29/05/2013

Le parfum noir de la trahison

 

Sur le vif - Mercredi 29.05.13 - 16.59h

 

Madame Widmer-Schlumpf, je veux ici vous dire merci. Par l’acte d’aujourd’hui, qui est d’abdication et de renoncement, vous donnez quelques points (oh, je sais, ils ne suffiront pas) aux partisans, dont je suis, de l’élection du Conseil fédéral par le peuple.

 

Parce que justement, vous incarnez le contraire de toute cette part de reconnaissance, et pourquoi pas affective, émotive, que la population peut éprouver pour un magistrat exécutif. Votre présence au Conseil fédéral est le fruit d’un péché originel, le pronunciamiento d’une troïka de fortune pour éjecter l’homme qui, en octobre 2007, venait de gagner les élections. Le coup a porté. Aux affaires, vous vous êtes installée. Mais quelque chose, dans l’origine même de votre présence au pouvoir, porte le parfum noir de la trahison.

 

Bien sûr, vous êtes l’élue du Parlement. Donc, conseillère fédérale légitime, c’est en ordre, je ne vous le disputerai pas. Mais l’eussiez-vous été d’un corps électoral plus large, ces quatre millions d’électeurs qu’on appelle, pour faire court, « le peuple » ? Lesquels de vos six collègues, à part me semble-t-il Mme Leuthard, l’eussent-ils d'ailleurs été ?

 

Justement, pour avoir fréquenté de près nombre de vos prédécesseurs, dont un certain Jean-Pascal Delamuraz, je rêve d’un système où les conseillers fédéraux soient les élus du peuple tout entier. Avec lui, au-dessus de nos différences, de nos barrières cantonales, ils passeraient un contrat de confiance. Et pour une fois, une seule circonscription, la Suisse toute entière pour théâtre d’opérations, pas juste la galerie des glaces du Palais fédéral. Pas juste les 246 à convaincre, mais les quatre millions de citoyens, ceux qui ont le droit de vote. Tous les autres échelons demeureraient, les communes, les cantons, le fédéralisme, mais juste sur ce coup-là, le ciment d'une circonscription unique. L'utopie est-elle si folle ? Indigne d'un pays moderne, démocratique ?

 

Dans ce système-là, peut-être d’ailleurs seriez-vous réélue, je n’en sais rien. Mais on en aurait au moins le cœur net. Et la netteté du cœur n’est pas, Madame la Conseillère fédérale, le trait qui caractérise en première lecture votre rapport au pays profond.

 

Pascal Décaillet

 

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La droite trahie - 13 décembre 2007

 

 

*** Je re-publie ici mon édito publié dans le Nouvelliste du jeudi 13 décembre 2007, lendemain de la non-réélection de Christoph Blocher. Le Parlement, suite à des manoeuvres de coulisses sur lesquelles je ne vais tout de même pas revenir près de six ans plus tard, lui avait préféré Eveline Widmer-Schlumpf.

 

La droite trahie

 

Christophe Darbellay est sans doute l’un des politiciens suisses les plus doués de la jeune relève, mais là, je ne comprends pas. S’acoquiner dans la pénombre avec les socialistes et les Verts, casser l’alliance historique avec les radicaux, pour le goût du mirage et le sel improbable de l’aventure, il y a là un geste qui relève plus du desperado de western que de la construction d’un destin politique.

 

Oh, certes, le coup est magistral. Quatre ans et deux jours plus tard, l’affront subi par Ruth Metzler est vengé. La logique de vendetta a fait son œuvre, les parrains sablent le champagne, avec comme alliés la gauche de la gauche de ce pays. La belle alliance ! Mais pour quels lendemains ? La droite lacérée, le camp bourgeois divisé pour longtemps, et l’UDC, peut-être, dans la rue pour quatre ans.

 

La démocratie chrétienne suisse doit clairement dire à quel camp elle appartient. Et ce camp, historiquement, philosophiquement, économiquement, ne peut être que celui de la grande famille de droite. En fût-elle l’aile sociale, familiale, tout ce qu’on voudra. Mais la droite, de grâce ! Avec un minimum de fidélité, de loyauté, de cohérence.

 

Or, le coup d’hier, aussi prestigieux soit l’agneau sacrificiel, c’est un coup des socialistes et des Verts, avec la complicité du PDC. C’est cela, la nouvelle majorité sous la Coupole ? Si oui, on aurait pu avoir la courtoisie, au moment des élections, d’’en informer les électeurs. Je pourrais comprendre que les partenaires de droite du PDC, à commencer par les radicaux, dans les temps qui viennent, lui demandent quelques comptes.

 

Surtout, même en termes de finalités florentines, dans lesquels Christophe Darbellay excelle, il faut se rendre à une évidence, que Georges Pompidou, magistralement, avait rappelée à Jacques Chaban-Delmas au lendemain de son discours de 1969 sur la « Nouvelle Société » : si la droite, parfois, fait des cadeaux à la gauche, ou croit marquer des points en pactisant, la réciproque, elle, ne se vérifie jamais. C’est une loi de la politique, aussi vrai que le Centre est un mythe, une montre molle, une liquéfaction du courage, un mirage au cœur du désert.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Pays réel, pays des songes

 

Commentaire publié dans GHI - 29.05.13


 

1814, 1815 : il y aura bientôt deux cents ans, Genève devenait canton suisse, et entrait dans la Confédération. Déjà, de partout, ça commence à phosphorer pour marquer l’événement. Très bien. Mais qu’il soit juste permis ici d’élaborer un souhait : que toute cette commémoration soit quelque chose de vivant ! L’occasion d’une réflexion sur notre double identité : celle d’habitants de Genève, et de citoyens suisses. Deux natures qui, loin de se combattre, se complètent et se superposent. C’est le miracle de notre pays : Valaisan de Genève, je suis aussi citoyen suisse. Chacun de nous peut allègrement cumuler trois ou quatre de ces reconnaissances, sans se dédire, ni s’abjurer. Nos amis étrangers, sans être suisses, peuvent à coup sûr s’associer à cette réflexion. Genève est une ville ouverte, un canton d’accueil et de partage.


