30/11/2012

Candidats PLR, vous aimez la bureaucratie ?


Sur le vif - Vendredi 30.11.12 - 19.58h


Alain-Dominique Mauris, président du PLR, vient d'écrire, à 18.38h, aux membres du parti à propos de l'élection de 2013 au Conseil d'Etat. Il prend acte avec beaucoup de satisfaction de la volonté de réélection des trois magistrats sortants.

Pour les autres, les éventuels nouveaux, ça va être compliqué. Extrait de naissance, certificat de baptême, permis de pêche, curriculum détaillé en
57 exemplaires, extrait sanguin avec facteur Rhésus, 79 dernières fiches de salaire, attestation de loyer, preuve qu'ils ont payé à Roger Deneys l'impôt sur les piscines privées, certificat d'abonnement à la TG, pour ne citer que quelques-unes des formalités exigées.


Les trois sortants, ils devront fournir tout cela, aussi ?
 
 
Pascal Décaillet
 
 
 

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Séquestrer des conseillers d'Etat : à la bonne heure !

 

Sur le vif - Vendredi 30.11.12 - 10.51h

 

Charles Beer lui-même, conseiller d'Etat socialiste, déplore dans le Matin l'intention de certains profs de boycotter la fête de l'Escalade. Une initiative, en effet, non seulement inadmissible, mais profondément maladroite, qui va se retourner contre ses auteurs, contre l'image du corps enseignant et de la fonction publique en général.

 

C'est dommage, parce que les enseignants font, pour la plupart, du très bon boulot, dans des conditions (notamment d'effectifs) en effet difficiles. Qu'ils nous fassent savoir leur mécontentement est légitime, mais là, hélas pour eux, ils vont marquer un formidable autogoal.

 

Le sommet est atteint par une députée socialiste, syndicaliste des enseignants du C.O., prétendant que certains collègues seraient sur le point de "séquestrer des députés ou des conseillers d'Etat".

 

Ah la douce, la rafraîchissante image ! On imagine quelques syndicalistes enragés faire irruption au Grand Conseil, révolver au poing, comme le regretté lieutenant-colonel Tejero, dans l'Espagne de 1981, allez, tout le monde à plat ventre, ou bien vous cessez de couper au DIP, ou bien on tire dans la foule.

 

Au fait, ces décisions de boycott, elles sont prises par qui? Par combien de personnes, à quelles majorités, dans quelles assemblées syndicales, ayant obtenu quels quorums pour siéger? L'ensemble des professeurs des Cycles concernés se sont-ils prononcés dans une vaste consultation plénière? On a les chiffres, exacts, validés par la Cocoe, Wallis et Futuna compris, de ces consultations? Quelqu'un peut les produire? On peut les voir?

 

Et si tout ce ramdam n'était orchestré que par un, ou deux, allez disons trois syndicalistes en réalité très isolés, et en mal de notoriété? Une personne de la FAMCO, également députée socialiste. Autour d'elle, qui? Quel quarteron? On aimerait connaître, nominalement, les innombrables partisans de ce pronunciamiento.

 

Oui, on aimerait connaître, dans leurs troupes, l'armée de leurs partisans.

 

Et on ne doute pas une seconde qu'une députée de la République, chargée de veiller au respect des lois et de veiller à la prévention des crimes et délits, transmette sans tarder à M. Jornot les noms des futurs séquestrateurs. Vu ses fonctions, elle est dans l'obligation de le faire.

 

Et allez, tant qu'à faire, s'ils veulent séquestrer des conseillers d'Etat. Qu'ils prennent aussi, dans la foulée, la Chancelière.

 

Pascal Décaillet

 

 

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28/11/2012

La Chancelière se croit-elle médecin sous Molière ?

 

Sur le vif - Mercredi 28.11.12 - 15.41h

 

Signé par la Chancelière et Mme Künzler, c'est un texte d'un ignoble charabia que nous produit cet après-midi le Conseil d'Etat, pour nous dire tout le mal qu'il pense de l'initiative 152, de l'UDC, "Pour une traversée de la rade".


Une tartufferie sans pareil, sécrétée par les juristes apparatchiks de la Couronne, où un pouvoir qui ne veut pas d'un projet (légitimement muni des signatures nécessaires) se camoufle derrière un jargon qui rappelle les médecins du temps de Molière.



