27/04/2013

Gauchebdo et l'horlogerie de mes habitudes

 

Sur le vif - Samedi 27.04.13 - 16.11h

 

Critique lumineuse des Oranges, d'Aziz Chouaki, à Vidy; voyage littéraire à travers la Suisse; compte-rendu du dernier recueil de poèmes de Julien Dunilac; reportage sur l'exploitation par les ouvriers, en autogestion, d'une entreprise de matériaux de construction à Salonique; analyses sur la situation sociale dans nos cantons... Le no 17 de GAUCHEBDO, daté d'hier, vient de me donner l'occasion de faire ce que je n'ai plus entrpepris depuis très longtemps: lire intégralement, sans rien sauter ni survoler, un journal (huit pages, denses). Oh, il y a bien des chroniques qui m'horripilent, comme celles d'Huguette Junod et de Jean-Marie Meilland, mais elles sont bien écrites, et valent la lecture.



Je ne connais pas beaucoup de publications, en Suisse romande, respectant à ce point l'intelligence du lecteur. Les pages culturelles sont d'une fière ambition, élévatrice, sans concession. Mille fois moins ennuyeuses que le supplément du quotidien né de la fusion du Journal de Genève et de la Gazette de Lausanne (qui, eux, nous proposaient des Samedis littéraires exceptionnels).



La mise en page de GAUCHEBDO est claire, sobre. Ce journal, dans son entreprise de résistance aux facilités du temps, est remarquable. Je l'ai maintes fois dit, déjà. Ce samedi, je le répète. Et tous les samedis, entre 14.30h et 16h (oui, je suis un peu horloger dans mes habitudes), je continuerai, avec le même bougonnement de jouissance, de procéder à sa lecture.

 

Pascal Décaillet

 

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26/04/2013

L'acte de Prangins, juste et souverain

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 26.04.13


 
Il faisait beau à Prangins, ce mercredi 24 avril 2013, le décor était magnifique, tout cela a-t-il inspiré le Conseil fédéral, réuni hors les murs ? Ce qui est sûr, c’est que la décision qu’il a prise dans cet auguste château est l’une des plus importantes de la législature. Elle donne un signal, fixe un cap, et surtout affirme l’autorité de la Suisse à prendre son destin en mains, ne tenant compte que de l’intérêt supérieur de ses habitants, sans se laisser impressionner par les cris ou les menaces de l’Union européenne. L’acte de Prangins, juste et souverain. On avait pu douter, ces derniers mois, que la Suisse eût un gouvernement. On recommence doucement à y croire.


 
En activant la clause de sauvegarde, et en l’étendant pour un an à l’ensemble des pays de l’Union européenne, la Suisse, en parfaite conformité avec l’Accord bilatéral, réintroduit des contingents de travailleurs en provenance de l’UE, pour un temps qu’elle définit elle-même. Il n’y a là strictement rien de scélérat, rien de contraire à ce qui a été convenu. La Suisse juge, souverainement, que la puissance du flux migratoire pose problème. Elle met en action, pour la contenir, des outils parfaitement légaux, prévus pour cela, les mêmes d’ailleurs dont se dotent de très nombreux pays du monde. Vous avez déjà essayé d’aller travailler aux Etats-Unis ?


 
Surtout, notre gouvernement recommence à faire un peu de politique. Deux initiatives, autrement radicales que ces mesures-là, seront bientôt sur la place publique : celle de l’UDC, mais aussi Ecopop. L’une et l’autre entendent lutter contre la surpopulation, ou l’immigration massive, suivant les termes. Ces sujets-là sont parmi ceux qui préoccupent les Suisses. Pourquoi faudrait-il le nier ? Notre petit pays compte huit millions d’habitants, il n’est pas extensible, notre géographie de montagnes laisse peu de places aux grands espaces urbains. Les Suisses sont très attachés, et ils ont parfaitement raison, à l’extrême qualité de leurs paysages, ils n’ont aucune envie que le Plateau devienne une immense cité-dortoir. Nous avons le droit de façonner le pays que nous voulons, dans des limites que nous définissons souverainement, aucun conglomérat multinational n’a à le faire pour nous.


