02/05/2013

Jamais un homme à terre

 

Coup de Griffe - Lausanne Cités - 02.05.13
 
 
La voix ferme, le verbe droit, Philippe Leuba dit les choses. Au matin de ce mardi 30 avril, à la RSR, le magistrat vaudois a condamné, à très juste titre, les gens qui avaient tiré sur l’ambulance. En l’espèce, le conseiller d’Etat PLR neuchâtelois Philippe Gnaegi, désavoué par le peuple de son canton l’avant-veille. On ne vient pas dire à un homme à terre qu’il a pris une baffe, avertit Leuba. Une question de choix des mots. On peut parler de cinglante défaite, mais baffe, il y a quelque chose qui ne passe pas.


 
M. Leuba a parfaitement raison. Confrères journalistes, éditorialistes, chroniqueurs, pamphlétaires, attaquez donc, et de toutes vos forces. Mais soyez gentils, je vous prie, d’attaquer le pouvoir. Celui qui est en place, et non celui qui gît au soir d’une défaite. Attaquez les puissants, ceux qui pourraient réagir à vos billets, réclamer vos têtes à vos rédactions, lancer séides et spadassins pour vous chercher noise. Attaquez l’arrogance, la morgue, les réseaux de copinage. Mais foutez la paix au vaincu d’un soir.


 
Attaquez vos proches. Ceux qui tiennent le pouvoir, et pas seulement politique, et qui à vos yeux en abuseraient. Non à Tokyo ni Caracas, mais ici, à portée de regard. Défiez-les quand il sont au sommet, au milieu de leurs courtisans. Vous en sortirez grandi. Et vous aurez, si la cause est juste, rendu service à la République.


 
Pascal Décaillet

 


 

15:56 Publié dans Coups de Griffe Lausanne Cités | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Ce que vous dénoncez est malheureusement vieux comme le monde (mais toujours aussi indécent). Les faibles, les lâches, multiplient les courbettes devant les puissants. Mais à peine trébuchent-ils que, pareils à un troupeau d'éléphants (ou faudrait-il dire une horde de rats), ils leur passent sur le corps.C'est la raison pour laquelle, même si cela est moins agréable sur le moment, je crois davantage en la sincérité de ceux qui attaquent que ceux qui flattent. Il est toujours plus périlleux de se déclarer adversaire...

Écrit par : mauro poggia | 02/05/2013

Voilà deux billets qui m'ont convaincus, je résilie mon abonnement au Monde Diplomatique à Mediapart,et au Courrier, et je m'abonne au GHI .

Écrit par : briand | 02/05/2013

Ce billet, au milieu d'autres sur votre blog, force le respect.

Les atermoiements des Conseillers d'Etat qui geignent dans les médias après un énième revers sont encore plus insupportables quand les journalistes audiovisuels ne leur rappellent pas qu'ils sont aux affaires depuis des lustres. Le cas du ministre en charge de l'économie à Genève en est le plus parfait exemple.

Reste le pouvoir économique. Les très grandes entreprises, celles qui payent beaucoup d'impôts, comptent des centaines d'employés, payent des pages de publicité, cotisent ici ou là, et sur lesquels on ne lit jamais rien qui fâche, aucune enquête. Rien.

Et si après vous êtes attaqué au pouvoir politique, vous passiez à l'économique?

Écrit par : Castells | 02/05/2013

Ne pas cracher sur les gens, ne pas les frapper à terre et autres interdits moraux faisaient autrefois partie de ce que les gens considéraient comme une conduite honorable. Robert Redford déclarait dans une interview que j'ai vue il y a bien longtemps à la télévision, qu'il regrettait la disparition de ce que l'on désignait dans sa jeunesse irlandaise par le terme anglais de "grace". Je pense qu'il se référait justement à ce que j'entends par "attitude respectueuse et honorable", qui respecte et fait honneur non seulement à l'autre, mais à soi-même aussi.
J'ai maintes fois regretté que les journalistes, surtout ceux qui rédigent les titres des articles consacrés au sport, utilisent systématiquement des expressions telles que "baffe", "humiliés" et autres exemples d'un fruste vocabulaire de cour d'école pour parler d'une équipe ou d'un sportif qui essuie une défaite. Je sais que je nage à contre-courant mais je trouve dans cet usage un exemple même de ce manque de "grace" qui devrait régler nos comportements envers nos semblables et en particulier envers ceux que nous appelons en sport nos adversaires, alors que nous dépendons d'eux pour affirmer nos propres qualités.

Écrit par : Mère-Grand | 02/05/2013

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