19/05/2013

Les anathèmes de Frère Sylvain

 

Sur le vif - Dimanche 19.05.13 - 17.38h

 

De retour de 48 heures hors de la toile, je découvre les anathèmes décochés par le socialiste Sylvain Thévoz à l’endroit de quelques hérétiques (dont Pierre Ruetschi et votre serviteur) coupables à ses yeux d’un péché mortel. Celui d’avoir eu l'outrecuidance de relever – chacun à sa manière – qu’un Parlement n’était pas le lieu pour afficher des slogans écrits, ce qui est langage de rue ou de manif, mais celui d’argumenter avec le verbe, en lien avec les sujets à l’ordre du jour.

 

Il eût fallu, plutôt que d’insister sur cette vétille, ne participer qu’à l’exécution générale de M. Menoud, cela et rien d’autre. Il eût fallu, selon M. Thévoz, embrasser exactement le champ, l’objet et l’intensité de son indignation à lui. Bref, faire du Thévoz. Entonner la liturgie de ses colères à lui. Dans la joie partagée de ces Vêpres communes, une même Grâce du Grand Soir nous aurait tout naturellement amenés à laisser tomber nos dérisoires didascalies sur le fonctionnement républicain d’un Parlement. Au profit de la seule condamnation, D'UNE MÊME VOIX, de M. Menoud.

 

Sinon ? Sinon, honte à nous ! Sinon, que pleuvent sur nous les orgues de Staline de la morale. Avec en prime Hannah Arendt pour nous rappeler que nous n’avons, nous, pauvres gens de presse, rien retenu de l’Histoire. M. Thévoz serait Thomas Mann, ou Heinrich, ou Klaus, seuls lucides dans les ultimes années de la République de Weimar, et nous, alias « la presse », serions captifs de « l’effroyable banalité », aveugles au retour de la bête immonde, complices du pire. Dans le rôle du Bien, M. Thévoz; dans le rôle du Mal, ceux qui choisissent un autre angle, un autre éclairage. Elle va être belle, la liberté d’expression, le jour où M. Thévoz sera au pouvoir.

 

Je vous le dis tout de suite, Frère Sylvain, ce genre de pressions sur fond de grandes leçons morales ne marche pas avec moi. J’ai, dès le début, écrit ce que je pensais de l’énormité verbale de M. Menoud. Je n’ai jamais, une seule seconde, pris sa défense. J’ai simplement choisi, EN PLUS DE CETTE AFFAIRE, d’en évoquer une autre, évidemment un peu gênante pour une partie de la gauche municipale, puisqu’elle concerne cette histoire de banderoles, ou d’affichettes. Vous voudriez, au nom de la totalité de l’horreur que représentent à vos yeux les propos de M. Menoud, que cette AUTRE AFFAIRE, nous la passions par pertes et profits, tant elle serait, en comparaison, insignifiante.

 

Je ne le ferai pas. Je n’entrerai pas dans votre jeu. Je n’accepterai pas, moi qui ai toujours défendu la cause homosexuelle (en des périodes où elle était autrement plus minoritaire qu’aujourd’hui dans l’opinion) que vous veniez me qualifier, comme vous l’avez fait dans un commentaire, de « complice de l’homophobie », sous prétexte que je n’adresse pas exactement à M. Menoud, avec vos mots à vous et vos incantations, les anathèmes qui sont vôtres. Et que je ne vous reproche pas, d’ailleurs, de lui adresser. A chacun son équation avec le verbe, à chacun son langage.

 

M. Thévoz, vous êtes homme de plume et d’écriture. L’un des rares de la classe politique à mériter ce nom. Je vous tiens même pour l'homme politique genevois au style littéraire le plus troublant. Mais dans cette affaire, avec l’écrasante artillerie de vos menaces morales, vous voilà hélas d’une intolérance presque théologique. Pour ma part, je condamne, dès le début, les paroles de M. Menoud. Et parallèlement, DANS UNE AUTRE AFFAIRE, je persiste sur ce que doit être le comportement des élus du peuple. Vous n’obtiendrez pas de moi qu’un événement serve d’opportun paravent à un autre. Ni que j'efface ce détail un peu gênant de mon tableau d'ensemble.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

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Commentaires

Merci pour ce rappel des règles élémentaires de la liberté d'expression.

Vous avez raison de vous inquiéter du jour, espérons lointain, où ce monsieur sera au pouvoir.

Il est par son intransigeance et son aveuglement, dans la droite ligne des Staline, Mao et quelques joyeux drilles qui se sont, comme leur successeurs et cousins de lignée, toujours appuyés sur le Peuple pour accéder au pouvoir et su s'asseoir sur lui lorsqu'ils y furent parvenus.

