01/03/2013

Eh Viva Italia !

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 01.03.13


 
Un ancien comique qui rafle une voix sur quatre, Berlusconi qui revient, Monti au tapis, les chancelleries européennes qui n’en peuvent mais, les moralisateurs qui crient au populisme, ce mot-valise qui nous exonère d’une véritable réflexion sur la nature et l’ampleur du phénomène, voilà notre grand voisin du sud, ce pays si cher à nos cœurs, dont le parler est l’une de nos langues nationales, qui, une nouvelle fois dans son Histoire, nous surprend, nous interloque, nous laisse pantois. Comme si une figure de la Commedia Dell’arte, contre toute convenance, toute prévision, surgissait des coulisses. Horreur, surprise, hilarité, dérision, les masques tombent, d’autres les remplacent, le gendarme est à terre, la foule admire. Les grincheux grinchent. N’ont-ils jamais rien fait d’autre que de grincher ?


 
Il fallait les entendre, nos beaux esprits, d’ici et d’ailleurs, de Genève ou de Paris, de Londres ou de Berlin, de n’importe où mais surtout pas de la Péninsule, réclamer, à longueur d’éditoriaux, la victoire du grisâtre technocrate Monti, adulé malgré son échec patent, juste parce qu’il est la contre-figure de celui qu’ils haïssent tous. A la place du peuple souverain d’Italie, ils définissaient par avance ce qui devait être le juste choix, mesuré, convenable, adoubé par les capitales européennes, comme si un improbable Saint Empire faisait office de souverain supranational. Avant toute chose, le signal du peuple italien, c’est une gifle cinglante à cette cléricature du prévisible. Nous voulons Beppe Grillo. Nous voulons aussi Berlusconi. Nous ne voulons plus de Monti. Ratiocinez si voulez, mais c’est notre démocratie, notre décision.


 
Alors, méprisants, ils haussent les épaules, nos grands clercs, et expectorent le mot « populisme ». Depuis pas mal d’années, chaque fois qu’apparaît un parti nouveau, qui obtient du succès par la voie parfaitement démocratique des urnes, donc évidemment pique des voix aux partis plus anciennement implantés (c’est le principe d’une compétition électorale), on dit qu’il est populiste. Du latin « peuple » ou « peuplier », c’est selon, allez tranchons pour la première variante. On espère, surtout, que son émergence ne sera qu’une parenthèse, un mauvais rêve. A la fois suivante, tout rentrerait dans l’ordre. Mais quel ordre, bon sang ? Le leur, bien sûr. Celui d’avant. Lorsqu’ils étaient au pouvoir, nommaient leurs copains, se partageaient postes et prébendes. Oui, c’est le retour de cet Âge d’Or-là qu’ils appellent de leurs vœux. Cette hystérie dans l’emploi du mot « populisme », en Suisse comme en France en Italie, c’est juste une peur de disparaître soi-même de la scène.


 
Parce que si on invite les peuples à choisir leurs gouvernants, et qu’aussitôt ce choix opéré, on leur dit qu’ils sont tous des nuls et qu’ils ont mal voté, alors autant rétablir le Saint Empire, l’Ancien Régime, la régale et la gabelle. Et aller se coucher.


 
Pascal Décaillet

 

 

09:22 Publié dans Chroniques éditoriales Nouvelliste | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

A force que nos partis respectables continuent à mépriser la pseudo "xénophobie" de leurs concitoyens, il risque bien d'y avoir le même type de résultats cet automne à Genève.

Écrit par : Martin74 | 01/03/2013

Ah, que ça fait du bien de lire cet éditorial!

Appelons un chat un chat, les partis politiques traditionnels sont désormais CORROMPUS!

Ils sont corrompus par l'argent, les prébendes, mais aussi et surtout dans leur esprit, leur morale.

Je ne dis pas cela tant pour dénigrer leur moeurs ou sexualité, mais corrompus quant au fait originel de la politique - servir et respecter son peuple - et non pas soi-même ou des gouvernements étrangers et des populations extérieures dont on achètent les votes...

Il est bon que ces politiciens ayant le sentiment d'être de la nouvelle noblesse soient rabaissés à l'état d'hommes, à la dure vie de la plèbe dont certains membres fragiles (bien plus que les statistiques ne le dévoilent) errent avec leur désespoir le long des voies ferrées pour un dernier voyage...

Écrit par : La censure règne en Suisse | 01/03/2013

Les pays occidentaux sont gouvernés par une élite incompétente et corrompue. Un bon coup de balai est nécessaire.

Écrit par : Johann | 01/03/2013

Intéressante interview datant de 2012 traduite en français de Grillo.

http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=4_ayPOFyF7g

Il n'a peut-être pas raison sur tout, mais les autres partis ont prouvé qu'ils avaient peu raison.

Écrit par : La censure règne en Suisse | 02/03/2013

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