29/03/2013

L'étincelle du Passage

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 29.03.13


 
Bon, on nous dit que c’est un passage. On fait allusion au sens hébraïque, la traversée de la mer Rouge, on nous parle d’une libération, d’une nouvelle naissance. Et de fait, ça coïncide avec le printemps. Il y aurait aussi une initiation. Nous passerions d’un état à un autre, plus évolué. Une affaire de vie et de mort, de nuit et de lumière. Il y a aussi le mystère de ce tombeau vide, le sens que chacun de nous tente de lui donner, l’irrationnel que cela représente, la part de révolte et de folie. Pâques, la plus belle fête du christianisme, nous laisse devant l’irrésolu. Fable, ou vérité ? Je n’ai pas la réponse à cette question.


 
Mais le mystère pascal me touche infiniment. L’histoire qu’on nous raconte est celle d’une infinie souffrance, sur la croix, un homme rejeté, vilipendé, mis à la porte des vivants, acceptant cet état. Et, le troisième jour, il serait passé ailleurs. Croire en ce passage, contre toute logique de matière et tout constat vécu, relève de l’irraisonnable, voire de la folie. Il y a quelque chose à quoi on se heurte, un mur. Je n’aime pas trop, pour ma part, les récits de miracles, ni le surnaturel. Je serais plutôt enclin, avec mon cerveau, à reléguer cette histoire dans le chapitre des grandes superstitions. Ou, comme le font les historiens des religions, l’inscrire dans la continuité de mille sources antérieures au christianisme, ici la Pâque juive, là les mythes du Phénix, ceux de Déméter. Ou d’une étape majeure dans l’histoire du sacrifice dans les religions antiques, comme cela fut maintes fois brillamment démontré.


 
Oui, avec mon cerveau, je relativise. Sinon, à quoi bon penser ? Mais je ne suis pas persuadé que le christianisme soit avant tout une affaire de réflexion cérébrale. Il y a quelque chose de puissant, d’irrémédiable, qui surgit de l’instinct. Comme le feu. Oui, je crois que cette religion est celle du feu, et des petites lumières, et des poudres d’étoiles dans la nuit d’été, et de l’huile et de l’eau, et du pain et du vin. Et que ces éléments, loin de n’être que ceux du rituel, nous habitent par leur corps et leur simplicité. Je pense au tableau de Rembrandt, les Pèlerins d’Emmaüs, je revois le visage de cet homme à droite, le barbu, illuminé par une révélation qui le dépasse. Ce passant, qui partage avec lui le pain, qui est-il, d’où vient-il, où va-t-il ? Je n’ai pas la réponse à ces questions.


 
Je n’ai d’ailleurs la réponse à aucune question. C’est bien ça le problème. Je suis, comme tant d’entre nous, heurté, remué, mais aussi comme magnifié par la beauté de cette histoire. Elle ne conclut rien, ne résout rien, ne clarifie rien. Elle ouvre simplement une porte. Celle du tombeau ? Elle allume l’étincelle d’une espérance. Rien de plus. Mais enfin, par rapport à la trahison du jeudi soir et l’abandon mortel du vendredi, oui cet abandon hurlé sur la croix, il y a déjà un chemin. Un Passage.


 
Pascal Décaillet

 

11:37 Publié dans Chroniques éditoriales Nouvelliste | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Je suis profondément touchée par l'expression très sincère de ce que vous ressentez et que vous traduisez au mieux par des mots.
Ce que je perçois dans la Résurrection, c'est une bascule énorme entre le chemin de croix et toute la souffrance de chaque pas, puis le vide, et enfin l'expression et la manifestation de la Gloire et d'une Lumière absolue.
Que l'histoire soit réelle ou non, elle représente bien l'absolu d'un passage d'un état de "basse fréquence" à la plus haute fréquence. Une telle symbolique peut nous servir d'exemple pour toute épreuve que nous traversons: nous commençons par chercher une chemin, souffrir puis réussir. Si nous sommes portés par la conviction que cette symbolique est éternelle, alors en chaque épreuve nous trouvons une invitation à expérimenter un ou des paramètres de nous-mêmes et à les élever vers une haute fréquence, que ce soit le succès, la joie ou un sentiment de plénitude.
Toute belle fête de Pâques à vous!

Écrit par : Marie-France de Meuron | 29/03/2013

Merci pour ce billet qui laisse à son tour passer, précisément, un des rayons (je les crois multiples) majeurs émis par la mystérieuse lumière pascale qui suscite nos espérances les plus folles.

