27/10/2012

Cent ans du PDC: les racines et les ailes

 

Edito publié ce matin en une du Giornale del Popolo, sous le titre "Profunde radici, rami al vento"


 
Moi, Valaisan de Genève, petit-fils et neveu de catholiques conservateurs, on me demande d’évoquer ici, pour mes amis tessinois qui en connaissent un sacré bout, la démocratie chrétienne suisse, à l’occasion de ses cent ans ! Valais, Genève, Tessin, mais aussi Fribourg, Jura, Soleure, Suisse centrale et orientale, et tous les autres aussi : le PDC est partout ! Cent ans et six mois après sa création, le 22 avril 1912, à l’Unionsaal de Lucerne, le parti est vivant. Il n’est certes pas le premier du pays, ni même le deuxième, ni vraiment le troisième, mais il est bien là, dans le paysage. Avec la puissance entremêlée de ses racines. La force de la terre. L’ancrage profond de la Vieille Suisse, celle d’avant le Sonderbund, avant 1798, et même avant 1648. Cette Suisse-là, de Chiasso à Romanshorn, n’est pas morte. Elle a la vie beaucoup plus dure qu’on ne l’imagine : c’est le miracle du PDC.


 
Il faut le rappeler aujourd’hui, le mot « PDC » ne date que de 1970. Auparavant, il y avait des noirs ou des jaunes, des catholiques conservateurs ou des chrétiens sociaux, tout se passait dans les cantons. D’ailleurs le parti national ne joue pas depuis si longtemps un rôle majeur, même s’il eut d’importants présidents, comme Flavio Cotti (1984-1986), Carlo Schmid (1992-1994), Doris Leuthard (2004-2006), et surtout l’actuel, Christophe Darbellay (depuis 2006).  La force du PDC, c’est le fédéralisme. La grande chance historique du parti, à travers les décennies, c’est la diversité de ses sensibilités cantonales.


 
Pourquoi l’Histoire du PDC est-elle, avec celle des libéraux-radicaux, la plus passionnante ? Parce que tout ce parti est un incroyable mélange entre des valeurs communes (la Doctrine sociale de l’Eglise, promulguée en 1891 par Léon XIII, Rerum Novarum), oui des racines dans la profondeur de la terre, et toute l’immense diversité, aérienne, volatile, sensible au vent, des branches et des feuillages. N’oublions jamais que les mouvements chrétiens sociaux ou catholiques conservateurs, dans les cantons, sont nés d’une réaction. Après la défaite du Sonderbund (novembre 1847), la Suisse de 1848 a été conçue, imaginée, bâtie par des radicaux, en laissant largement de côté les vaincus catholiques. Oui, pendant 43 ans, on a « fait sans eux » ! Sept conseillers fédéraux radicaux sur sept : au moins, c’était clair ! Jusqu’à ce jour de 1891 (l’année de Rerum Novarum !) où le premier catholique conservateur, le Lucernois Josef Zemp, arrive au Conseil fédéral. Le début de la réconciliation. La fin du temps de la réaction (très vive, dans les cantons), le début de celui de la construction.


 
A partir de là, au niveau national, les vaincus du Sonderbund prendront une part toujours plus grande à la vie politique du pays. Comment ne pas citer le Tessinois Giuseppe Motta, l’une de nos plus grandes figures suisses, conseiller fédéral de 1912 à 1940, cinq fois président de la Confédération ! Un conseiller fédéral, puis deux, et même trois pendant une courte période des années cinquante, puis à nouveau un seul à partir de la chute de Ruth Metzler (décembre 2003). « Mourir pour renaître », avais-je alors titré, anticipant sur le véritable travail de résurrection accompli par les présidents Doris Leuthard et Christophe Darbellay.


 
Car aujourd’hui, la démocratie chrétienne suisse ne se porte pas si mal. Bien sûr, elle a perdu des plumes dans les vingt années d’ascension de l’UDC que nous venons de vivre. Mais le PLR aussi en a perdues. Et au fond, à y regarder de près, dans les cantons, les communes, au Conseil des Etats, le PDC est là. Il faut lui reconnaître un art de la survie, sans doute d’inspiration italienne, style Andreotti, qui force l’admiration ! Regardez-le, le Divo Giulio : il est toujours là, alors que Berlusconi va connaître la prison.


