29/09/2012

Nos villages, ces parcelles d'âmes

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Samedi 29.09.12


 
Evolène, plus beau village de Suisse romande ! Ainsi en ont donc décidé les lecteurs de l’Illustré : bravo à Evolène. Rien à dire sur le choix, ce village est magnifique, tout comme le sont tant d’autres, ne serait-ce que La Sage, pour rester dans la région. Du coup, comme sans doute beaucoup d’entre nous face à cette opération de mes confrères, j’ai pris quelques minutes, me suis demandé quel aurait été mon choix. Et je me suis rendu compte du nombre de villages, principalement valaisans, que j’aimais ! J’ai fermé les yeux, pensé à eux, et c’est avec une incroyable précision, surprenante, que je les ai vus défiler dans ma tête. Parce que le village, davantage qu’un quartier de ville, se dessine. Il forme paysage, se voit en entier, d’un coup d’œil, il est au fond repérable, comme un visage.


 
Oui, nos villages ont une âme. Oui, leur existence est indispensable au pays. Que serait la Suisse, territoire déjà très densifié, si elle était appelée à devenir une sorte de zone semi-urbaine continue, ni vraiment ville ni vraiment campagne, comme l’est hélas déjà une bonne partie de l’arc lémanique, en tout cas entre Genève et Lausanne. Comme l’est de plus en plus le triangle d’or, aux abords de Zurich. Je combats cet urbanisme-là, ou plutôt ce laisser-faire. J’aime que la ville soit la ville, et la campagne, la campagne. La récompense obtenue par Evolène est  celle d’un développement intelligent, esthétique, soucieux du bien vivre, mais aussi du visuel, l’allure du village. Ce qui, hélas, fait défaut à certaines de nos stations, à cause des errances architecturales des années 70, notamment.
 


J’ai donc fermé les yeux, vu défiler, en vrac, Finhaut, Sarreyer, Bruson, Orsières, Ferret, Grimentz, Salvan, Saint-Jean, Fionnay, Champex, Trient, tant d’autres. Davantage, je dois le dire, dans les vallées ou sur les hauteurs que dans la plaine du Rhône : je dois être, dans mon arrière-pays cérébral, un type de plus de huit cents mètres. Bien sûr, j’ai pensé à d’autres villages, ceux du Haut-Valais, ou du Val Maggia, ou des vignes vaudoises, Toscane, Provence, Grèce. Et je crois que, si mon destin n’avait été urbain (j’adore Genève), j’aurais été infiniment heureux dans un village. Ces regroupements humains, souvent deux fois millénaires quand on remonte à l’époque romaine, voire au paléolithique, ne sont jamais là par hasard, l’eau y joue un rôle majeur, des générations se sont battues pour y vivre, parfois y survivre, les fiertés se sont dressées, les armoiries se sont imposées, de longues généalogies familiales se sont formées.


 
Oui, la Suisse romande a besoin de ses villages. Comme elle a besoin des villes. Les uns rêvant des autres, dans les deux sens ! Les uns nourrissant l’imaginaire des autres. Mais tous, enfants du même pays. Avec ses valeurs, sa fragilité. La part du sentiment qui nous relie à lui, inestimable.


 
Pascal Décaillet

 

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26/09/2012

Genève: l'Etat PLR

 

Sur le vif - Mercredi 26.09.12 - 17.25h

 

Je ne doute pas une seconde des compétences de Michel Halpérin pour présider les HUG. Ni de celles d’Alain Peyrot pour les SIG. Mais enfin, ils sont les deux PLR, et même clairement libéraux, ils ont l’un et l’autre présidé le parti, ils en sont l’aristocratie, la chevalerie, la nocturne continuité, même sous l’étoile de la fusion. Deux radicaux au Conseil d’Etat, et pas les moindres, il fallait bien un gage au cher cousin, non ?

 

Les gages. Un libéral à la tête des HUG. Un libéral à la tête des SIG. Une libérale (Mme Rochat, directement présidente) à la tête de l’AIG. Pour des institutions qu’on voulait expressément « dépolitiser », c’est bien parti ! Des PLR partout, deux conseillers d’Etat radicaux qui sont en train de nous bichonner un amour de petit noyautage de la haute administration et des régies par les leurs, cela porte un nom : cela s’appelle l’Etat PLR. Une armée. Propre, organisée, avec ses réseaux : le renseignement, l’intendance, les troupes de choc. Il ne manque que « le noir kolback ou le casque poli », chers au poète.

 

Les deux conseillers d’Etat radicaux sont intelligents et compétents. On ne va pas s’en plaindre ! Mais leur manière de placer leurs hommes, tisser leur toile, est un peu trop visible. Et puis, qui dirige vraiment le PLR ? L’aimable bailli, ou les magistrats exécutifs ? Vertige du pouvoir, quand il s’offre trop à vous. Par la faiblesse de certains autres, c’est vrai. Mais jamais, en Suisse, pour très longtemps. Pour l’heure, en tout cas, et pour pas mal de mois qui nous attendent, nous sommes sous le sceau de l’Etat PLR. Puisse-t-il, lui qui aime tant se prévaloir des Lumières, exercer de façon éclairée son despotisme.