 
Je rêve d’une commémoration qui soit autre chose que les gentils défilés confédéraux de 1964, dont je garde un vague souvenir. Il n’y aurait même aucun défilé, ça m’irait très bien. Mais des livres, des émissions, des échanges, des engueulades sur notre degré d’Helvétitude. Je rêve de quelque chose d’à la fois très élitaire et très populaire, ces deux notions se rejoignent d’ailleurs beaucoup plus qu’on ne l’imagine. J’espère vivement qu’on ne joue pas le gentil canton suisse invitant d’autres gentils Suisses dans des gentils pavillons. Mais posons nos différences. Crions-le, ce pays, au lieu de n’en murmurer le désir que dans la tiédeur d’un confessionnal. Si 2014, 2015, pouvaient agir comme une catharsis, une révélation, loin des officialités, des flonflons, des fanfares. Du vrai, du cruel, qui fait mal et qui fait du bien. Le pays réel. C’est à dire celui des songes.


 
Pascal Décaillet

 

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27/05/2013

Election par le peuple : osons le oui !

 

Edito publié en première page du Giornale del Popolo - Lundi 27.05.13


 
La Suisse est un pays merveilleux. Ainsi, ici même, le plaidoyer d’un Valaisan de Genève, ayant travaillé à Berne, pour convaincre ses amis tessinois de ne pas avoir peur de voter oui à l’élection du Conseil fédéral par le peuple, le 9 juin prochain. Oh, je sais, beaucoup de Tessinois sont sceptiques : ils craignent pour la représentation de la Suisse italienne. Et préféreront sans doute garder un système qui leur a permis, depuis 1848, d’avoir souvent l’un des leurs au gouvernement de la Confédération. La même réserve existe en Suisse romande. Elle est légitime, je n’essaye pas de m’en cacher.


 
Mais avant de parler des minorités, voyons plus grand, parlons de notre pays : la Suisse. C’est d’elle qu’il s’agit, après tout, notre Suisse fédérale, cette mise en commun de nos destins depuis 1848. Il s’agit du gouvernement de la Suisse ! Au milieu du 19ème siècle, lorsqu’a émergé l’Etat fédéral, dans une Europe en pleine tourmente, le vrai pouvoir était dans les cantons. Nos conseillers fédéraux des premiers temps relevaient, dans la tête des Suisses, d’un échelon administratif, lointain, on ne les connaissait tout simplement pas. Alors, pour élire ce comité de Sages, on a fait confiance aux parlementaires fédéraux. Eux, au moins, se rendaient à Berne plusieurs fois par année, connaissaient les papables des autres cantons, pouvaient voter en connaissance de cause.


 
Et puis, comme ce système a plutôt bien marché, donné aux pays de grands hommes (comme le Tessinois Motta), est allé de pair avec une exceptionnelle élévation de nos niveaux de vie, nous a préservés de deux guerres mondiales, garanti depuis 1937 la paix sociale, façonné dès 1948 un excellent système de retraites, on s’est dit qu’au fond, il n’y avait pas grande raison d’en changer. Deux fois pourtant, en 1900 et 1942, l’élection au suffrage universelle fut soumise au peuple et aux cantons, mais deux fois, balayée. A noter qu’à l’époque, c’était la gauche qui voulait changer le système. Mais, aussitôt intégrée au Conseil fédéral avec le premier socialiste, Ernst Nobs, en 1943, elle a trouvé que le système indirect avait du bon. A noter, encore, que le 4 novembre 1900, l’initiative, certes refusée au niveau fédéral, était acceptée par le Tessin (50,5%), Fribourg (72,9%), le Valais (59,9%), et nombre de cantons catholiques, bref une opposition qui ressemblait furieusement aux ultimes alluvions du Sonderbund.
 


Nous sommes aujourd’hui en 2013. Par internet, nous savons immédiatement ce qui se passe, partout dans le monde. Par les médias, nous connaissons les grandes figures de la politique suisse : le Zurichois Blocher, le Vaudois Maillard, la Saint-Galloise Keller-Sutter, le Tessinois Lombardi, le Valaisan Darbellay, etc. A noter que la plupart de ces personnes (et les Tessinois sont les plus brillants dans ce domaine) s’expriment dans deux, voire trois langues nationales. Nos problèmes sont devenus nationaux. J’estime infiniment plus légitime, pour un conseiller fédéral, d’être élu par quatre millions de citoyens que par 246 parlementaires. L’onction de cette immédiateté lui donnera une légitimité beaucoup plus puissante que le seul jeu de miroirs du sérail parlementaire. Le candidat devra aller à la rencontre du pays profond, il aura pour horizon d’attente, pour théâtre d’opérations, le pays tout entier.