 
Aucun, et surtout pas l’Union européenne. Institution respectable, mais dont nous ne sommes pas membres. Pour la simple raison que nous ne le voulons pas ! Avec cette clause, notre pays ne jette pas aux orties la libre circulation, il utilise simplement de légitimes outils de régulation. Bruxelles n’a pas à nous faire la leçon. Le grand patronat, qui joue les pleureuses, doit avoir le comportement citoyen de comprendre que l’intérêt de ses actionnaires n’a pas nécessairement à primer sur le bien-être général du pays. Oui, l’acte de Prangins est salutaire. Merci au Conseil fédéral d’avoir entendu les souffrances et les inquiétudes d’un nombre croissant de nos concitoyens.


 
Pascal Décaillet
 
 
 

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25/04/2013

Les directeurs de Collèges en colère contre le DIP

 
 
NEWS AGENCE DECAPROD - Jeudi 25.04.13 - 15.35h
 
 

INFO DECAPROD - Les directrices et directeurs du Collège de Genève mènent un véritable bras-de-fer avec leur supérieur direct, Sylvain Rudaz, directeur général du postobligatoire, comme en atteste un échange de lettres, datées des 20 et 22 mars 2013, que l’AGENCE DECAPROD s’est procurées. Le litige : le projet du DIP, suite à la recommandation 7 de la Cour des Comptes, de créer une fonction PAT (Personnel administratif et technique) de « Gestionnaire en organisation scolaire ». Cette nouvelle fonction est destinée à remplacer, dès la rentrée 2014, le système actuel des BG-BHR (Bureaux de gestion), chargés notamment de confectionner les horaires. Aujourd’hui, des membres du corps enseignant, payés par dégrèvement et en heures supplémentaires effectuées pendant les vacances.


Faut-il à tout prix être enseignant pour faire les horaires de ses collègues ? Un CFC d’employé de commerce, évidemment moins payé, ne ferait-il pas tout autant l’affaire ? Manifestement, le DIP a tranché en faveur de la seconde solution. Et l’a annoncé officiellement le 20 mars 2013, par lettre du directeur général du postobligatoire, Sylvain Rudaz, adressée à tous les directeurs d’établissements du P.O. Le surlendemain, 22 mars 2013, Jean-Didier Loretan, président de la Conférence des directrices et directeurs du Collège de Genève, signait une réponse cinglante, regrettant que les directeurs aient été placés devant le fait accompli, sans avoir été consultés, alors que la Cour des Comptes recommandait que le travail fût opéré en concertation avec eux.


« Nous ne comprenons pas, poursuivent les directeurs de Collèges, qu’une telle décision ait pu être prise sans faire l’objet d’une collecte d’information préalable, suivie d’une concertation, sur ses présupposés et sa justification. Or nous devons constater qu’on en est déjà à l’étape de la discussion de sa mise en application… Nous nous opposons fermement à la création du poste tel que décrit et demandons un moratoire pour l’application de cette mesure ».
 

Toute cette affaire apparaît comme un épisode supplémentaire du combat des directeurs d’établissements pour conserver une marge de manœuvre face une Direction du postobligatoire jugée comme de plus en plus intervenante et centralisatrice. Cette affaire est aussi, bien évidemment, à relier au contexte budgétaire difficile que connaît actuellement le DIP.
 
 
 
 AGENCE DECAPROD
 
 
 
 
 

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M. Beer et la Chancelière: l'argument qui tue

 

Sur le vif - Jeudi 25.04.13 - 09.15h

 

J’ai été l’un des premiers à Genève, bien seul au début, à mettre en cause certaines actions, dans le cadre de ses fonctions, de Mme Anja Wyden, Chancelière. Je n’ai jamais attaqué ni la personne, ni ce qu’elle était, juste les comportements opérationnels d’un important responsable de notre Etat. C’est le droit de tout citoyen de ce canton.

