17/05/2013

Errances libertaires - Suite

 

Sur le vif - Vendredi 17.05.13 - 10.06h

 

100% d'accord avec l'édito de Pierre Ruetschi sur la séance calamiteuse du Municipal, avant-hier. A un détail près: que vient faire ici Mme Salerno, dont je peine à entrevoir la responsabilité dans cette affaire de banderoles ? Les élus législatifs du groupe socialiste sont des citoyens libres et responsables, ils représentent un pouvoir séparé de l'exécutif, dont ils n'ont aucun ordre à recevoir. Responsables, ils doivent donc assumer leurs actes. Par exemple, celui de prendre un Parlement pour un lieu de manifestation. Madame Salerno, élue exécutive lançant une campagne parfaitement justifiée contre l'homophobie, n'a strictement rien à se reprocher dans les errances de certains élus législatifs de son parti: une fois pour toutes, on ne vient pas siéger dans un quelconque législatif en affichant des banderoles.

 

On imagine leurs rugissements, à ces élus socialistes, si de quelconques pancartes, on banderoles, avaient pris place sur les bancs de la droite. Ils en auraient, à juste titre, immédiatement demandé la suppression au président. Et, désolé si je déplais, mais les énormités de M. Menoud (que je n'ai jamais défendu une seule seconde) ne doivent pas servir de paravent à cette autre affaire, chronologiquement antérieure, le comportement libertaire et bien peu républicain de quelques élus socialistes.

 

Parmi eux, des hommes de culture, que je respecte et apprécie beaucoup: où est leur culture politique, historique ? Où est passée leur connaissance de l'un des fondements de la démocratie représentative: la distinction entre le pléthos (le peuple qui bouillonne dans la rue, manifeste, proteste, vocifère), porteur de doxa (l'opinion) et le démos (le peuple - et ses représentants - comme organe de décision, ce qui exige le respect de l'ordre républicain). On eût aimé quelque lecture d'Aristote, ou vingt siècles plus tard de Montesquieu, ou de Tocqueville, pour donner à ce débat l'arrière-pays qu'il mérite.

 

Par les énormités qu'il a proférées, M. Menoud a retourné contre lui-même l'arme de la rhétorique, il a toitalement détruit l'essence de son propos initial sur les banderoles, a ruiné sa crédibilité. C'est son problème. Mais je n'entrerai pas dans le piège qu'essayent, depuis mercredi soir, de nous tendre les camarades socialiste du Municipal: se servir de l'affaire Menoud (qui en est une autre, en soi, assurément condamnable) comme paravent de leurs errances antérieures. Trop facile, Messieurs. Et, pour les Paravents, puisque je crois savoir qu'au moins une très belle plume (allez, disons deux) siège sur les bancs socialistes du Municipal, on me permettra de préférer le texte exceptionnel de Jean Genet.

 

Pascal Décaillet

 

10:06 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Cette fois je suis 100% en accord avec vous.
Très beau texte.

Écrit par : Bertrand Buchs | 17/05/2013

J'aime bien votre texte.

Mais peut-être est-ce le moment de modérer votre enthousiasme face à ces gens qui sont de tous les scandales qui perturbent, peinent, révoltent notre République depuis quelques années, non?

Écrit par : JDJ | 17/05/2013

La République n'appartient ni aux bancs de gauche, ni aux bancs de droite! Les conseillers municipaux ne sont pas chez eux et ne parlent qu'au nom de tous ceux qui les ont élus, provisoirement, pour un délai déterminé.
En l'occurrence, le contrat est rompu. Se cacher derrière la défense d'une cause pour prétendre défendre ce qui s'est passé là, c'est prendre le citoyen pour un imbécile!

