23/09/2012

Dimanche noir pour les bobos

 

Sur le vif - Dimanche 23.09.12 - 15.43h

 

57% : le verdict est clair, sans appel. Le corps électoral de la Ville de Genève, à l’issue d’une campagne où chacun a pu s’exprimer (avec notamment un débat de belle tenue entre MM David Rochat et Adrien Genecand), rejette le crédit de plus de cinq millions destiné à la mise à l’essai, pendant un an, des fameuses 50 rues piétonnes.

 

Ça n’est pas un non à la place du piéton en Ville. Ni un non aux cyclistes. Ni un non à la mobilité douce. Ni un non aux transports publics. Je suis citoyen en Ville, j’y vote depuis 34 ans, aucun de ceux qui ont dit non n’éprouve une particulière jouissance face à une bagnole qui serait reine, et tuerait la ville.

 

Mais c’est un non aux ayatollahs. Un non, cinglant, bien au-delà de la Ville (à part nous, les initiés, les gens savent-ils, au fond, si une votation est municipale ou cantonale ?), à la petite clique de puissants penseurs qui entreprennent toutes choses, depuis des années, pour faire de la circulation en voiture un véritable enfer. Ils veulent faire le bonheur des gens contre leur gré, c’est à cela que 57% des votants ont dit non. Ils n’ont que mépris pour les livreurs, les fournisseurs, ces gens qui font vivre l’économie réelle, mais n’entrent pas dans leurs schémas de perfection Verte. Ils veulent, surtout, punir l’automobiliste d’exister, ce qui est juste une violation du principe, accepté par le peuple, de libre choix du mode de transport. C’est à ces gens-là, ces bobos du bien être silencieux, de la ville rêvée, des écoquartiers conçus sur papier, que le corps électoral a dit non.

 

Les gens ne font pas la différence entre la Ville de Genève, cercle électoral de cette votation, et ses abords immédiats que sont Carouge, Lancy ou Vernier. Or, que vit-on, depuis tant de mois, et de façon plus criante encore depuis la rentrée scolaire ? Un état catastrophique de la circulation à Genève. Des chantiers dont on informe les gens au dernier moment, comme celui du tunnel du Bachet, sur l’autoroute de contournement, où le Conseil d’Etat lui-même a été placé devant le fait accompli par la ministre. D’un chantier à l’autre, aucune coordination. Pour le cochon d’automobiliste immobilisé, aucune espèce de respect. C’est cela qui ne va pas, ce mépris d’en haut, cela qui doit changer.

 

Ce dimanche, pour qui sait lire la politique à Genève, le changement est venu à 13.54h. Par un communiqué, non de la Ville, qui rase les murs, mais du Conseil d’Etat : « Les mesures de circulation ne doivent pas impacter significativement le fonctionnement du réseau routier du canton ainsi que la progression des transports publics. Le cas échéant, les communes doivent proposer des mesures d’accompagnement à mettre en œuvre pour maintenir ces conditions ». Ce communiqué, excellent, en dit long sur la volonté d’une majorité du Conseil d’Etat de prendre en mains, de façon collégiale, la question de la mobilité. Au besoin, en exerçant sur la ministre responsable, une tutelle éclairée.

 

Les habitants de la Ville de Genève n’ont pas dit non aux piétons. Ils ont dit non à ces bobos, qui rêvent d’une vie douce, méprisent le vrai travail du commerce, de l’industrie, de l’artisanat. Ils voudraient, au fond, une ville à eux, juste pour eux. Dans le silence de leurs volutes de fumée, sur leurs terrasses branchées. Bonne nouvelle, tout de même, pour eux : fumer sur une terrasse, ils pourront. Mais c’est une autre affaire. Bonne fin de dimanche.

 

Pascal Décaillet

 

15:43 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (13) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Je crois que les citoyens en ont assez d'être pris en otages ou/et infantilisés par une petite clique de khmers verts dépourvus de bon sens car déconnectés du Réel qui ne représentent en fin de compte et au fond des urnes qu'eux-mêmes.

Écrit par : malentraide | 23/09/2012

Comme souvent, article pertinent et intelligent.

Écrit par : Stéphane Mauris | 23/09/2012

Je suis d'accord et j'ai voté comme ça pour ces raisons.