 
J’ajoute une chose : Valaisan de Genève, il m’est parfaitement égal qu’il y ait des Valaisans ou des Genevois au Conseil fédéral. Il s’agit d’une instance suisse. Dans le Bâlois Tschudi, le Saint-Gallois Furgler, les Vaudois Delamuraz, trois grands hommes, j’ai toujours reconnu MES conseillers fédéraux. Non par l’origine cantonale. Mais justement parce que différents de moi, ils me parlaient et me touchaient quand même. Osons l’élection par le peuple. Osons la Suisse. Osons donner un nouvel élan à ce fabuleux pays. Il a besoin d’audace, d’amour et de modernité. Besoin de nos énergies. Besoin de nous.


 
Pascal Décaillet
 
 

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25/05/2013

Le corporatisme par le sexe

 

Sur le vif - Samedi 25.05.13 - 18.29h

 

Ca rime à quoi, les "Femmes PLR" ? Les "Femmes socialistes" ? Les "Femmes PDC" ? Depuis quand, en République, l'identité d'un parti doit-elle se fractionner en fonction du sexe ? Que diraient-elles, ces dames, si s'érigeaient des sections d'"Hommes PLR", Hommes socialistes", "Hommes PDC" ? Je vais vous le dire: elles hurleraient.


C'est gênant, ce que j'écris là ? Ca n'est pas dans l'air du temps ? Si vous saviez, amis lecteurs, à quel point je m'en fous.

 

Pascal Décaillet

 

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Gauchebdo : remarquable, une fois de plus

 

Sur le vif  - Samedi 25.05.13 - 15.13h

 

Une fois de plus, il faut lire l'hebdomadaire Gauchebdo pour avoir des pages culturelles du week-end qui soient autre chose que simple captation de mode, miroir du fric, promotion des vogues majoritaires. Dans le numéro 21, du 24 mai 2013, que je viens de lire, on trouvera, en vrac:

* Un hommage à Jean Dutilleux, l'un des plus grands musiciens du vingtième siècle, décédé le jour du 200ème de Wagner.

* "Un Vaudois dans la tourmente révolutionnaire". Papier, signé Pierre Jeanneret, sur la correspondance de Julien Narbel, au temps de Nicolas II. Suite au livre de Claire et Claude Torracinta, que j'avais reçus à ce sujet à Genève à chaud.

* Un rappel sur le Chablais comme lieu de résistance à l'occupation nazie, en lien avec les Glières.

Cela, pour la seule partie culturelle du journal !

Quand on compare cela avec la tiédeur et la mièvrerie de l'immense majorité des journaux d'opinion politique ou de partis, qui ne sont là que pour cirer les pompes à leurs caciques, inscrire leurs tronches au tableau d'honneur, tout le monde il est beau, et ragnagni, et ragnagna, on se dit qu'il est urgent de réintroduire dans la presse romande l'essentiel: le contenu, le choix des angles, la qualité d'écriture, l'audace dans la transgression, la puissance de solitude des auteurs, l'indépendance face aux courants dominants. Tout cela, bien au-delà de la droite et de la gauche. C'est juste une question d'amour du métier.

 

Pascal Décaillet

 

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24/05/2013

Pascal, Joseph et l'Oncle Karl

 

Sur le vif - Vendredi 24.05.13 - 19.17h

 

Très bon débat, à Forum, entre Pascal Couchepin et Joseph Zisyadis sur l'élection du Conseil fédéral par le peuple. Des deux côtés, de bons arguments. Exactement les mêmes, de part et d'autre, depuis 25 ans. Et sans doute les argumentaires des deux premières votations (là, c'était la gauche qui était pour) de 1900 et 1942 étaient-ils à peu près, déjà, ceux de ce soir.



Difficile d'attendre de Pascal Couchepin qu'il puisse intellectuellement adhérer à la réforme d'un système où a baigné l'intégralité de sa carrière politique. La Suisse ne se porte pas si mal, donc ne changeons rien. Ca se défend. Et assurément, le peuple et les cantons, le 9 juin, l'entendront ainsi.



Beaucoup de non-dits, aussi, dans le débat: plus le parti est installé dans les arcanes du pouvoir, moins il veut réformer le système (Couchepin). Plus il en est exclu (Zisyadis), plus il peut se montrer audacieux. Comme les radicaux d'avant 1848, de 1848, et des premières décennies après 1848. Comme les catholiques-conservateurs d'avant 1891. Comme les socialistes d'avant 1943. Le vrai problème, derrière le paravent d'arguments aux senteurs de naphtaline (des deux côtés) est là: celui d'une dialectique entre la Suisse des notables du moment, ou disons d'un carrefour de notables, et celle des marges.



Sous le prétexte d'un débat institutionnel. la réalité des choses est toujours celle d'un rapport de forces et de pouvoir. Oui, je sais, c'est une analyse marxiste. Ca tombe bien: Karl Marx était un exceptionnel observateur des tensions politiques et sociales de son siècle.

 

Pascal Décaillet

 

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Richard Wagner, 200 ans, pas une ride

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Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 24.05.13


 
Ma première rencontre avec Richard Wagner date du premier de mes nombreux séjours en Allemagne, en 1971. Pour un pré-adolescent amoureux de musique, au tout début de ses découvertes dans ce domaine, ce fut un choc. Plus de quatre décennies plus tard, mon étonnement premier demeure : celui d’une musique surgie de nulle part ailleurs, ne faisant écho à aucune antériorité. Les premières notes de Mozart rappellent (entre autres) Haydn, les débuts de Beethoven font penser à Mozart, l’univers de Bach et celui de Haendel – si puissamment différents soient-ils – usent de codes musicaux communs qui nous amènent, non à les confondre, mais tout au moins à les comparer.