 

Oui, les couacs, à la Chancellerie, se sont multipliés depuis que Mme Wyden est aux commandes. Aujourd’hui, ces choses-là sont sur la place publique : les citoyens et contribuables que nous sommes ont parfaitement le droit de s’interroger, interpeller, demander des comptes. Ce que fait ce matin la Tribune de Genève, sur une double page, 2 et 3. Comme souvent, ce journal met du temps à démarrer. Il commence, par un étrange réflexe d’ancrage, par défendre le pouvoir. Puis, dans une singulière extase de la révélation, se laisse pénétrer par la lumière, allez orthographions avec une minuscule. La Tribune, lorsqu’il s’agit de remettre en cause les autorités en place, est rarement anticipatrice. Les lièvres qu'aujourd'hui nous soulevons, elle vous les rôtira sans doute en râble délicieux, d’ici six mois.

 

La Chancelière fait preuve, dans son interview à la TG, de bien peu d’autocritique. Rien, parmi les couacs, ne serait de sa responsabilité. Et elle peut se prévaloir d’une protection de taille : celle de Charles Beer. J’ignore si le président du Conseil d’Etat parle de lui-même ou avec l’aide d’un ventriloque, mais ses propos, ce matin, tant à la RSR qu’à la TG, sont proprement hallucinants. On s’en prendrait à Mme Wyden parce qu’elle est une femme. C’est bien là le dernier des arguments, celui qu’on sert alors qu’on n’a plus rien à dire.

 

Que vient faire l’amalgame du genre dans cette affaire ? A-t-il seulement été utilisé une seule fois par les personnes osant, sur la place publique, remettre en question l’action de la Chancelière ? N’aurait-on pas le droit d’attaquer un haut fonctionnaire, ou une magistrate, sous le seul prétexte qu’elle serait une femme ? Et sa qualité de femme, qui en l’espèce n’a rien à faire dans le problème, devrait-elle nous retenir de mettre en question son efficacité ?

 

Allons, M. Beer, l’argument ne tient pas la route. Il faut admettre que le choix de Mme Wyden pour succéder à M. Hensler n’était peut-être pas le plus heureux. Reconnaître cela, oui, ou continuer de vous enferrer dans le déni, avec vos réseaux de protections internes. Faites-le, si ça vous chante. Mais cela ne grandira pas un Conseil d’Etat 2009-2013 que l’Histoire s’empressera d’oublier.

 

Pascal Décaillet

 

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21/04/2013

L'être et le sourire

 

Sur le vif - Dimanche 21.04.13 - 15.32h

 

Qu'une campagne politique doive être de terrain et de proximité, j'en conviens. Qu'il faille serrer des milliers de mains, j'en conviens. Qu'il faille se montrer partout, j'en conviens. Mais quand je vois, chez certains, cette seule extase de la présence, toujours souriant, à n'importe quel endroit où quelque chose se passe, oui cette greffe toujours renouvelée sur l'événementiel, je me dis que, peut-être, on aimerait en savoir un peu plus sur l'idéologie du candidat, ses combats, ses priorités, sa vision, son ambition républicaine. Parce que juste "être là", souriant, moi électeur, ça ne me suffit pas.

 

Pascal Décaillet

 

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18/04/2013

Le Diable a 71 ans - Et alors ?

 

Sur le vif - Jeudi 18.04.13 - 17.06h

 

J’ai rencontré Christian Grobet pour la première fois en 1978, le Journal de Genève m’ayant envoyé couvrir une réunion politique dans l’arrière-salle d’un bistrot des Pâquis. J’étais étudiant, j’adorais faire des piges, le soir, rendre ma copie sur une vieille machine à écrire, avec le délai de minuit ou d’une heure du matin. Tous ceux qui ont connu cette ambiance de la rue du Général-Dufour, avec les exemplaires tout frais qui nous voletaient sur la tête, au-dessus du couloir d’entrée, en gardent un souvenir inoubliable.