 
Qu’on partage ou non les thèses du PDC, qu’on soit ou non exaspéré par sa souplesse, ou sa volatilité, ou son centrisme, dans certains cantons, lui permettant de toujours s’en sortir, il faut aujourd’hui considérer l’ampleur de l’apport de cette famille politique à la construction de notre pays. De très grands hommes, je pense bien sûr à Furgler, un engagement sans faille au niveau local, oui le PDC est bien là. Et sans doute, l’air de rien, pour pas mal de temps encore. Parce qu’il fait partie du paysage suisse. Bon Anniversaire !


 
Pascal Décaillet
 
 

 

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26/10/2012

Le PDC et les feux éclatants de l'automne

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 26.10.12


 
Cent ans ! La démocratie chrétienne suisse existe, elle vit, ici elle flamboie, là elle laisse miroiter ses braises. Elle a les couleurs de l’automne, au reste exceptionnelles par les journées que nous vivons. L’automne, ça n’est pas l’antichambre de la mort, les saisons simplement se succèdent, « Mourir pour renaître », avais-je titré ici même au lendemain de la non-réélection de Ruth Metzler (2003). C’est un parti étrange et fascinant, le réduire à l’état de Centre, de Marais, est totalement insuffisant. Il vaut à vrai dire beaucoup plus que cela, n’a pas à se définir par annulation physique de deux forces antagonistes. Il doit affirmer son existence propre, ses valeurs, son ancrage.


 
Je ne vous ferai pas ici l’Histoire passionnante de ce parti, encore que je la connaisse par cœur, depuis la Doctrine sociale (1891) jusqu’aux réalités polymorphes de nos cantons d’aujourd’hui, parti centriste (limite gnangnan) à Genève, fier parti majoritaire en Valais, clairement conservateur dans les cantons de Suisse centrale, incroyablement ancré à Fribourg, dans le Jura, au Tessin, dans les Grisons, en Suisse orientale, et j’en oublie. Ça n’est certes pas, sur le plan national, le parti le plus fort numériquement, mais son attachement tellurique est tel, son rapport à la terre, aux familles, aux traditions locales, qu’il est sans doute l’un des plus inoxydables.
 


On n’en a pas fini avec le PDC, sous toutes ses coutures et dans toutes ses composantes, avec ses contradictions, ses hésitations, sa volatilité. Terrestre et aérien, surgi des racines et pourtant si sensible au vent, enfant de cette double appartenance, robustesse et souplesse, voilà une aptitude à la survie qui mérite d’être saluée. Je dois vous dire, pourtant, que j’ai été un peu inquiet pour ce parti, jusqu’à l’arrivée de Doris Leuthard, et surtout de Christophe Darbellay. Avant ces deux-là, une succession de présidents nationaux insignifiants, centristes qui me faisaient penser aux montres molles de Salvador Dali, sans vision, sans rhétorique (depuis le départ du plus grand d’entre eux, Kurt Furgler), une politique indécise, bricolée, opportuniste. Je le dis ici, Christophe Darbellay a donné à ce parti une incarnation, une classe, un savoir-faire, une visibilité qui étaient absolument nécessaires pour demeurer dans la cour des grands.


 
J’aime le PDC, pour ma part, lorsqu’il arrive avec des valeurs, solides, qui lui sont propres. Je le déteste lorsqu’il me donne l’impression d’atermoyer, chercher à tour prix le consensus comme but en soi, en réalité pour survivre dans tous les cas dans les allées du pouvoir. Je n’aime pas non plus ses tiédeurs. Ce parti a, dans son Histoire, sa philosophie, son expérience dans les cantons, largement  de quoi brandir un message original. Un peu moins convenable, un peu plus « mauvais garçon », il pourrait presque commencer à me plaire. Dans une autre vie. Bon Anniversaire.


 
Pascal Décaillet

 

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24/10/2012

Scénario pour une Revue

 

Fagments - Mercredi 24.10.12 - 15.08h

 

Acte III, scène 1 – Bureau crasseux, rideaux jaunâtres, vieilles Remingtons, ventilateurs années quarante empesés de sirocco. Bouteilles de whisky bon marché servant de vases à des plantes pestilentielles. Le bureau du juge D. Rien ne se passe. C’est la scène du silence.

 

Acte III, scène 2 – Le juge D. somnole. Dans un tintamarre d’enfer, le juge G. surgit comme un métal hurlant, se rue sur son collègue, veut lui faire avaler sa barbe. Par la fenêtre ouverte, on n’entend que le bruit des sirènes. C’est le Super-Procureur qui arrive.

