28/01/2013

Bergier, on a donné, merci !

 

Sur le vif - Lundi 28.01.13 - 14.35h

 

Non, pitié, la Suisse ne va pas re-sombrer dans une période d'auto-fustigation comme celle, détestable, que nous avons vécue dans les années 90, à l'époque du Rapport Bergier.

 


Nous avons, aujourd'hui, autre chose à faire. Notre pays est en proie à de grandes difficultés avec certains de ses voisins. L'heure n'est pas à la culpabilisation interne. Bien sûr que nous n'avons pas été parfaits pendant la Seconde Guerre mondiale, qui l'a été ? Bien sûr que nous avons des choses à nous reprocher. Mais enfin, en comparaison avec nos chers voisins, je ne suis pas certain que le comportement de la Suisse entre 1939 et 1945 soit le sujet principal de cette guerre.



L'heure n'est pas à la coulpe. Au contraire, l'heure est à la valorisation de nos singularités, notre démocratie directe, notre fédéralisme, le respect de nos équilibres internes. Cela, aujourd'hui, doit primer sur tout: nous devons êtres fiers de notre pays.



Alors, désolé, Messieurs les ressasseurs et les salisseurs, mais vous repasserez.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

14:35 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (46) | |  Imprimer |  Facebook | |

25/01/2013

Grand Conseil: l'extase de l'entre-soi

 

Sur le vif - Vendredi 25.01.13 - 20.00h

 

Elles furent bien pénibles, et méchamment pesantes, les vingt premières minutes du Grand Conseil, ce soir. Un député s’en va, on se relaye pour lui passer la pommade. Une tradition ? Ça n’est pas une raison pour ne pas s’en étonner. Car enfin, l’hommage à Guillaume Barazzone, qui quitte le cénacle pour avoir été élu à l’exécutif de la Ville, fut trop long, trop appuyé. On eût cru la Chambre de 1957 se séparant d’un Edouard Herriot l’ayant maintes fois présidée, et y ayant siégé pendant un demi-siècle. Ou l’Angleterre, prenant congé de Victoria.

 

Surtout, ces effusions, plus ou moins talentueuses, de rhétoriciens plus ou moins fluides, ont la tonalité, au mieux, d’un repas de fin d’année, ou de quelque propos de mariage, à l’heure bienfaisante du mousseux. Et n’ont rien à faire, sur une telle longueur, dans l’enceinte d’un Parlement dont la mission première est d’être au service de la population. Et non de se regarder le nombril.

 

Le signal : une fois de plus, une caste parlementaire genevoise qui se parle à elle-même, se félicite elle-même, se fait rire elle-même, au milieu d’un immense miroir. Les députés de l’entre-soi. L’extase de l’autocongratulation. Tragi-comédie en cercle fermé, même pas de craie, même pas caucasien. Juste une corporation de notables, heureuse d’être ensemble.

 

On en est très content pour elle. Vivement le 6 octobre.

 

Pascal Décaillet

 

20:00 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Imprimer |  Facebook | |

Les indignés de la 25ème heure

 

Sur le vif - Vendredi 25.01.13 - 11.11h

 

Je suis révolté, comme tout le monde, par la décision de la Commission des États sur les primes surévaluées. Mais ne suis pas dupe, une seule seconde, de l'aubaine que constitue pour certains politiques - en surjouant l'indignation - cette malheureuse décision.

 

Ces indignés de la 25ème heure, qu'ont-ils mis en oeuvre, concrètement, pour éviter ce vote majoritaire des commissaires ? On sait la Commission des États, légendairement, sensible aux pressions. Nos indignés, leur lobbying à eux, sont-ils suffisamment montés le faire, à Berne ? La politique n'est pas affaire de morale, ni de pleurnicheries, mais de rapports de force. Aussi difficile à accepter soit son vote, il n'en demeure pas moins que la Commission de la Santé du Conseil des Etats est un organe souverain de notre démocratie. Plutôt que de pleurer, il faut s'employer à renverser le vote, au moment du plénum. Ce ne sera pas facile.

 

Pour le reste, il y a hélas beaucoup de gesticulations. Un conseiller d'Etat, à Genève, qui en fait un peu trop dans le registre de la colère. Son homologue, sur Vaud, fidèle à lui-même. On accordera davantage de crédit à MM Buchs et Poggia: eux, au moins, se battent tous les jours de l'année, y compris hors caméras, pour la défense des assurés.

 

Il y a un populisme de droite. Il y a un populisme de gauche. Il y a, oh oui, un populisme du centre. Et il y a, plus que tout, un pénible populisme de l'indignation.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

11:11 | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

20/01/2013

Le journalisme en 2013, entre paravents et pleurnicheries

 

Dimanche 20.01.13 - 10.30h

 

Je me refuse depuis des années à accepter les invitations aux colloques de pleurnicherie sur l'état de la presse en Suisse romande. Où l'on passe des heures à se lamenter sur les méchants éditeurs, les méchants lecteurs, les méchants internautes qui tuent la presse papier. Comme si le papier était autre chose qu'un simple vecteur !