 

Pâquis, donc, débat politique. Grobet était, depuis neuf ans, député au Grand Conseil, il était l’homme qui monte au parti socialiste. Plus tard, lorsqu’il sera conseiller d’Etat et moi journaliste à plein temps au Journal de Genève, j’ai couvert un très grand nombre de ses conférences de presse, les affaires de chantiers me passionnaient, mon père était ingénieur. A chaque fois, pendant ses douze ans aux affaires (1981-1993), j’ai rencontré un homme totalement compétent, maîtrisant les dossiers mieux que quiconque, disponible avec la presse, soucieux de l’intérêt public. J’avoue, les trois fois (1981, 1985, 1989), avoir voté pour lui. Grobet en imposait, il avait des ennemis partout, ma délicieuse consœur Françoise Buffat prenait un savoureux plaisir à le vilipender, il était le Diable, et j’aime ça.

 

Face au Christian Grobet d’aujourd’hui, il y a deux générations. Ceux qui ont connu l’homme d’Etat, l’un des trois plus impressionnants de l’après-guerre, à Genève, avec Chavanne et Segond; ceux qui ne l’ont pas connu. Cette seconde catégorie n’a eu droit qu’au Grobet se survivant à lui-même, survivant à cette belle équipée exécutive suscitant les haines et les passions. Le Grobet non-reconduit par ses pairs, en 1993, pour un quatrième mandat. Le Grobet de « la gauche de la gauche », parfois vitupérateur du vide, parfois courageux imprécateur, un homme en pleine force de l’âge que l’Histoire avait comme arrêté, dans son élan.

 

Je ne conteste à personne le droit de combattre les idées politiques de Christian Grobet. Je comprends parfaitement que les milieux immobiliers, par exemple, le considèrent comme l’un des plus parfaits emmerdeurs depuis le film avec Brel et Lino Ventura. Tout cela, oui. Mais il y a une chose qui ne va pas. Les allusions sur son âge. Les perfidies sur la prétendue baisse de ses moyens. Des mots comme « dinosaure », « pathétique », d’autres encore, nauséabonds. Né en juillet 1941, à New York, Christian Grobet a aujourd’hui 71 ans. Ça n’est certes pas tout jeune. Mais les mêmes qui le conspuent, n’auraient-ils pas reconduit de Gaulle (75 ans) en 1965, Mitterrand (72 ans) en 1988, Chirac (70 ans) en 2002 contre Le Pen ? Moi, si, dans ces trois cas de figure. Et sans le moindre état d’âme. Et sans parler d’Adenauer, ni de Sandro Pertini.

 

Je ne dis pas ici que je voterai Grobet, je n’en sais rien encore. Mais le disqualifier sous le seul prétexte de l’âge, cela discrédite le porteur du jugement. Le militantisme politique est un démon, la puissance d’un désir, la capacité  à se projeter vers des combats et des inventions. Le moins qu’on puisse dire est que Christian Grobet, avec qui j’étais encore hier soir, fait preuve, en ces espèces, d’une étonnante et redoutable jeunesse. Je ne pense pas qu’il sera Conseiller d’Etat. Mais il ferait, 44 ans après sa première élection au Grand Conseil, un redoutable député. Et puis, voyez-vous, moi j’aime le désir, j’aime le combat. Et voir un aîné qui a encore envie de s’investir pour la chose publique, désolé mais j’admire ça, profondément.

