09/11/2012

La presse et Obama: où est le sens critique ?

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 09.11.12


 
Il est beau, il est grand, il est l’homme fort. Le Messie. Il y a quatre ans, déjà, on nous l’avait présenté comme une icône, le Sauveur. Il y a trois ans, alors qu’il n’avait encore rien fait, on lui a attribué, parce qu’il est une icône, l’un des Prix Nobel de la Paix les plus foireux de l’Histoire. Ensuite, ces dernières années, ceux-là même qui l’avaient encensé se sont un peu calmés. Ils sont redevenus critiques, ce qu’ils n’auraient jamais dû cesser d’être. Ils ont reconnu le fossé abyssal de la dette, la mise en application folle de la planche à billets pour faire du dollar une valeur surestimée, fictive, dénuée de toute garantie. On se disait que nos beaux esprits, dans la presse suisse, étaient revenus à la raison, et pouvaient désormais parler d’Obama de manière normale, et non comme prostrés devant l’autel.


 
Las. Le temps d’une campagne de réélection, dans la dernière ligne droite, une bonne partie de la presse nous a, une fois de plus, livré le spectacle de sa capacité d’unanimes dévotions. Comme il y a quatre ans, il n’y en a plus eu que pour Obama. Systématiquement, Mitt Romney se trouvait ravalé au rang de vieux réac, son conservatisme jugé d’un autre âge, ses options religieuses (Mormon) décrites comme dangereuses pour l’Amérique et pour le monde. Dans le même temps, toute la part négative du bilan d’Obama, en matière économique et financière notamment, était passée sous silence, sa discrétion en politique internationale aussi, il fallait laisser la place à la recréation du mythe. Et le mythe, le temps d’une réélection, fut à nouveau activé !
 


Ce qui m’intéresse ici, ça n’est pas Obama, assurément un homme de grande valeur. Mais ces éternelles postures de génuflexion, chez nombre de nos beaux esprits, face à qu’ils considèrent comme l’incarnation du Bien. Une génération qui n’arrive pas à concevoir la politique autrement que sous l’angle de la morale. Alors, parce qu’Obama « a l’air » d’un type très bien, on le sanctifiera. Et le challenger, du coup, issu de ce parti de brutes auquel on n’a jamais rien compris en Europe, on le diabolisera. L’idée même que l’image Obama ait pu être le produit  - certes génial – d’une construction médiatique, avec les attributs du Sauveur, ne les traverse pas.
 


Nous ne sommes plus dans les années trente. Il n’est plus nécessaire, aujourd’hui, pour accéder au rang d’idole, de marcher sur Rome à la tête de quelques faisceaux, partir à la reconquête de Fiume ou annoncer triomphalement la chute d’Addis-Abeba. On y parvient beaucoup plus simplement en respectant le jeu de la démocratie, en façonnant avec génie (il faut en avoir, c’est sûr) une image. En jouant surtout, non plus sur la noirceur, mais sur les vertus immaculées du bien. Que cela fonctionne sur une groupie, est une chose. Que cela aveugle toute vision critique chez ceux dont ce devrait être le métier, m’inquiète un peu plus.


 
Pascal Décaillet
 


 

09:10 Publié dans Chroniques éditoriales Nouvelliste | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Ouais, je suis assez d'accord avec vous, mais je ne comprends pas très bien où vous voulez en venir à la fin de votre article. Bref, d'accord que Obama nous pigeonne. C'est un humaniste beau-parleur, largement surestimé. J'ai entendu certains de ses arguments et j'ai bien ri. Voter pour se venger par exemple.

Tous les sacrifices que Mitt Romney a faits dans sa vie, il les a faits par choix, il s'est sacrifié pour arriver à se donner un peu de liberté dans la vie et ses aïeux en ont fait autant. Tous les sacrifices qu'Obama a faits dans sa vie, il les a faits par obligation, parce que là d'où il vient, ils ne savent pas créer la sécurité et qu'ils n'ont aucune liberté…. Comme ils en ont besoin de ce système, car c'est tout de même le plus optimal pour y vivre, ils émigrent au pays de l'oncle de Mitt. Mais c’est frustrant de se retrouver au bas de l’échelle, chez des étrangers qui ne s'intéressent même pas à vous qui plus est. (J'exagère)

Laisser le socialisme détruire la démocratie et la sécurité que les soi-disant conservateurs ont créées, non merci. Je ne suis pas spécialement de gauche ni de droite, ou d'une extrémité quelconque, car je pense qu’à ramer toujours du même côté on tourne en rond. Mais avoir un idéal élevé, à la limite de l'impossible, oui, c'est un moteur. Moi je pense qu’il faut aller de l’avant, continuer à créer et à se respecter. Je pense qu'il faut aller de l’avant car tous mes sens regardent vers l’avant. Et pour toute question qui nécessite une réponse, ne regarder ni à droite, ni à gauche, mais vers le haut. En quoi est-ce que ce sont les années trente, d’aller dans le bon sens et d’avoir une certaine rigueur spirituelle ? De plus, je pense que la famille Romney est un exemple d’amour et de respect, preuve que chez eux c’est une compétence, pas un genre qu’ils se donnent. Ce qu’a dit Ann Romney sur son mari était vrai et c'est véritablement impressionnant. Ils ne se sont pas, comme dans les années trente, forcés à rester ensemble, ils ont été capables de le faire, ils l'ont décidé. Je suis moins convaincue par cet amour-amitié solidaire chez les Obama. Enfin, le style de vie de Mitt Romney est idéal, mais ne soyons pas jaloux parce que nous n’y arrivons pas, essayons encore, cherchons plus fort. Parce que les idéaux du genre, "Tiens, je n'arrive pas c'est trop loin, et si je rapprochais la cible alors.... ".... Voyons, tricher ce n'est pas jouer... Nous voilà devenus beaucoup trop égos tout d'un coup !