 
Avec Wagner, rien de cela. L’œuvre surgit. Je sais, nombre de musicologues, s’appuyant sur les premières œuvres, celles qui précèdent les dix opéras immortels, s’emploient à nous démontrer le contraire, notamment  la richesse de l’héritage beethovenien. Mais enfin, prenez la première grande œuvre, le Vaisseau fantôme, composé à l’âge de trente ans (1843) : dès l’ouverture et jusqu’à la note ultime, le fracas, le ressac et jusqu’à la tempête d’un nouveau style. Nous ne sommes que seize ans après la mort de Beethoven, un demi-siècle après celle de Mozart, mais cette musique-là relève d’un autre univers, d’autres altitudes, d’autres abysses, d’autres imaginaires. Richard Wagner n’est pas le musicien que je préfère : il est beaucoup plus que cela. Il est l’homme de l’œuvre totale (paroles, musiques, décors, tout de lui !), le magicien qui invente un monde. De peu d’artistes, on peut dire cela.


 
J’ai vieilli avec Wagner. Adolescent, sur mes vinyles, je me passais en boucle les ouvertures et les tubes : Tannhäuser, Liebestod dans Tristan, Chevauchée de la Walkyrie, Maîtres-Chanteurs. Nourris de mes voyages en Allemagne, de ma grotte de Linderhof, de mes passages à Bayreuth et Nuremberg, je cultivais une image trop romantique de cet homme unique, oui je crois que je cédais au cliché Wagner. Plus tard, entre vingt et trente ans, j’ai lu les textes de ses livrets, en allemand, creusé son rôle politique autour des événements de 1848. Et, seulement après la trentaine, j’ai commencé à entrer dans l’aspect physique, corporel de l’œuvre : l’écoute attentive des parties chantées, notamment les solos et les duos. Cette dernière approche, qui m’aurait parue ennuyeuse à dix-sept ans, est aujourd’hui celle qui m’occupe le plus. Sur l’époustouflante chaîne musicale Mezzo, je ne manque pas un Wagner.


 
Demeure la puissance d’une œuvre. Originale, « ursprünglich ». La totalité d’une pensée artistique. Le duo final de la Walkyrie avec son père. La puissance, après les Lumières et l’Aufklärung, après l’occupation napoléonienne, du retour aux mythes fondateurs de la culture allemande. Disons que tout cela pourrait s’appeler le génie d’un homme. Et que, le désignant ainsi, nous n’aurions encore rien dit du tout.


 
Pascal Décaillet

 

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23/05/2013

Et l'école, bordel !

 

Commentaire publié dans GHI - 22.05.13
 
 
Après une décennie de Charles Beer, l’école genevoise aura, dès novembre, un nouveau patron. Qui ? L’un des candidats actuels au Conseil d’Etat ! Eh oui, il existe à Genève un personnage connu de nous tous, de gauche ou de droite, qui, par la force des choses, sera cet automne notre nouveau ministre de l’Instruction publique. Le sait-il lui-même ? Reprendra-t-il le DIP à son corps défendant ? Va-t-on confier ce Département capital à un petit nouveau, sans Histoire et sans culture, sans le frottement de la mémoire, sans une équation personnelle puissante avec le principe même de l’école, la transmission du savoir ?


 
Ce scénario serait catastrophique. Je crois être le seul, à Genève, en ce printemps de pré-campagne, à thématiser des débats sur le sujet. Les partis, pour l’heure, s’en désintéressent, ne parlant que sécurité, logement, mobilité. Ils ne viennent débattre de l’école, ce qu’ils font poliment, que si on leur en impose le thème. C’est tout de même inouï ! Que transmettre à nos enfants ? Comment organiser l’accès aux connaissances des générations futures. Quelles priorités ? Comment mettre en application la nouvelle norme constitutionnelle qui rend la formation obligatoire jusqu’à 18 ans. Comment valoriser l’apprentissage, rendre sa noblesse à ce magnifique mot, « le métier ». Si ces sujets-là ne sont pas majeurs, alors lesquels ?


 
En arbitrant à la Pentecôte un débat entre deux hommes intelligents, le socialiste Thierry Apothéloz et le MCG Mauro Poggia, je me suis rendu compte que le legs de Charles Beer n’était, au fond, pas si contesté. Et qu’il s’agissait avant tout, aujourd’hui, d’aller de l’avant. En privilégiant les solutions concrètes sur les grands combats frontaux – comme les notes – d’il y a dix ans. C’est bien. Mais la nouvelle ère, incarnée par une nouvelle personne, aura besoin d’un nouveau souffle. J’ai déjà écrit ici que le DIP gagnerait à être repris par une personnalité radicale, je dis bien radicale. Parce que c’est un parti d’Etat, qui a fait nos institutions, ne se laisse pas enivrer par la puissance de l’argent, organise la répartition autrement qu’en sandales. Mais cela n’engage que moi. Je porterai, jusqu’à cet automne, le débat sur l’avenir de l’école à Genève, j’amènerai les candidats à sortir du bois.