 

Le problème numéro un de beaucoup de journalistes en Suisse romande n'est pas là. Il est dans leur absence de curiosité, d'imagination, d'inventivité, de combativité pour évoluer avec les nouvelles techniques de notre temps, qui sont non seulement fascinantes, mais très propices au développement du journalisme. Mise en ligne. Travail en réseau. Interactivité immédiate, développement d'intelligences collectives. Ou alors, possibilité extraordinaire, pour les solitaires, les individualistes (pour peu qu'ils soient sacrément bosseurs), de proposer aux gens leur univers à eux, rien qu'eux, avec leurs textes à eux, leurs images à eux, leurs sons à eux, leur mise en page à eux. Chacun, avec les outils d'aujourd'hui et de demain, peut proposer son journal. Ensuite, les gens aiment ou non, adhèrent ou non. C'est une autre question.

 

Bientôt, on ne confondra plus journalisme avec journaux. On peut faire du journalisme sans cette intrication complexe qui s'appelle un journal papier. On peut, tous les jours, sortir un journal papier, sans que cela soit du tout du journalisme. Certains, en Suisse romande, s'y emploient à merveille.

 

De quoi sont nés, techniquement, les journaux ? De la nécessité, à l'époque, de concentrer une équipe rédactionnelle à proximité immédiate de l'équipe technique, autour de la rotative qui, à minuit, sort chaque jour le bébé. C'est exactement dans ces conditions, au reste fascinantes, que j'ai exercé mes premières années au Journal de Genève, rue du Général-Dufour: nous produisions le journal d'un bout à l'autre, et savions pratiquement tout faire nous-mêmes. Il y a une trentaine d'années, on a commencé à avoir la possibilité technique d'éloigner l'imprimerie. Aujourd'hui, on peut parfaitement éloigner les rédacteurs les uns des autres.

 

Mais on en est resté aux grosses équipes rédactionnelles, hypertrophiées, avec les rubriques, les chefs de rubriques, les sous-chefs de rubrique, les évaluations annuelles, les interminables conférences de rédaction, les ressources humaines, les horaires, les congés, les vacances, les propos venimeux de cafétéria les uns contre les autres, les rivalités internes, les ascensions des grimpaillons, toutes choses qui tuent la créativité, éloignent l'objectif premier qui doit être la création, la production, l'imagination. Et on laisse passer les années, et on se croit éternels, et un beau jour le quotidien meurt.

 

Le problème numéro un, c'est l'hypertrophie des structures, le poids des habitudes, l'incroyable lenteur lorsqu'il faut affronter des techniques nouvelles. Le reste, ce ne sont que paravents, prétextes et pleurnicheries.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

10:30 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

18/01/2013

Aux ricaneurs du PDC

 

Commentaire publié dans le GHI - Mercredi 16.01.13

 

Amis PDC,

 

Dimanche soir, Delphine Perrella Gabus, fidèle militante et ancienne candidate à la présidence de votre parti, annonçait son passage au MCG. Certains d’entre vous ont cru bon de ricaner. Demain,  cela pourrait bien être le député et brillant chirurgien Philippe Morel, comme ce fut, par le passé, Mauro Poggia. A chaque fois, vous ricanez.

 

Vous avez tort. Parce qu’au lieu de vous gausser, comme des notables se croyant éternels, vous feriez mieux de vous demander pourquoi certains membres de votre parti - et l’hémorragie n’est pas finie – passent avec armes et bagages chez M. Stauffer. Oui, vous feriez mieux de vous livrer à un minimum d’introspection sur le véritable état de votre parti.

 

Et ne venez pas me parler de vos valeurs. Je les connais mieux que vous. A part Fabiano Forte, et sans doute un ou deux autres, je ne connais plus personne, dans votre section genevoise, qui soit capable de tenir une conversation sur Léon XIII, la Doctrine sociale, le Sillon, le Zentrum, ou même la Democrazia Cristiana et les pères de l’Europe. Vous êtes devenus ignares de votre propre essence, de votre Histoire. A Genève, vous êtes juste un parti de notables, entre clans familiaux, automatismes locaux, petites facilités entre amis.

 

Vous n’avez, aujourd’hui, plus aucune ligne. Votre actuelle présidence n’existe pas. Vous êtes juste là, à regarder partir certains des meilleurs des vôtres, en ricanant. Eh bien, ricanez, mes amis. Vous êtes les héritiers d’un grand parti, qui a donné au canton des hommes d’Etat, comme Jean-Philippe Maitre. Mais cet héritage, qu’en avez-vous fait ? Vous avez certes de bons candidats au Conseil d’Etat, mais votre parti, aujourd’hui, son profil, ses priorités, c’est quoi, exactement ? Il vous reste le choix : vous ressaisir, ou continuer de ricaner. Comme vous voudrez.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

18:15 | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

Oui, je soutiens François Hollande

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 18.01.13


 
Homme de droite, je soutiens François Hollande. Je l’ai fait ici, dans cette chronique, bien avant la présidentielle, puis pendant la campagne, et après son élection. De même, jeune homme de droite, naguère, j’ai toujours soutenu François Mitterrand. Enfin, disons en 1981, et même en 1988. Il y a, dans la fonction présidentielle française sous la Cinquième République, quelque chose de puissant, à la fois un lien direct avec le peuple, et quelques essences de monarchie qui rassemblent, au-delà des clivages.