 

Pascal Décaillet

 

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23/09/2012

Dimanche noir pour les bobos

 

Sur le vif - Dimanche 23.09.12 - 15.43h

 

57% : le verdict est clair, sans appel. Le corps électoral de la Ville de Genève, à l’issue d’une campagne où chacun a pu s’exprimer (avec notamment un débat de belle tenue entre MM David Rochat et Adrien Genecand), rejette le crédit de plus de cinq millions destiné à la mise à l’essai, pendant un an, des fameuses 50 rues piétonnes.

 

Ça n’est pas un non à la place du piéton en Ville. Ni un non aux cyclistes. Ni un non à la mobilité douce. Ni un non aux transports publics. Je suis citoyen en Ville, j’y vote depuis 34 ans, aucun de ceux qui ont dit non n’éprouve une particulière jouissance face à une bagnole qui serait reine, et tuerait la ville.

 

Mais c’est un non aux ayatollahs. Un non, cinglant, bien au-delà de la Ville (à part nous, les initiés, les gens savent-ils, au fond, si une votation est municipale ou cantonale ?), à la petite clique de puissants penseurs qui entreprennent toutes choses, depuis des années, pour faire de la circulation en voiture un véritable enfer. Ils veulent faire le bonheur des gens contre leur gré, c’est à cela que 57% des votants ont dit non. Ils n’ont que mépris pour les livreurs, les fournisseurs, ces gens qui font vivre l’économie réelle, mais n’entrent pas dans leurs schémas de perfection Verte. Ils veulent, surtout, punir l’automobiliste d’exister, ce qui est juste une violation du principe, accepté par le peuple, de libre choix du mode de transport. C’est à ces gens-là, ces bobos du bien être silencieux, de la ville rêvée, des écoquartiers conçus sur papier, que le corps électoral a dit non.

 

Les gens ne font pas la différence entre la Ville de Genève, cercle électoral de cette votation, et ses abords immédiats que sont Carouge, Lancy ou Vernier. Or, que vit-on, depuis tant de mois, et de façon plus criante encore depuis la rentrée scolaire ? Un état catastrophique de la circulation à Genève. Des chantiers dont on informe les gens au dernier moment, comme celui du tunnel du Bachet, sur l’autoroute de contournement, où le Conseil d’Etat lui-même a été placé devant le fait accompli par la ministre. D’un chantier à l’autre, aucune coordination. Pour le cochon d’automobiliste immobilisé, aucune espèce de respect. C’est cela qui ne va pas, ce mépris d’en haut, cela qui doit changer.

 

Ce dimanche, pour qui sait lire la politique à Genève, le changement est venu à 13.54h. Par un communiqué, non de la Ville, qui rase les murs, mais du Conseil d’Etat : « Les mesures de circulation ne doivent pas impacter significativement le fonctionnement du réseau routier du canton ainsi que la progression des transports publics. Le cas échéant, les communes doivent proposer des mesures d’accompagnement à mettre en œuvre pour maintenir ces conditions ». Ce communiqué, excellent, en dit long sur la volonté d’une majorité du Conseil d’Etat de prendre en mains, de façon collégiale, la question de la mobilité. Au besoin, en exerçant sur la ministre responsable, une tutelle éclairée.

 

Les habitants de la Ville de Genève n’ont pas dit non aux piétons. Ils ont dit non à ces bobos, qui rêvent d’une vie douce, méprisent le vrai travail du commerce, de l’industrie, de l’artisanat. Ils voudraient, au fond, une ville à eux, juste pour eux. Dans le silence de leurs volutes de fumée, sur leurs terrasses branchées. Bonne nouvelle, tout de même, pour eux : fumer sur une terrasse, ils pourront. Mais c’est une autre affaire. Bonne fin de dimanche.

 

Pascal Décaillet

 

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Le Hérisson dans l'Ambassade

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Sur le vif - Dimanche 23.09.12 - 09.37h

 

Au sein d'une excellente page 3 du Matin dimanche, signée Laurent Keller, reconstituant la fabuleuse bourde manœuvrière de Mme Künzler (qui s'est finalement retournée contre elle) visant à faire avaler aux députés une lex Vibourel, apprécions ce sommet d'arrogance, en forme de suzeraine menace, signé Pierre Hérisson, sénateur UMP de Haute-Savoie: "Le retrait de Guy Vibourel est très regrettable. Le Grand Genève, ça n'est pas ça. J'en toucherai mardi un mot à l'ambassadeur de Suisse à Paris."

 

Exactement le genre de propos que les Suisses adorent. Un petit mot à l'ambassadeur, entre gens d'en haut. Histoire de mettre au pas les bouseux, tout en bas. Tiens, puisque vous aimez les gens du monde, allez donc aussi serrer la pince de l'ambassadeur de Syldavie. Il vous rappellera la devise de son pays, elle pourrait être vôtre, Monsieur Hérisson: "Qui s'y frotte, s'y pique".

