23/11/2012

Au diable les conférences de presse !

 

Sur le vif - Vendredi 23.11.12 - 17.53h

 

Prendre des notes face à trois types coincés en cravate qui nous débitent leurs salades, j'ai fait ça des années à Genève, dans ma jeunesse, oh des centaines, à l'époque du Journal de Genève, puis des années au Palais fédéral lorsque j'étais correspondant parlementaire, et il est vrai qu'aujourd'hui, je n'y vais plus.



Les journalistes doivent vraiment s'interroger sur le phénomène de la "conférence de presse". Il s'agit toujours d'un acte de pouvoir. Le pouvoir qui se montre. Le pouvoir qui se met en scène. Des ministres qui se détestent font semblant, côte à côte, de s'adorer, juste parce qu'ils ont un intérêt commun, sur un coup précis, à faire passer.


La plupart des conférences de presse n'ont pas lieu d'être. Le pouvoir élabore des communiqués, et souvent d'excellents résumés des communiqués. Quel intérêt de photographier trois conseillers d'Etat, ou deux, ou sept, côte à côte, sous les lambris d'une salle, toujours la même, dans un lieu patricien et encaustiqué, à l'Hôtel de Ville de Genève, au Palais fédéral, au Château de Neuchâtel, à Lausanne, Delémont, Fribourg ou Sion?



Je suis contre le journalisme de conférences de presse. Que le pouvoir les organise, c'est son problème. Que la profession s'y précipite pour avoir, souvent, les mêmes informations qu'en lisant le communiqué, je vois moins l'intérêt. Je suis contre le journalisme d'agenda. Je suis pour aller chercher les informations par soi-même, sur des sujets, ou en tout cas sous des angles, par nous-mêmes décidés. Et non dictés par le calendrier du pouvoir.



Les journalistes n'ont pas être les porte-parole du pouvoir. Il existe pour cela les attachés de presse, profession totalement respectable, où se trouvent d'ailleurs nombre de mes anciens collègues. Mais aller à une CP, revenir en rédaction et se contenter de rapporter ce qu'a dit le pouvoir, sans lecture critique, sans distance de mise en question, je ne suis pas d'accord.



Il existe pour cela la Feuille d'Avis Officielle. Le problème, ça n'est pas elle. Hommage à cette auguste publication. Le problème, c'est lorsque des journaux privés, indépendants, font figure de Feuille d'Avis Officielle. Telle n'est pas la mission de ce métier.

 

Pascal Décaillet

 

17:53 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Curieuse réaction. Il n'y a jamais des questions à poser ?

Écrit par : Géo | 23/11/2012

Si les journalistes boycottaient tous les conférences et communiqués de presse, peut-être que les pouvoirs de tout poil se remettraient à publier des communiqués - payants - dans les journaux. Ainsi, ils seraient sûrs que leurs propos ne sont pas déformés, et la presse y (re)gagnerait une source de revenus pour faire un travail indépendant.

Écrit par : Jean-Claude Péclet | 24/11/2012

Le pire étant que bien souvent le pouvoir, respectivement dans un cas bien précis un conseiller fédéral, délègue ce travail à un sous-fifre baptisé secrétaire d’état alors qu’il n’est que le perroquet de service.

Dans un passé pas trop lointain j’ai eu affaire avec un de ces personnages qui ne supportait que dans un commentaire au Nouvelliste je dénonçais les dérives et les maniaqueries du personnage qui aujourd’hui passe des jours heureux en jouant au maître d’hôtel sur le parquet international.

Malgré une tentative écrite et publiée sous mon commentaire le responsable des ciseaux d’Anatasie du Nouvelliste a tenu tête à « l’officiel » et n’a pas radié mes propos ironiques et perfides.

Écrit par : Les rives du bisse | 24/11/2012

@ JCP - Excellent! Je suis - sans rire - partisan du modèle que vous évoquez.

Écrit par : Pascal Décaillet | 24/11/2012

Manifestation de pouvoir, effectivement, cela prend tout son sens dans certains pays. Je me souviens d'un compte rendu video du parti fasciste en grèce, où des gros bras forçait les journalistes à se lever "par respect", lorsque le chef de parti - habillé en jolie chemise noire - arrive avec ses sbires.

Écrit par : Djinus | 24/11/2012

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