 
Homme de droite, j’ai détesté Giscard, exagérément j’en conviens, encore plus Sarkozy, parce qu’ils donnaient l’impression, malgré leurs qualités, de ne point s’être affranchis des forces de l’argent. Oui, cette droite orléaniste qui n’a jamais été mienne, ni en France, ni dans ses équivalents suisses. Il me faut la République. Il me faut le verbe. Il me faut la rigueur de l’Etat. Ensuite, droite, gauche, alternance, c’est la vie : vous ne voudriez tout de même pas avoir toujours les mêmes cliques au pouvoir, les mêmes sacristies, les mêmes chapelles, les mêmes obédiences.


 
Homme de droite, je soutiens François Hollande, non sur ses choix, en tout cas pas économiques et fiscaux, mais parce qu’il est le chef, élu en parfaite légitimité et pour cinq ans, de ce pays qui nous est si proche. Et je déteste les discours actuels, ce fiel qui nargue et vilipende, sous le seul prétexte que l’homme est en difficulté. Bien sûr qu’il l’est ! Et il est là pour ça ! Où diable serait-il écrit que la première fonction de France ne serait que flottaison sur long fleuve tranquille, se laisser bercer par le vent, dire oui à tous ?


 
Homme de droite, je déteste l’actuelle UMP, je veux dire ses chefs, à commencer par Copé, qui n’a rien trouvé de mieux, à l’Assemblée, que de faire de la politicaillerie alors que les soldats de France se battent au Mali. Je l’ai déjà écrit ici, l’UMP n’est plus aujourd’hui (sauf à aller chercher Juppé) l’alternance à la gauche. Il faudra aller la trouver ailleurs, peut-être sur des rivages longtemps tabous, jusqu’ici.


 
Homme de droite, je soutiens François Hollande. Parce qu’il est président de la République, et qu’au-delà des choix de son gouvernement, il incarne avec dignité sa fonction. C’est exactement ce qu’on attend de lui. Oh, comme Suisse, il m’exaspère, je ne supporte pas la guérilla fiscale qu’il mène contre mon pays, ni l’histoire des 75% d’impôts, ni plein de choses. Mais là n’est pas la question : cet homme a été porté au pouvoir pour incarner le destin de la France, en partager les souffrances, la représenter à l’étranger. Oui, la période est difficile. Oui, il devra tenir compte de la grande manifestation de dimanche dernier. Mais il n’est écrit nulle part qu’il ait échoué. Il est élu pour cinq ans. Il peut devenir un grand président.


 
Pascal Décaillet

 

11:01 Publié dans Chroniques éditoriales Nouvelliste | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

15/01/2013

Meyer de Stadelhofen: mort d'un génie

 

Mardi 15.01.13 - 12.39h

 

La douceur d’une voix, incomparable. La politesse d’une diction. Un sens inné de l’événement. Des centaines d’archives sonores. La mémoire d’une radio, et aussi celle du siècle. Henri Meyer de Stadelhofen (1916-2013), nous a quittés le 11 janvier, à son domicile de Sion, m’annoncent ses fils, à qui j’adresse mes meilleures pensées. Il est possible que ce nom ne vous dise pas grand-chose, moi je dis que les ondes romandes sont orphelines de l’une de leurs plus grandes voix, un reporter sans égal, toujours dehors, toujours sur le terrain, toujours dans le bruissement du monde. L’homme de radio idéal, celui qui vous restitue la vie, parce que la radio, c’est la vie.

 

Automne 1944. Libération d’Annecy. De Gaulle fait son entrée, au milieu d’immenses clameurs, dans le chef-lieu de la Haute-Savoie. Meyer de Stadelhofen est là, dans la foule, décrit ce qu’il voit, c’est juste, c’est simplement admirable. Plus tard, il sera reçu à la Boisserie, ce dont peu de journalistes peuvent s’honorer. Quelque cinquante ans après, alors que je faisais tous les étés des émissions historiques à la RSR, je reçois Stadelhofen, lui balance l’archive, il s’émeut, nous fait revivre la Libération de cette Haute-Savoie qui s’était montrée si courageuse. Une autre fois, en pleine période des fonds en déshérence, je diffuse cette archive si bouleversante où il est sur le quai de la gare de Genève, 1943 je crois, pour accueillir des enfants français, tellement heureux de se retrouver en Suisse.

 

Je ne vous raconterai pas ici sa vie, si riche d’entreprises, de Radio Genève à Europe 1, dont il fut l’un des fondateurs, de Charles de Gaulle à Churchill, Eisenhower, Cocteau, Chaplin, de Funès, Fernandel. Je dirai simplement l’immense bonheur qui fut le mien, lorsque j’étais à la RSR, de traîner à la phonothèque pour écouter les innombrables archives de ce reporter d’exception. Il aimait les choses du quotidien, donnait la parole à tous, était comme attiré par l’événement. Surtout, il faisait ses reportages dehors, au milieu de l’action, debout, sous la pluie, dans le froid. Il n’était pas un homme de studio, mais un génie de l’extérieur.

 

Il nous reste la douceur de cette voix, l’éternelle fraîcheur de ce regard. L’éblouissement, à chaque fois réinventé, de se trouver, palpitant, quelque part au cœur du monde.

 

Pascal Décaillet

 

12:39 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

13/01/2013

La République - La naphtaline

 

Sur le vif - Dimanche 13.01.13 - 14.04h

 

La question d'autoriser ou non le mariage homosexuel, comme d'ailleurs la question d'autoriser ou non quoi que ce soit, appartient aux organes de la République. Les communautés spirituelles peuvent bien sûr donner leur point de vue, c'est bien le moins dans un Etat de libre expression. Elles peuvent tenter de faire pression, organiser des manifs, aucun problème.