Ce monsieur n'est, en fait, que le reflet de l'ensemble de cette gauche "gouvernante" qui ne sait être proche du peuple que lorsque ça la sert et s'en éloigne lorsque celui-ci la serre de trop près avec ses demandes.

Cet gauche "horticole" oublie qu'à trop serrer les rose elle finit par vous piquer les doigts.

Cordialement,
Patrick Dimier

Écrit par : Patrick Dimier | 19/05/2013

@Monseigneur Dimier.
"Il est par son intransigeance et son aveuglement, dans la droite ligne des Staline, Mao " et du goulag de Bâle" bientôt en concert au au petit music Hôl.
le vrai ,

Écrit par : briand | 19/05/2013

Nos amis conseillers municipaux genevois sont d’éternels garnements et se comportent si mal qu’ils font voler en éclats la défense d’une cause qui peine à faire l’unanimité. Pourquoi faut-il toujours que des sujets de société française déteignent sitôt en Suisse où, par exemple, le mariage pour tous est de loin la dernière préoccupation ? Grâce à notre système démocratique nous avons voté oui au pacs. Un jour nous serons appelés à accepter ou refuser l’union pour tous. Ce qu’il y a de magique en Suisse, c’est que la contestation d’un vote de société ne remue (presque) plus le paysage politique une fois le résultat des urnes connu puisque le peuple a toujours raison et il passe à autre chose. Visiblement certains élus politiques ne l’entendent pas de cette oreille et n’ont rien compris.

Écrit par : Aurélien | 20/05/2013

Sauf que ce n'est pas une AUTRE AFFAIRE mais bien la même, où un événement en a entraîné un autre! Où de simples pancartes (comme d'autres portent des badges à l'effigie de leur parti) ont entraîné des propos ahurissants qui sont le seul et unique problème de cette soirée.

Pour ma part, je ne vois absolument AUCUN, mais alors AUCUN problème avec le fait que des élus portent des pancartes ou des banderoles dans un parlement. Pourquoi cela poserait-il un problème d'ailleurs? En quoi cela pose problème? Pourquoi cela serait interdit? (d'ailleurs ça ne l'est pas dans le règlement)...

Mais qu'on puisse tenir des propos comme ceux de Menoud, c'est juste inadmissible.

Écrit par : Ethan | 20/05/2013

Bonjour,
Je restreindrais le champ de la question (pertinente) d'Aurélien à Genève:
"Pourquoi faut-il toujours que des sujets de société française déteignent sitôt en Suisse où, par exemple, le mariage pour tous est de loin la dernière préoccupation ?" Je crois qu'il s'agit d'un phénomène bien plus genevois que confédéré, certains politiciens de la cité du bout du lac souffrant toujours du vieux complexe des Parisiens au rabais qui perturbe régulièrement les débats locaux. Pour dévier l'attention du peuple en période de crise, comme les politiques français, ils montent en épingle un sujet qui ne concerne qu'une minorité. Ils espèrent faire diversion et masquer les vrais problèmes socio-économiques. Sur ce coup, les zélus genevois se comportent effectivement comme leurs confrères (et sœurs) français.

Écrit par : Malentraide | 21/05/2013

J'ai posté le commentaire suivant qui vous est adressé sur le blog de monsieur Hollenweg. n'étant pas certain qu'il le publie, je vous saurais gré de bien vouloir l'abriter chez vous, quand bien même il n'est pas pertinent avec le contenu de votre billet.

D'avance je vous en remercie

@ Pascal Décaillet: C'est tout le problème de la gauche actuelle, en perte sur le terrain des idées, qui s'égare dans une provocation qu'elle reproche par ailleurs à ceux de ses adversaires qui la supplante précisément au plan des idées de fond.

Il en va ainsi dans la totalité des partis socialistes d'Europe qui sont divisés en deux camps, les sincères et les accros du pouvoir. C'est donc logiquement le cas ici à Genève où les gouvernants socialistes sont plus attirés par le confort de postes grassement rémunérés que par l'action de terrain, abandonnée au MCG.

Il suffit de voir les candidats au Conseil d'Etat pour s'en convaincre, le seul qui échappe à cette réalité fort bourgeoise c'est Deneys, et il n'a aucune chance, n'étant-là que pour amuser la galerie alors même que c'est peut-être bien le meilleur, en tout cas le moins pollué par les strass du pouvoir.

Écrit par : dominique Vergas | 21/05/2013

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