois pas que ce soit actuellement, en période économiquement difficile, avec des caisses de pension d'Etat à éponger, des licenciements dans le secteur bancaire, son obsession no 1.

 

Il conviendra certes, comme pour toute votation, d'expliquer les enjeux. En donnant la parole à tous. Les partisans. Les opposants. Mais de grâce, laissons l'instinct patriote là où il est. Il n'appartient ni à la gauche, ni à la droite. Ni aux pro, ni aux anti. Ni aux progressistes, ni aux conservateurs. Il est du ressort intime de chaque cœur. Et nul n'a, dans ce pays, à se juger soi-même - on son camp idéologique - plus patriote qu'un autre.

 

Pascal Décaillet

 

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03/08/2012

Eveline et le néant

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 03.08.12

 

Je n'ai certes, pour ma part, jamais attendu de Mme Widmer-Schlumpf qu'elle gravisse le balcon du Gouvernement Général, à Alger, s'empare du micro, et déclare nous avoir compris. Ni qu'elle se proclame Berlinoise. Ni qu'elle nous fasse le récit de la mort de Madame. Bref, il me semblait à peu près acquis que la présidente 2012 de la Confédération n'était pas nécessairement le prototype de l'orateur, celui qui nous emporte et nous envoûte. J'étais prêt à m'en accommoder. Jusqu'à ce 1er août. Oui, jusqu'à ce pénible alignement de mots qui, sans aller jusqu'au mot discours, ne mérite assurément même pas celui d'allocution. C'était juste rien. Au milieu de nulle part. Et encore, je suis sévère avec le néant.

 

Je vous le dis tout de suite : qu'on ne vienne pas me parler de la langue. Il est parfaitement possible, dans une langue qui n'est pas la sienne, avec un peu d'exercice et d'effort sur les intonations, pour peu simplement qu'on veuille croire dans la vertu de la parole, d'être efficace, touchant, émouvant. Furgler, Ogi en français, Delamuraz dans son allemand à lui, qui n'était pas celui de Brecht ni de Thomas Mann, l'avaient montré. En plus, Mme Widmer-Schlumpf parle français, pas trop mal, elle comprenait donc parfaitement ce qu'elle lisait. Elle y a mis autant de cœur qu'un gardien de prison luthérien, en déprime pour cause personnelle, dans les pires années de la DDR.

 

À la vérité, ces « allocutions » de 12.05h des conseillers fédéraux, à la RSR, ont toujours été, pour tout le monde, un abominable pensum. Pour les ministres eux-mêmes, pour leurs conseillers, et avant tout pour les auditeurs. Le ton de notre présidente, ce 1er août, était en retrait - et je pèse mes mots - par rapport au pire des tons du plus grisâtre des conseillers fédéraux dans les années cinquante. Et nous sommes en 2012 ! Et personne, dans son entourage, ni à la SSR, n'a jugé bon de lui dire que c'était catastrophique. Une honte radiophonique. Une cure de Valium gratuite. On a laissé passer « ça », par facilité, par convenance, par insensibilité aux règles les plus élémentaires de la rhétorique.

 

Résultat : les Romands, qui déjà connaissent mal leur présidente grisonne, en ont, cette fois vraiment, l'image d'un éteignoir. Mme Widmer-Schlumpf, qui vaut sans doute beaucoup mieux que ce non-lieu sonore, n'en sort pas gagnante. La fonction présidentielle, non plus. C'est très dommage, parce que la politique, en Suisse, a justement besoin d'un peu de lustre et d'éclat. Le verbe, certes, n'est pas tout. Mais l'absence de verbe, c'est le début du néant. Il n'est écrit nulle part que l'efficacité politique passe par l'endormissement des consciences, le nivellement du ton, la mort du désir. Désert, donc, sur ce coup. Et colère.

 

 

Pascal Décaillet

 

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02/08/2012

Indivisible

 

Sur le vif - 02.08.12 - 12.29h

 

"Ce sont les Suisses d'origine étrangère, ceux qui ont trouvé une nouvelle patrie en la Suisse, qui parlent le mieux de la Suisse", déclarait hier, sur le Grütli, le président de la Société suisse d'utilité publique.


Nul doute que les personnes dont parle M. Gerber parlent fort bien de ce pays qu'elles ont choisi et qu'elles aiment. Mais je n'aime pas cette manière de renverser le rejet de l'autre en laissant entendre qu'un Suisse de vieille date serait moins habilité à émouvoir, lorsqu'il évoque la communauté nationale.


Et puis, surtout, à quoi bon créer des catégories de Suisses ? Il n'y pas de "Suisses d'origine étrangère", dans une saine conception républicaine de l'intégration. Il n'y a que des Suisses, tout court. A mes yeux, à partir de la minute où une personne obtient la naturalisation, elle est, de façon totale, ma compatriote. Elle a les mêmes droits, les mêmes devoirs que moi. Il m'est assez égal, au fond, qu'elle soit d'origine étrangère.


La nationalité ne se divise pas. Il est tout aussi faux de se méfier des "Suisses d'origine étrangère" que... de les encenser particulièrement, Cher M. Gerber. Sauf à créer des communautarismes à l'intérieur de l'appartenance républicaine. Ce qui est le début de la fin.

 

Pascal Décaillet

 

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