10/04/2013

France : revoici le temps des Epurateurs

 

Sur le vif - Mercredi 10.04.13 - 13.06h

 

Panama, Dreyfus, Stavisky: j'ai étudié de très près, dans ma jeunesse, ces trois grandes affaires françaises. Sur la deuxième, j'ai réalisé en juillet 1994 une série historique de plusieurs heures, "Dreyfus, la belle Affaire", à la RSR. Pour cela, j'ai lu des milliers de journaux de l'époque, que j'ai encore dans l'un de mes greniers.



A chacune de ces affaires, il y a l'histoire elle-même des protagonistes. Et puis, autour, comme une poudre qui se répand, il y a le révélateur de la société (française, en l'espèce) de l'époque. Par exemple, l'antisémitisme. Ou la haine des riches.


Je commence à croire qu'avec Cahuzac, nous sommes partis vers le même schéma. Il y aura l'affaire Cahuzac elle-même, le procès Cahuzac, le destin personnel de M. Cahuzac, nous verrons tout cela. Et puis, dans le soufre exalté de la périphérie, il y aura - il y a déjà - ce qu'il faut bien appeler l'hystérie fiscale. Je descendais dans les Bouches-du-Rhône, pour un aller-retour de 48 heures, mardi dernier, 2 avril, le jour où l'affaire a éclaté. Écoutant en boucle les réactions sur toutes les chaînes de radio françaises, j'ai eu l'impression qu'on parlait d'un tueur en série. Les mots utilisés à l'endroit de l'ex-ministre du Budget étaient du même type !


En boucle, en incantation, des centaines de fois, sur BFM-TV, le soir, tous répétaient: "Il a menti à la représentation nationale". Comme s'il avait tiré dans la foule, sur les Champs-Elysées, à l'heure de pointe. Comme s'il s'agissait d'un très grave criminel.



Hier soir, à Infrarouge, chez nous en Suisse cette fois, retour de cette hyperbole. Avec Ada Marra, qui n'est pas Madame tout le monde, mais l'un de nos 246 parlementaires fédéraux, traitant de "criminels" les gens qui ne paient pas l'impôt.


Oui, nous sommes partis dans une période d'hystérie. Je ne prends position, ici, ni sur le principe d'évasion des capitaux, ni sur les fautes (réelles) de M. Cahuzac. Juste sur la poudrière du discours. Comme après 1793, comme en 1944-45, comme tant de fois dans l'Histoire de France (et la Suisse n'est pas vraiment en reste), on va dénoncer, pourchasser, épurer. Ca n'est pas la France que j'aime. Et je l'aime, ce pays, croyez-moi.

 

Pascal Décaillet

 

 

13:06 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Disons que jeter l'opprobre sur les évadés fiscaux est un moyen de susciter la haine du bon peuple envers un bouc-émissaire tout trouvé, que l'on accuse donc d'être le principal responsable (avec la finance ultra-libérale) de la faillite des états européens. Et par là-même, une façon de détourner l'attention du public de la piètre gouvernance desdits états, qui est quand même la cause principale de cette faillite.

Et puis, qui va plaindre un sale riche privilégié qui a triché, hein, qui?

Écrit par : Mikhail | 10/04/2013

Bien d'accord avec vous.

Écrit par : hommelibre | 10/04/2013

Ah mais c'est bien une tradition franco-française : tous résistants, bien sûr, après la guerre. Aujourd'hui, tous plus blancs que blanc, donnant cette image pathétique de ministres ou anciens ministres dévoilant la possession d'une bagnole à x euros, un appartement en viager, ou que sais-je encore !
oui.... pathétique au point de presque faire pitié.
Et la curée ne fait que de commencer tant la jalousie contre ceux qui possèdent rejoint celle contre ceux qui entreprennent. Oui, tout un chacun sera-t-il vraiment gagnant quand il n'y aura plus que des fonctionnaires ou membres de partis 'entretenus' par ceux qui font la richesse d'un pays ?
L'afaire Cahuzac es révélatrice du mode de fonctionnement de ces coteries politico-amicales : tout le monde lui tourne le dos, plus un seul proche ni ami, hop on se sert et on jette à la première occasion. Il est vrai que le parti socialiste en a fait une tradition (bien miterrandienne...)

Écrit par : uranus2011 | 10/04/2013

Ce doit être une inquiétude d'historien. Un déformation professionnelle.
Un peu comme ces médecins qui se lavent les mains plusieurs fois par heure.

J'ai le sentiment que cette affaire de fraude va faire trembler tous ceux qui se sentent concernés et ils sont sûrement nombreux.

Monsieur Cahuzac aura rendu deux inestimables services : Permettre le rapatriement des fortunes des élus et éviter ainsi l'embrasement que provoqueraient d'autres affaires.

En ce sens, il ressemble à Jésus qui a pris sur lui les péchés du monde.
C'est juste qu'il a pas choisi. Mais est-ce que Jésus a vraiment choisi ?

Écrit par : Pierre Jenni | 10/04/2013

Tu as bien raison Pascal. Le problème des Epurateurs, c'est qu'ils agissent avec l'effet du groupe. Certains d'entre eux ignorent même pourquoi ils se mettent soudainement à s'en prendre à une minorité. Ils veulent simplement du pain et des jeux. C'est beau, l'intelligentsia de la foule...

Écrit par : Grégoire Barbey | 10/04/2013

En fait, M. Cahuzac n'est même plus un bouc-émissaire, la France en a fait un abcès de fixation...

Écrit par : Michel Sommer | 12/04/2013

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