Mais la décision appartient à la République, au travers de ses organes ou de ses institutions. Ici, une majorité parlementaire. Là, une majorité du suffrage universel. Cela dépend des systèmes. Mais le dernier mot à la République, ou si on préfère à la communauté organisée des citoyens. Et à nul autre.


Et c'est un chrétien, un catholique, qui signe ces lignes. Peut-être estime-t-il, à l'instar du Cardinal Martini qu'il a interviewé en 1996 alors que ce dernier était archevêque de Milan, et dont il a assurément lu tous les livres, que les priorités de l'Eglise du 21ème siècle sont éventuellement à chercher ailleurs que dans les préceptes de morale sexuelle.


Bref, si j'étais à Paris, je n'irais pas à cette manif. Vous me direz que je ne vais jamais à aucune manif. Ce qui est parfaitement exact. Brailler dans la rue n'a jamais été mon genre. Mais c'est une autre histoire.

 

Je fais partie des catholiques profondément républicains. C'est parfaitement compatible. Il suffit d'avoir lu Léon XIII, savoir ce que signifie historiquement le Ralliement, connaître Rreum Novarum (1891). Mais aussi, savoir mettre chaque chose à sa place. D'un côté, les affaires de l'Etat. De l'autre, celles des commuanutés spirituelles. Il y a - et il doit y avoir - de la place pour tout le monde. Il suffit d'ouvrir son esprit. Et peut-être aussi, accessoirement, les fenêtres. Quand l'odeur de la naphtaline est un peu trop pesante.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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09/01/2013

Elisons les meilleurs

 

Sur le vif - Mercredi 09.01.13 - 13.20h

 

De gauche ou de droite, peu importe. Il faut cesser d'envoyer aux affaires des amateurs. Il faut choisir des passionnés. Ceux qui, dès l'enfance, ont la politique chevillée au corps. Ceux qui lui sacrifient tout. Des Pierre-Yves Maillard. Des Pierre Maudet. Des Couchepin. Des Delamuraz. Des Furgler. Des Christophe Darbellay. Des Philippe Nantermod. Des Tornare.



Je déteste le mythe de l'homme nouveau, ou de la femme nouvelle. Ou de la société civile. Ou de l'expert. Ou de celui qui, débarquant dans un monde dont il ne connaît rien, ferait campagne sur le thème de "la politique autrement", ou de la génération nouvelle, ou de la politique réinventée.


On en a vus, des rénovateurs, "partis joyeux pour des courses lointaines". On a vu Michel Noir, face à Chirac. On a vu Rocard, face à Mitterrand.


Non. La politique est un métier. Elle est une passion. Et elle est un art. De gauche ou de droite, élisons les meilleurs. A Genève, ne reconduisons pas les erreurs de casting de 2009.



Il m'est parfaitement égal qu'une personne soit courtoise, élégante, gentille, humaine dans le privé, excellente mère de famille. Ca n'est pas cela que j'attends d'un politique. J'ai besoin d'une vision, nourrie par l'Histoire. J'ai besoin d'une culture. J'ai besoin d'une solitude. J'ai besoin d'un courage. Tout le reste, je m'en fous.

 

Pascal Décaillet

 

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07/01/2013

Marre de la propagande anti-Minder

 

Sur le vif - Lundi 07.01.13 - 15.10h

 

Non à l'initiative Minder - Le patronat rejette l'initiative Minder - economiesuisse ne veut pas entendre parler de l'intiative Minder - Le Parlement dit non à l'initiative Minder - Le Conseil fédéral repousse l'initiative Minder - Non à Minder - Non à Minder - Non à Minder.



Voilà, à profusion, ce que l'on trouve sur un moteur de recherches, juste en tapant "initiative Minder".



Moi, je dis que ça suffit. Avant de nous balancer tout un océan de raisons pour refuser l'initiative Minder, j'estime que la moindre des choses est d'informer les citoyens sur le contenu de cette initiative.



Ensuite, on verra. On dira non à Minder. Ou on dira oui à Minder. Mais l'ampleur de ce refus préalable, avec tout ce qu'il contient de millions mis par les opposants dans la campagne, donne la nausée.



Le patronat, dans ce pays, a le droit de s'exprimer. Pas celui de nous noyer sous les flots de sa propagande.

 

Pascal Décaillet

 

15:10 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Imprimer |  Facebook | |

Qui osera répondre à la France ?

 

Sur le vif - Lundi 07.01.13 - 09.55h

 

D'urgence, il importe que la Suisse adopte face à la France le ton qu'il convient pour rappeler à ce cher voisin, beaucoup plus grand et beaucoup plus peuplé que nous, que notre petit pays est une démocratie souveraine. Pas un dominion négligeable sur ses marches orientales. Un pays, fier de l'être.



Face aux pressions de plus en plus insupportables que Paris fait peser sur nous, nous devons garder la tête froide, ne céder en aucun cas. Une éventuelle réforme de notre système fiscal doit procéder de notre dialectique interne : on peut discuter de tout, rien n'est tabou, mais cela doit venir de nous, de nos énergies, nos révoltes. En aucun cas, cela ne doit être dicté par une puissance certes amie, mais étrangère à notre souveraineté nationale. Sinon, pour nous Suisses, ça n'est plus la peine de nous proclamer "pays". Autant mettre la clef sous le paillasson national, renoncer à notre statut d'Etat souverain au milieu des autres nations, admettre que nous ne serions plus, désormais, que la circonscription administrative d'un univers mondialisé, ou continentalisé. C'est cela que nous voulons ?