Jugez plutôt:



"S’agissant de la recevabilité, le Conseil d’Etat constate tout d’abord que l’initiative respecte l’unité de la matière et de la forme. L’unité du genre, en revanche, n’est pas respectée, car l’IN 152 n’est pas une initiative normative créant des règles générales et abstraites, mais une initiative administrative prévoyant simultanément des mesures générales d’aménagement et des mesures précises de construction. L’exécutabilité de l’IN 152 est problématique, car le délai de réalisation de six ans n’est pas réaliste. Par conséquent, le Conseil d’Etat propose au Grand Conseil d’invalider partiellement l’initiative en déclarant nuls les éléments trop précis de l’IN 152. S’agissant enfin de la conformité au droit supérieur, l’IN 152 doit pouvoir respecter les règles générales de planification et de protection de l’environnement imposées par le droit fédéral.
Sur le fond, compte tenu des évolutions des croissances estimées des déplacements ces dernières années – formalisées notamment à travers le projet d'agglomération franco-valdo-genevois signé en juin 2012 –, ce projet de traversée de la rade issu des réflexions de 2004 ne correspond plus aux enjeux de développement de l'agglomération. Dès lors, il n'est pas cohérent avec les politiques de mobilité développées au niveau du canton et de la région franco-valdo-genevoise."



J'ai déjà souligné plusieurs fois, ici, à quel point l'avis du gouvernement, et d'ailleurs celui du parlement, sur une initiative émanant du peuple, étaient certes respectables, mais au fond assez secondaires. Pourquoi? Parce que c'est justement pour corriger les errances et les erreurs des corps institutionnels que la démocratie directe, en Suisse, a été inventée. Et aussi pour une autre raison, majeure: une initiative est quelque chose de fort, tellurique, venant d'en bas. Un défi des initiants au peuple souverain. C'est entre ces deux instances que les choses doivent se jouer. Les notables intermédiaires s'en occupent, hélas, beaucoup trop.



C'est justement parce que la politique "franco-valdo-genevoise", la "région", le "Grand Genève" et toutes cette sorte de choses ne conviennent pas à l'UDC, que ce parti a décidé de lancer cette initiative.



Les histoires d'invalidation, de semi-recevabilité, d'exécutabilité ne sont que des paravents pour qu'un corps politique (gouvernement, parlement) se paye l'aubaine de refuser un texte qu'il combat, en ayant l'air d'avoir raison juridiquement.



Cette initiative de l'UDC, comme celle du PS sur les allègements fiscaux, doit être tranchée par le peuple. Les avis des corps intermédiaires ne sont que de la poudre aux yeux pour continuer la politique de l'actuel gouvernement, et confisquer au peuple le droit de la mettre en doute.

 

PaD

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27/11/2012

Une grève indécente et malvenue

 
Sur le vif - Mardi 27.11.12 - 09.21h
 
 
Totalement indécentes, les annonces de boycott de la fête de l'Escalade par certains profs du C.O. Idem, la grève annoncée pour toute la fonction publique, le 6 décembre. Ceux qui travaillent dans le privé, notamment les indépendants, les petits entrepreneurs, ceux pour qui aucun salaire n'est assuré de tomber à la fin du mois, ceux qui peuvent se retrouver sans rien d'un jour à l'autre, parce qu'ils ne peuvent même pas cotiser au chômage, ceux qui payent l'AVS complète, ceux qui ne peuvent prendre de prévoyance professionnelle qu'à bien plaire, ceux qui craignent de tomber malades, apprécieront les réflexes d'enfants gâtés de certains fonctionnaires.


Oui, il faut couper. Oui. il faut espérer que ceux qui nous promettaient ces coupes tiendront parole, et ne craqueront pas sous la peur de déplaire à la partie fonctionnaire de leur électorat. Oui, il faut des signaux très clairs, et pas seulement la somme de coupes minimes que nous esquisse le Dr Unger.


Oui, la fonction publique genevoise doit comprendre que dans la situation extraordinairement difficile dans laquelle nous entrons, avec l'affaire de leurs caisses de pensions à eux à renflouer (par tous les contribuables!), elle est vraiment très malvenue, avec le confort salarial et la sécurité de l'emploi qui est la sienne, de descendre dans la rue.


N'ayant à me faire élire ni réélire, je ne crains pas, pour ma part, de dire cela. C'est d'ailleurs exactement ce que les élus vous disent devant un verre, n'osant hélas pas le répéter en public.
 