 

Acte III, scène 3 – Déjà, le juge G. a pris la fuite. Le juge D. cherche ses lunettes, hélas écrasées par la piétinante folie de l’intrus. Il saigne du nez, tente de se relever. Retombe. Il revoit passer sa vie, une vie de juge, l’intimité des prétoires, la jouissance des dossiers. Il est là, presque heureux, à gésir au milieu des cafards.

 

Acte III, scène 4 – Brisant la fenêtre, le Super Procureur arrive. Du ciel ! Cuir noir, moulant, masque sur les yeux, grande cape, celle des side-cars de la Wehrmacht, à l’époque bénie de la Meuse franchie. Incommodé par l’odeur, le Super Procureur se protège les narines d’un revers de son gant de dresseur d’aigles.

 

Acte III, scène 5 – Les scellés – Le juge D., encore à terre, tout à gésir, regarde, impuissant, la porte du paradis se refermer. Rends-nous les documents, hurle le Super PG, l’infortuné juge déjà n’entend plus. Déjà, il est ailleurs. Une délicate mésange, sur le rebord de la fenêtre, vient se poser. Elle a la grâce du passage. Rideau.

 

Pascal Décaillet

 

 

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23/10/2012

Cour des Comptes: des députés si tranquilles...

 

Sur le vif - Mardi 23.10.12 - 12.49h

 

Cour des Comptes: les citoyens de ce canton sont en droit d'espérer du Grand Conseil qu'il accomplisse dans les plus brefs délais son devoir de surveillance de la Cour des Comptes. Au besoin, en accélérant son calendrier de sénateurs. Nous sommes à douze jours d'un renouvellement de cette Cour, les affaires (notamment le rapport sur la FLPC, Fondation pour la protection du logement bon marché et de l'habitat coopératif, que nous avons dévoilé hier matin) puent la protection politique.

 

La précipitation du Parquet à tomber, ce matin, sur le juge Devaud, laisse perplexe. Il y a quelque chose, dans tout cela, qui suinte la barbichette par laquelle les partis au pouvoir se tiennent. Ce fameux Bureau du Grand Conseil, lui qui adore prendre de grands airs pour sanctionner tel lanceur d'eau, voudra-t-il bien se réunir en urgence, ou laissera-il pourrir les choses ? Surtout pas de vagues, hein, avant l'élection du 4 novembre.

 

Pascal Décaillet

 

12:49 | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

16/10/2012

Une droite genevoise réinventée

 

Sur le vif - Mardi 16.10.12 - 09.16h

 

Je suis en désaccord total avec l'analyse "La droite genevoise en guerre fratricide" de Marc Moulin, suite aux débats animés du Grand Conseil, notamment le refus du budget, dans le Temps.



D'abord, le titre est faux. Ce qui s'effrite, sur cet objet précis, c'est l'alliance du PLR avec le PDC (voire, de plus en plus depuis 2009, avec les Verts). Ce qui se consolide, c'est celle du PLR avec deux partis de la Marge que mon confrère ne semble évoquer qu'en se bouchant le nez (UDC, MCG). Non seulement le signal politique de vendredi soir n'est pas de "guerre fratricide à droite", mais il peut au contraire être interprété comme la construction, enfin, d'une vraie droite genevoise, ne reniant pas ses composantes plus populaires (oh, si voulez dire populistes, si ça vous fait du bien, sur le moment, ne vous gênez pas), moins coincée, moins patricienne. Sur maints objets politiques précis, cette alliance PLR-UDC-MCG a du sens. Elle est pertinente. Par exemple, éminemment, en matière fiscale et financière. Mais de plus en plus, aussi, en matière de retour du protectionnisme, le PLR ayant sérieusement infléchi un discours ultra libre échangiste dont plus personne, aujourd'hui, ne veut.


Mon autre désaccord avec Marc Moulin concerne le Conseil d'Etat. Avec un blanc-seing bien gracieux, mon confrère chante les louanges de cette équipe gouvernementale catastrophique, d'où ne se dégage aucun choix clair, aucune vision d'ensemble, même pas la saine juxtaposition de sept gestions. "Autisme" (reconnaît l'auteur) en matière budgétaire, à quoi il faut ajouter l'incroyable arrogance avec laquelle François Longchamp, vendredi soir, oubliant qu'il parlait aux élus du peuple, s'est adressé à certains députés. La remarque à l'élu législatif cantonal Stauffer sur sa gestion exécutive communale à Onex, par exemple, n'avait strictement rien à faire dans ce cénacle. Oui, il convenait, à ce gouvernement-là, de donner une leçon. C'est chose faite.