Le problème, ça n'est pas la Suisse. Le problème, c'est la France. Qui a géré de façon calamiteuse ses finances publiques depuis des décennies, gauche ou droite au pouvoir d'ailleurs. Et qui vient maintenant lancer une grande croisade, prétendument morale (laissez-moi rire), pour récupérer le maximum d'argent, là où c'est possible.


Dans la classe politique suisse, le discours de "compréhension" pour la France, chez certains, semble primer sur la défense de l'intérêt national, qui devrait être le but absolument prioritaire de tout élu de ce pays, qu'il soit de gauche ou de droite, cantonal ou fédéral, en cas d'attaque extérieure. A mes yeux, aujourd'hui, ce critère de "compréhension" ne passe pas. Il est exactement à rebours de ce qu'il faudrait faire, dire, alors que le pays court un véritable danger. Cette "compréhension", chez certains, au diapason d'une ministre fédérale des Finances qui conduit une politique confinant à l'abandon, est extraordinairement inquiétante. Il y a un moment où il faut savoir qui est on est, quel camp on défend.



Lorsque l'exemple, hélas, de la fermeté ne vient pas du plus haut niveau (nous avons un Conseil fédéral d'une rare faiblesse, les plus gris ayant été préférés par l'Assemblée fédérale, pour ne pas lui faire de l'ombre), il ne faut pas trop s'étonner qu'il soit absent dans le reste de la classe politique.



Oui, des mots forts, face à la France, sont attendus par la population. Il ne s'agit ni de remettre en question notre amitié pour ce voisin avec qui nous partageons tant, ni surtout de défendre les banquiers. Les banquiers, nous verrons plus tard. Entre nous. Entre Suisses. Et croyez-moi, dans ce débat futur, je ne serai pas le moins sévère, moi qui ait toujours combattu le primat de l'argent sur les valeurs républicaines. Mais pour l'heure, le pays est sous attaque. Il s'agit de faire de la politique debout. De montrer notre souveraineté. Le reste, c'est une autre affaire.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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06/01/2013

Coire-Paris, aller simple

 

Sur le vif - Dimanche des Rois - 06.01.13 - 14.34h

 

Ne serait-il pas plus simple, après réflexion, que Mme Widmer-Schlumpf devienne directement ministre de la République française ? Au moins, les choses seraient claires. La verticalité de l'allégeance, sans ambiguïté. Ca nous éviterait toutes sortes de malentendus. La vie parisienne, et pourquoi pas au sens d'Offenbach, ferait du bien à la Grisonne. Elle pourrait initier nos amis jacobins à la complexité des Ligues Grises, à côté desquelles celles de la regrettée Maison de Guise font figures de paisibles clubs de pétanque. En échange, juste du bout des lèvres, quelques menus cours de français, oh trois fois rien, juste apprendre les mots fidélité, loyauté, lire un peu Verlaine, tiens disons Sagesse. Que du bonheur.

 

Pascal Décaillet

 

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05/01/2013

Pompidou, suite et pas encore fin

 

Samedi 05.01.13 - 18.44h

 

Il est très rare que je lise un livre politique deux fois de suite. C'est pourtant ce que je viens de faire, avec les "Lettres, notes et portraits, 1928-1974" de Georges Pompidou, dont j'ai déjà parlé ici le 24 décembre dernier (http://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2012/12/24/pom...), et dont je viens de relire avec une extrême attention de nombreux passages.



Ce qui m'intéresse, c'est la motivation de monter vers le pouvoir, chez Pompidou. D'un bout à l'autre de l'ouvrage, dès les lettres de 1930 (il a 19 ans) à son ami Pujol, jusqu'en 1969 (son élection à la Présidence de la République), il ne cesse de clamer que le pouvoir politique ne l'intéresse pas, que la vraie vie est ailleurs, par exemple en littérature, où ce Normalien excelle. Une tension dialectique interne que je puis, profondément, comprendre.



Il ne cesse de le dire, et, plus il le répète, moins nous le croyons. Parce que toute la réalité de son existence, au contraire, évidemment à partir de septembre 1944 (sa rencontre avec de Gaulle, il se met à son service, à la Libération), est celle d'une implication totale, certes souvent dans l'ombre, dans la glaise politique. Toute sa correspondance des années 1946-1958 (la Quatrième République, de Gaulle traverse le désert, mais Pompidou, lui, au service du Général, sait tout, voit tout, entend tout), révèle un homme d'une habileté diabolique.



Son génie : arriver à chaque fois (chef de cabinet du Général à Matignon de mai à décembre 1958; Premier Ministre en 1962; Président en 1969) comme un homme qu'on serait venu chercher. Jeu de masques, évidemment, que tout cela. Extraordinaire savoir-faire de cet homme de très grande valeur. Avec lui, le héros du 18 juin, l'homme mythique, hors normes, légendaire, pouvait compter sur le pragmatisme d'un terrien. Un couple de rêve, au fond, où l'un complète l'autre.



Je crois que vais lire ce bouquin une troisième fois.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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La Suisse en 2012 : un pays attaqué, mais en bonne santé !