Le fait de ne pas (s)avoir toutes les réponses fait partie à mes yeux d'un cheminement de vie qui se veut rupture salvatrice d'avec nos certitudes mortifères. Celui qui incarne la foi en la victoire de l'Amour originel n'a-t-il pas fait l'expérience du doute suprême ("Pourquoi m'as-Tu abandonné"), son sort ayant été scellé par des gens qui savaient ?

Écrit par : Jean-Paul Guisan | 29/03/2013

Quel plaisir de retrouver ce Pascal Décaillet là! Loin du tumulte du monde fou dans lequel les hommes s'ingénient à s'ébattre, comme à se battre, sans en chercher la signification. Le passage d'un état à un autre est, depuis la nuit des temps, un rituel que les hommes, ceux qui pensent, ont matérialisé par des cérémonies.

Ce qui est différent dans celui-ci est que le fils de la Parole s'est enquis de l'état de désolation de ceux qui avaient cru en son message de paix et de pardon. Non par vanité mais pour s'assurer qu'ils ne erreraient pas sans avoir compris le message plus profond.

J'ai, par le subtil jeu du hasard, eu le privilège de côtoyer un autre pèlerin d'Emmaüs, l'Abbé Pierre. et lorsque vous parliez avec lui de ces questions, il était très clair et très terre à terre. Pour lui le message d'Emmaüs constituait un devoir. Celui de ne pas laisser au bord du chemin un frère humain que la vie a mal mené. L'accueillir, lui donner le gîte et le couvert, et lui donner le force de reprendre sa route en ayant tout au fond de lui, cette Lumière qui brille et qui donne du sens à la vie.
Peu importe qui transporte le message de cette Lumière, qu'il vienne d'ici ou de là, Elle est unique.

Ce qui compte en ce jour de Pâques c'est se souvenir, comme l'a fait le pape François qui rappelle son église à ce devoir premier, la paix ne vient qu'avec le pardon. Sans pardon (mais pas sans oubli) rien n'est possible, à fortiori la paix.

Encore et encore, les Communautés d'Emmaüs fondées par l'Abbé perpétuent ce devoir de relever celui qui trébuche ou qui doute pour lui permettre de reprendre la route, SA route, en lui donnant l'huile nécessaire pour rallumer la petite lumière au fond de son cœur.

Merci de nous avoir replongés, chacun à notre façon, dans la mystique de Pâques. Grâce à ce billet l'air s'est renouvelé!

Joyeuses Pâques!

Écrit par : Patrick Dimier | 01/04/2013

Il n'y a pas 50 ans, 200'000 juifs égyptiens étaient menacés de mort si ils ne quittaient pas l'Egypte dans les 24 heures, des synagogue ont été incendiées, des habitations appartenant à des juifs, spoliées, volées !

Il y a eu quelques lynchages et des viols de femmes juives, la radio égyptienne diffusait à longueur de journée "égorge, égorge, tout juif que tu verras" !

C'était la deuxième fois que les juifs fuyaient cette terre, depuis ce pays est devenu un désastre et Israël le pays où coule le lait, le miel et depuis 3 jours le gaz naturel !

Les plus importantes réserves de gaz pour le siècle à venir !

En deux ans, le shekel à gagné 40% sur le franc-suisse, qu'est ce ça va être avec les ressources énergétiques disponibles depuis peu ?

Chaque jour que D.ieu crée, des israéliens déposent des brevets révolutionnaires, le dernier, hier, une technologie de capteurs solaire, 5 fois moins couteux que les capteurs silicium à produire avec 3 fois plus de rendement électrique !

http://www.europe-israel.org/2013/04/israel-percee-du-technion-sur-la-conversion-et-le-stockage-de-lenergie-solaire-technion-breakthrough-a-new-chapter-of-solar-energy-conversion-and-storage/

Une autre petite société à inventé une batterie permettant de rouler 2'500 kilomètres avec une voiture électrique, sans polluer, en fait c'est un générateur électrique avec un cout au kilomètre 5 fois moins cher que l'essence !
http://www.alcres.com/docs/introduction-to-alydro.pdf

Pendant qu'en France un cinéaste israélien a été lynché par des jeunes magrébins sans aucune raison !

Écrit par : Corto | 02/04/2013

J'ai visité ce site plusieurs fois, mais je n'ai pas encore vu mon commentaire s'afficher, n'empêche que je trouve que ce blog est vraiment intéressant! merci

Écrit par : Solutions devellopement | 03/04/2013

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