 

Pascal Décaillet

 

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17/04/2013

Succession DIP : l'excellence s'impose

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 17.04.13


 
De Calvin à Starobinski, en passant par Rousseau, Genève se doit d’être un lieu où souffle l’esprit. Par ses grandes figures culturelles, mais aussi par un système d’éducation qui soit exemplaire. Pas seulement les Hautes Ecoles,  mais la qualité de l’instruction de base, celle à laquelle tous sont astreints. Cela exige la puissance d’une volonté politique, celle aussi d’une vision. Avec, à la tête de l’Instruction publique, une personnalité républicaine, ancrée dans la connaissance de l’Histoire, ayant une équation personnelle avec la transmission des connaissances. Je le dis et le répète depuis des années : le DIP est, de loin, le plus important de tous nos Départements. Il n’est pas question, après le départ de Charles Beer, de le laisser, pour cinq ans, aux mains de n’importe qui.
 


En d’autres termes et pour être clair, message aux partis politiques : veuillez considérer cet enjeu comme amiral, ce qui ne semble pas du tout, pour l’heure, dans votre champ de priorités. Veuillez vous en occuper dès ce printemps, avec une stratégie, et déjà des papables en tête. Veuillez faire de l’école un thème de campagne, et pas seulement sécurité, logement, mobilité. Veuillez exiger de vos candidats qu’ils développent une vision et des projets précis, pour l’avenir de l’école genevoise. Folie, je dis bien folie serait de laisser le DIP, après le 10 novembre, au petit dernier, ou à celui qui se ferait plumer par les autres, ou qu’on ne saurait pas où mettre.


 
C’est, au contraire, le meilleur de tous, le plus expérimenté, qui doit reprendre ce Département. Cela doit être, aussi, le membre d’un parti républicain, qui croit en l’Etat. Cela doit être une personne d’une certaine culture, un être concerné personnellement par le savoir et la formation. Cela exclut les passants du hasard, arrivés juste parce qu’il y avait de la lumière, ou qui, toute leur vie, n’auraient que surfé sur le jeunisme et sur le flot des modes. A partir de là, faites vos choix. Le mien, radicalement, est fait. J’y reviendrai.


 
Pascal Décaillet

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12/04/2013

Margaret et les torrents de haine

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 12.04.13
 
 
De monstrueux torrents de haine et de fiel. Un esprit de rancœur, nourri d’automatismes de pensée, les mêmes depuis trois décennies. Un manichéisme glacial, binaire. Une absence de décence devant la mort. Dès l’annonce, lundi 8 avril, 14h, du décès de Margaret Thatcher, une partie de la gauche suisse a arraché le masque. Elle a montré un inquiétant visage : celui de la mise à l’index, dans un climat d’Inquisition et d’Epuration. On a eu l’impression que le diable lui-même, pour peu qu’il existât et qu’il fût mortel, avait tiré sa révérence : on le renvoyait chez lui, dans ses appartements de l’Enfer. Triste spectacle, qui en dit long sur le comportement de certains, le jour où d’importants pouvoirs viendraient à leur échoir.


 
Ceux qui me lisent, depuis tant d’années, dans ce journal, commencent à me connaître : je ne suis pas un libéral, encore moins un ultra, je crois en un Etat solide, efficace et solidaire, la pensée économique de Mme Thatcher n’est donc vraiment pas la mienne. En même temps, j’admire la femme d’Etat, son courage contre vents et marées, sa solitude face à tous, sa totale indifférence envers l’idée d’être impopulaire, d’être traitée de tueuse d’Irlandais ou de marins argentins. Alors oui, elle divise, et même après sa mort. Elle divise, comme les plus grands. Partisan acharné, dès mon enfance, du général de Gaulle, il m’est arrivé, juste après sa mort, en novembre 1970, d’avoir des discussions enflammées avec des amis Pieds Noirs. Ils le haïssaient, je l’adulais. C’était ainsi. Ceux qui, dans leur vie politique, ont pris des risques, ne laisseront jamais une mémoire lisse et glissante. Ils suscitent les passions. La Dame de fer était de ceux-là.