 

Pascal Décaillet

 

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22/09/2012

Le Roi est mort !

 

Sur le vif - Samedi 22.09.12 - 09.10h

 

Si tu assistes à l'assassinat d'Henri IV, en 1610, dis-nous "Le Roi Henri IV vient d'être assassiné". Immédiatement après, essaye d'en savoir un maximum sur l'assassin, ses motifs, l'arme du crime. Renseigne-toi sur ce Ravaillac, est-ce un fou, l'acte est-il juste individuel, ou alors motivé par la politique, l’Édit de Nantes, les Guerres de Religion ? Interroge la foule, aussi, est-elle émue de perdre ce si grand souverain ? Tout cela, et plein d'autres choses, qui donneront à ton papier du contexte, du corps, de la hauteur, de la dimension. Tout cela, oui. Mais si tu commences par autre chose que "Le Roi Henri IV vient d'être assassiné", change de métier.


Pascal Décaillet
 
 
Extrait d'une "Lettre à un jeune journaliste" que je n'ai jamais écrite, et ne contient pour l'heure que cet extrait.



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21/09/2012

Avez-vous déjà couché avec un squelette ?

 

Sur le vif - Vendredi 21.09.12 - 19.04h

 

A part deux ou trois entretiens en allemand avec lui, dans les Pas perdus du National, je n’ai jamais eu l’occasion d’une véritable discussion avec Christoph Mörgeli. Mais je le lis tous les vendredis, dans les colonnes de la Weltwoche, avec admiration face à la braise de son style. C’est un polémiste hors pair, comme il en existe peu dans la presse germanophone, si ce n’est dans la grande critique littéraire du samedi. Il fut aussi, en alternance, mon voisin de chronique dans le Nouvelliste, c’était toujours intéressant de le lire, mais l’effet de la traduction faisait perdre à sa plume une partie de son effervescence. Il n’est de style que dans sa propre langue, celle de sa mère. Le reste, c’est au mieux de l’élégance, ce qui n’est certes pas rien.

 

Je partage certaines idées de Mörgeli, sur la souveraineté nationale, par exemple, en déteste d’autres, sur le rapport à l’immigration, ou les minarets. Mais enfin, voilà une tête bien faite, un homme brillant, on le devine qui dérange à tous les étages, à commencer, comme toujours en politique, par ses proches, au sein du parti. Et voilà que pour d’obscures raisons, le Professeur Mörgeli, spécialiste d’Histoire de la médecine, se trouve avoir des problèmes avec son employeur, qui a fini par le virer. Cela s’appelle un conflit du travail, il y en a des milliers par jour en Suisse, c’est extraordinairement difficile à vivre sur la place publique, surtout évidemment pour l’employé, qui se retrouve seul non seulement contre une machine, mais face à l’armée de ses ennemis qui profitent de la situation pour le flinguer.

 

Qu’ils profitent, c’est une chose, vieille comme le monde. Parmi les humains, il existe hélas bien davantage de combattants de la 25ème heure que de chevaliers. C’est ainsi. Et ma foi, que les socialistes, les Verts, les PDC, les PLR, les PBD, et même les UDC anti-Mörgeli, saisissent l’aubaine pour se ruer sur le baudet, c’est la vie, c’est le jeu. Idem pour les journaux anti-UDC, soit la quasi-totalité des publications en Suisse. Idem pour les TV, radios privées anti-UDC, sites internet anti-UDC, chapelles anti-UDC, Loges anti-UDC, admettons toujours que c’est de bonne guerre.

 

Ce que je comprends moins, c’est l’acharnement des ondes de « service public », notamment en langue française, à multiplier, depuis des jours, les têtes de journaux, les dossiers à multitraitements sur cette affaire. Si au moins M. Mörgeli était Romand, personnalité très connue du grand public, admettons encore. Mais enfin, tout idéologue de l’UDC qu’il soit, on a tout de même affaire à un conseiller national zurichois, en conflit avec une Université zurichoise, dans une querelle dont l’aspect zurichois n’est pas le moindre, ça me donne presque envie d’aller rechercher dans ma bibliothèque le livre « Mars », de Fritz Zorn.

 

Oui, les services de M. de Weck en font trop sur cette affaire. Oui, ils la montent en épingle. Non, il leur est totalement impossible (le micro, pour qui sait écouter, révèle la tournure des âmes) de cacher leur jouissance, la halètement de leur Schadenfreude, face aux malheurs professionnels de celui qui doit bien représenter, depuis une décennie, leur pire ennemi avec Blocher. L’ennemi redouté, parce qu’intelligent, talentueux, irréductible au cliché indécrottable de l’UDC adepte des Fêtes de lutte à la culotte. Alors, haro sur lui, plein feux sur l’homme aux squelettes. D’ailleurs, dites-moi, que diable fabrique-t-il, depuis tant d’années, lui l’homme d’esprit, au milieu des squelettes ? Relit-il Baudelaire ? Objectif Lune ? L’ombre souriante, quoiqu’un peu édentée, de la nécrophilie, pose-t-elle sur lui de sulfureux désirs ? Il fallait le diable, le voilà. C’est tellement simple, la vie, quand le diable perd son travail. Bonne soirée à tous.