 
Pascal Décaillet
 
 

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25/11/2012

Commencer par aimer son pays

 

Sur le vif - Dimanche 25.11.12 - 14.14h

 

Les Suisses veulent de moins en moins entendre parler de l'Union européenne. Et peut-être veulent-ils de plus en plus entendre parler de la Suisse. Il n'y a aucune espèce de honte, mais alors vraiment aucune, pour une communauté nationale, de s'intéresser à elle-même. Chercher à comprendre son existence au milieu de ses voisins. La puissance de ses racines historiques. La complexité interne de sa construction, depuis des siècles. La fragilité miraculeuse de ses équilibres. La chance exceptionnelle de son fédéralisme et de sa démocratie directe. Aucune honte, non plus, n'en déplaise aux enragés de l'internationalisme, à aimer son pays. Ca n'est ni de droite, ni de gauche. Aimer son pays, simplement.

 

Pascal Décaillet

 

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23/11/2012

Au diable les conférences de presse !

 

Sur le vif - Vendredi 23.11.12 - 17.53h

 

Prendre des notes face à trois types coincés en cravate qui nous débitent leurs salades, j'ai fait ça des années à Genève, dans ma jeunesse, oh des centaines, à l'époque du Journal de Genève, puis des années au Palais fédéral lorsque j'étais correspondant parlementaire, et il est vrai qu'aujourd'hui, je n'y vais plus.



Les journalistes doivent vraiment s'interroger sur le phénomène de la "conférence de presse". Il s'agit toujours d'un acte de pouvoir. Le pouvoir qui se montre. Le pouvoir qui se met en scène. Des ministres qui se détestent font semblant, côte à côte, de s'adorer, juste parce qu'ils ont un intérêt commun, sur un coup précis, à faire passer.


La plupart des conférences de presse n'ont pas lieu d'être. Le pouvoir élabore des communiqués, et souvent d'excellents résumés des communiqués. Quel intérêt de photographier trois conseillers d'Etat, ou deux, ou sept, côte à côte, sous les lambris d'une salle, toujours la même, dans un lieu patricien et encaustiqué, à l'Hôtel de Ville de Genève, au Palais fédéral, au Château de Neuchâtel, à Lausanne, Delémont, Fribourg ou Sion?



Je suis contre le journalisme de conférences de presse. Que le pouvoir les organise, c'est son problème. Que la profession s'y précipite pour avoir, souvent, les mêmes informations qu'en lisant le communiqué, je vois moins l'intérêt. Je suis contre le journalisme d'agenda. Je suis pour aller chercher les informations par soi-même, sur des sujets, ou en tout cas sous des angles, par nous-mêmes décidés. Et non dictés par le calendrier du pouvoir.



Les journalistes n'ont pas être les porte-parole du pouvoir. Il existe pour cela les attachés de presse, profession totalement respectable, où se trouvent d'ailleurs nombre de mes anciens collègues. Mais aller à une CP, revenir en rédaction et se contenter de rapporter ce qu'a dit le pouvoir, sans lecture critique, sans distance de mise en question, je ne suis pas d'accord.



Il existe pour cela la Feuille d'Avis Officielle. Le problème, ça n'est pas elle. Hommage à cette auguste publication. Le problème, c'est lorsque des journaux privés, indépendants, font figure de Feuille d'Avis Officielle. Telle n'est pas la mission de ce métier.

 

Pascal Décaillet

 

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Copé-Fillon : au théâtre, ce soir !


Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 23.11.12

 

A part la chaîne musicale Mezzo, je ne regarde presque plus la télévision. Principalement, par manque de temps. Le soir, après une journée de boulot, je suis raide mort ! Et justement, ce dimanche 18 novembre, en revenant de mon émission TV Le Grand Oral, à Lausanne, je m’étais promis de me coucher tôt. C’était compter sans MM Copé et Fillon ! Comme beaucoup d’entre nous, j’ai branché BMFM TV, et il faut bien avouer que nous eûmes là l’un des spectacles les plus palpitants de ces dernières années. C’était un peu « Au théâtre ce soir », de Pierre Sabbagh, qui avait enchanté les samedis soir familiaux de mon enfance, avec des portes qui claquent, des impromptus, des imprévus, une surprise toutes les trente secondes. A une heure du matin, j’étais encore scotché sur mon canapé.