 
Pascal Décaillet

 

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Feue la Régente

 

Sur le vif - Jeudi 23.05.13 - 13.06h

 

Le Parti socialiste en Ville de Genève dresse aujourd'hui son bilan de mi-législature. Disons-le tout de suite: ce bilan est bon. Notamment à l'exécutif, avec deux magistrats de qualité. Tout au plus pourrait-on souhaiter, de la part de Sami Kanaan, une vision (ou une communication) moins administrative, plus visionnaire. Mais cela est compensé par la classe de l'homme, sa tenue, son respect des gens.



Quant à Sandrine Salerno, après avoir été il y a six ans la Dauphine de Manuel Tornare, voire la Régente à l'ombre du soleil, elle s'affirme en cette deuxième législature comme la locomotive du Conseil administratif. Elle est morte, la Régente, la chrysalide a laissé naître quelque chose d'autre, de plus puissant et plus légitime.

 

Mme Salerno est courageuse, ne craint pas de déplaire, déploie une politique servie par une vision. On partage ou non ses options, bien sûr. Mais au moins ces dernières sont claires, on sait à qui on a affaire, c'est franco, sur la table, à des milliers de lieues marines des atermoiements, de la langue de bois ou de l'illisibilité. Assurément, la ministre en Ville de Genève a l'étoffe d'une conseillère d'Etat.



Il m'est parfaitement égal que mes propos déplaisent à une certaine droite, notamment celle de l'Argent roi et de la spéculation. Homme de droite moi-même, mais certainement pas de cette droite-là, je respecte toute personnalité habitée par le souffle républicain, et se battant sincèrement pour ses idées, dans l'intérêt général. Mme Salerno, M. Kanaan en font éminemment partie.

 

Pascal Décaillet

 

 

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22/05/2013

Frère Sylvain et la bête universelle

 

Sur le vif - Mercredi 22.05.13 - 09.14h

 

Le suicide d'hier, en la Cathédrale Notre-Dame, et les propos de M. Menoud au Municipal ne sont clairement, c'est entendu, qu'une seule et même affaire. Au pire, deux faces d'une même réalité qu'il entrevoit, lui, et à laquelle nous, pauvres grégaires, demeurons aveugles. C'est l'analyse, toute en nuances, de Frère Sylvain, le seul ici bas à avoir repéré la bête immonde.

 

Merci, Frère Sylvain, de vos éclairs de lucidité.

 

Pascal Décaillet

 

 

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19/05/2013

Les anathèmes de Frère Sylvain

 

Sur le vif - Dimanche 19.05.13 - 17.38h

 

De retour de 48 heures hors de la toile, je découvre les anathèmes décochés par le socialiste Sylvain Thévoz à l’endroit de quelques hérétiques (dont Pierre Ruetschi et votre serviteur) coupables à ses yeux d’un péché mortel. Celui d’avoir eu l'outrecuidance de relever – chacun à sa manière – qu’un Parlement n’était pas le lieu pour afficher des slogans écrits, ce qui est langage de rue ou de manif, mais celui d’argumenter avec le verbe, en lien avec les sujets à l’ordre du jour.

 

Il eût fallu, plutôt que d’insister sur cette vétille, ne participer qu’à l’exécution générale de M. Menoud, cela et rien d’autre. Il eût fallu, selon M. Thévoz, embrasser exactement le champ, l’objet et l’intensité de son indignation à lui. Bref, faire du Thévoz. Entonner la liturgie de ses colères à lui. Dans la joie partagée de ces Vêpres communes, une même Grâce du Grand Soir nous aurait tout naturellement amenés à laisser tomber nos dérisoires didascalies sur le fonctionnement républicain d’un Parlement. Au profit de la seule condamnation, D'UNE MÊME VOIX, de M. Menoud.

 

Sinon ? Sinon, honte à nous ! Sinon, que pleuvent sur nous les orgues de Staline de la morale. Avec en prime Hannah Arendt pour nous rappeler que nous n’avons, nous, pauvres gens de presse, rien retenu de l’Histoire. M. Thévoz serait Thomas Mann, ou Heinrich, ou Klaus, seuls lucides dans les ultimes années de la République de Weimar, et nous, alias « la presse », serions captifs de « l’effroyable banalité », aveugles au retour de la bête immonde, complices du pire. Dans le rôle du Bien, M. Thévoz; dans le rôle du Mal, ceux qui choisissent un autre angle, un autre éclairage. Elle va être belle, la liberté d’expression, le jour où M. Thévoz sera au pouvoir.

 

Je vous le dis tout de suite, Frère Sylvain, ce genre de pressions sur fond de grandes leçons morales ne marche pas avec moi. J’ai, dès le début, écrit ce que je pensais de l’énormité verbale de M. Menoud. Je n’ai jamais, une seule seconde, pris sa défense. J’ai simplement choisi, EN PLUS DE CETTE AFFAIRE, d’en évoquer une autre, évidemment un peu gênante pour une partie de la gauche municipale, puisqu’elle concerne cette histoire de banderoles, ou d’affichettes. Vous voudriez, au nom de la totalité de l’horreur que représentent à vos yeux les propos de M. Menoud, que cette AUTRE AFFAIRE, nous la passions par pertes et profits, tant elle serait, en comparaison, insignifiante.