 

Pascal Décaillet

 

 

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19/09/2012

Juste la mathématique d'ombre

 

Sur le vif - Mercredi 19.09.12 - 16.56h

 

Succession Maudet à l’exécutif de la Ville de Genève. Cour des Comptes. Gouvernance des grandes régies. De l’un à l’autre de ces trois dossiers, le royaume éhonté des petits copains. Même plus par derrière. Mais non : au grand jour, devant l’opinion publique ! Elle sait, on sait qu’elle sait, on n’y va même plus à la dissimulation, on accomplit la tragi-comédie des prêtés et des rendus, des retours d’ascenseur, des cooptations de chapelle, sans la moindre vergogne. Me revient en mémoire ce couple de chiens que j’avais vus en pleine étreinte, enfant, sur la place publique d’un village de Provence. C’est la vie, je sais, la nature, mais vous savez quand on est tout petit, cette irruption du sauvage, ça fait quand même un peu bizarre. Oui, Monsieur, les canidés en rut, dans les hautes sphères genevoises, ne se cachent même plus.

 

Copinage. Un ou deux types, disons trois, tout en haut, qui placent les cartes comme dans une réussite. Il faut un nombre bien précis de rois, disons PLR, quelques valets PDC, les dames on les oublie, les as, on les a perdus. On mélange, on bidouille, on coupe, on cueille discrètement  le complément dans sa manche, on adresse un clin d’œil à la Fortune, on annonce l’atout, on se partage la mise. Et ça s’appelle la Cour des Comptes, où on se conduit comme d’obscurs valets de ferme face une femme que son parti avait déjà choisie, et qu’on éconduit au dernier moment, sans la moindre explication. Et ça s’appelle la Migros et les TPG, où on lance le jeu d’échanges, en sifflotant, l’air de rien, comme en d’insouciantes fléchettes. Et ça s’appelle le pacte PLR-PDC pour l’exécutif de la Ville. Et ça s’appelle le joyeux mélange de tout cela, sans même l’ivresse, non, la tête récréative, toute sonore encore de l’acte commis. L'Acte !

 

Les chiens de Provence, eux, étaient au moins conduits, impérieusement, par la fureur d’un rapprochement. Là, rien. Rien, si ce n’est la glaciale mathématique des intérêts. La bourgeoisie de Province, hélas sans la plume d’un Balzac, ni d’un Mauriac, sans l’œil d’un Chabrol. Juste la mathématique d’ombre. Avec l’exacte raideur de l’équinoxe.

 

Pascal Décaillet

 

 

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16/09/2012

Débriefer c'est bien, avancer c'est mieux

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Sur le vif - Dimanche 16.09.12 - 09.34h

 

Sandrine Salerno. Thierry Apothéloz. Manuel Tornare. Pour l'automne 2013, au Conseil d'Etat. Ou peut-être un autre encore. Ou peut-être aucun des trois, ni aucun autre. A ce stade de décomposition et de guerres claniques, il n'est pas assuré que le parti socialiste, cette composante indéfectible (à part la parenthèse dite monocolore des années 93-97) des gouvernements genevois depuis des décennies, ait le moindre élu dans la prochaine équipe gouvernementale.



Quant à ceux qui mettent tant d'énergie à débriefer l'échec monumental du 17 juin (cf le papier de Laurent Keller dans le Matin dimanche d'aujourd'hui), on aimerait qu'ils en investissent un peu, aussi, pour faire vivre et rayonner leur Département de la Culture autrement que par des "conditions cadres" et autres jargons technocratiques. Bref, Genève attend de M. Kanaan, si possible avant la Trinité, une idée un peu puissante, autre que simplement commémorative, pour insuffler le goût salé, aventureux, de la création, du risque, de la transgression, de l'audace. Ce qu'on appelle, communément, la culture.



Si le PS, à Genève, continue de composer ses castings en boudant le meilleur d'entre les siens, le plus populaire, le plus éligible, mais aussi le plus compétent en matière de gouvernement, il continuera, désespérément, de courir à l'échec. Vouloir à ce point, sous le paravent de l'idéologie, en réalité pour des logiques de clans, nier la composante personnelle d'une élection, s'imaginer que la mise à l'écart des meilleurs sauvera le parti, relève d'une esthétique du suicide certes raffinée, mais dont l'efficacité n'est pas prouvée.



Le parti socialiste genevois a contribué à faire l'Histoire du canton. Il possède des femmes et des hommes de grande valeur, attachés à l'Etat, comme le sont les radicaux. Il a donné à Genève de grands hommes, comme Chavanne. Mais là, malgré un président plein d'énergie et de bonne volonté, il s'est engagé dans une spirale de l'échec. Un homme, actuellement à Berne, pourrait faire beaucoup pour relancer la machine, rendre au parti du lustre et de l'éclat, renouer avec le succès. Le parti, assurément, serait bien sot de renoncer, pour une troisième fois qui du coup serait fatale, à faire appel à lui. Le suicide, c'est bien, mais comme valeur littéraire, chez un Montherlant, une Marguerite Yourcenar (Zénon, dans l'Oeuvre au noir), ou un Malraux (Kyo, la Condition humaine).