 

Il serait intéressant que l'alliance politique de vendredi soir, sur d'autres sujets, de façon moins réactive et plus pensée, plus construite, puisse se renouveler. Il y a là un grand dessein: celui d'une droite genevoise enfin assumée, délaissant les tiédeurs de l'illusion centriste, qui est avant tout un Marais d'opportunismes. Une droite un peu déplacée sur le curseur, fière d'elle-même. Une droite qui voudrait bien renoncer une fois, par exemple à l'horizon de l'automne 2013, à s'afficher comme la plus bête du monde.

 

Pascal Décaillet

 

09:16 | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

13/10/2012

Budget: les leçons d'un refus

 

Sur le vif - Samedi 13.10.12 - 10.15h

 

Le refus du budget, hier soir, par une nette majorité (54 contre 38), constitue un signal de premier ordre et un tournant dans une législature qui, pour le Conseil d’Etat, s’achève lamentablement. Il est certes revigoré, ce gouvernement, par le sang frais d’un Maudet, mais l’équipe est catastrophique, elle ne dégage aucune vision, aucune projection, si ce n’est de lointaines chimères concernant la région, ou la (congestion de toute) circulation en 2030. À ce Conseil d’Etat-là, incapable de s’en sortir (dixit l’UDC Eric Leyvraz) avec un budget de 8 milliards, il convenait de donner une leçon.

 

C’est chose faite. Et l’arrogance d’un François Longchamp, oubliant parfois qu’il parlait aux élus du peuple, et ultimes responsables du budget, n’y changera rien. En voilà un, d’ailleurs, dont on ne cesse de nous dire, qu’on va en prendre pour cinq ans avec lui (en voilà une belle raison de voter non demain), dont il va falloir, de très près, contrôler les appétits de pouvoir absolu. Le pouvoir d’un super administrateur, d’un géomètre précis, plaçant ses hommes partout, ne laissant rien au hasard, et beaucoup d’autres choses encore.

 

Revenons au budget. La leçon politique d’hier, c’est qu’allié avec deux partis de la Marge qu’il a jusqu’ici considérés comme des gueux, un PLR clairement inscrit dans sa famille politique naturelle, refusant les tiédeurs de bénitier des uns et les illusions écolo-libertaires des autres, peut faire la politique de ce canton. L’infléchir sérieusement, en tout cas. Et cette fois, enfin, avec une lisibilité politique (pour le rejoindre ou pour le combattre) que la population appréciera. Toutes ces années de gages, à pures fins électoralistes, donnés aux Verts (qui, bien sûr, hier soir, s’étouffaient d’indignation), ont été de nature, hélas, à diluer l’entendement même de la politique radicale, ou libérale.

 

Mais cette ère est révolue. La récréation est terminée. On la vu avec l’affaire Vibourel, on l’a vu, en Ville, avec le camouflet aux rues piétonnes. Il y a, dans ce canton, une gauche et une droite. Il y a, quelque part, un Marais centriste qui pourrait bien payer assez cher, à l’automne 2013, la moiteur de son opportunisme poitevin. Et les mêmes hommes, chez les radicaux, qui faisaient il y a peu des courbettes aux Verts, sont ceux qui, aujourd’hui, reprennent à leur compte (par exemple en matière de préférence cantonale) le discours honni du MCG.

 

Oui,  cette décision d’hier soir marque un tournant. Et peut-être, au fond, la première mise en action des troupes pour la campagne électorale. Sur des bases qui méritaient d’être clarifiées. Les mêmes qui, pour leur destin personnel, avaient brouillé le message en 2009, sont ceux qui, aujourd’hui, lui rendent clarté et lisibilité. Par pragmatisme : ils ne connaissent d’ailleurs que cela.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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12/10/2012

Vivant, au milieu des vivants

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 12.10.12

 

Je suis un être plutôt solitaire, ne fréquente aucune amicale ni société, consacre mon temps libre à ma famille, la marche et la lecture. Je ne suis d’aucune faction, d’aucun parti, d’aucune obédience. Pourtant, dans la sauvagerie librement choisie de cette indépendance, il existe une grande communauté invisible, seule et unique, dont je me reconnais puissamment comme membre : l’Eglise catholique. Je pourrais tout autant dire le christianisme, les protestants étant mes frères, et sans doute les orthodoxes aussi. Mais enfin, il se trouve que mon éducation est catholique, les maîtres qui m’ont formé (dont certains admirables, au-delà de tout) le furent. Mes lectures, aussi, innombrables, grâce à des Editions comme Saint-Augustin, je pense par exemple aux œuvres du Cardinal Martini, qui nous a quittés le 31 août dernier, et qui était un intellectuel de premier ordre.