 

Je ne le ferai pas. Je n’entrerai pas dans votre jeu. Je n’accepterai pas, moi qui ai toujours défendu la cause homosexuelle (en des périodes où elle était autrement plus minoritaire qu’aujourd’hui dans l’opinion) que vous veniez me qualifier, comme vous l’avez fait dans un commentaire, de « complice de l’homophobie », sous prétexte que je n’adresse pas exactement à M. Menoud, avec vos mots à vous et vos incantations, les anathèmes qui sont vôtres. Et que je ne vous reproche pas, d’ailleurs, de lui adresser. A chacun son équation avec le verbe, à chacun son langage.

 

M. Thévoz, vous êtes homme de plume et d’écriture. L’un des rares de la classe politique à mériter ce nom. Je vous tiens même pour l'homme politique genevois au style littéraire le plus troublant. Mais dans cette affaire, avec l’écrasante artillerie de vos menaces morales, vous voilà hélas d’une intolérance presque théologique. Pour ma part, je condamne, dès le début, les paroles de M. Menoud. Et parallèlement, DANS UNE AUTRE AFFAIRE, je persiste sur ce que doit être le comportement des élus du peuple. Vous n’obtiendrez pas de moi qu’un événement serve d’opportun paravent à un autre. Ni que j'efface ce détail un peu gênant de mon tableau d'ensemble.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

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17/05/2013

Errances libertaires - Suite

 

Sur le vif - Vendredi 17.05.13 - 10.06h

 

100% d'accord avec l'édito de Pierre Ruetschi sur la séance calamiteuse du Municipal, avant-hier. A un détail près: que vient faire ici Mme Salerno, dont je peine à entrevoir la responsabilité dans cette affaire de banderoles ? Les élus législatifs du groupe socialiste sont des citoyens libres et responsables, ils représentent un pouvoir séparé de l'exécutif, dont ils n'ont aucun ordre à recevoir. Responsables, ils doivent donc assumer leurs actes. Par exemple, celui de prendre un Parlement pour un lieu de manifestation. Madame Salerno, élue exécutive lançant une campagne parfaitement justifiée contre l'homophobie, n'a strictement rien à se reprocher dans les errances de certains élus législatifs de son parti: une fois pour toutes, on ne vient pas siéger dans un quelconque législatif en affichant des banderoles.

 

On imagine leurs rugissements, à ces élus socialistes, si de quelconques pancartes, on banderoles, avaient pris place sur les bancs de la droite. Ils en auraient, à juste titre, immédiatement demandé la suppression au président. Et, désolé si je déplais, mais les énormités de M. Menoud (que je n'ai jamais défendu une seule seconde) ne doivent pas servir de paravent à cette autre affaire, chronologiquement antérieure, le comportement libertaire et bien peu républicain de quelques élus socialistes.

 

Parmi eux, des hommes de culture, que je respecte et apprécie beaucoup: où est leur culture politique, historique ? Où est passée leur connaissance de l'un des fondements de la démocratie représentative: la distinction entre le pléthos (le peuple qui bouillonne dans la rue, manifeste, proteste, vocifère), porteur de doxa (l'opinion) et le démos (le peuple - et ses représentants - comme organe de décision, ce qui exige le respect de l'ordre républicain). On eût aimé quelque lecture d'Aristote, ou vingt siècles plus tard de Montesquieu, ou de Tocqueville, pour donner à ce débat l'arrière-pays qu'il mérite.

 

Par les énormités qu'il a proférées, M. Menoud a retourné contre lui-même l'arme de la rhétorique, il a toitalement détruit l'essence de son propos initial sur les banderoles, a ruiné sa crédibilité. C'est son problème. Mais je n'entrerai pas dans le piège qu'essayent, depuis mercredi soir, de nous tendre les camarades socialiste du Municipal: se servir de l'affaire Menoud (qui en est une autre, en soi, assurément condamnable) comme paravent de leurs errances antérieures. Trop facile, Messieurs. Et, pour les Paravents, puisque je crois savoir qu'au moins une très belle plume (allez, disons deux) siège sur les bancs socialistes du Municipal, on me permettra de préférer le texte exceptionnel de Jean Genet.

 

Pascal Décaillet

 

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16/05/2013

Le talent - Le possessif

 

Sur le vif - Jeudi 16.05.13 - 17.43h

 

Je ne suis ni Bâlois, ni Saint-Gallois, ni Vaudois. Mais j'ai toujours considéré Hanspeter Tschudi, génial socialiste des années 1959-1973, Kurt Furgler, immense démocrate-chrétien des années 1971-1986, Jean-Pascal Delamuraz, 1983-1998, incarnation du radicalisme populaire et social, que j'ai eu l'honneur de suivre de près, comme MES conseillers fédéraux. Avec toute la part d'affect, de reconnaissance de ce possessif, "mes". Je me foutais bien que l'un fût Bâlois, l'autre Saint-Gallois, le troisième Vaudois. Nous étions tous Suisses, composantes diverses et multiples de ce pays qui est mien et auquel je veux croire, dans la richesse de sa diversité.

 

Pascal Décaillet

 

17:43 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

Conseil municipal d'hier: la faute première

 

Sur le vif - 16.05.13 - 08.45h

 

Il n'est pas admissible, dans l'enceinte d'un Parlement municipal, ni de n'importe quel législatif ou délibératif, que des élus arborent des banderoles, aussi respectables soient les causes défendues. La banderole, c'est le langage de la rue. Dans un Parlement, l'outil de l'élu, c'est d'argumenter sur un sujet donné, à l'ordre du jour, en respectant son tour de parole.