 

Tiens, Malraux. En voilà, un ministre de la Culture qui avait de la vision. De Lausanne à Genève, ces temps, on peut penser à lui avec regret et nostalgie.

 

 

Pascal Décaillet

 

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14/09/2012

Bonny & Clyde

 

Sur le vif - Vendredi 14.09.12 - 18.32h

 

Bon, je déclare tout de suite mes liens d’intérêt : prof d’allemand, il y a longtemps, j’ai eu Didier Bonny comme élève, fort bon d’ailleurs. Et une vingtaine d’années plus tard, tout aussi bon comme instituteur, il a eu ma fille aînée. Il est plutôt chrétien social, je ne le suis pas, tout en connaissant sur le bout des doigts les souches philosophiques et politiques de ce grand mouvement né de l’encyclique « Rerum Novarum », de Léon XIII, en 1891. Un Jaune, Bonny, comme on dit en Valais. Il arrive parfois que les Jaunes deviennent Noirs : l’actuel président du PDC suisse, neveu d’un Jaune parmi les Jaunes, s’est noirci pour être élu en 2003, mais là n’est pas la question, passons.

 

Didier Bonny a parfaitement le droit, après la carrière politique qu’il a eue, et de très longues années comme militant et conseiller municipal, de se présenter à l’élection pour le cinquième poste à l’exécutif de Genève, laissé vacant par Pierre Maudet. Il n’est – hélas – plus PDC, suite aux événements du printemps 2011, c’est dommage pour tout le monde, pour lui, pour le parti, pour la vie politique genevoise. C’est dommage, mais en même temps ça fait de lui un homme libre. Un indépendant. Il n’a de comptes à rendre à personne.

 

A-t-il des chances ? Je n’en sais rien. Mais une chose est sûre : des gens de gauche voteront pour lui, beaucoup même. Et puis, des gens du centre, que ne tétanise peut-être pas de désir la candidature très bourgeoise, très salon, très convenable de l’Entente. Inutile de dire que cette dernière, dont on connaît maintenant les méthodes en période électorale, disons méthodes.com, va tout faire pour torpiller Bonny. Reste que ce politicien courageux, attachant et atypique bénéficie, en Ville, d’un ancrage associatif qui pourrait faire pâlir d’envie beaucoup de monde.

 

Dans ce bel univers légué par le Sillon, Marc Sangnier, et tant de grandes figures, en Suisse et en Europe, du vingtième siècle, il est après tout légitime que puissent concourir, dans une douce fraternité réglée, pour une fois, ailleurs que sous l’Equerre, le Jaune et le Noir, le social et le libéral, l’impromptu et le convenable, bref Bonny & Clyde. La violence en moins. Du moins, on le souhaite.

 

Pascal Décaillet

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13/09/2012

Otto Stich (1927-2012) - Hommage

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Jeudi 13.09.12 - 13.03h

 

C’était un homme à la toute petite voix, fluette, juste un filet sonore entre des dents serrées à cause de la pipe, sempiternelle. Otto Stich, qui vient de nous quitter à l’âge de 85 ans, était un inconnu en Suisse romande jusqu’à ce jour, si fracassant, de son élection au Conseil fédéral. C’était en décembre 1983, je m’en souviens comme si c’était hier : toute la Suisse attendait la socialiste zurichoise Lilian Uchtenhagen, et s’apprêtait à fêter la toute première femme élue au Conseil fédéral. Eh bien non, comme dans l’histoire de Grouchy et de Blücher, ce fut le Soleurois Otto Stich ! Traumatisme national !

 

C’est ce jour-là, précisément, que commença la longue carrière de pleureuse d’Amelia Christinat. Ce jour, aussi, que triompha un secrétaire du groupe socialiste aux redoutables qualités tactiques, un certain Jean-Noël Rey. Ce jour, encore, que la moitié des socialistes menacèrent de quitter un Conseil fédéral où ils étaient représentés (à part une petite parenthèse dans les années cinquante) en continu depuis l’élection d’Ernest Nobs en 1943. On sait que le Congrès de début 1984 rejeta cette issue.

 

Je garde d’Otto Stich, que j’ai si souvent interviewé à Berne, le souvenir d’un ministre des Finances incroyablement compétent sur ses dossiers : il connaissait par cœur les comptes et les budgets de la Confédération ! Un social-démocrate attaché aux valeurs de la Suisse, prudent, bon gestionnaire. Digne, au fond, d’avoir succédé à des camarades de parti comme Hanspeter Tschudi, l’un des plus grands conseillers fédéraux de l’Histoire suisse, ou encore le si populaire Willy Ritschard, Soleurois comme lui. Il fut, aussi, l’homme de grandes réformes, comme la TVA ou l’entrée de la Suisse au FMI.