 

Edito publié aujourd'hui dans le Giornale del Popolo, sous le titre "Paese sotto attaco, ma in salute" - Samedi 05.01.13

 

La première bonne nouvelle, en forme de bilan de l’année 2012, c’est l’incapacité totale de nos amis les Mayas à émettre la moindre prévision correcte : à l’heure où j’écris ces lignes, début 2013, la Suisse, le monde, la planète, sont encore là, et la fin des temps est remise à une date ultérieure ! L’autre bonne nouvelle, c’est que la Suisse, malgré les incroyables pressions qui pèsent sur elle de la part de ses chers voisins, se porte finalement plutôt bien : notre taux national de chômage, autour de 3%, est sans comparaison avec ceux des pays qui nous entourent. Il fallait tout de même commencer par dire cela, avant d’en venir à l’examen de détail de nos préoccupations. Qui restent, toujours en comparaison internationale, les soucis d’un pays riche, prospère, où le niveau de vie, celui de formation, la santé publique, la sécurité, la qualité d’existence demeurent très enviés, loin à la ronde.

 

 

Venons-en à 2012. De même que le vingtième siècle a commencé en 1914, il se pourrait bien que l’année 2012 ait vu son véritable début politique…  le 12 mars ! Ce dimanche-là, le peuple (50,6%) et une majorité de cantons (12 + 3 demi-cantons) acceptaient l’initiative de Franz Weber « pour en finir avec les constructions envahissantes de résidences secondaires ». C’était une bombe. Révélant au pays l’importance, pour nos compatriotes, d’un aménagement du territoire mieux contrôlé qu’aujourd’hui. Des cantons comme Zurich, Berne, Genève acceptaient le texte. Le Tessin le rejetait à 54%, tout comme le Valais, canton touristique, à près de 74% ! Une Suisse véritablement coupée en deux, non sur la barrière des langues, mais sur la plaine et la montagne, les grands centres économiques face aux régions périphériques. Une césure dont on n’a pas fini de parler, et qu’il sera très intéressant d’observer le 3 mars 2013, dans deux mois, lors de la votation fédérale sur l’aménagement du territoire. Oui, les Suisses aiment la qualité de leurs paysages, veulent avoir leur mot à dire sur les questions d’urbanisme, n’ont aucune envie de voir leur pays transformé en une immense cité-dortoir, où il n’y aurait plus ni ville, ni campagne.

 

 

L’autre leçon de 2012, c’est que notre pays ne peut pas compter sur grand monde d’autre que sur lui-même ! Finie, la Suisse aimée et câlinée pas ses voisins, voici maintenant le temps d’une Suisse attaquée, de partout, avec une fureur de plus en plus forte, autour de son système fiscal. Nos voisins allemands, français, mais aussi les Britanniques, les Américains, l’Union européenne nous font procès de notre laxisme, et de notre très grande «réceptivité » à l’évasion fiscale venue de leurs propres pays. Et le ton n’est plus du tout à la politesse : la Suisse est houspillée, vilipendée, mise sous pression. Il n’est pas sûr, face à cette véritable guerre lancée contre nous, que nous ayons pu compter, avec la présidente de la Confédération 2012, sur le meilleur appui, le meilleur stratège, la plus farouche détermination à défendre le pays.

 

 

Oui, Mme Widmer-Schlumpf a posé problème. Non, ses négociateurs ne furent pas les meilleurs de notre Histoire. Non, il n’est pas compréhensible qu’elle donne l’impression, fin 2012, d’entrer en matière sur l’échange automatique d’informations, alors qu’elle n’en a reçu nul mandat, de personne. A tel point que même le président du PLR suisse, Philipp Müller, s’est énervé en fin d’année, attaquant avec beaucoup de violence la présidente. Dans ce conflit, début 2013, rien n’est résolu : les pressions de nos voisins vont continuer, le débat interne aussi, les uns accusant les autres de trahison. Nous montrons hélas beaucoup de faiblesse dans la gestion de cette crise.

 

 

Au final, un pays en bonne santé économique. Dont les institutions fonctionnent. Dont la dette est beaucoup moins vertigineuse que celle de nos voisins, ceux qui justement nous font la leçon. Un pays dont la cohésion sociale, elle aussi, se porte plutôt bien, sans doute grâce au tissu de conventions collectives datant de la paix du travail (1937). Mais un pays attaqué. Un pays qui doit définir ses valeurs, démocratiquement, mais ensuite les défendre avec beaucoup plus d’unité qu’aujourd’hui. Un pays qui doit se battre pour demeurer compétitif. Un pays ni meilleur, ni pire que les autres. Mais c’est le nôtre. Il est petit, il est fragile, il n’a pas à rougir de ce qu’il est. Peut-être devrions-nous davantage lui montrer que nous l’aimons.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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04/01/2013

La Weltwoche, une vieille dame si séduisante

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Vendredi 04.01.13 - 19.16h

 

De tous les journaux, nombreux, auxquels je suis abonné, la Weltwoche est l’un de ceux que j’attends avec le plus d’ardeur, le jeudi ou le vendredi, dans ma boîte aux lettres. Et cela, depuis des années. J’ai commencé à la lire il y quelque 27 ans, lorsque j’étais à la rubrique nationale du Journal de Genève. Puis, à fond, et d’ailleurs pour en présenter le contenu aux auditeurs romands, lorsqu’à partir du 1er mars 1991, j’ai lancé, de Berne, la revue de presse alémanique en direct dans les matinales de la RSR. Nous la faisions en tournus, avec mes collègues, ce qui rallongeait délicieusement nos journées de correspondants parlementaires. J’aimais ça.

