04/11/2012

Le Matin dimanche, le journal qui vous invite à vous taire

 

Sur le vif - Dimanche 04.11.12 - 10.05h

 

J'ai toujours pensé que le rôle de la presse était d'interroger, critiquer, décrypter, démasquer le jeu du pouvoir. Porter le débat, plutôt que de le taire. Le Matin dimanche d'aujourd'hui, hélas, sur trois exemples instructifs, fait exactement le contraire.

 

D'abord, le vif et salutaire débat lancé par Johann Schneider-Ammann sur les Maturités et l'apprentissage. À voir la levée de boucliers, depuis exactement une semaine (propos du conseiller fédéral dans la NZZ am Sonntag), de toute l'intelligentsia de gauche, des pédagogues en sandales, de tous les salariés des différents DIP de Suisse romande, il faut croire que le magistrat, jusqu’ici muet, a, en ouvrant pour une fois la bouche, touché juste.

 

Il y a, dans notre pays, une véritable politique d’encouragement à l’apprentissage qui doit être mise en œuvre, de façon volontariste, séduisante, intercantonale, en y associant tous les partenaires. En ne s’attachant, dans l’édito, qu’à l’aspect maladroit des propos du conseiller fédéral, le Matin dimanche repousse le problème. Ou plutôt il le reconnaît, mais ôte immédiatement au chef du DFE toute compétence pour le traiter, ce qui est juste un peu ennuyeux, car JSA sera dès le 1er janvier notre nouveau ministre fédéral de la Formation. Au fond, le Matin dimanche ne reconnaît la pertinence des débats que lorsque c’est lui, dans la puissance contorsionnée de ses séances de rédaction, qui en décide les sujets.

 

Deuxième exemple, Ecopop. Voilà une initiative dont la Suisse va beaucoup parler. C’est un grand débat national qui nous attend, autour de la démographie, l’occupation du territoire, la densité d’habitation sur le plateau suisse, le seuil critique, en millions d’habitants, avant que notre pays ne devienne tout simplement étouffant à vivre. Ces questions-là sont pertinentes. Il n’y a aucune raison d’en faire un tabou. Eh bien le Matin dimanche, avant même de nous présenter les enjeux de l’initiative, nous brandit textuellement (sic) la bête immonde, nous ressort les débats des années noires sur « l’Überfremdung ». Avant même que le grand débat national ne commence, le Matin dimanche cherche à le taire, en stigmatisant immédiatement les partisans de l’initiative.

 

Le troisième exemple a le mérite de mettre lui-même en abyme le procédé que je décris plus haut. Dans sa chronique « Cher Oskar Freysinger », Peter Rothenbühler a au moins, lui, l’honnêteté intellectuelle de mettre à nu les méthodes du journal. Il reprend l’idée du conseiller national valaisan de récompenser fiscalement les contribuables qui passent leurs vacances en Suisse. Idée qu’il trouve bonne. Mais il avertit Freysinger : « Malheureusement, elle a un gros désavantage, votre idée : elle vient de vous ».

 

Au moins, c’est clair. En quelques lignes aimablement tournées, c’est toute la tactique, toute la démarche et toute l’approche du Matin dimanche que Rothenbühler nous dévoile : les débats ne valent que s’ils sont portés par le volontarisme de la rédaction. Ou par les amis politiques agréés par la rédaction. Sinon, c’est simple, on les démolit. CQFD. Excellent dimanche à tous. Je vous retrouve cet après-midi, à Genève, au sujet de Monsieur B.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

10:05 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Vous n'avez pas lu l'article de Michel Audétat. Il remet sévèrement à leur place les spécialistes de la réduction ad Hitlerum.
Cette pauvre Ariane Dayer continue visiblement son concours de la pire démagogie avec sa collègue Sandra Jean. Scheider-Amman voulait simplement souligner que suivre la voie française de la distribution de bacs dans les sachets de lessive n'allait faire que dévaloriser la matu. Et sur ce point, tout le monde, sauf les journalistes, est d'accord...

Écrit par : Géo | 04/11/2012

J'avoue que je ne fais plus partie des lecteurs du "Matin Dimanche", tout simplement parce que je n'en ressens pas le besoin. Cela dit, je me rends compte que Pascal Décaillet n'est pas du même avis que ce journal, aujourd'hui en tout cas sur trois sujets. Nous sommes tous libres de nos opinions, y compris le "Matin Dimanche". On peut certes manifester sa différence, et l'opinion de Pascal Décaillet est intéressante - comme d'autres opinions, comme celle exprimée dans les colonnes du "Matin Dimanche". Mais ce n'est pas une raison de lui faire la leçon comme s'il violait un quelconque devoir. Non, le "Matin Dimanche n'est en rien obligé de contribuer à à l'avènement d'un "débat national" à propos de la densité du territoire, non, le "Matin Dimanche" n'a aucune obligation de respect particulier vis-à-vis de MM. Freysinger ou de Schneider-Amman. Et Pascal Décaillet a parfaitement le droit de dire qu'il ne partage pas ces positions. C'est tout.

Écrit par : Jürg Bissegger | 04/11/2012

J'ai été censuré dans mes commentaires d'articles parus dans le Matin. Mes commentaires étaient systématiquement refusés ou effacés. Je me suis donc plaint à la rédaction qui a avoué que mon adresse avait malencontreusement été placée sur liste "rouge" des interdits de commentaires... On allait remédier à cette erreur totalement fortuite et indépendante de la pensée totalitaire du journal (c'est moi qui rajoute!). Bref... Merci, cher Pascal de dire enfin que les journaux qui veulent lutter contre la pensée unique luttent en fait contre toute opinion contraire à la leur.

Écrit par : Nicolas Buttet | 04/11/2012

Si je ne fais erreur, Mr Rothenbühler est un grand admirateur de Christoph Blocher, je peine alors à comprendre en quoi il chercherait à démolir quelqu'un ne faisant pas partie des amis politiques agréés. Possible qu'il ait simplement voulu faire vibrer des accords victimaires que l'UDC affectionne, l'image de gens ayant mauvaise presse (mais bizarrement constamment invités, allez comprendre...). Mais je ne prétends certes pas avoir votre expertise en manoeuvres politiciennes!

Écrit par : calico | 05/11/2012

Que ça doit être dur d'être obligé de lire ce journal...!

Écrit par : Observateur | 05/11/2012

Je n'achète jamais ni le "Matin" ni la "Tribune de Genève", cependant le premier a une superiorité sur le second : on n'a pas l'impression en le lisant que Hani Ramadan fait partie de la rédaction !

Écrit par : Alexandre Zaltsman | 06/11/2012

Vous devriez différencier le Matin de la semaine, le caniveau absolu, et celui du Dimanche. Ariane Dayer n'a pas encore réussi à tout foutre en l'air. Il y a plusieurs éditorialistes de talent et qui savent remettre les choses à leur place : Me Bonnant, Élisabeth Lévy (quand elle ne sent pas obligée de défendre le Grand Maître Talmudiste et Vieux Cochon Lubrique). Et si vous aimez les grands délires grotesques et êtes très courageux, vous pouvez vous lancer dans la lecture de Christophe Gallaz...

Écrit par : Géo | 06/11/2012

@Alexandre Zaltsman
Merci de ce trait: très vrai et très drôle, de l'humour de qualité donc.

Écrit par : Mère-Grand | 06/11/2012

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