 
Chapeau, donc, côté spectacle. Eussions-nous d’ailleurs imaginé que ces deux messieurs pussent jamais nous faire rire ? Jusqu’ici, la verve comique, chez eux, n’éclatait pas d’évidence, en tout cas pas chez M. Fillon, dont le dernier rire ou le dernier sourire doivent bien dater du début des années soixante, et encore c’était sans doute parce qu’un camarade d’école le chatouillait. Quant à l’orléaniste Copé, je me dois de confesser une retenue quasi physique, depuis toujours, face au monceau d’arrivisme que le personnage a toujours incarné à mes yeux. Encore que son apparition spectaculaire, pour proclamer unilatéralement sa victoire, ne manque ni de souffle, ni de courage : là, il a joué sa carrière. Si la fameuse commission de contrôle ne l’avait pas, le lendemain, déclaré vainqueur, il était cuit. Cette pure créature du sarkozysme, produit  dérivé d’une droite de l’argent dans tout ce que je déteste, doit donc bien avoir quelques qualités, admettons-le.
 


Le plus pitoyable, hélas, fut Fillon. En l’espace d’une tragi-comédie, cet homme dont les Français appréciaient l’austérité, la sobriété, l’engagement soldatesque au service de l’Etat, a ruiné son crédit, en tout cas pour un moment. Il se serait contenté de reconnaître la défaite, tout en émettant quelques doutes sur la procédure, il sortait grandi, homme d’Etat. Mais en revenant, trois jours après, avec Wallis et Futuna, dont on n’avait plus entendu parler depuis le regretté Michel Dénériaz, il a levé le masque sur des aspects moins reluisants de sa personne, parachevant une impression de boulevard qui a amené pas mal d’entre nous à rire jusques aux larmes.


 
Un peu moins drôles : les conséquences politiques. La grande famille de la droite française, issue à la fois de la tradition gaulliste et du libéralisme, a littéralement explosé au sol. La gagnante s’appelle évidemment Marine Le Pen. Pour un bon bout de temps, en France, pour la gaudriole, on ira voir chez MM Fillon et Coppé. Pour un vrai discours de droite, on se tournera vers d’autres horizons. La ligne bleue des Vosges, suite à ce lamentable pataquès, a changé de camp.

 


Pascal Décaillet

 

 

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17/11/2012

Grand Conseil : la comédie des invalidations

 

Sur le vif - Samedi 17.11.12 - 11.17h

 

Citoyens de ce canton, chacun d'entre nous est libre de penser ce qu'il veut de l'initiative 150, du parti socialiste, sur les multinationales et les emplois. Et justement, parce que nous sommes une République de citoyens libres, adultes et responsables, c'est à nous, au corps électoral tout entier, au "Conseil général", de nous déterminer sur ce texte, qui a obtenu les signatures.

 

Au niveau cantonal, comme à celui de la Confédération, ces histoires d'invalidations par des parlements sont totalement détestables. Une initiative est une affaire entre les initiants et le peuple. Elle ne devrait, en saine démocratie, pas regarder le parlement. C'est justement parce que les corps intermédiaires écoutent mal le peuple, que le peuple réagit, de la base, avec cette chance exceptionnelle dont nous disposons en Suisse, la démocratie directe.

 

En invalidant un texte, les élus, feignant de prendre une décision juridique, prennent toujours une décision politique. De quoi a eu peur, hier, la majorité de droite du Grand Conseil ? Du peuple ? Sur un texte ayant obtenu les signatures nécessaires, on confisque au corps des citoyens le droit de se prononcer. Décision certes légale, mais de nature à accroître encore le fossé entre la population et la caste parlementaire. Il conviendra, lors du renouvellement des autorités, dans moins d'un an, de s'en souvenir.

 

Pascal Décaillet

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11/11/2012

Dominique Louis, dans l'ocre de l'automne


 

Dimanche 11.11.12 - 15.35h

 

Ce matin, 11h, Parc Mon Repos, monument aux morts. 94 ans après, cérémonie du souvenir. Les couronnes et les gerbes, aux couleurs éclatantes, sur fond de nature plus belle encore : les jaunes et les ocres d’un dimanche de novembre, sous la pluie. Musique. Défilés. Et Dominique Louis qui prend la parole.