 

Je dis communauté invisible. Je ne parle pas de la foi, n’en étant tout simplement pas capable. Vous me direz, à juste titre, que je viens ici me réclamer d’une appartenance – puissante, tellurique, tenace, nourricière – en refusant d’en dire plus long sur l’essentiel, ce qui fonde et justifie l’ensemble. Je reconnais le paradoxe. Il n’est pas mince. Mais enfin, osons la question : et si l’immense majorité des baptisés de 2012, en nos contrées, n’étaient pas, au fond, dans une situation similaire ? Chrétiens, oui, habités d’une petite lumière qui n’extorque pas tous les jours, ni dans toutes les vies, l’aveu de feu du martyre, ce témoin des premiers temps qui risque sa tête pour l’équation d’une identité : « Je suis chrétien ». Serions-nous tous, ici, les ultimes reliquats d’une ancestrale Théogonie, le temps des dieux, comme chez Hésiode, celui des héros, admirable certes mais lointain, à la lisière de l’oubli ?

 

Je suis un mauvais chrétien. Je pressens l’incandescence du lien. Mais n’entreprend pas grand-chose de très concret, dans ma vie, pour mettre en œuvre, en énergie, en actes, ce qui pourrait être un engagement. A la vérité, comme pour la politique, je me retiens. Des milliers d’heures à observer, intérioriser, décortiquer, décrypter, tenter de comprendre, expliquer aux autres, prendre des positions éditoriales, oui, marquées. Mais au moment suprême qui serait celui de l’engagement, sous une flamme ou sous une bannière, la rétention de l’acte. Je préciserai simplement à ma décharge qu’une vie de chroniqueur et d’éditorialiste peut être conçue, assurément, comme une grande aventure en soi, avec du risque, un ou deux amis et des armées d’ennemis, c’est la vie. Elle est paradoxale. Car un mauvais chrétien est avant tout un chrétien. Il rumine en son for sur sa tiédeur, mais il est de la famille. Il en est de tout son sang, de tous son corps, de toute son âme. Déraciné ? Qui ne l’est pas ? Vivant, c’est sûr. Au milieu des vivants. C’est peu. Mais ça n’est pas rien.

 

Pascal Décaillet

 

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06/10/2012

Le champagne, les huîtres, le peuple

 

Sur le vif - Samedi 06.10.12 - 09.22h

 

Non, non et non. La « bourde » de la chancellerie genevoise ne peut se ramener, avec le sourire, à une Genferei de plus. C’est un acte grave : il a peut-être, sans doute même, empêché le peuple suisse de se prononcer sur les accords fiscaux, notamment celui, si crucial et si disputé, avec l’Allemagne. Un communiqué de la chancellerie, non signé (qui en est le véritable auteur ?), envoyé hier après-midi aux rédactions, ne peut en aucun cas tenir lieu d’épilogue. Ni le mot « bourde », conclure l’affaire, qui serait ainsi versée au menu des Revues de fin d’année, histoire de faire bien rire le bourgeois, en attendant le champagne et les huîtres.

 

Si vraiment, avec les signatures genevoises, le nombre de signatures valables atteint ou dépasse les 50'000 nécessaires à un référendum, alors le peuple doit voter sur ces accords. Qu’il les accepte, qu’il les refuse, qu’il fasse ce qu’il veut, mais qu’il se prononce. Dans le cas contraire, l’ombre du doute s’installera pour longtemps. La « bourde » genevoise en est-elle vraiment une ? Négligence, ou intention ? On va actionner des fusibles, désigner des lampistes ? Le communiqué d’hier, qui en est l’auteur ? La chancellerie, qui la dirige ?

 

Je n’accepte pas, pour ma part, que l’on cantonne cette affaire dans le registre du vaudeville. Elle vient s’ajouter à d’autres, ici les funérailles d’un évêque, là le candidat Christophe Lüscher, sans compter les enveloppes de vote qui arrivent de plus en plus tard. Il y a un moment où le politique doit répondre : trop facile de sanctionner un fonctionnaire intermédiaire pour négligence, ou distraction. Car enfin, dans le cas d’espèce, et quoi que pense chacun de nous des accords avec l’Allemagne, c’est le peuple suisse tout entier qu’on prive de parole. Sous d’autres cieux, moins protégés, on rend son tablier pour moins que ça.

 

Mais ici, les cieux sont protégés. L’ordre règne. Et le silence est d’or.

 

Pascal Décaillet

 

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