 

La Suisse perd un serviteur de l’Etat. Un homme discret, mais efficace. Entêté, opiniâtre. Il suivait le sillon, rien ne l’en détournait. Hommage à lui.

 

Pascal Décaillet

 

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12/09/2012

Le Consul qui a dit non à Salazar

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Mercredi 12.09.12 - 16.32h

 

Il s’appelait Aristides de Sousa Mendes (1885-1954). En 1940, au moment où la France vit le plus grand effondrement de son Histoire, il est Consul du Portugal à Bordeaux. La capitale de l’Aquitaine, en ces journées de la seconde quinzaine de juin, croule sous les centaines de milliers de réfugiés de l’exode. Paris, le 14, est tombée aux mains des Allemands, le gouvernement s’est justement réfugié à Bordeaux. Paul Reynaud démissionne. Le maréchal Pétain demande l’Armistice.

 

Dans ce contexte d’écroulement général, le Consul de Bordeaux, désobéissant aux ordres de Salazar, sauve des milliers de vies, en établissant, à Bordeaux, mais aussi à Bayonne, Hendaye, des visas d’émigration pour le Portugal. Salazar ne lui pardonnera pas. En 1954, le Consul mourra en disgrâce.

 

Cette page d’Histoire, nous l’évoquons ce soir, 19h, dans Genève à chaud. En compagnie de Monica Barzilay, dont les grands-parents furent sauvés par le Consul, et d’Anita Halasz, responsable des activités culturelles de la Communauté Israélite de Genève.

 

Pascal Décaillet

 

*** Demain, jeudi 13 septembre, le film « Le Consul de Bordeaux », de Joao Correa, sera dffusé à 19.30h à la Fondation Arditi, 1 avenue du Mail. Réservations : (022) 317.89.00.

 

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09/09/2012

Après Conthey: et si on parlait politique ?

 

Sur le vif - Dimanche 09.09.12 - 09.31h

 

Ce qui s'est passé politiquement, à Conthey, jeudi soir, bien au-delà des questions géologiques d'Asie mineure, c'est la défaite historique, au sein même du parti, de la bande d'ultras qui, depuis plus de quatre décennies, sous couvert de canal historique, en était venue à s'imaginer que le parti lui appartenait.



Or, le monde PLR, en Valais, est beaucoup plus large que cela, et s'est largement émancipé de ce discours ayant pour fondement un appel constant aux "Lumières", à la "Raison", et (pour certains d'entre eux), un anticléricalisme primaire.


Oui, aujourd'hui, les libéraux radicaux valaisans travaillent, sur bien des sujets, avec le PDC, ne bouffent pas systématiquement du curé, n'ont d'ailleurs que faire de ces antagonismes-là, ne connaissent que très approximativement la bataille du Trient et les événements des années 1843, 1847, 1848. Pour ma part, moi qui les connais au jour le jour, je reconnais qu'ils commencent à devenir un peu lointains.



Comme au niveau national, cette famille politique-là est capable de former des majorités avec la démocratie chrétienne. Elle commence à comprendre qu'entre le socialisme et l'UDC, il existe un grand, un bel espace qui aurait largement intérêt à montrer cohérence et cohésion (tout en respectant les diversités). Cela, je l'ai dit à Orsières en 2004, à Martigny (devant le Canal historique, qui m'avait aimablement invité) en 2005, à Saint-Maurice en 2006.



En tentant, jeudi soir, vainement, de faire appel aux vieux démons anti-PDC, Pascal Couchepin a commis une erreur politique. Cela, aujourd'hui, ne marche plus. Ces partis sont appelés à travailler ensemble. Cela est valable en Valais. Mais cela l'est aussi dans d'autres cantons. Et, bien sûr, au niveau de la Confédération.



Or, en Valais, il se trouve que l'homme qui incarne ce pont possible entre PLR et démocratie chrétienne, par tout ce qu'il est, par ses valeurs, c'est Christian Varone. Pour cela, il est, pour le printemps 2013, l'homme de la situation. J'espère pour ma part que nulle turquerie ne viendra entraver sa candidature vers le scrutin final. Ensuite, le peuple valaisan, seul souverain, jugera. C'est à lui que droit appartenir le dernier mot. Il l'élira. Ou ne l'élira pas. La justice turque, toute respectable qu'elle soit, n'est pas, jusqu'à nouvel ordre, un organe de l'élection au gouvernement valaisan.

 

Pascal Décaillet

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07/09/2012

Conthey: la démocratie a gagné

 

Sur le vif - Vendredi 07.09.12 - 00.24h

 

Ils étaient le souverain, ils ont pris leur décision : Christian Varone sera le candidat des libéraux-radicaux valaisans au Conseil d’Etat. Plébiscité. Au premier tour ! S’il est élu, au printemps prochain, il prendra sa place dans la grande galerie des magistrats de ce parti, les Gard, Bender, Comby, Sierro et Roch. Une composante capitale dans l’Histoire du Valais moderne, aussi déterminée et combative qu’elle est minoritaire, depuis le Sonderbund et les premières élections de 1848.