 

Existe-t-il, au fond, un homme qui aime autant Genève que cet infatigable serviteur de l’Etat, à la retraite depuis peu ? Des paroles d’élévation. La mémoire, au service du présent. L’honneur aux morts, pour ancrer les vivants dans la dignité. Une citation du Général Dufour, à ses soldats, en 1847, juste avant la guerre du Sonderbund. Dans cette cérémonie qui eût pu être celle d’une clique, ou d’un cartel commémoratif, les paroles de Dominique Louis font sauter les verrous. Elles définissent la République comme le trésor de tous. Elles nous rassemblent.

 

Je connais Dominique Louis depuis trente ans. Janvier 1983, cours d’hiver du rgt inf 3, le « régiment genevois », dans la neige, l’extrême froidure, les igloos. Il commandait, avec un inimaginable panache, la compagnie d’état-major. Il était partout, sa courtoisie hors du commun, son humour et sa délicatesse ont fait de lui le plus grand gentleman qu’il m’ait été donné de fréquenter sous les drapeaux.

 

C’était, ce matin, une très belle cérémonie. Voir Duchosal défiler au premier rang m’a réchauffé le cœur. C’étaient des mots, des gestes, des notes de musique qui partaient de Genève, son humus d’automne, non pour disparaître, mais pour simplement s’élever. Dominique Louis : un homme debout, avec, dans la simplicité et l’élégance du verbe, le passage si rare de la transcendance. Merci, Dominique, et à tous les organisateurs de ce moment de chaleur et de présence.

 

Pascal Décaillet

 

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09/11/2012

La presse et Obama: où est le sens critique ?

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 09.11.12


 
Il est beau, il est grand, il est l’homme fort. Le Messie. Il y a quatre ans, déjà, on nous l’avait présenté comme une icône, le Sauveur. Il y a trois ans, alors qu’il n’avait encore rien fait, on lui a attribué, parce qu’il est une icône, l’un des Prix Nobel de la Paix les plus foireux de l’Histoire. Ensuite, ces dernières années, ceux-là même qui l’avaient encensé se sont un peu calmés. Ils sont redevenus critiques, ce qu’ils n’auraient jamais dû cesser d’être. Ils ont reconnu le fossé abyssal de la dette, la mise en application folle de la planche à billets pour faire du dollar une valeur surestimée, fictive, dénuée de toute garantie. On se disait que nos beaux esprits, dans la presse suisse, étaient revenus à la raison, et pouvaient désormais parler d’Obama de manière normale, et non comme prostrés devant l’autel.


 
Las. Le temps d’une campagne de réélection, dans la dernière ligne droite, une bonne partie de la presse nous a, une fois de plus, livré le spectacle de sa capacité d’unanimes dévotions. Comme il y a quatre ans, il n’y en a plus eu que pour Obama. Systématiquement, Mitt Romney se trouvait ravalé au rang de vieux réac, son conservatisme jugé d’un autre âge, ses options religieuses (Mormon) décrites comme dangereuses pour l’Amérique et pour le monde. Dans le même temps, toute la part négative du bilan d’Obama, en matière économique et financière notamment, était passée sous silence, sa discrétion en politique internationale aussi, il fallait laisser la place à la recréation du mythe. Et le mythe, le temps d’une réélection, fut à nouveau activé !
 


Ce qui m’intéresse ici, ça n’est pas Obama, assurément un homme de grande valeur. Mais ces éternelles postures de génuflexion, chez nombre de nos beaux esprits, face à qu’ils considèrent comme l’incarnation du Bien. Une génération qui n’arrive pas à concevoir la politique autrement que sous l’angle de la morale. Alors, parce qu’Obama « a l’air » d’un type très bien, on le sanctifiera. Et le challenger, du coup, issu de ce parti de brutes auquel on n’a jamais rien compris en Europe, on le diabolisera. L’idée même que l’image Obama ait pu être le produit  - certes génial – d’une construction médiatique, avec les attributs du Sauveur, ne les traverse pas.
 


Nous ne sommes plus dans les années trente. Il n’est plus nécessaire, aujourd’hui, pour accéder au rang d’idole, de marcher sur Rome à la tête de quelques faisceaux, partir à la reconquête de Fiume ou annoncer triomphalement la chute d’Addis-Abeba. On y parvient beaucoup plus simplement en respectant le jeu de la démocratie, en façonnant avec génie (il faut en avoir, c’est sûr) une image. En jouant surtout, non plus sur la noirceur, mais sur les vertus immaculées du bien. Que cela fonctionne sur une groupie, est une chose. Que cela aveugle toute vision critique chez ceux dont ce devrait être le métier, m’inquiète un peu plus.