 
A partir de là, chacun d’entre nous est libre de l’aimer ou non, tout cela se discute. Ce qui m’a donné la chair de poule, c’est bel et bien le déversement de haine, parfois jusqu’à la vulgarité, dès qu’on a appris son décès. Je ne demande pas à ses ennemis de lui trouver miraculeusement des qualités sous le prétexte de sa disparition. Mais enfin, il me semble, et disons et que je parle ici avec mon rapport au spirituel, que face au mystère de la mort, un minimum de retenue s’impose. Même pour son pire ennemi. Qu’on démolisse son legs, aucun problème. Mais cette manière, chez certains, de lui promettre les flammes éternelles. Cette systématique reprise, sur les réseaux sociaux, de la chanson de Renaud, comme si une décennie aux affaires, tellement décisive dans l’Histoire, se résumait à ça. Et jusqu’à Mélenchon, Inquisiteur en chef, se réjouissant qu’elle connaisse l’Enfer. Cette gauche-là, heureusement pas tous, c’est la gauche de la haine et de la vengeance. Elle est sans pitié. A ses adversaires, elle ne fera jamais le moindre cadeau. Parce qu’elle est persuadée d’être détentrice du Bien et de la morale. Cette gauche-là, oui, me donne des frissons.


 
Pascal Décaillet
 
 

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11/04/2013

Caesar pontem fecit


Commentaire publié dans le GHI - 10 et 11 avril 2013


 
Il m’a toujours semblé, mais c’est sans doute une immense naïveté, que la finalité d’un pont, depuis César, consistait à pouvoir passer d’une rive à l’autre. Du Rhône au Rhin, du Pont d’Arcole aux limons du Mékong, des eaux du Nil à celles de la Vistule, cette loi élémentaire du génie me semblait avérée. Las ! C’était avant Madame Künzler et ses puissants réseaux de l’immobilité. Oui, comme en physique, il y a le temps du mouvement et celui de l’arrêt : nos autorités ont clairement tranché en faveur du second. A Genève, il convient que rien ne bouge.


 
Ainsi, grâce à une Fondation et à un illustre horloger, nous bénéficions depuis peu, sur l’Arve, entre le Quai Ansermet et les Vernets, de l’une des plus belles passerelles d’Europe. La nuit, illuminée de rouge, elle rend jalouse la Voie lactée. La chaussée est large, la circulation aisée. Pour nos extatiques de l’immobilité, c’en était trop : il convenait d’agir. Entendez, de bloquer tout ça.


 
Chose dite, chose faite. Dégorgeant Plainpalais, la rue de l’Ecole de Médecine était, à vitesse convenable en milieu urbain, la voie de transit idéale pour accéder au pont. Elle ne l’est plus. Cette rue, et sa perpendiculaire de Carl-Vogt, sont désormais promises aux délices du bouchon. Le bruit que, peut-être, les autos feront moins, les fêtards des lieux auront tout loisir de le compenser. Merci, qui ?

 
 
Pascal Décaillet

 

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10/04/2013

France : revoici le temps des Epurateurs

 

Sur le vif - Mercredi 10.04.13 - 13.06h

 

Panama, Dreyfus, Stavisky: j'ai étudié de très près, dans ma jeunesse, ces trois grandes affaires françaises. Sur la deuxième, j'ai réalisé en juillet 1994 une série historique de plusieurs heures, "Dreyfus, la belle Affaire", à la RSR. Pour cela, j'ai lu des milliers de journaux de l'époque, que j'ai encore dans l'un de mes greniers.



A chacune de ces affaires, il y a l'histoire elle-même des protagonistes. Et puis, autour, comme une poudre qui se répand, il y a le révélateur de la société (française, en l'espèce) de l'époque. Par exemple, l'antisémitisme. Ou la haine des riches.