 

Quelles qu'aient pu être, en réaction à cela, les errances ou approximations, ou même les énormités d'un conseiller municipal, la faute chronologiquement première hier, au Municipal de la Ville de Genève, c'est de confondre le Parlement avec la rue, le démos avec le pléthos. On ne vient pas siéger pour manifester. Ce comportement, de la part de la gauche municipale, dénote une grave méconnaissance de la nature même de la démocratie parlementaire, l'éternelle primauté du militantisme revendicateur sur la fonction institutionnelle de leur rôle. Cette gauche-là, d'essence libertaire et désordonnée, n'a rien compris à la République.

 

En cela, moi qui ai souvent été sévère avec le Président, là, je comprends parfaitement la position, hier soir, de M. Rielle.

 

Pascal Décaillet

 

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15/05/2013

L'autoroute de la honte

 

Coup de Griffe - Lausanne Cités - 15.05.13

 

Les deux premières fois que j’ai emprunté l’autoroute Genève-Lausanne, c’était en 1964, pour aller voir l’Expo avec mes parents. C’était tout simplement magique. La route du paradis. Peu de voitures. La clef d’un lieu de rêve, ces quais de Vidy et d’Ouchy avec une soucoupe volante, des poussins qui naissaient sous nos yeux, le dieu du Progrès qui nous souriait. Aucune Expo ultérieure n’aura égalé ce rêve lausannois des belles années. Où avait fait ses premières armes, d’ailleurs, un certain Jean-Pascal Delamuraz.

 

Cinquante ans plus tard, cette autoroute, naguère fleuron, est devenue l’un des pires tronçons d’Europe. Elle est beaucoup trop étroite, ne s’est jamais adaptée à l’accroissement du trafic, a vécu de ses rentes, s’est reposée sur ses lauriers. En 1964, les grands, autour de moi, ironisaient sur ces pauvres Français, leurs chaussées éventrées d’avant-guerre, leurs dos d’âne. Vous les avez vues aujourd’hui, les autoroutes françaises ? Spacieuses, six voies, parfois huit, confortables, signalisation informatique adaptée aux événements. Et nous, Lausanne-Genève, vieillotte, désuète, coagulée aux heures de pointe, strangulée, inadaptée.

 

Le tronçon Lausanne-Genève 2013 est une honte. Un monument d’impéritie de la part de nos autorités confondues. Après avoir été les premiers, nous voilà les derniers. Jusqu’à quand ?

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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14/05/2013

Gletsch - Les Saintes, à pied, contre le cancer

 

Sur le vif - Mardi 14.05.13 - 14.13h

 

Il s'appelle Serge Buchard, il est Valaisan et habite à Chemin-Dessus. Atteint d'un lymphome de stade 4, incurable, ayant déjà suivi plusieurs chimiothérapies, conscient de n'être qu'en rémission, Serge a décidé, pour donner du courage à tous ceux qui se battent contre le cancer, de rallier, à pied, Gletsch aux Saintes-Maries-de-la-Mer. Plus de mille kilomètres ! Le cours du Rhône, d'un bout à l'autre.



Ce formidable pèlerin, dont j'ai appris l'existence il y a quelques semaines par un papier de ma consœur Christine Savioz, dans le Nouvelliste, sera ce soir en direct sur le plateau de Genève à chaud. Il est, au sens propre, DE PASSAGE à Genève, ayant déjà accompli les premières centaines de kilomètres depuis le Glacier du Rhône.


Pour toutes raisons, à la fois personnelles et publiques, je me réjouis infiniment de le recevoir. Il viendra en compagnie d'un autre pèlerin, infatigable, Jean-François Duchosal.

 

Pascal Décaillet

 

14:13 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

13/05/2013

Quand le Temps désinforme

 

Sur le vif - Lundi 13.05.13 - 08.54h

 

"La votation qui pourrait déstabiliser les institutions politiques suisses": sur cinq colonnes, à la une du Temps de ce matin, un titre particulièrement scandaleux. On peut être pour ou contre l'élection du Conseil fédéral par le peuple, mais il ne saurait être question de "déstabilisation des institutions".

 

Le 9 juin prochain, le peuple et les cantons se prononceront sur une initiative parfaitement recevable, dans le cadre exact de nos institutions. Ils diront, en toute tranquillité et en toute souveraineté, oui ou non. Si c'est non, nous garderons notre système actuel. Si c'est oui, nous en changerons. Il n'y a vraiment pas à s'énerver. Nous ne sommes ni en Brumaire, ni même à Alger, le 13 mai 1958 (il y a 55 ans, jour pour jour). Nous sommes chez nous, en Suisse, au coeur du fonctionnement totalement normal de notre démocratie.

 

Dans les deux cas, celui du oui ou celui du non, les institutions suisses, dont ce magnifique droit d'initiative qui en est un fleuron envié à la ronde, auront fonctionné. Il faut vraiment arrêter de nous faire le coup de l'atteinte aux institutions. Ils confondent cela avec "atteinte au statu quo".

 

Or, l'atteinte au statu quo ne remet pas en cause le système: au contraire, elle le vivifie de l'intérieur, par un jeu démocratique régénérant, prévu dans les règles, qui permet à une double majorité, peuple et cantons, de faire précisément évoluer ces institutions. Ces dernières sont un tissu vivant, et non une Arche sainte, un fondement théologique, donné une fois pour toutes. Depuis 1848, nos institutions n'ont cessé d'évoluer. Pensons, notamment, à l'instauration de la proportionnelle en 1919.