 

Mais quel chemin, jusqu’à ce soir, 23h, à Conthey ! Que de trahisons. Que de coups bas. Que de vilenies. Que d’obscures manœuvres de clans, dessinées au compas, du côté du coude du Rhône. Là où, sous prétexte de canal historique, de Raison et de Lumières, avec un grand R et un grand L, on n’a rien fait d’autre, depuis tant d’années, que de régenter de l’interne, noyauter, tout cela au service de quelques-uns, disons d’Un, cerclé d’un ou deux autres. Les prétoriens.

 

À vrai dire, un clan. Une meute. Un pronunciamiento permanent, haïssant autant les clercs qu’il s’exprime paradoxalement comme eux, citant Saint Luc en chaire, moralisant comme ne l’oserait le plus noir des dominicains. C’est cette clique-là, ayant d’ailleurs commis à Conthey l’immense erreur de se dévoiler au grand jour, qui a perdu ce soir une capitale bataille. Le monde radical valaisan (je peine toujours à dire PLR), qui fut celui de Joseph Barman et des héroïques combattants du Trient, a vécu là un tournant historique. Il ne sera plus comme avant. Il ne sera plus tenu, je veux dire pris en tenaille, par les mêmes hommes. Un verrou prétorien, ce soir, a sauté.

 

Reste Varone. D’un bout à l’autre, l’homme est resté calme. Ne brochant pas pendant la charge de Couchepin, ni face aux hurlements et à la gestuelle d’avant-guerre de celui que la RSR n’en peut plus de qualifier, depuis des années, « d’historien », ou « d’expert », ou (ce soir encore, 18h) de « mémoire vivante », comme s’il n’était qu’un chérubin de neutralité, alors qu’il est, avant toute chose, le plus féroce des militants.

 

Dans toute cette affaire, d’ailleurs, entre informations erronées, lynchage de Varone par Couchepin dans sa chronique, parole constamment donnée à « l’historien, expert », insistance incroyablement lourde, ce soir, sur le poids de Savièse dans l’Assemblée, il convient de s’interroger sérieusement sur le parti pris de la RSR. Il y a eu, dans l’ensemble du traitement, quelque chose qui ne va pas. Sans parler, pour demeurer dans le Mammouth, de la TV alémanique qui a utilisé l’argent de la redevance pour acquérir du matériel géologique en Asie mineure. Vous en pensez quoi, de ça, M. de Weck, vous si prompt à moraliser ? Vous en pensez quoi, M. Loretan, président central de la SSR ?

 

La décision de ce jeudi soir, à Conthey, est magnifique. Non parce que c’est Varone plutôt que l’un des deux autres candidats, assurément homme et femme de valeur. Mais parce que c’est Varone contre le lynchage de l’opinion publique. Varone, contre la manipulation de ce lynchage par certains des siens. Varone, contre ceux qui ont utilisé de prétendues valeurs morales pour le flinguer. Varone, contre les menaces scandaleuses d’un ancien président de la Confédération, qui a ruiné, dans sa philippique du début, une bonne partie de son crédit. Varone, contre le Grand Prêtre de l’Ordre, ci-devant dénommé « historien, expert, mémoire vivante ».

 

Le reste, c’est une autre affaire. Les coups bas vont continuer. Le chemin d’initiation ne fait que commencer. De longs mois nous séparent du printemps 2013. Mais la soirée de ce jeudi 6 septembre fut douce et belle. Elle restera dans les mémoires comme une réponse des instances souveraines face à l’exécution par l’opinion. La prochaine étape, autrement souveraine puisque finale, sera l’élection – ou non - par le peuple valaisan. Mais au moins, les institutions auront fonctionné. La démocratie aura gagné.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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06/09/2012

Lisons libres

 

Sur le vif - Jeudi 06.09.12 - 14.37h

 

Je me méfie comme de la peste de la promotion excessive d'un livre, avant sa parution. En matière littéraire, si on a un peu le goût de ces choses-là, il ne faut se faire d'idées que par soi-même, tranquillement, sans pressions, loin du brouhaha, à mille lieues du cirque des éditeurs et des revendeurs. Plus encore: il faut, toute sa vie, ne lire que les livres qu'on veut. Même pas ceux que les profs nous prescrivent. Il faut écouter sa petite voix intérieure, à soi. Suivre ses propres chemins de désir.

 

Certains auteurs, je les ai découverts incroyablement tôt dans ma vie. D'autres, à 35, 40, 50 ans. Certains, je ne les ai même pas encore ouverts. Et c'est très bien ainsi. Nous ne devons rien à personne. Nulle autre urgence, assurément, que cette sublime et singulière aimantation qui nous attire soudain vers un auteur. Le reste, laissons-le aux causeurs de salons.

 

Pascal Décaillet

 

 

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La flotte se saborde, à Toulon - Et tout le monde se tait.