Écrit par : La censure règne en Suisse | 23/09/2012

Exact!

Écrit par : Mère-Grand | 23/09/2012

Et que c'est il passé lors de la votation sur l'initiative des 200 rues piétonnes, remportée il y a quelques années?

L’électorat est vraiment surprenant. Genevoises, genevois, nous donnons une image bien passéiste de nous-même. La voiture n'a pas sa place en ville.

Écrit par : Yannick Bravo | 24/09/2012

@Yannick,

Si on nous avait présenté un projet global et réfléchi tenant compte des exigences socio-économiques réelles et basé sur des études prospectives sérieuses, j'aurais donné ma voix. Mais le plan proposé de nouvelles rues piétonnes était incohérent. Son application aurait aggravé la situation déjà passablement ubuesque des transports en ville de Genève et dans ses environs. Soumis aux lobbies locaux (écolos, garagistes, commerçants, piétons, taxis, clients des TPG, etc.), les décideurs locaux n'osent pas s'engager dans une politique des transports cohérente à moyen terme et s'y tenir. Soucieux d'éviter tout conflit - un comportement très genevois -, ils mécontentent tout le monde. Un vrai choix de mobilité urbaine implique forcément des oppositions, mais on sait qu'avec le temps et la pratique, les opposants se calment devant les effets réels d'un choix précis et cohérent. Or, le projet soumis au peuple était incohérent et ne pouvait que renforcer la pagaille dans laquelle sont plongés tous les usagers, motorisés ou non, du réseau urbain.

Écrit par : malentraide | 24/09/2012

Les rues pietonnes de Genève n'ont jamais existé ! Les rues basses sont encombrées de véhicules de livraisons, de taxis, de vélos et motos. Je ne parle même pas des véhicules des TPG ! Alors, les rues seront piétonnières lorsqu'il n'y aura plus aucun moyen de transports et qu'il restera exclusivement des piétons !

Écrit par : octave vairgebel | 24/09/2012

Et si après la magouille du jour, on parlait du commandant du Parti Libérant des Rocailles, à sa guise et jusqu'en Turquie!

Écrit par : Corélande | 25/09/2012

L'incoherence du projet proposé a essentiellement motivé mon vote négatif ainsi que nombres d'arguments évoqués plus haut.
Serait-il possible d'imaginer à Genève une vraie zone piétonne telle qu'il en existe dans d'autres villes romandes (Lausanne, Neuchâtel...) où les piétons auraient vraiment leur place !? Le morcèlement proposé n'avait aucun sens.

Écrit par : GHP | 25/09/2012

Je vous trouve bien injurieux! Pourquoi "ayathollahs"? Pourquoi "ils n'ont que mépris pour les livreurs, les fournisseurs"? Pourquoi "ces bobos du bien être silencieux"? Quel rapport entre les rues piétonnes et le tunnel du Bachet? Vous avez lu dans leurs âmes, vous avez percé leurs machiavéliques desseins? Peut-être devrait-on tamponner un "V" dans leur passeport?

Écrit par : Jean-Bernard Billeter | 25/09/2012

Vous souhaitez diminuer le nombre de voitures circulant dans les rues de la ville ? Augmentez le nombre de places de parking, PARTOUT, en ville.

Plus une voiture sera parquée vite, moins elle encombrera les rues et les axes de la ville.

Egalement valable pour les villages du canton.

Écrit par : Chuck Jones | 25/09/2012

@jean-Bernard billeter
Il a entièrement raison, M descaillet. Un exemple simple, relisez les propos de @Yannick.
"La voiture n'a pas sa place en ville"
C'est exactement cela être un ayatollah vert, c'est répéter un dogme jusqu'à s'en persuader que c'est vrai.
Quand à la citation du Bachet, c'est juste que de prévenir, et de mettre tous le monde devant le fait accompli, une semaine avant la fermeture partielle de l'autoroute, sans mesure d'accompagnement. Une preuve de plus de la volonté de blocage de Mme kunzler.

Écrit par : Milpa Bagen | 26/09/2012

@Milpa Bagen
Pensez-vous sérieusement, en soupesant vos mots, que Mme Künzler a une "volonté de blocage" !?

Écrit par : Jean-Bernard Billeter | 26/09/2012

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