 

L'argument de "l'atteinte aux institutions" est donc la rengaine, peu cultivée et peu habitée par notre Histoire, de ceux qui ne veulent surtout rien changer. Qu'ils combattent cette réforme est une chose, et sans doute d'ailleurs gagneront-ils le 9 juin. Mais qu'ils peignent le diable sur la muraille institutionnelle, et surtout qu'un quotidien dit de référence (révérence?) répète l'antienne sur cinq colonnes à la une, là il convenait de réagir.

 

Pascal Décaillet

 

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10/05/2013

Tinguely, le génie en moins

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 10.05.13

 

A quoi sert l’Office fédéral de la Culture ? Si elle ne veut pas enterrer une carrière jusqu’ici brillante, la Fribourgeoise Isabelle Chassot devra donner à cette question, par l’acte et sans tarder, une réponse précise, séduisante, de nature à convaincre le vaste public, et pas seulement les officines. Vaste programme. Parce que jusqu’ici, dans la population suisse, personne ne connaît cet Office, n’en ressent les effets, ne saisit à quoi il sert. Un machin lointain, quelque part à Berne, avec des fonctionnaires fédéraux. Au mieux, un truc organique, sans souffle ni vision. Au pire, une structure inutile. Tinguely, le génie en moins.

 

En Suisse, ce sont les cantons qui sont responsables de la culture. D’ailleurs, si par hasard quelqu’un pouvait m’expliquer en quel honneur on en a écarté Oskar Freysinger, j’en serais très heureux. Les cantons, donc. Avec des exceptions historiques, comme la Ville de Genève, où quelque 250 millions par an sont investis dans les activités culturelles, la part cantonale demeurant congrue. S’il est un domaine où les vertus du fédéralisme sont les plus efficaces, c’est bien celui-là. Proximité des centres de décisions, connaissance du terrain, réseaux de relations, ancrage dans l’économie locale pour s’ouvrir à des partenariats avec le privé. La Suisse, ce sont vingt-six Etats, vingt-six Histoires, vingt-six horizons d’attentes culturelles, vingt-six théâtres d’opération. Dans quatre langues, au moins.

 

Mais la Berne fédérale, que vient-elle faire dans cette galère ? Franchement, pas grand-chose. Son budget global navigue dans des eaux comparables à celui de la seule Ville de Genève (qui est certes somptuaire, je me souviens encore de la tête de l’excellent Philippe Nantermod le soir où, devant une pizza, je lui ai indiqué le chiffre). Surtout, comme son nom l’indique, il n’est pas, comme en France, un ministère à part entière, mais juste un office, une entité administrative, créée en 1975, un quart de siècle avant l’article constitutionnel conférant quelque légitimité à sa mission. Il chapeaute l’encouragement au cinéma, la Bibliothèque nationale, quelques musées, mais franchement, rien d’extraordinairement excitant, rien de galvanisant, rien qui rappelle Malraux ou Jack Lang. Lorsque le conseiller fédéral de tutelle est lui-même éclairé ou cultivé, comme un Pascal Couchepin, on s’y emmerde un peu moins. Lorsque c’est Didier Burkhalter, je n’ose imaginer l’ambiance. Et Alain, Berset, quel homme est-il ?

 

Reste qu’Isabelle Chassot, nommée par son compatriote fribourgeois, devra faire ses preuves. Elle a du boulot. La tâche est immense. Son prédécesseur est gris comme une souris. Puisse le passage de l’actuelle conseillère d’Etat fribourgeoise, présidente de la Conférence des directeurs de l’Instruction publique, ancienne collaboratrice personnelle de Ruth Metzler, s’y affirmer comme autre chose que comme un placard de reconversion.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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09/05/2013

Deux poids, deux mesures

 

Coup de Griffe publié dans Lausanne Cités - 08.05.13


 
Ils se précipitent là, comme des pachydermes, avec leurs tonnes de poids balourds, pour tomber sur Micheline Calmy-Rey. Quelle grand crime a-t-elle commis, cette ancienne présidente de la Confédération ? Celui d’avoir parlé ! Elle estime que l’élection du Conseil fédéral par le peuple est une bonne chose. Et simplement, en citoyenne, le dit. Elle n’est de loin pas la seule socialiste de cet avis : le plus célèbre, en Suisse romande, est Pierre-Yves Maillard.


 
Micheline Calmy-Rey parle, haro sur la sorcière. Mais qu’un certain Pascal Couchepin, qui occupa exactement les mêmes fonctions qu’elle, vienne s’épancher sur une page complète du Temps, accompagnée d’une interview vidéo où on ne peut pas dire que les questions aient été particulièrement insolentes, tout le monde trouve ça normal. Couchepin partout, chronique de Couchepin, coup de gueule de Couchepin, pensées de Pascal. A titre personnel, j’aime beaucoup. Mais enfin, pourquoi aurait-il plus le droit à la parole que son ancienne collègue ?


 
Pour une raison simple : dans l’affaire de l’élection du Conseil par le peuple, il représente le courant dominant. Ceux qui, surtout, ne veulent rien changer. Le consensus des partis aujourd’hui au pouvoir, tous contre l’UDC. Alors, vous pensez, ses apparitions, elles seront toutes les bienvenues. Pendant qu’on brûlera Micheline, on encensera Pascal.


 
 
Pascal Décaillet

 

19:38 Publié dans Coups de Griffe Lausanne Cités | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |