16/02/2013

Douaniers sans frontières

 

Sur le vif - Samedi 16.02.13 - 19.43h

 

Jamais reçu, depuis des années, autant de courrier positif que pour mon papier de la semaine dernière, dans GHI, « Grand Genève : arrêtez de nous bassiner ! ». Les lecteurs me remercient d’avoir dit tout haut ce qu’apparemment, beaucoup d’entre eux pensent tout bas. Bien plus nombreux qu’on ne l’imagine ! Snobisme et prétention de ces deux mots, qui sonnent comme un Gross Paris provincial. Mais surtout, machin, machinerie, concoctée horizontalement par des gens n’ayant nullement été mandatés par leurs peuples pour cela. Truc de cocktails. On passe des accords, comme ça, on veut ignorer l’existence d’une frontière. On prend des options sur l’avenir sans en référer à Berne, ni sans doute à Paris. Mais moi, c’est plutôt Berne qui m’intéresse.

 

Dernier épisode en date : le stade. Au nom du Gross Genf. Et on y va, des clubs français sur la prairie, et on n’aurait demandé à personne, et le peuple, on le mettrait devant le fait accompli. Vous avez souvenance, vous, d’avoir été consultés sur le « Grand Genève » ? Ce machin, il a une légitimité démocratique ? Une armature institutionnelle ? Il émane d’une puissante volonté du peuple souverain ?

 

Bien sûr, nous devons bien nous entendre avec nos voisins. Jamais dit le contraire. Et jamais, sous ma plume, la moindre remarque désobligeante sur nos amis de l’Ain ou de la Haute-Savoie. Ni sur les frontaliers. Mais la collaboration, pas comme ça. Pas par une usine à gaz, imposée d’en haut par quelques élus tétanisés par l’illusion d’un monde – bien irréel – où les frontières auraient disparu. Désolé, mais pour l’heure, elles sont encore là. Il y a un pays qui s’appelle la Suisse. Et un autre, qui s’appelle la France. Dieu sait, à titre personnel, si je les aime les deux, si j’en connais l’Histoire, et les reliefs, et les végétations, et les livres. Mais comme citoyen, il se trouve que je suis Suisse. On me permettra de défendre en priorité les intérêts politiques, économiques, sociaux et stratégiques de mon pays. Dire cela, ça n’est en rien nier la nécessité d’un bon voisinage. C’est juste remettre les pendules à l’heure.

 

Et puis, tiens, s’ils veulent absolument le Grand Genève, je leur suggère un truc amusant : faire voter le peuple. Le résultat pourrait être assez fracassant. Et refroidissant pour une bonne génération.

 

Pascal Décaillet

 

19:43 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Totalement d'accord, le grand Genève n'existera pas tant que la frontière sera présente. On n'efface pas 2 pays différents (politique, économie, etc.) Ceci sans compter le fait qu'il n'y a eu aucune consultation populaire.

Écrit par : Cédric Lustenberger | 16/02/2013

Bonsoir Monsieur Décaillet,

loin de moi l'idée de vous importuner, mais j'ai connu un suisse qui il y a quarante ans s'extasiait de pouvoir acheter du terrain (aux Voirons par exemple) pour "rien"...il ne s'est pas gêné d'ailleurs :-))

Je dis ça parce que j'aimerais que la Suisse se rappelle...Dieu sait que je ne connais que mal l'histoire, mais le suisse profite de la France de longue date...un terrain par-ci, une maison par-là, un filet de boeuf par-ci, un pack Heinecken par là...je pourrais vous en citer...

N'y a-t'il pas un moment où il faudrait convenir ? Simplement convenir :-)

Cordialement,

Écrit par : absolom | 16/02/2013

"Et puis, tiens, s’ils veulent absolument le Grand Genève, je leur suggère un truc amusant : faire voter le peuple. Le résultat pourrait être assez fracassant. Et refroidissant pour une bonne génération."

On dirait que cela vous ferait plaisir. Est-ce que je me trompe ?

Personnellement je me demande pourquoi les gens qui essaient de contruire un "Grand Genève" devraient absolument passer pour les séïdes d'un quelconque mouvement occulte chargé de détruire votre, mon pays.

Quand nous aurons un projet de "Grand Genève" susceptible de tenir la route, alors, oui, demandons l'avis du peuple. Il serait alors assez tôt pour en revenir à la politique du hérisson, des contingents, des commisssions paritaires, des douaniers pour contrôler le beurre, la viande pour asséner que "Vorschrift ist Vorschrift".

Comme Suisse de France, j'avoue avoir d'autres ambitions pour ce pays - le mien donc ! - en général et pour Genève en particulier. Le temps où l'on détruisait quelques échelles par une nuit noire de décembre n'a plus cours. Il ne faut pas casser les échelles mais construire des ponts. Est-il vraiment indispensable d'y mettre des guérites au milieu ?

Écrit par : Michel Sommer | 16/02/2013

COmmunauté URbaine de GEnève= COURGE!

Il faut dire qu'avec ce que nous avons au gouvernement l'acronyme n'est pas si faut que ça!

Malgré cette présence très agricole il n'y a toujours pas de quoi rivaliser avec la Grande Pomme!

cordialement,
Patrick Dimier

Écrit par : Patrick Dimier | 17/02/2013

Si nous attendons de nos élus un minimum de vision, nous espérons surtout du pragmatisme.
Le Grand Genève est une réalité géographique. Un génération ne suffira pas pour gommer les différentes sensibilités qui s'expriment sur de nombreux sujets.
Pour parler d'un que je maîtrise, les taxis, je constate que rien, mais absolument rien n'est fait pour lisser les différences entre les suisses et les français. Ainsi un taxi suisse est obligé de passer par la douane de Bardonnex dès 18.30 quelle que soit sa destination en France voisine afin de s'acquitter de la TVA à laquelle les taxis français ne sont pas soumis en Suisse.
C'est en commençant par régler ce genre de petits détails que l'on pourra peut-être espérer dans 40 ou 50 ans mettre l'accent sur nos ressemblances plutôt que nos différences.
Alors au boulot les politiques et arrêtez de planer !

Écrit par : Pierre Jenni | 17/02/2013

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