02/06/2013

Jean Romain, la fureur républicaine

 

Sur le vif - Dimanche 02.06.13 - 16.15h

 

Professeur de philosophie au Collège Rousseau, mais aussi député PLR, penseur de l’école, passionné et même habité par la question scolaire, Jean Romain quitte l’enseignement. Il n’anticipe certes que de quelques années sa retraite, mais il le fait, et c’est un signal. Il s’en explique dans le Matin dimanche d’aujourd’hui, et nous en dira un peu plus à 18.40h, en direct dans le Grand Genève à chaud.

 

Oui, ce départ est un témoignage qu’il faut prendre au sérieux. Le départ d’un humaniste, très apprécié de ses élèves, et qui s’est toujours fait une très haute idée de ce que doit être la transmission. Celle dont parle si bien Péguy, dans un chef-d’œuvre intitulé « L’Argent », Sixième Cahier de la Quinzaine, 1913 :

 

«  Je voudrais dire quelque jour, et je voudrais être capable de le dire dignement, dans quelle amitié, dans quel climat d'honneur et de fidélité vivait alors ce noble enseignement primaire. Je voudrais faire un portrait de tous mes maîtres. Tous m'ont suivi, tous me sont restés obstinément fidèles, dans toutes les pauvretés de ma difficile carrière. Ils n'étaient point comme nos beaux maîtres de Sorbonne. Ils ne croyaient point que, parce qu'un homme a été votre élève, on est tenu de le haïr. Et de le combattre ; et de chercher à l'étrangler. Et de l'envier bassement. Ils ne croyaient pas que le beau nom d'élève fût un titre suffisant pour tant de vilenie. Et pour venir en butte à tant de basse haine. Au contraire, ils croyaient, et si je puis dire ils pratiquaient que d'être maître et élèves, cela constitue une liaison sacrée, fort apparentée à cette liaison qui de la filiale devient la paternelle. Suivant le beau mot de Lapicque ils pensaient que l'on n'a pas seulement des devoirs envers ses maîtres mais que l'on en a aussi et peut-être surtout envers ses élèves. Car enfin ses élèves, on les a faits. Et c'est assez grave. »

 

Oui, le départ de Jean Romain est démonstratif, protestataire. Oui, il veut montrer quelque chose. Confirmer ce qu’il rumine depuis tant d’années, lui qui a réveillé la question scolaire à Genève et obtenu, en septembre 2006, une victoire historique, à savoir sa colère contre ce qu’il appelle « l’école des pédagos » et des armadas de fonctionnaires. L’école qui « n’élève » plus (Dieu qu’est est belle, la métaphore de la verticalité), mais qui se contente, au mieux, d’animer. Ce signal de Jean Romain n’est pas dirigé contre ses confrères et consœurs, mais contre la rigidité d’un système, son aridité, sa prétention à ériger en science ce qui est avant tout un art de la transmission, de la communication.

 

Jean Romain quitte l’école, mais demeure en politique. Dire que c’est heureux est un faible mot : le député est apprécié de tous, même de ses adversaires, il ne cherche à convaincre que par la lumière de l’argument, respecte les gens, n’a de fureur que celle de la République, qu’il veut servir. A cet ami fidèle dont j’ai eu l’honneur de préfacer un livre, je souhaite bon vent et longue vie. Et toujours le retrouver sur la question scolaire. A Genève, ou ailleurs.

 

Pascal Décaillet

 

16:15 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Très beau témoignage et très juste !

Mais n'oubliez pas, cher Monsieur Décaillet, que beaucoup, parmi ces enseignants qui s'en vont en profitant, certainement du plend, le font pour la même raison. Nous ne croyons plus au DIP ! Nous ne croyons plus en notre école, telle qu'elle est mise en place par le DIP.

Écrit par : Marion Garcia | 02/06/2013

Charles Beer heureusement ne se représente plus à sa réélection.
Bon vent Charles !

Écrit par : Victor Winteregg | 02/06/2013

"Maître" au Collège Rousseau est plus correct. Les professeurs ont leur chair à l'Université. Ce qui n'enlève rien aux qualités de M. Putallaz.

Écrit par : Mère-Grand | 02/06/2013

Le Départ du Philosophe est effectivement spectaculaire c'est quasiment Camus terriblement seul comme gardien de but à Alger et devant renoncer à une carrière de footballeur à cause de la tuberculose.
Pour Jean R Putallaz et si l'ignoble virus s'appelait Plend , un peu comme le SRAS, il s'immisce dans le corps "Enseignant" lui faisant miroiter des lendemains qui chantent , alors que horreur l'étranger est en lui.
Pathétique

Écrit par : briand | 02/06/2013

....j'ai un peu le sentiment que M. Putallaz quitte le navire en voulant profiter du pont AVS avant que le PLR ne le suppimât!

Écrit par : Galileo | 02/06/2013

Est-ce que Jean Roamin quitte l'école parce qu'il croit en la victoire de Mme Emery-Torracinta et qu'il anticipe d'avoir à subir une accentuation de l'école de des pédago-go?
Si tel est le cas, c'est de très mauvais augure car une telle élection ne fera que précipiter cette école encore plus bas que ne la laisse le syndicaliste Beer.

Contrairement à Jean Romain cette mouvance ne réfléchit pas l'école pour son rôle essentiel de préparation à la vie d'adulte mais pour mettre des adultes dans une situation aussi confortable que possible aux frais des contribuables.

Malheureusement, le nombre d'enseignants qui ont la hauteur de vue de Jean Romain ne sont pas assez nombreux pour contrer les ravages de tous ceux qui ne cherchent qu'un boulot planqué muni d'une solide retraite en fin de parcours.

Ceux-là même qui usent les bancs cirés par la manne publique et riiquent fort de venir pourrir le débat parlementaire dès cet automne autrement plus sérieusement que ne le fait le MCG. Ils sont puissamment armés de la rhétorique marxiste qu'il manient avec une autre aisance que le pauvre Stauffer ne sait haranguer les foules avec son accent nasillard.

Heureusement que Jean Romain reste au Parlement, précisément pour y apporter une touche de raison, de raisonnement, de courtoisie et d'élégance.

Écrit par : G Dubouloz | 02/06/2013

Le suicide de Dominique Venner à Notre-Dame avait plus de brio quand même.

Écrit par : Marc Fischer | 04/06/2013

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