 

Sur le vif - Jeudi 06.09.12 - 10.00h

 

Incroyable que l'auto-dissolution du parti radical vaudois, hier soir à Payerne, n'entraîne pas, dans la presse et chez les éditorialistes, davantage de réactions. Pas pour se lamenter, mais juste prendre acte, bordel ! Prendre la mesure.



Ce fut, en Suisse romande, le plus grand parti du plus grand canton (en population). Il a donné des hommes immenses. Il a fait le canton. Il a envoyé à Berne les plus grands commis de la Confédération. Il a donné à ce vieux pays terrien une extraordinaire armature républicaine, que beaucoup de ses voisins peuvent lui envier.



Ne le jugeons pas sur les dernières décennies de pouvoir, ces années 50, 60, 70, et même encore 80, où il faisait un peu trop confortablement, comme le PDC en Valais, comme tous les partis majoritaires, la pluie et le beau temps. Jugeons-le sur l'immensité de son apport historique. Jugeons-le sur le legs institutionnel, économique aussi. Jugeons-le sur la présence de braise d'un Delamuraz.



Alors bon, voilà, ils s'auto-dissolvent, chacun vit va vie comme il peut. Je ne suis pas sûr, à titre personnel, que ce soit une formidable idée. Mais enfin, un tel événement, même prévu, mérite que des journalistes un tant soit peu conscients de l'Histoire et du contexte, marquent le coup. Et ce silence m'exaspère. Parce qu'il est celui de l'ignorance. Il est un Jeûne de l'Esprit. Ca valait bien, ici, quelques pruneaux.



Pascal Décaillet

 

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04/09/2012

La Fleur et le Finistère


Sur le vif - Mardi 04.09.12 - 17.20h

 

Je me suis replongé, depuis hier, dans les circonstances du ralliement de Genève à la Suisse, en 1815. Je me réjouis d'entendre, tout à l'heure, les propos croisé de Pierre Maudet et Sami Kanaan. Non en termes d'érudition historique sur les événements de 1813, 1814, 1815. Mais sur l'intimité, la puissance de la relation entre Genève et la Confédération, aujourd'hui.



Les commémorations n'ont de sens que si elles nous interrogent sur nous-mêmes, aujourd'hui. Qui sommes-nous, en cet extrême Finistère occidental de la Suisse, les habitants de Genève, en 2012 ? Proches de nos amis français. En même temps, pétris d'institutions suisses. Deux siècles d'Histoire ! Ce que Genève a donné à la Suisse, ce qu'elle en a reçu. Ce que nos compatriotes aiment de nous, ce qui les exaspère.



Valaisan de Genève, j'aime passionnément ces deux cantons, celui d'origine et celui de résidence. Et j'aime passionnément la Suisse, cette petite fleur fragile au milieu de l'Europe. Je souhaite vivement que ces commémorations nous apportent autre chose que de la simple Histoire remuée. Autre chose que les défilés en costumes de 1964. Autre chose que la ronde auto-satisfaite des notables.



Mais une vraie réflexion sur Genève. Sur la Suisse. Sur ce que nous nous devons mutuellement. Sur l'organisation de nos rapports avec nos voisins français. Sur la vitalité de nos institutions, notre démocratie directe et représentative. La verticalité, la fierté, aussi, de nos ambitions culturelles.



J'aimerais, parmi d'autres, jouer un rôle actif dans cette commémoration-là. Comme je l'avais fait, à la Radio Suisse Romande, en 1998, pour le Bicentenaire de la Révolution helvétique et les 150 ans de l'Etat fédéral. Oui, sur ce coup-là, j'aimerais m'engager. Parce que j'aime Genève. Et parce que j'aime la Suisse.



Pascal Décaillet

 

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01/09/2012

Bêler, est-ce légal ?

 

Samedi 01.09.12 - 10.45h

 

"Illégal". Ils se sont tous mis d'accord, à droite, pour qualifier d'"illégal" le budget de la Ville de Genève. Et ils sont tous, tellement, à répéter ce mot, sur tous les tons, que ça suinte à grosses gouttes le slogan de campagne sur lequel on s'est préalablement concerté. Tout fiers de la trouvaille !



Pas sûr, pourtant, que beaucoup d'entre eux, parmi les plus virulents, les plus revanchards, les plus revendicatifs, sauraient gérer ce budget avec les qualités d'une Sandrine Salerno, dans le contexte difficile d'aujourd'hui.

 

Mais non, ils disent "illégal", parce qu'un pronunciamiento d'entre eux, quelque part entre MM Weiss et Fiumelli, a décidé, goguenard, qu'on allait marteler "illégal", Et du coup, tous les moutons, derrière, tous les agneaux, toutes les agnelles, bêlent "illégal". Et les journalistes reprennent, "illégal". Et on n'entend plus que ce mot-là, qui sera le mot du week-end, la conversation dans les bus: "Oh oui, mon bon Monsieur, les températures ont chuté; au fait, saviez-vous que le budget de la Ville était illégal?".
 
 
 
Pascal Décaillet
 

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