Je commence à croire qu'avec Cahuzac, nous sommes partis vers le même schéma. Il y aura l'affaire Cahuzac elle-même, le procès Cahuzac, le destin personnel de M. Cahuzac, nous verrons tout cela. Et puis, dans le soufre exalté de la périphérie, il y aura - il y a déjà - ce qu'il faut bien appeler l'hystérie fiscale. Je descendais dans les Bouches-du-Rhône, pour un aller-retour de 48 heures, mardi dernier, 2 avril, le jour où l'affaire a éclaté. Écoutant en boucle les réactions sur toutes les chaînes de radio françaises, j'ai eu l'impression qu'on parlait d'un tueur en série. Les mots utilisés à l'endroit de l'ex-ministre du Budget étaient du même type !


En boucle, en incantation, des centaines de fois, sur BFM-TV, le soir, tous répétaient: "Il a menti à la représentation nationale". Comme s'il avait tiré dans la foule, sur les Champs-Elysées, à l'heure de pointe. Comme s'il s'agissait d'un très grave criminel.



Hier soir, à Infrarouge, chez nous en Suisse cette fois, retour de cette hyperbole. Avec Ada Marra, qui n'est pas Madame tout le monde, mais l'un de nos 246 parlementaires fédéraux, traitant de "criminels" les gens qui ne paient pas l'impôt.


Oui, nous sommes partis dans une période d'hystérie. Je ne prends position, ici, ni sur le principe d'évasion des capitaux, ni sur les fautes (réelles) de M. Cahuzac. Juste sur la poudrière du discours. Comme après 1793, comme en 1944-45, comme tant de fois dans l'Histoire de France (et la Suisse n'est pas vraiment en reste), on va dénoncer, pourchasser, épurer. Ca n'est pas la France que j'aime. Et je l'aime, ce pays, croyez-moi.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Torrents de haine

 

Chronique publiée dans Lausanne Cités - Mercredi 10.04.13


 
Libre à chacun de nous d’aimer ou non Margaret Thatcher. Quittant ce monde, elle laisse une mémoire divisée sur son action politique, les uns l’adulent comme une femme d’Etat incomparable, les autres la conspuent pour la dureté de son cœur, à l’heure des choix. Mais une chose, clairement, ne va pas : dès l’annonce de son décès, lundi 8 avril, 14h, sur nos blogs et nos réseaux sociaux de l’arc lémanique, les torrents de haine et de fiel, le manque de respect devant la mort. L’explosion vengeresse, expectorée, d’une violence blanche, celle que rien ne retient, comme une lettre de cachet pour la damnation.


 
Quelque chose ne va pas, parce que l’annonce d’un décès, même celui de votre pire ennemi, doit vous inspirer, au moins un temps, une période de vide et de recueillement. Il ne s’agit pas de Mme Thatcher. Il s’agit du mystère de la mort. Aujourd’hui, la sienne. Demain, celle de nos proches, un jour la nôtre. On ne crache pas sur un cadavre. Et aucun de nous, humains, n’a à statuer sur l’avenir céleste ou infernal des âmes. Cela n’est pas de notre ressort.


 
La palme ? Elle revient au caricatural Mélenchon, promettant l’Enfer à la défunte, dans ce vocabulaire de manichéisme, avec sa noirceur populiste, où il est passé maître. Assurément, en disciple de Saint Dominique au Tribunal de l’Inquisition, notre homme eût été à son aise. L’index en érection vers le mal absolu.



Pascal Décaillet

 

 

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08/04/2013

Dame de fer - Mots de fiel

 

Sur le vif - Lundi 08.04.13 - 15.04h

 

On peut aimer ou non Mme Thatcher, l'admirer ou non. A chacun son opinion. Mais il y a une chose qui m'échappe: le manque de respect devant la mort. Même mon pire ennemi, si j'apprends son décès, je commence par me recueillir et à penser à lui. Tout cela pour dire quoi ? Que la vulgarité de certaines réactions, depuis une heure, condamne davantage leurs auteurs que leur objet.