Écrit par : MM | 17/05/2013

cher Pascal Décaillet,
je ne sais pas si je fais partie, à vos yeux, de la catégorie des "belles plumes" du groupe socialiste au municipal, mais je me permets tout de même une rectification: les flyers que nous avons, avec les Verts, scotché sur nos pupitres n'étaient pas des banderoles, et n'exprimaient pas une opinion politique prêtant à controverse. Ils portaient simplement l'inscription "J'interAgis". C'était juste une manière de marquer la journée contre l'homophobie (aujourd'hui), comme on pouvait porter un pins de la lutte contre le SIDA… Si certains se sont sentis choqués par cela, c'est plutôt inquiétant pour leur équilibre psychique.
Le président nous a ensuite mis dans une situation humiliante: au lieu de réprimander l'auteur des insultes, ils nous a intimé de retirer les papiers, faisant ainsi peser sur nous la responsabilité de la fin de la séance. C'est devenu à ce moment précis une question d'honneur. C'est plutôt dur à digérer et les commentaires comme les vôtres, hélas, ne contribuent pas à clarifier la situation. Je pensais que vous auriez une compréhension un peu plus sensible des choses, en l'occurrence.
Vous voyez bien que certains élus du MCG (je ne généralise pas) sont dans une stratégie du pourrissement, pensant qu'ils en sortiront gagnants à tous les coups. Au CM, c'est plus grossier à chaque séance, et souvent aussi en Commission. Et malheureusement, beaucoup à gauche, répondent à la provocation. Reconnaissez que c'est difficile de rester stoïc lorsqu'on se fait traiter de "groupuscule islamiste" dans un débat sur la mobilité…
J'ai écrit tout cela parce que je sais que vous êtes sensible à la qualité de l'argumentation; je ne prétends pas vous convaincre si facilement, mais j'espère tout de même avoir ébranlé votre jugement.
SK

Écrit par : Stefan Kristensen | 17/05/2013

Entièrement d'accord avec vous! Vous m'avez précédée, mais c'est exactement ce que je voulais dire (pas avec une plume aussi habile et vos belles références!). A une gauche militante qui ne parvenait pas à comprendre combien ces pancartes militantes au sein de notre hémicycle était déplacée, j'ai demandé comment elle réagirait si la droite venait avec des panneaux pour défendre le bouclier fiscal! Réponse reçue: “ça n'a rien à voir, car ce n'est pas soutenu par la Ville!"

Écrit par : Michèle Roullet | 17/05/2013

Merci pour ce second texte qui correspond à la lecture que nous devons tous avoir des Institutions.

Pour ce qui est de la réplique, je ne suis pas certain qu'il puisse s'agir de rhétorique. Ce terme implique une construction intellectuelle, ce dont le contenu des propos semble manifestement dépourvu.

Il s'agit plus d'une convulsion du cerveau reptilien qui, bien que totalement inacceptable ne saurait être blâmée comme le fait monsieur Ruetschi. Ce genre de réflexes ayant pour propriété de ne pas être contrôlables.

cordialement,
Patrick Dimier

Écrit par : Patrick Dimier | 17/05/2013

@jdj:
Vous faites référence à ces socialistes qui se comportent comme des Nabab, ou encore à ces élus d'extrême gauche qui perturbent les conseils d'administration d'entreprises publiques ou encore à ces Verts qui s'ingénient à polluer volontairement notre ville en y semant la pagaille pour mieux atteindre nos libertés?

Si ce sont ceux-là que vous visez on est tous d'accord avec vous!

Vivement octobre et que le conseil général remercie celles et ceux qui doivent l'être!

Écrit par : Dominique Vergas | 17/05/2013

Ayant appris que cette campagne "d'affichage" a été lacée par Dame Salerno en personne, cela conduit à une conclusion supplémentaire, cette brave personne en agissant de la sorte nous montre d'une part qu'elle a atteint le maximum de ses compétences et, d'autre part, que son sens du respect envers les Institutions est au même niveau que celui de sa vergogne, nul.

Ce qui est dès lors regrettable c'est que Monsieur Ruestschi, qui ne pouvait ignorer l'auteure de l'allumage de ce brasier, a lui aussi montré les limites du journalisme militant conduit sous couvert du journaliste impartial chargé d'informer.

Ni Dame Salerno ni Sieur Ruestschi ne méritent, sur ce coup là, notre considération. Tous deux se sont abaissés au niveau de ceux qu'ils taxent si volontiers de "populistes".

Cette gauche, politique et journalistique, est tout simplement indigne des Torrès, Mendès-France, Vincent et autres Chavannes qui nous ont fait l'aimer et la suivre car elle avait de la hauteur et de la dignité.

Écrit par : Dominique Vergas | 19/05/2013

Vu qu'un commentaire précédent a été modéré, je ne sais pas bien pourquoi, je me permets juste cette remarque:
Il est assez impressionnant de voir que mettre une affiche sur son pupitre promouvant une action de la ville est pour quelques uns plus dommageable que d'avoir un élu faisant haut et fort l'amalgame homo = pédophile...
Je trouve cela fort inquiétant...
Cela doit être dans l'ère du temps de s'en prendre impunément aux homo, frontaliers ou étrangers...

Écrit par : Lefredo | 21/05/2013

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