14/06/2013

Grégoire Carasso et la polyphonie du sens

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Sur le vif - Vendredi 14.06.13 - 10.56h

 

Grégoire Carasso, chef du groupe socialiste au Municipal de la Ville de Genève. Une tête incroyablement bien faite. Un phrasé aux inflexions juste contenues pour ne pas (ou presque) laisser perler le bouillonnement interne de la passion. Une rare qualité de français. Le mot est juste, bien choisi, le ton est sobre et plaisant, l'ellipse s'invite en fin de phrase, l'humour et la litote aussi. Un politicien qui sait parler.



Écrire, aussi. Son rapport de majorité sur Naxoo est simplement remarquable. A la fois "gründlich", dans le meilleur sens germanique, celui qui va puiser le fond des choses, et envoyé dans la forme, avec des moments d'aération pour relancer l'attention du lecteur. Un politicien qui sait communiquer.



Parler, encore. La phrase est contrôlée, juste ce qu'il faut. Pas de ce contrôle qui tue le verbe, l'étouffe dans sa spontanéité. Mais de celui - j'y reviens - qui canalise un flux dont tout auditeur sensible perçoit l'impétuosité fondamentale. Grégoire Carasso, j'en suis persuadé, est un passionné qui a appris à se contrôler. Suffisamment esthète pour ne point le faire trop.



Le grand plaisir, dans ces conditions, lorsqu'on pratique l'interview d'un homme de cette sensibilité et de cette intelligence, est d'aller chercher l'occasion du glissement, l'irruption possible du lapsus. Non pour le piéger, mais pour l'entrée en polyphonie de jeux - au sens de l'orgue - que l'interprète lui-même aurait voulu laisser inactifs.


Interviewer Grégoire Carasso, c'est s'élever soi-même, avec lui, dans une petite musique des mots et des sens, où la précision du jeu est essentielle. Le sens et la forme qui joueraient à colin-maillard, dans quelque clairière étoilée, comme aux heures lunaires de la Régence.

 

Pascal Décaillet

 

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Commentaires

débattre avec lui, notamment sur la question de l'adhésion de la Suisse à l'Europe est enrichissant.
Il est respectueux de l'adversaire quand bien même il est opposé à son point de vue.

C'est un contradicteur pugnace, comme il faut l'être dans l'arène politique, mais loyal avec lequel il est effectivement passionnant de croiser le verbe. Il est, contrairement à certains de ses Pairs, centré sur le débat des idées sans jamais y inclure l'attaque personnelle qui, nécessairement, disqualifie.

cordialement,
Patrick Dimier

Écrit par : Patrick Dimier | 14/06/2013

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