 

A l’époque, pas d’internet : le revuiste se levait un peu avant cinq heures, passait à la gare de Berne, dans un kiosque, où une très gentille dame lui remettait un gros paquet ficelé contenant les principaux journaux alémaniques, encore tout chauds de l'imprimerie. Au sommet de l’escalier de la gare souterraine, direction le Palais fédéral, un gros monsieur rougeaud hurlait « Derrrrrrrr Bund ! ». Il vendait le journal bernois à la criée, sélectionnant de son propre chef l’article qui lui semblait le plus capteur. De son talent de repérage, dépendait son steak du jour !

 

J’ai fait cet exercice de revue de presse pendant des années, aussi lorsque plus tard j’ai dirigé la rubrique nationale, franchement j’adorais ça, surtout lorsqu’il s’agissait de constater, avec mon collègue de la presse romande, les différences de sensibilité entre Romands et Alémaniques, sur des thèmes comme l’environnement, la protection de la personnalité, l’individu face à l’Etat, la question européenne. Le jeu de miroirs de cette dialectique existe toujours, aujourd’hui, dans l’excellente tranche 07.30h – 08.00h, menée par Simon Matthey-Doret. Différences, mais aussi proximités, les vraies lignes de césure, en Suisse, étant davantage ville / campage, ou régions économiquement fortes (Triangle d’or, Arc lémanique) versus cantons périphériques, que linguistiques.

 

La presse alémanique: un solfège indispensable

 

Pratiquer la presse alémanique, et pas seulement dominicale, tous les jours, et pas seulement la politique, mais aussi la culture, devrait être le solfège quotidien de tout journaliste se mêlant de la vie nationale et prétendant parler du pays suisse, lequel ne s’arrête pas à la Sarine. Sans oublier, non plus, la presse italophone, pour laquelle j’ai depuis des années l’honneur d’écrire, comme éditorialiste invité au Giornale del Popolo. Oui, la Suisse, ce sont plusieurs langues, 26 politiques cantonales, 26 Histoires à connaître à fond, et pas seulement les165 ans d’Histoire fédérale, même si cette dernière est évidemment capitale. Il est d’ailleurs préférable de remonter à 1798, c’est là que tant de choses ont commencé, comme nous l’avions montré dans nos émissions historiques de 1998, où nous établissions, canton par canton (et chaque fois sur place, en direct) les liens entre République helvétique et première Suisse fédérale de 1848, au milieu d’une Europe en révolution.

 

Retour à la Weltwoche, qui fête cette année ses 80 ans. « 80 Jahre Widerspenstigkeit », 80 ans comme rebelle, c’est le titre de l’excellent article d’Andreas Kunz sur l’Histoire du journal. Le premier numéro est sorti l’année de la prise du pouvoir par Hitler, le magazine est toujours là ! Et il a l’excellente idée de nous reproduire l’analyse des premiers mois de pouvoir, 17 novembre 1933, par son correspondant en Allemagne de l’époque. Du coup, une pensée me vient pour cet admirable confrère que fut Herrmann Böschenstein (1905-1997), le père de mon professeur de littérature allemande Bernhard Böschenstein. Hermann, qui avait commencé à Berne, comme chroniqueur parlementaire, en 1925, j’ai fait, pour la Pentecôte 1991, une grande interview de lui, de 40 minutes, avec mon confrère André Beaud. Nous étions là, face à un Monsieur qui avait connu les conseillers fédéraux des années vingt ! Il fut l’un des plus grands journalistes alémaniques du siècle, l’un des seuls à dire la vérité sur ce qui se passait dans le Troisième Reich.

 

Le retour de la vieille dame

 

Retour à la Weltwoche, en vous demandant votre indulgence pour l’aspect totalement décousu de mon texte, où je laisse aller mes souvenirs sur ce métier que j’ai tant aimé, pour vous recommander de lire ce journal, si vous maîtrisez l’allemand. Je ne plaide pas ici pour la ligne idéologique actuelle de la publication (encore que j’en sois proche, vous avez pu vous en rendre compte), mais pour la Weltwoche tout entière, l’intensité de ses regards, la pluralité de ses plumes (Bodenmann, ancien patron du PSS, en est le chroniqueur régulier), son souci de la qualité des styles et des écritures, son extraordinaire dimension culturelle, qui n’a d’égal que le cahier « Feuilleton » de la NZZ du samedi. Chaque auteur de la Weltwoche est d’abord un essayiste, comme Urs Paul Engeler, dans l’édition d’aujourd’hui, sur Ueli Maurer. Chaque article est le fruit d’un travail d’angle (comme on dit dans le métier) puissamment poussé pour faire la différence, dire autre chose. La Weltwoche, comme la NZZ, c’est encore du cousu main, à l’époque du copié-collé et du mimétisme généralisé.

 

Je terminerai par la chronique de Mörgeli, sur lequel Couchepin s’était permis un bien mauvais jeu de mots. On aime ou non ses idées. Mais l’intensité de plume est telle que le vitriol y est une jouissance d’un rare délice. A cette octogénaire, j’adresse mes meilleurs vœux. Tous les jeudis, ou vendredis, j’attends dans ma boîte aux lettres le retour la vieille dame.