 
Pascal Décaillet
 


 

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08/11/2012

Prosternés devant l'icône

 

Sur le vif - Jeudi 08.11.12 - 10.06h

 

L'incroyable pommade passée à Obama, ce matin, par une grande partie des éditorialistes de Suisse romande, donne le sentiment d'une presse suisse totalement au service de l'idéologie des démocrates américains. On nous refait, comme une piqûre de rappel, le coup d'il y a quatre ans. Même ceux, parmi ces éditorialistes, qui s'étaient montrés, à très juste titre, désenchantés face au mandat d'Obama, retombent dans les mêmes transes. Jusqu'à ce titre ignoble du Temps, jugeant le Parti Républicain "trop blanc, trop vieux, trop masculin". Ignominie, oui, d'un racisme à l'envers, d'un rejet des anciens, et d'une mise à l'écart de l'un des deux sexes.

 

Tout cela n'est qu'effet de mode. Justement l'effet voulu par la propagande géniale pro-Obama: la création d'une icône. Le mythe du progrès et du changement. Les quatre années qui viennent de s'écouler ont exactement prouvé le contraire. Mais se remonter un immense bateau, comme on replonge dans une vieille drogue, ça fallait tellement de bien.

 
 
Pascal Décaillet
 

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04/11/2012

Le Matin dimanche, le journal qui vous invite à vous taire

 

Sur le vif - Dimanche 04.11.12 - 10.05h

 

J'ai toujours pensé que le rôle de la presse était d'interroger, critiquer, décrypter, démasquer le jeu du pouvoir. Porter le débat, plutôt que de le taire. Le Matin dimanche d'aujourd'hui, hélas, sur trois exemples instructifs, fait exactement le contraire.

 

D'abord, le vif et salutaire débat lancé par Johann Schneider-Ammann sur les Maturités et l'apprentissage. À voir la levée de boucliers, depuis exactement une semaine (propos du conseiller fédéral dans la NZZ am Sonntag), de toute l'intelligentsia de gauche, des pédagogues en sandales, de tous les salariés des différents DIP de Suisse romande, il faut croire que le magistrat, jusqu’ici muet, a, en ouvrant pour une fois la bouche, touché juste.

 

Il y a, dans notre pays, une véritable politique d’encouragement à l’apprentissage qui doit être mise en œuvre, de façon volontariste, séduisante, intercantonale, en y associant tous les partenaires. En ne s’attachant, dans l’édito, qu’à l’aspect maladroit des propos du conseiller fédéral, le Matin dimanche repousse le problème. Ou plutôt il le reconnaît, mais ôte immédiatement au chef du DFE toute compétence pour le traiter, ce qui est juste un peu ennuyeux, car JSA sera dès le 1er janvier notre nouveau ministre fédéral de la Formation. Au fond, le Matin dimanche ne reconnaît la pertinence des débats que lorsque c’est lui, dans la puissance contorsionnée de ses séances de rédaction, qui en décide les sujets.

 

Deuxième exemple, Ecopop. Voilà une initiative dont la Suisse va beaucoup parler. C’est un grand débat national qui nous attend, autour de la démographie, l’occupation du territoire, la densité d’habitation sur le plateau suisse, le seuil critique, en millions d’habitants, avant que notre pays ne devienne tout simplement étouffant à vivre. Ces questions-là sont pertinentes. Il n’y a aucune raison d’en faire un tabou. Eh bien le Matin dimanche, avant même de nous présenter les enjeux de l’initiative, nous brandit textuellement (sic) la bête immonde, nous ressort les débats des années noires sur « l’Überfremdung ». Avant même que le grand débat national ne commence, le Matin dimanche cherche à le taire, en stigmatisant immédiatement les partisans de l’initiative.

 

Le troisième exemple a le mérite de mettre lui-même en abyme le procédé que je décris plus haut. Dans sa chronique « Cher Oskar Freysinger », Peter Rothenbühler a au moins, lui, l’honnêteté intellectuelle de mettre à nu les méthodes du journal. Il reprend l’idée du conseiller national valaisan de récompenser fiscalement les contribuables qui passent leurs vacances en Suisse. Idée qu’il trouve bonne. Mais il avertit Freysinger : « Malheureusement, elle a un gros désavantage, votre idée : elle vient de vous ».