Voyons voir, quel pays socialiste fait vraiment envie ?.. . Ha ben oui, le brésil, bien sûr. Ils sont très libres dans leurs mœurs. Décadence sexuelle, bidonvilles et promiscuité... travestis, prostitution... Taux d’agression qui crèvent le plafond, castes, etc. Moui, d’accord, un bon plan pour ceux qui veulent se laisser aller au soleil alors…. Un peu comme le diable à la descente. Ou le latin dans toute sa splendeur, quoi. La vie, ça devrait être comme dans une telenovela. N’oubliez pas que quand on descend, il faut remonter. Et là, ça va côter. Et les Américains ne seront plus là pour offrir un lift social.

Malgré nos divergences de vues fiscales, je souhaite à l’Amérique de rester unies et de garder la foi dans les valeurs qui lui ont permis de se construire tout en allant de l'avant. Toute l’adversité à laquelle elle fait face aujourd’hui à l’intérieur et à l’extérieur du pays est une épreuve. Dans la vie on a des challenges à la hauteur de son potentiel. Ils vont s’en tirer avec grâce et plus fort, je le leur souhaite.

J'ai de l'affection pour les pro-Obama et je comprends qu'ils ressentent une certaine haine contre les blancs dominateurs, mais ils commettent de graves erreurs de jugements. Ce n'est pas pour les humilier qu'on fait preuve de rigueur, c'est pour se tirer d'affaire. La liberté n'est pas un style de vie, c'est un but à atteindre et c’est très, très haut.

Écrit par : Véronique | 09/11/2012

Il est démontré depuis un bon bout de temps qu'ils se fichent de la tête du monde, non ? Enfin, non, pas tous, il faut bien se préparer quelques opportunités de devenir porte-parole ou conseiller en image... Je ne suis ni mormon ni champion du prosélytisme, pour autant je trouve le niveau du débat d'idées déplorable par chez nous.

Le grand mélange entre info et commentaire tourne à la soupe insipide. Mais tout semble bien tourner dans la ronde autour du marronnier des clichés et les émissions à jurés pour copies crachées. Et à ce propos n'est-il pas devenu d'un autre âge de continuer à coller le cliché du politiquement correct sur le mur de l'Atlantique ?

Écrit par : calico | 09/11/2012

La presse a quand même mis un bémol cette fois sur Obama, mais elle a, par contre démoli Mitt Romney, bon la presse Suisse n'a aucune influence alors ce n'est pas grave pour les USA, bon j'étais pour Mitt, comme j'étais favorable à John McCain la dernière fois.
La seule chose qui me faisait peur après l'élection de 2008, c'est qu'Obama fusse assassiné quelques mois après son investiture, car comme vous dites le Messie, Dieu ou je ne sais quoi encore aurait été tué, lui qui allait sauver l'Amérique. Mais son mandat n'a rien eu d'extraordinaire, 14 000 milliards de $ de déficit, alors le soufflé est retombé la victoire cette fois fut courte. Sans quelques erreurs de Mitt le résultat aurait été inversé, j’aurai arrosé cela.

Écrit par : freemind | 09/11/2012

Une dimension MAJEURE est à relever dans la ré-élection du métis Obama, c'est la dimension raciale et identitaire.

L'éditorialiste Eric Zemmour en fait une analyse pertinente et claire dans cette vidéo.
http://www.rtl.fr/emission/la-chronique-d-eric-zemmour/voir/jamais-une-election-americaine-n-a-ete-aussi-communautariste-que-celle-qui-a-oppose-obama-a-romney-7754452383

Les statistiques récentes montrent que 14% de la population des USA est désormais hispanique. Entre l'immigration (légale et illégale) et les naissances, on estime que les latinos représenteront 30% de la population en 2050 (vu sur la TSR suite à la victoire d'Obama).

On peut se poser des question sur l'avenir de la "physionomie" des USA...

Mais aussi, plus près de nous, sur celle de l'Europe et de... la Suisse.

Quelles "populations", quelles "religions"? Avons nous vraiment voté pour ces remplacements de population?

Intéressante la remarque de Zemmour, sur le fait que 93% des musulmans français ont voté pour le socialiste Hollande.

Mon Dieu! N'évoquons pas ces sujets. Ca n'est point politiquement correct.

Écrit par : La censure règne en Suisse | 09/11/2012

J'ai toujours cru que les journalistes recevaient une formation au cours de laquelle les principes généraux de la profession ainsi que l'éthique journalistique étaient enseignés. Apparemment ce n'est plus le cas et nombre de vos confrères se servent de leur titre de journaliste pour se construire une image qui s'inspire davantage du vedettariat que de l'information.

Écrit par : Michel Sommer | 10/11/2012

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