 

Pascal Décaillet

 

19:16 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

L'empire des pisse-vinaigre

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 04.01.13


 
Eh, quoi, il faudrait s’excuser d’aimer son pays ! Venir en pénitence, en chemise, comme à Canossa, quêter repentance de cette petite flamme du cœur qui nous habite, oui, la plupart d’entre nous, qui sommes des êtres simples et d’émotion, pas des pisse-froid ni des ratiocineurs. Comme si le sentiment, celui de patriotisme par exemple, devait raser les murs. Se courber, aller savoir pourquoi, devant la puissance des raisonnements. Avoir honte de lui-même. Demeurer silencieux, réprouvé, dans l’intimité de nos êtres. Ne jouir d’aucun droit de cité. Ils sont bien gentils, les raisonneurs : ils ont déjà obtenu que le sentiment religieux soit relégué dans le plus profond du privé. De l’attachement sentimental au pays, ils exigent la même chose.


 
Au final, on pourra parler de quoi ? Même pas de poésie ni de musique, pourtant les seules choses qui nous accrochent à la vie. Juste de géométrie ? Avec des compas, des équerres, des syllogismes, des enchaînements démonstratifs ? Moi, je dis qu’il y en a marre. Trop d’avocats, trop de juristes, trop de philosophes. Trop de géomètres ! Regardez les structures des dissertations, pour les élèves : ce ne sont plus des cours de français, mais l’école du raisonnement. Thèse, antithèse, synthèse, prouver, appuyer, démontrer. Et la petite musique des mots ? Et le rythme, et le souffle, et les silences, et les respirations, tout ce qui fonde la puissance sonore d’un texte ?


 
Colère, oui. Parce qu’une bande de glaciaux démonstrateurs, obsédés par l’idée d’avoir raison, est en train de tout nous confisquer, et la langue, et l’appartenance, et l’incandescence de l’instinct. Lorsqu’une campagne politique commence, on redoute aussitôt qu’elle devienne « émotive ». Lorsqu’un politicien, pour une fois, sait parler au grand public, avec des mots simples et clairs, le langage du peuple, on le taxe aussitôt de « populiste ». La parole publique, aseptisée, n’aurait droit  d’existence que parfaitement argumentée, reléguant dans les flammes de l’intime la prière, l’incantation, la prophétie. Des paroles pour les fous ! L’empire du vinaigre. Celui qu’on pisse froidement, et articulant des « or » et des « donc ».


 
Le plus dingue, c’est le rapport au pays. Il faudrait en évacuer toute la part d’émotion. Ces contractuels de la démonstration, incapables d’admirer un paysage, ni Catogne, ni Combin, ni Vélan, ni Dolent, ne voient le pays que comme une circonscription administrative. Ils n’ont en eux que l’extase de la préfectorale, le cantique du régisseur, au mieux celui qui compte les arpents. Et ils seraient qualifiés, ces orphelins de l’affect, pour nous donner la moindre leçon sur la nature de notre rapport au pays ? Moi, je leur dis le mot de Cambronne. Je retourne à Barrès et Gonzague de Reynold. Je retourne à D’Annunzio. Je vous embrasse fraternellement. Et vous souhaite une année 2013 illuminée de déraison.


 
Pascal Décaillet

 

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03/01/2013

Modeste et Pompon

 

Sur le vif - Jeudi 03.01.13 - 11.25h

 

Démolir Ueli Maurer. L'exercice mimétique, toujours recommencé, de ce début d'année. Aujourd'hui, c'est le Temps qui s'y colle. Portrait d'un homme modeste, ironie surmultipliée autour de cette modestie (que, chez un autre, on eût trouvée géniale), démolition en bonne et due forme, parole donnée presque exclusivement à ses détracteurs. Bref, la routine.



Toujours recommencée, comme la Mer de Valéry. Juste le ressac en moins, le goût salé de l'écriture. Oui, juste au final la pâteuse impression de copié-collé, tellement conforme, de ce qu'on lit partout ailleurs. Démolir Maurer, exercice sans style, juste l'accomplissement d'une tache, aujourd'hui acheter du sel, prendre de l'essence, farter les skis, démolir Maurer, changer les draps. Encore quelques articles comme celui-ci, et le Temps pourra clamer qu'il ne sera mort que de lui-même, par lui-même, comme Paris libéré: le Temps par lui-même martyrisé.



Président, tout au plus, du Conseil fédéral, dixit le Temps de Maurer. Dans un article rédigé, au plus tard, le deuxième des 365 jours de présidence du Zurichois. Admirable prescience. Se contenter de présider les séances, sans incarner du tout la fonction de lien avec le peuple, c'est exactement ce qu'on pouvait reprocher à Eveline Widmer-Schlumpf. Sur le constat, bien réel, de ses 366 jours de présidence 2012. Mais que voulez-vous, la présidente bissextile, on l'épargne, on la cajole, on l'encense, on l'amadoue. N'était-ce pas elle, le 12 décembre 2007, qui, faisant au pays le don improvisé de sa personne, le sauvait des griffes de la Bête immonde ?



Oui, les journaux disparaîtront de leur propre conformisme. D'avoir trop choisi la duplication. Pendant ce temps, Ueli Maurer présidera. Et le 31 décembre 2013, autour de minuit, nous commencerons à porter un jugement. Excellente Année à tous.

 

Pascal Décaillet

 

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