 

Pascal Décaillet

 

 

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07/04/2013

Sibylle, le récit d'une enfant déracinée

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Notes de lecture - Dimanche 07.04.13 - 16.56h

 

Une écriture si simple, si limpide. Le présent historique comme temps unique du récit, sur 149 pages. Une histoire hors du temps : juste le sous-titre du roman, « Une enfant de Silésie », et une « note de l’auteure » de quelques lignes, à la toute dernière page, pour nous rappeler ce que fut, en 1945, l’exode de ces centaines de milliers d’Allemands de Pologne, reflués vers l’ouest au moment de la défaite, Günter Grass en a si bien parlé. Hors de cela, c’est juste l’histoire de Sibylle, une enfant de cet exil, l’histoire de sa famille, celle de ce père, qui ne revient de captivité qu’à la fin du récit, et pas nécessairement pour longtemps.

 

« Sibylle » est un récit troublant. Je ne sais rien de l’auteur, Bettina Stepczynski, sinon qu’elle est née en 1974, a étudié les lettres, est mère de trois enfants et vit à Carouge, comme l’indique la deuxième de couverture. Non, je ne sais rien d’elle, si ce n’est que nous avons affaire à un écrivain, ce qui n’est pas exactement le cas de toute personne commettant un ouvrage, même dans l’ordre de la fiction.

 

« Sibylle » est un récit d’exil, il commence dans le fracas des trains dans lesquels on s’entasse et qu’il ne faut pas rater, et s’achève dans l’apaisement d’une vie qui s’éteint. Sibylle jeune fille en caractères droits, en alternance avec Sibylle gravement malade, dans l’attente du terme, dans un corps plus penché, pas vraiment italique, mais reconnaissable. Oui, juste un corps plus penché.

 

Il se trouve, comme je l’ai noté une fois ici, que j’ai vécu, dans ma jeunesse, chez un Allemand de Silésie, il y a si longtemps. Rescapé du front de l’Est, il avait franchi l’Elbe in extremis pour ne pas tomber aux mains des Rouges, et, tout près du fleuve, juste « du bon côté », en Basse-Saxe, avait construit de ses mains (auxquelles il manquait trois doigts) la maison de briques rouges où il passait ses soirées à me raconter ses souvenirs. Je l’écoutais passionnément, dans cet allemand difficile qui était le sien, mouillant des gutturales que Badois ou Bavarois conservent dans leur dureté. Il lui arrivait de jurer en polonais. En lisant Sibylle, je n’ai cessé de penser à lui.

 

Retour au style. Bettina a la phrase courte, et la syntaxe pourtant liée, où la succession d’indépendantes, loin de hacher le récit, lui donne souffle et rythme, dans un présent continu où les phrases s’enchaînent comme naturellement. Dans cette Allemagne du Nord où la famille de Sibylle a trouvé refuge, il y a des scènes de campagne, des étés de foins à ramasser, des hivers sibériens où les cristaux de glace s’agglutinent aux fenêtres, des cachettes pour enfants dans les recoins d’une ferme, la conscience terrible d’être les perdants. Là d’où ils viennent, ils ne seront plus chez eux. Oui, Sibylle est une déracinée. Peut-être pas avec la rude fierté d’un héros de Barrès, ni de Jules Roy. Non, juste une enfant de l’exil, parmi des centaines de milliers d’autres.

 

L’une de mes meilleures amies, prof de français au Collège, m’a demandé de lui conseiller des récits qui, peut-être, pourraient intéresser, par la qualité de leur écriture, des jeunes gens de 15 à 19 ans. Je lui ai recommandé « Sibylle ». A vous aussi, si par hasard vous passez par là.

 

Pascal Décaillet

 

*** Sibylle, une enfant de Silésie. Par Bettina Stepczynski. Editions d'autre part. 2013. 149 pages.

 

 

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