 

Au moins, c’est clair. En quelques lignes aimablement tournées, c’est toute la tactique, toute la démarche et toute l’approche du Matin dimanche que Rothenbühler nous dévoile : les débats ne valent que s’ils sont portés par le volontarisme de la rédaction. Ou par les amis politiques agréés par la rédaction. Sinon, c’est simple, on les démolit. CQFD. Excellent dimanche à tous. Je vous retrouve cet après-midi, à Genève, au sujet de Monsieur B.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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03/11/2012

Genève: l'empire du miroir

 

Sur le vif - Samedi 03.11.12 - 18.48h

 

Le vrai pouvoir, à Genève, n’est pas celui qu’on croit. Il n’est pas incarné par un seul homme, ni par le Conseil d’Etat, ni par le Grand Conseil, ni par l’administration, même si ces entités, bien sûr, exercent des parcelles de puissance. Il n’est pas non plus exercé par les partis politiques, qui jouent leur rôle, pourraient le faire mieux, et dont la plupart des actuels présidents sont bien pâles et bien faiblichons, comme si les vrais ténors étaient ailleurs.

 

Alors, il est où ? Nulle part, et partout. Il ne s’exerce pas de façon individuelle, malgré l’émergence, dans l’Histoire, de belles verticalités régaliennes (Grobet, Segond, bientôt Maudet), mais par la confluence mélangée, entrecroisée, de réseaux. Il est un pouvoir collectif, et je crois que cette essence corporatiste est profondément chevillée à l’Histoire de Genève. De la Compagnie des Pasteurs, avec juste à sa tête un Modérateur, aux associations professionnelles, de l’organisation du patronat à la Chambre économique, du Cartel intersyndical aux associations de maîtres ou de parents, sans parler du pouvoir judiciaire, rien à Genève ne peut s’accomplir seul.

 

Il faut des appuis. Une toile de connaissances. Des centaines de soirées à boire des verres avec des copains, des milliers de mains à serrer. Oui, à l’époque des réseaux sociaux sur internet, Genève n’a de loin pas renoncé aux bonnes vieilles camaraderies tactiles, on se touche, on se tape sur l’épaule, sur la cuisse, on rigole un bon coup, on brise la marmite, et pour ceux qui, comme votre serviteur, étaient au régiment d’infanterie 3, on se raconte des souvenirs des nuits passées à se les geler, les cours d’hiver, dans le Val de Travers.

 

Et même si vous êtes habité par le talent le plus pur, comme MM Grobet, Segond ou Maudet, vous ne ferez jamais rien de bon sans vous tremper régulièrement, et plutôt mille fois qu’une, dans le rite baptismal de cette camaraderie initiatique. La République, en superficie, n’est pas si grande, guère plus que la seule Commune de Bagnes. Alors, on se connaît. On se retrouve. On se touche, on se tapote : je me demande parfois si Genève n’est pas une immense chambrée, avec ses souvenirs, ses effluves. Plus vous allez vers le cœur de la Vieille Ville, plus le théâtre d’opérations est minuscule, plus vous êtes amené à ne rencontrer, désespérément, que les mêmes. Le Père Glôzu, lui, a tout compris, il y a trois décennies, en quittant le Bar Corona, à la Tour Maîtresse, pour monter se planter là, lui-même, de sa personne, au cœur du monde sensible. Les cercles concentriques, de son Café de l’Hôtel de Ville, il les laisse joyeusement virevolter autour de lui. De l’ombilic, il écoute les entrailles de Genève.

 

Et puis, il y a ce tutoiement. Ils se tutoient tous ! Adversaires politiques ? Peut-être, mais dans le même comité associatif, camarades de commission, de sous-commission, copains de Conseil de fondation, d’administration, commensaux de tant de fondues. Et vous voudriez qu’ils se disent vous ! Le vrai pouvoir, à Genève, n’est pas vertical, mais se niche quelque part dans l’intrication d’une multitude d’affinités horizontales. Pour faire carrière, il faut simplement y être beaucoup. Beaucoup s’y montrer, Beaucoup toucher les gens, beaucoup tapoter, beaucoup tutoyer. C’est un jeu collectif, sauf qu’il n’y pas vraiment de règles, pas d’arbitre, pas de capitaine, pas de juges de touche. Mais le jeu, il faut en être. Il faut qu’on sache, partout, que vous en êtes. Genève est une galerie des glaces, l’empire du miroir. Bonne continuation à tous.

 

Pascal Décaillet

 

 

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